UNIVERSITE CATHOLIQUE DE LOUVAIN
Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation

PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE DES AGES DE LA VIE:
ENFANCE ET ADOLESCENCE

J. DAY et J.-Y. HAYEZ
Considérations générales,
modélisation, diagnostic et traitement,
pédopsychiatrie sociale

J.-Y. HAYEZ

 

 

 

 

 

 

 

- Table des matières -

 

Première partie

Un peu d'histoire contemporaine : l'évolution des demandes

et des pratiques en psychiatrie d'enfants et d'adolescent

 

 

Chapitre I : Quelques faits de société

 

§ I - L'embrouillamini duquel la demande surgit vaille que vaille

§ II - Les demandes : nombreuses et changeant partiellement de contenu

§ III - La composition des équipes

§ IV - Une modélisation partielle de nos représentations de la santé et de la maladie mentales

 

 

Deuxième partie

Modélisation biopsychosociale de la santé et de la maladie

 

Chapitre I : Esquisse théorique

§ 1 - Ce qui nous constitue           

§ II - Interactions des déterminants qui nous constituent     

§ III - Une esquisse clinique : le schéma des sommations

 

Troisième partie

Les étapes du diagnostic et du traitement

 

Chapitre I : Préambule           

 

Chapitre II : Une étape qui se veut principalement diagnostique

§ I - Les partenaires des entretiens

§ II - Centrations des entretiens diagnostiques

 

Chapitre III : Communication d'une impression diagnostique et négociation d'un traitement

§ I - Les reformulations empathiques

§ II- Propositions de travail et liberté de choix

 

Chapitre IV : Une étape qui se vent principalement thérapeutique

§ I - Orientation d'une famille vers une thérapie familiale

§ II- La guidance des parents

§ III - La réorientation des parents vers une psychothérapie personnelle ou conjugale

§ IV - Les psychothérapies d'enfant

§ V - Les rééducations

§ VI - L'enfant et les médicaments

§ VII - Réorientations sociale, culturelle et/ ou scolaire

§ VIII - Séparation de l'enfant et de sa famille

§ IX - L'aide au deuil

 

Annexe I : Quelles psychothérapies pour les enfants en âge d'école primaire ?

 

Quatrième partie :
Pédopsychiatrie sociale

 

Première section : Equipements collectifs destinés aux enfants : les institutions et

leur organisation

§ I - Introduction et catégorisation

§ II - Nomenclature et descriptions de quelques institutions       

 

Deuxième section : A partir de situations-type

 

Chapitre I : L'adoption

§ I - Considérations d'ensemble

§ - Eduquer un enfant adopté

 

Chapitre II : Alcoolisme (enfants d'alcooliques)

 

Chapitre III : Détenus (enfants de détenus)

 

Chapitre IV : Ecole

 

Chapitre V : Handicaps

 

Chapitre VI : Hôpital (enfants malades en hôpital général ou pédiatrique)

 

Chapitre VII : Immigrés non réfugiés politiques, non riches (enfants de ces immigrés)

 

Chapitre VIII : Malades mentaux (enfants de malades mentaux)

 

Chapitre IX : Mauvais traitements physiques ou/et moraux

§ I - Quand peut-on penser qu'un enfant est maltraite ?

§ II - Pourquoi ?

§ III - Que faire ?

 

Chapitre X : Mauvais traitements : l'abus sexuel sur mineurs d’âge

§ I - Introduction

§ II - Un texte de synthèse : "Abus sexuel sur mineurs d'âge"

§ III - Pour sortir du mythe de l'omniprésence de l'abus sexuel :

"Un adolescent réalise sa sexualité dans sa fratrie"

 

Chapitre XI : La mort d'un proche (Enfant et mort d'un proche)

 

Chapitre XII : Sans papiers (enfants de sans papiers)

 

Chapitre XIII : Séparation des parents, divorce et recomposition familiale

§ I - Vécu de l'enfant dans le contexte de la séparation

§ II - Interventions et décisions susceptibles d'être positives pour l'enfant

§ III - Le mineur d'âge dans une famille restructurée : ce qu'il y vit

et comment l'accompagner

 

 

 

Première partie

Un peu d'histoire contemporaine :
l'évolution des demandes et des pratiques
en psychiatrie d'enfants et d'adolescents

Nous souhaitons commencer ce syllabus en esquissant comment notre discipline a évolué en trente ans. Pour ce faire, nous vous proposons de larges extraits de l'article : " L'évolution des demandes et des pratiques en psychiatrie d'enfants et d’adolescents ". Cet article est paru dans la revue Neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence, 2001, 49, 277‑286.

Chapitre I
Quelques faits de société

 

 

§ I - L'EMBROUILLAMINI DUQUEL LA DEMANDE SURGIT VAILLE QUE VAILLE

 

I. Un embrouillamini

 

Va en diminuant la proportion de situations problématiques que les familles viennent nous exposer directement et clairement, en demande d'une aide qu'elles identifient elles-mêmes. Le " problème " est plus souvent d'abord comme happé dans un embrouillamini d'intervenants plus ou moins compétents. Embrouillamini, avec clivage des uns par rapport aux autres, bien plus souvent que réseau bien organisé et complémentaire ! Nébuleuse de taille et de composition variables : surtout sociale, ou socio-judiciaire. ou médicale, ou scolaire ... à laquelle s'ajoutent encore les voisins, les grands-parents, le psychiatre de Monsieur, et aujourd'hui, ces intervenants abstraits, capables du pire et du meilleur, que sont les émissions T.V. et autres sites Internet.

 

Ballotté dans ces nébuleuses le problème nous est assez rarement dérivé après une négociation claire avec la famille, où nous aurions été identifiés pour ce que nous sommes. Plus souvent, si certains intervenants pensent à nous, ils nous poussent cette famille sans avoir vraiment travaillé le passage ... ou alors, ce sont les parents eux-mêmes qui prennent l'initiative, mais comme la boule qui va d'un plot à l'autre dans un billard électrique : nous voilà donc pris dans la nébuleuse des intervenants, sans que les autres n'arrêtent pour autant leur action ni même n'apprécient ipso facto la nôtre, ou même soient toujours clairement identifiables.

 

II. Et ce qui s'en suit !

 

A - Notre autorité morale en prend souvent un coup : le poids de nos paroles et de nos propositions n'est plus ce qu'il a été : d'autres disent autre chose que nous, et les familles se donnent le droit de peser le pour et le contre, de façon déclarée ou non.

 

A nous alors de tenir compte de cet état de fait : ne pas ignorer les interférences, voire même interroger activement à propos de leur existence ne pas vouloir nous mettre au centre : inviter les familles à nous faire part de tous les avis reçus chez nous et ailleurs : Quel est leur état d'esprit à ce propos ? Comment vont-elles faire leur choix ? ; dialoguer et donner notre point de vue à ce propos, mais avec délicatesse ...

 

B - Corollairement, le cheminement de la demande et des offres faites à la famille au fil du temps doit être reconstitué avec soin, plus que jamais :

 

- Qu'a-t-on déjà proposé à la famille pour la soulager de son problème ?

 

- Une demande à notre égard existe-t-elle ? Si oui, en quoi consiste-t-elle ? A-t-elle évolué ? Qui l'a influencée ? Est-elle compatible avec l'identité que nous nous attribuons ? Peut-on en négocier quelque chose ?

 

- Si la famille ne nous demande rien de précis, pourquoi est-elle venue ? Vague curiosité ... contrainte plus ou moins avouée d'autres intervenants, pressions affectives faites sur elle ? ou autre motivation, encore plus inattendue ...

 

Et s'il y a contrainte ou menaces affectives, nous pouvons discuter avec la famille des enjeux liés soit à son désistement, soit à une coopération " raisonnable " : la seule option stérile serait d'accepter une pseudo-présence qui ne soit que de corps, voire même qui s'émaille de sabotages plus ou moins clairs.

 

Il nous revient alors encore de décider, de préférence avec l'accord de la famille, s'il est opportun d'inviter le demandeur principal et s'il n'existe pas d'autre alternative pour donner suite à sa préoccupation : selon les cas, il entre ou non dans notre mission de " faire quelque chose " pour cet intervenant, opérant clairement ou tapi derrière la famille, si tant est qu'il accepte de se mobiliser jusqu'à nous.

 

ILL. Bien des instituteurs sont incommodés par le comportement d'enfants perturbés dans leur classe. Parfois, une table ronde qui réunit les parents et l'école ( l'instituteur, le directeur et le psychologue scolaire par exemple ) contribue à rendre l'enfant plus supportable, en améliorant les représentations mentales qu'il génère et en suggérant quelques aménagements efficaces. A propos de Cédric ( sept ans ) par exemple,  nous avons discuté de ce qu'était le syndrome d'Asperger et redit à tous que Cédric n'était pas un enfant de porcelaine, prêt à casser au moindre affrontement avec lui. Les parents ont accepté que le premier objectif scolaire n'était pas le rendement mais la socialisation de leur fils : plus question qu'il dérange les autres, sous peine d'un petit séjour chez le directeur, voire d'un renvoi d'une demi-journée à la maison. Plus question non plus qu'il s'isole perpétuellement. Ensuite, parents et instituteur ont parlé de tout cela avec Cédric en notre présence ... Et l'on est reparti de l'avant, jusqu'à la table ronde suivante, trois mois après.

 

C - De façon plus générale et comme le veulent tant de recommandations contemporaines, on peut viser une coordination fonctionnelle du réseau ... ou de la nébuleuse des autres intervenants. Gardons cependant à l'esprit quelques considérations pragmatiques :

 

- inutile de croire au mythe de la grand-messe, où toute la chorale accepterait de se réunir chaque semaine : parler au téléphone avec tel intervenant estimé important ... s'offrir le plaisir d'une table ronde de taille modeste in vivo [1] ... c'est déjà très bien ;

 

- y regarder à deux fois avant de décider, en solitaire, que nous sommes l'intervenant de deuxième ligne et que les autres, eux, sont en première ligne ... ils n'aimeront pas nécessairement cette redéfinition subtile des pouvoirs ;

 

- se résigner à l'existence occasionnelle de cultures de prise en charge incompatibles, et en parler plutôt que de passer à l'acte.

 

Thibaut ( treize ans) venu nous consulter pour des symptômes liés à une crise d'adolescence débutante, consulte aussi un pédiatre pour son " retard pubertaire " et se voit proposer par celui-ci des injections d'hormones. D'expérience, nous savons qu'une tentative de dialogue avec ce collègue se heurte à une fin de non-recevoir. Nous résistons cependant à notre contre-transfert ( fait de frustrations et de colère ), nous expliquons à Thibaut et à ses parents notre différence de point de vue, en acceptant d'entendre les arguments positifs invoqués par le pédiatre ( autour de l'image de soi rapidement améliorée ) ; nous laissons ensuite la famille prendre sa décision à la maison, en dehors de notre présence, et nous nous en enquérons la séance suivante.

 

D - Réciproquement, les autres intervenants non plus ne peuvent pas toujours comprendre ni accepter les valeurs et exigences spécifiques de notre fonction de diagnostic et de traitement. Or, s'il est  bon de faire l'un ou l'autre compromis, nous n'avons pas à aller jusqu'à la compromission ! L'application la plus récurrente de cette difficulté concerne probablement le droit à l'intimité des familles : il connote que le principal du secret professionnel soit gardé [2], envers et contre tout, sans pour autant que nous nous retranchions dans un silence hautain ou phobique [ 7, 12 ] : d'où d'inévitables frustrations chez les autres intervenants, qui ne se lèvent - et pas toujours ! - qu'à travers des attitudes de respect fondamental à leur égard [5].

 

Et, pour évoquer un thème encore plus brûlant, on peut parler de la protection des mineurs en danger : certes, cette valeur et cette intention nous lie tous. Mais doit-elle toujours se concrétiser par un signalement rapide, quasi réflexe, fait aux autorités judiciaires lorsqu'on suspecte maltraitance ou abus sexuel ? Un psychothérapeute ne peut-il pas tenter de modifier un état de danger en essayant de comprendre, dans le registre de la parole, celui qui le génère, discutant avec lui pour qu'il mobilise son vécu et modifie son comportement ? Le signalement éventuel pourrait n'avoir lieu qu'en cas d'échec avéré de la tentative [13, p. 113-114].

 

E - Les familles, surtout les peu motivées, sont souvent à la recherche d'informations précises et de résultats rapides et efficaces.

 

1) Informations précises ? C'est dans l'air du temps, où les autoroutes de l'information assènent leurs myriades de messages, chacun clair, concis, et présenté de façon attractive. Pourquoi ne pas satisfaire jusqu'à un certain point à ces nouveaux rituels, sans y perdre notre âme ?

 

Il nous paraît possible de continuer à accompagner la démarche profonde de sujets en quête de réalisation de soi et de bonheur, tout en faisant à haute voix l'hypothèse qu'ils souffrent d'autisme, de dépression ou d'hyperkinésie : à nous de ne pas les réduire ni les figer dans ce cadrage qui peut ne pas être un carcan ... à nous aussi de croire à leur évolution possible, et aussi au droit que nous conservons à dire lorsque c'est le cas : " Je ne sais pas ... je ne comprends pas ce qui est en jeu ... aidez-moi à  mieux comprendre ".

 

2) Quant au besoin de résultats rapides, nous y reviendrons lorsque nous évoquerons l'évolution de nos méthodes : c'est parfois possible : mais quand ce ne l'est pas, il n'est pas éthique de faire semblant qu'on pourra travailler vite et bien !

 

§ II - LES DEMANDES : NOMBREUSES ET CHANGEANT PARTIELLEMENT DE CONTENU

 

I. Des demandes nombreuses

 

A. Quelqu'imparfait que soit leur surgissement, les demandes d'aide qui nous sont adressées arrivent en nombre croissant, tant en consultation ambulatoire qu'en pédopsychiatrie de liaison. Ce phénomène est surdéterminé.

 

Même dans le contexte d'une nébuleuse, les autres intervenants sont davantage familiarisés avec ce qu'est le travail pédopsychiatrique ; ils dérivent donc plus de cas vers nous ... sans nécessairement les abandonner pour autant ; la peur ou la honte générée par les psy va en diminuant : face à l'athéisme croissant des sociétés occidentales, on demande assez souvent aux psy de fonctionner comme " prêtres laïcs ", dont on attend écoute, conseils, voire même pardon.

Notre société génère-t-elle davantage de pathologies graves ou/et spécifiques qu'auparavant ? Nous nous garderons d'un alarmisme désolant, et de participer aux slogans politico-sécuritaires qui désignent des suitable ennemies commodes, comme par exemple les jeunes difficiles [13, p. XIX]. Tant ceux-ci qu'une autre proie commode, les abuseurs sexuels, ont probablement fonctionné en quantité stable depuis toujours ; mais aujourd'hui, pour des raisons variées, nobles et moins nobles, il est de mode de parler beaucoup des jeunes violents des banlieues pauvres et des abuseurs sexuels, et de les traquer.

 

Nous ne sombrerons pas non plus dans la contre-réaction inverse, qui serait de réduire ces deux catégories au rang de pures victimes d'une persécution sociale, et d'affirmer qu'une incidence grosso modo stable est tout à fait étale :

 

D'accord, nous sommes probablement dans une étape de l'histoire où l'incidence est un peu plus élevée qu'elle ne l'a été ( insécurité et morosité sociale, incitations à la consommation effrénée : effet pervers de la stigmatisation, etc. ...). D'accord,  davantage de petits - mieux informés et excités -arrivent sur le marché de la violence, et les armes deviennent plus meurtrières, comme chez les adultes, puisqu'on peut tout acheter sur le Net !

De là à affirmer que la violence des jeunes ( comme l'abus sexuel ...) représente un fléau croissant ... on ferait mieux de se demander pourquoi certaines media et certains politiciens tiennent si fort à hypnotiser notre attention là dessus.

 

B - Que faire alors en cas d'afflux excessif des demandes que même la générosité dans l'investissement du travail ne réussit pas à contenir ? Voici quelques suggestions à ce propos, chacune imparfaite et souvent compatible avec ses voisines :

 

- Travailler davantage seul, même quand on vit en équipe, en conservant néanmoins des moments " sacrés " d'échanges d'idée, et en se donnant aussi le droit de se faire plaisir de temps en temps via une prise en charge conjointe avec un collègue apprécié.

 

- Mettre au point de nouvelles formes d'aide, plus économiques en temps, en investissement de personnel spécialisé : par exemple, thérapies brèves : entretiens denses mais plus espacés : appel à l'aide des ressources de première ligne, notamment pour la prise en charge de l'abus sexuel [6, p. 748].

 

Attention cependant à l'effet pervers possible des pratiques " espacées " : il ne va pas de soi qu'elles ont toujours du fruit ! Prendre beaucoup de cas en recevant chacun de façon saupoudrée, ce peut être parfaitement inutile !

 

- Hiérarchiser les priorités de prise en charge des cas, en référence à des critères variés ( par exemple : l'identité de l'envoyeur ; la distance géographique : la profondeur de la demande ou de la détérioration psychique [3], etc. ...) [ 16].

 

- Faire le deuil de ce que l'on ne sait pas faire, en se souvenant de la parole biblique :" Celui qui sauve un homme, sauve l'humanité ". Plutôt que travailler mal en s'efforçant de prendre vaille que vaille tous les cas qui se présentent, mettre sur une liste d'attente, faire un travail à minima, envoyer chez d'autres collègues ou ... dire « Non ».

 

- Etc.

 

II. Une volonté de " démédicaliser" certains types de problèmes, qui touchent de facto les populations économiquement défavorisées

 

Par " démédicalisation " nous entendons ici l'exclusion de la fonction psy, diagnostique et thérapeutique.

 

Après lecture de ce qui précède, on pourrait nous trouver inconséquent, si pas masochiste, à nous entendre dénoncer cette volonté de démédicalisation. Et pourtant, nous ne pouvons pas admettre, sur le plan éthique, que l'on fasse semblant que n'existe pas de problèmes psychopathologiques là où ils existent, surtout quand il s'agit de populations défavorisées qui n'ont pas toujours assez d'arguments pour bien se protéger.

 

Cette volonté existe de façon plus ou moins forte selon les régions et les pays. Elle résulte. entre autre, du désir des hommes politiques de faire des économies, en entretenant le mythe des résultats rapides strictement comportementaux. Elle résulte aussi des rapports de force entre institutions, par exemple l'institution sociale contre la psychiatrique.

 

Ainsi en Belgique, on a supprimé l'appellation signifiante " Institut médico-dagogique " pour mineurs handicapés et on l'a remplacée par " Service résidentiel " : on y a supprimé le principe d'une direction médicale conjointe, et réduit la part contributive des médecins, ne les payant  plus qu'à l'acte. On a également créé, dans l'anarchie, une myriade d'agences sociales censées faire face avec très peu de participation psy à de multiples problèmes de vie, surtout chez les économiquement faibles, problèmes qu'elles réduisent à n'être que des crises sociales ou des difficultés pédagogiques. Le risque est que, par lassitude et vu l'abondance de leur travail, les psy désinvestissent ce secteur, plus embrouillé que jamais, et dans lequel se génère pourtant beaucoup de souffrance mentale [8, p. 42].

 

III. Modifications qualitatives

 

A - Nous venons d'évoquer le " marché des pauvres " convoité par les agences sociales. Signalons aussi ce que nous convoitent et/ou nous ont pris, en tout ou en partie, des collègues d'autres disciplines plus organicistes, par intérêt sincère, opportunisme financier, ou en vertu de redéfinition des modélisations de la santé et de la maladie. Les neuropédiatres attirent puissamment dans leur champ les difficultés scolaires, rebaptisées " troubles spécifiques de l'apprentissage ", les enfants hyperkinétiques, les autistes, et d'autres encore ... Les pédiatres généralistes conservent davantage la prise en charge de somatisations comme l'énurésie ou l'encoprésie ou certains troubles fonctionnels des tous jeunes enfants ... Il est vrai néanmoins que ces derniers nous font une invitation de plus en plus large de partager avec eux la psychiatrie de liaison : nous y reviendrons.

 

B - Le Sur-Moi de la collectivité s'étant assez considérablement relâché, les parents attribuent moins une possible signification pathologique à de petits actes d'affirmation de soi, très stigmatisés jusqu'il y a peu : petits vols, consommation occasionnelle de cannabis, masturbations, activités sexuelles d'allure soft et épisodiques entre enfants, premières indisciplines ...

 

C - De façon plus diffuse, le signalement de la pathologie liée aux névroses infantiles est en régression elle aussi. La nature fondamentalement névrotique de certains symptômes est même contestée, et on propose de les inclure dans le champ des troubles organiques : ainsi en va-t-il des obsessions-compulsions, des tics, des bégaiements, de certaines catégories de troubles instrumentaux ... Pour l'autisme, et même pour d'autres catégories de psychoses infantiles, des modélisations principalement organicistes cherchent également à s'imposer.

 

D - L'évaluation ( normale ou pathologique ) de la sexualité infanto-juvénile par les adultes, et par les jeunes eux-mêmes, n'est pas sans paradoxes :

 

- Un certain nombre d'activités sont banalisées ... parfois sans évaluation sérieuse : certains trouvent a priori " normal ... naturel " l'accès des enfants à la pornographie via les moyens de communication modernes, voire l'existence de relations sexuelles dès le début de l'adolescence, si elles ont l'air consenties de part et d'autre.

 

- Inversement, on accuse parfois trop vite des enfants ou des adolescents d'être des abuseurs sexuels, pour peu qu'ils aient l'air d'avoir une sexualité dominante, ou/et en dehors des règles ( d'une institution résidentielle par exemple ) ou/et que leurs partenaires soit au moins trois, quatre ans plus jeunes qu'eux.

 

- Quant au regard posé sur l'homosexualité à l'adolescence, il est en pleine mutation. Certes des auteurs écrivaient encore récemment combien il peut être pénible de se vivre comme gay ou lesbienne à 15-16 ans, ou/et d'être repérés comme tels [3]. Mais il n'est pas certain que cette situation perdurera : si l'homosexualité continue à revêtir la valence de défi sociologique qu'elle revêt actuellement, les jeunes finiront rapidement par frimer en se proclamant gay ou lesbienne à 15-16 ans, comme ils le font déjà dans certaines grandes villes américaines.

 

E - L'incidence d'autres pathologies ... ou à tout le moins celle de leur révélation ( cfr. supra ) est en nette augmentation : elles sont partiellement liées à l'insécurité, à la perte de repères, à la morosité, et à l'affaiblissement de l'autorité chez les parents et dans la société : dépressions, souffrances liées à la fragilité narcissique, troubles des conduites agies jusqu'à la franche violence.

 

F - D'autres font encore timidement leur entrée sur le marché, comme la dépendance aux jeux vidéos et à Internet, et d'autres troubles plus subtils liés à ces temples de la consommation ( jeux pervers et confusions liées aux identités multiples ...) [2, p. 196 et sq.].

 

§ III - LA COMPOSITION DES EQUIPES

 

Une des caractéristiques fondamentales du travail en psychiatrie infanto-juvénile, c'est de fonctionner en équipe pluridisciplinaire : équipes des centres de consultation ambulatoire, des hôpitaux ou d'autres institutions résidentielles ; équipes qui pratiquent la pédopsychiatrie de liaison, etc. : pédopsychiatres, psychologues, travailleurs sociaux, éducateurs, et rééducateurs ... y font plus que se côtoyer : ils y coopèrent dans la complémentarité.

 

Or, depuis quelque temps, il s'ajoute à la diversité des diplômes et sans correspondance avec celle-ci, une diversité plus grande des écoles de pensée qui ressourcent les travailleurs : elle existe, d'une équipe à l'autre et aussi, de plus en plus, dans la même équipe : les temples au service total ou pressant d'une seule référence se font plus rares : c'est l'effet inévitable et heureux de nouveaux courants d'idée qui circulent dans le monde, d'une diversité plus grande des formations proposées à l'Université et en dehors de celle-ci. C'est l'effet aussi d'un pouvoir critique plus élevé chez les professionnels : à cette époque où l'information et la publicité sont pléthoriques, leur capacité de sélectionner et de relativiser l'authenticité de ce qui leur est promis s'est affinée.

 

Commentons cette diversité interne à une équipe. A supposer qu'elle se vive dans le respect et non dans la frilosité  agressive  des positions menacées, elle n'en devient pas pour autant simple à gérer : s'occuper d'une famille à deux ou à trois, quand on pense très différemment, reste souvent de l'ordre de l'utopie : le concert est discordant, des rivalités s'expriment, ou leur contraire : pour ménager le collègue, chacun ne dit plus grand chose de ce qu'il pense !

 

Davantage de sérénité et d'efficacité retrouveront droit de cité si l'on peut :

 

- s'écouter les uns les autres, et apprendre à se connaître par des séminaires et des études de cas ;

 

- repérer petit à petit et approximativement quelles sont les compétences spécifiques de chacun et ce qui reste les compétences partagées ;

 

- attribuer à chaque situation une référence d'école de pensée : lorsqu'on a démarré à l'aveugle, il demeure possible que l'on procède à un passage rapide vers un autre collègue, dont le système référentiel apparaîtrait plus approprié au cas ; il demeure également possible que, tout en gardant la gestion de l'ensemble, le thérapeute principal fasse appel à un collègue d'une autre école, en sous-traitance, pour un service spécifique.

 

Par exemple, il nous a paru fonctionnel de confier Jonathan ( quinze ans) souffrant d'obsessions et de compulsions invalidantes et très chroniques, à un thérapeute comportementaliste connu de nous, parallèlement à sa médicamentation et au travail d'introspection poursuivi par lui ( en thérapie individuelle ) et par sa famille ( en thérapie familiale ). Nous savions que notre collègue et nous-mêmes parlerions avec respect de " la part de l'autre " : nous n'allions pas passer notre temps à invalider insidieusement le type de pensée du collègue auprès de Jonathan et de ses parents : le jeune et sa famille ont donc continué avec nous une réflexion profonde sur leur identité même et ses secteurs conflictuels, et Jonathan a fait des exercices chez le thérapeute behavioriste pour s'entraîner à résister à ses obsessions-compulsions.

 

§ IV - UNE MODIFICATION PARTIELLE DE NOS REPRESENTATIONS DE LA SANTE ET DE LA MALADIE MENTALES

 

Modification qualitative ou seulement quantitative, celle de la pondération attribuée à chaque Instance constitutive de la santé ou de la maladie ? Difficile à dire ! Quoi qu'il en soit nous nous représentons plus concrètement, plus " effectivement " que des facteurs bio-psycho-sociaux coexistent, partiellement dans l'anarchie et partiellement en résonance les uns avec les autres pour déterminer des qualités et une organisation mouvantes de l'être individuel et de ses systèmes de vie, que nous appelons, toujours quelque peu arbitrairement, santé ou maladie.

 

Théoriquement, cette prise en compte a toujours existé. depuis Freud qui situait les pulsions à la  limite du psychique et du biologique, et les fondateurs de la pédopsychiatrie ( Heuyer, Michaux ...) qui étaient très constitutionnalistes. Mais il leur a succédé une époque où nous avons eu de la peine à intégrer concrètement la part du corps et celle de l'équipement, davantage que celles du social et de l'intrapsychique.

 

Alors nous nous sommes représentés trop strictement ce qui arrivait à l'enfant à partir de l'enchevêtrement et des conflits des représentations ou/et des désirs individuels ou/et familiaux. Aujourd'hui, sans nier cette part d'implication de la psychogenèse et de la liberté humaine ni celle du social, nous prenons de nouveau davantage en compte l'impact de l'état du corps, et notamment celui de l'équipement génétique : la franche pathologie de celui-ci est admise comme déterminant-clé dans l'un ou l'autre syndrome ( l'autisme en est l’illustration la plus fameuse ).

 

Ailleurs, les distributions (poly)géniques particulières à chaque enfant sont à l'origine, au moins partielle, d'un phénotype que l'entourage n'appellera pathologie que parce qu'il dérange ses attentes : besoins en sommeil ; prédisposition à l'angoisse ou à la témérité, à la dépression ou à la sthénicité ; vitesse de la maîtrise sphinctérienne ; tempérament de base, etc. .

 

Le génome entraîne aussi une force ou un fragilité, une sensibilité plus ou moins grande du fonctionnement des organes et systèmes du corps qui, conjointement à l'existence de problèmes émotionnels plutôt aspécifiques, est à l'origine de la pathologie psychosomatique de l'enfant [8, p. 37].

 

Dans le décours de cette réintégration plus opératoire de la part du biologique et grâce aussi, parallèlement, à l'apport des théories systémiques, nous intégrons mieux tous les enjeux de cette idée pas vraiment nouvelle : l'être humain, dès son plus jeune âge, est nature et culture, individu et société ; tant l'état des corps que les interactions de tous ordres entre lui et les autres influencent à des degrés divers la construction intrapsychique des uns et des autres sans jamais les déterminer, car l'être humain est aussi liberté intérieure et pouvoir d'autocréation.

 

 

Chapitre II

 

Quelques conséquences sur nos pratiques

 

 

I. Nous avons déjà fait référence à l'essor de la pédopsychiatrie de liaison. Il est dû à des facteurs multiples, et, entre autres, au fait que les psychiatres d'enfants et d'adolescents se rapprochent du corps souffrant, sans réduire ipso facto celui-ci aux aléas de l'image du corps, ni sans plus croire à la toute puissance de la psychogenèse même là où il est très probable qu’un déséquilibre psychologique a puissamment contribué à désorganiser le corps ( comme par exemple dans l'anorexie mentale ), des ressorts somatiques peuvent se casser dans le décours de la maladie et entraîner des complications, autonomes par rapport à l'amélioration psychique ( comme par exemple la mise hors service des circuits cérébraux de la faim ).

 

De ce rapproché entre la culture et les objectifs des pédiatres et des psychiatres, il est sorti une manière de travailler ensemble souvent très pragmatique. Sans perdre leur identité fondamentale d'écoutants, les psychiatres s’adaptent à l’ambiance de l’hôpital et aux impératifs des soins du corps : un petit encoprétique s'y traite aussi bien par des rencontres de paroles que par des laxatifs doux et une rééducation comportementale des habitudes de défécation ...

 

II. Notre démarche fondamentale vise toujours bien à comprendre avec bienveillance qui sont l’enfant et ses proches, quelles sont leurs ressources et leurs zones de dysfonctionnement : elle les associe à cette démarche de compréhension, améliore leur saisie de soi et leur confiance en soi, et les encourage et les aide à utiliser mieux les ressources qu'ils avaient déjà ou qui ont été mises nouvellement à leur disposition : il s’agit donc toujours de rejoindre un sujet et des sujets en interaction, chacun avec son corps et dans un cadre social déterminé.

 

A - Face à ce sujet, plus souvent fait de bric et de broc que véritablement harmonieux, notre perspective diagnostique est plus souvent « élémentaire » que nosographiante : nous cherchons à faire un bilan extemporané des Instances à l'oeuvre aujourd'hui. Beaucoup d'entre nous conservent un grand scepticisme quant à l'existence " réelle " d'entités morbides " objectives " qu’on attraperait comme on attrape la grippe. Scepticisme même si, dans la nébuleuse des possibles, il existe quelques regroupements de symptômes et d'organisation intrapsychique comme l'autisme. Bien plus souvent, ce que l'entourage désigne comme maladif est imprécis, atypique, mouvant : nous connaissons tous de ces enfants qui ont fait de vrais TOC, ou une dépression profonde, et qui deviennent des adolescents difficiles, plutôt du côté des troubles de la conduite.


B – Néanmoins, et sans que ceci n'amène de bouleversement fondamental des pratiques, notre connaissance de l’une ou l’autre nosographie est plus effective : elles ont au moins le mérite de remplacer des dénominations artisanales beaucoup trop disparates par d'autres plus standardisées, qui permettent de meilleures recensions épidémiologiques et des recherches plus puissantes : à nous de nous y référer prudemment, sans nous y enfermer ni y réduire nos clients.

 

Nous avons déjà signalé par ailleurs qu'un certain nombre de parents ( voire de mineurs ) demandent de pouvoir se référer à des dénominations claires, précises et qui ont l’air objectives.

           

Y souscrire quand c'est possible peut les apaiser et leur donner davantage l'impression de partager notre savoir, sans que nous abandonnions pour autant notre démarche de compréhension : ce n’est certes pas parce qu’on admet qu’un adolescent est déprimé ( ou « a une dépression » ) qu'il n'y a plus à comprendre ce qui l'y a conduit et l'y maintient : il s'agit de Pierre ou d'Anne-Laure dont le corps et l'équipement souffrent - ce qui relève d'une médication -, qui se représente la vie d’une certaine manière et pour certaines raisons, ce dont il faut pouvoir parler avec lui (elle) et ses parents : il (elle) est pris(e) également dans un cadre social dont on peut viser à améliorer la qualité.

 

A raisonner ainsi, il s’en suit que le contenu de ce que nous allons restituer pas à pas au mineur et à ses parents, comme étant le fruit du moment de notre compréhension, ce contenu s'est enrichi et complexifié. Bien plus que la formalisation occasionnelle d'un diagnostic, il met en scène, à valeur égale, tout le bio-psycho-social susceptible d’être en jeu.

 

III. Sur les traitements stricto sensu , nous distinguons au moins trois influences :

 

A. Le recours à la médication est plus fréquent, le plus souvent en complément d'autres interventions davantage centrées sur la parole. Il a une visée soit causale partielle ( … si l’on croit à la part du corps ! ), soit symptomatique ( pour soulager des affects ou/et des comportements intolérables, en modifiant quelque chose au fonctionnement cérébral qui y coexiste ).

 

Nous ne diabolisons donc pas cette invitation à la médicamentation, même pas celle qui consiste à donner du méthylphénidate aux hyperkinétiques chez qui l'on a la conviction d'une dysmaturation cérébrale ! Nous ne la diabolisons pas, pour peu qu'elle soit discutée avec l'enfant et sa famille, et que nous ne nous y réduisions pas ! [ 4, p. 139-151 ; v. aussi p. 393].

 

B - La prise en compte plus effective d'une part du corps ou/et de l'équipement nous amène à intégrer davantage l’idée du deuil, de l’impossibilité totale de certains changements ou de la limite modeste de ceux-ci. Nous pouvons même assumer ce deuil sans le vivre comme un échec du traitement ! Sans néanmoins non plus nous résigner passivement à tous les inconvénients qu'entraîne le maintien du statu quo.

 

Evoquons de nouveau ces enfants dont l'hyperkinésie est largement liée à une dysmaturation cérébrale : la vraie réussite humaine, dans cette affaire, c'est de l'accepter et de s'y adapter. S'y adapter en trouvant des aménagements spatiaux et relationnels qui permettent que la vie quotidienne soit moins tendue : et en prescrivant des médicaments qui améliorent la concentration. Et au-delà : mettre de l'énergie pour que l'enfant garde confiance en soi et utilise au mieux ses ressources, ce qui redonne une place pour une psychothérapie s'il y consent.

 

Mais ce n'est pas toujours et seulement la part du corps qui limite ou empêche le changement. Parfois, ce sont les interactions ou l'organisation sociales qui ne peuvent pas se mobiliser ailleurs, c'est sa liberté de rester comme il est que l'enfant nous impose, de façon avouée ou non : tout cela, nous le savons depuis toujours en théorie, mais il nous semble que nous progressons en acceptation intérieure : il y a moins de psychothérapies individuelles interminables pour énurétiques chronifiés, moins d'illusion que la seule parole libératrice viendra toujours à bout de tout.

 

Il nous reste " simplement " à veiller à ce que ces enfants dont nous recommandons ici que l'on accepte l'état du moment gardent confiance en eux, ne soient pas rejetés, et ne perdent pas toute espérance en un avenir plus fonctionnel. Reste aussi à soulager et comme nous pouvons leur entourage d'une part du poids de leur non- changement actuel !

 

C - Quant aux psychothérapies, elles ont, elles, tendance à se raccourcir, à se diversifier et à se  panacher. Pour en lire plus à ce sujet, se référer à l'annexe I de la troisième partie " Quelles psychothérapies pour les enfants en école primaire ? ".

 

§ IV - ET QU'EN EST-IL DE NOS VALEURS ?

 

Notre conviction est que, pour l'essentiel, elles demeurent stables et bien vivantes. Nous y avions réfléchi à l'occasion d'un article en hommage à S. Lebovici, en nous remémorant celles qu'il incarnait particulièrement [14]. Il ne nous en aurait pas voulu de la démarche complémentaire que nous faisons maintenant : les résumer et les signaler comme fondamentales dans toute notre communauté. Il ne nous en aurait pas voulu, tant il en a été si longtemps une des grandes âmes, un des tous grands semeurs d'idées en même temps que, de façon dialectique, il introjetait, lui aussi les valeurs de tous !

 

Nous évoquerons donc brièvement six de ces valeurs fondamentales :

 

- La rigueur pour chercher ce qui est susceptible d'être en jeu dans chaque problème, et ce qui est susceptible de le soulager ; un refus des approximations. des généralisations superficielles et des réductionnismes.

 

- La reconnaissance de l'originalité de l'autre : reconnaissance " joyeuse " qui plus est : aucun être n'est le clone d'un autre, ni le strict résultat des attentes que l'on a sur lui ; chacun a ses caractéristiques, son discours et son projet propres. Notre capacité de nous étonner, toujours renouvelée face à l'enfant (ou ses parents), si surprenante lorsque l'on veut bien se laisser surprendre, n'empêche pourtant pas notre désir d'améliorer leurs dysfonctions et notre sollicitude pour leurs dimensions souffrantes.

 

- Le souhait d'un investissement sincère, profond et discrètement exprimé dirigé vers la personne en souffrance ; sans tricher et faire semblant ; sans envahir ni étouffer : cette personne ne nous est pas nécessaire ; l'important est que, via notre amitié discrète, elle se sente de plus en plus le droit de devenir elle-même. Et en référence à un autre grand maître, K. Rogers, sans jamais confondre notre acceptation inconditionnelle de cette personne avec l'approbation de tous ses actes : il nous revient de l'encourager à donner le meilleur d'elle-même. pour construire davantage d'humanité : à nous de l'y inciter avec persévérance et sans paternalisme, sans nous sentir d'une autre nature humaine qu'elle.

 

- Le courage à parler vrai : reconnaître et valoriser les ressources mais aussi faire remarquer ce qui grince et pourquoi : sans accusation, au sein d'une démarche de compréhension, mais néanmoins dans la clarté.

 

- L'indignation active face aux injustices faites à l'enfant, et la prise d'engagements socio-politiques pour le faire mieux respecter : même dans nos sociétés " avancées " les enfants restent toujours les fusibles faibles et les punching-ball des systèmes puissants ; ils restent aussi les dupes d'une société de consommation échevelée : entre les Pokemon, le matériel Halloween, les jeux vidéo et autres GSM indispensables à dix ans, et même le brave Harry Potter, c'est leur argent qu'on veut, pas leur bonheur !

 

Une autre illustration ? Nous prétendons écouter davantage nos enfants. Néanmoins, après l'avoir fait, reçoivent-ils toujours ce qu'ils demandent légitimement ? Contrer un instituteur qui les a pris en grippe ... leur donner du temps pour jouer avec eux ... les laisser aimer comme eux l'entendent papa et maman qui se sont séparés, etc. ...

 

Et même, ne les trompons-nous pas parfois plus activement quant à l'efficacité de l'écoute ? Quel est l'impact positif effectif de toutes ces campagnes de prévention, où l'on encourage les enfants maltraités ou abusés à s'exprimer, avec promesse implicite d'une meilleure protection ? Dans bien des cas, les institutions sollicitées continuent à protéger les adultes, même très suspects, même face à des paroles plausibles d'enfants. Est-ce juste ? Fallait-il vraiment encourager la masse de ceux-ci à s'exprimer ? [ 11, p. 14-15 ].

 

Beaucoup d'entre nous se battent comme ils peuvent contre ces injustices, déjà au sein des consultations, mais aussi via la presse, les mouvements associatifs, l'engagement politique et c'est tant mieux que leurs actes rejoignent si concrètement leurs paroles !

 

- Et enfin, voici peut-être une valeur nouvelle, ou en tout cas qui s'est amplifiée avec le temps : l'humilité ! Nous assumons davantage d'incertitudes : nous reconnaissons que nous sommes parfois spéculatifs, et que nos traitements peuvent avoir une dimension expérimentale.

 

Quelle est la nature profonde des psychoses infantiles ? A quelle part de désordre organique et de souffrance infra-psychique et/ou relationnelle répondent elles ? Qu'est-ce qui est primaire et secondaire ? Qui oserait encore en jurer ! Et est-il si certain que des adolescents " symptômes désignés " se sacrifient pour garantir l’équilibre de leur famille ? Et les obsessions-compulsions, sont-ce toujours les symptômes d'une névrose obsessionnelle, ou ont-elles parfois le seul statut de TOC, créé par quelque mystérieuse défaillance cérébrale ?

 

Au fil de l'évolution de notre jeune discipline. nous avons eu l'intuition de bien des " vérités partielles " sur le fonctionnement humain. Mais, avec l'enthousiasme et le besoin de domination intellectuelle d'une science jeune, nous avons parfois pris la partie pour le tout, et généralisé nos intuitions. Aujourd'hui nous en revenons et nous reconnaissons même l'une ou l'autre erreur dramatique, comme au sujet de l'autisme où nous avons très longuement sous-évalué la part de l'organique.

 

Reste à la communauté en général, et aux parents et enfants concernés en particulier, à accepter nos remises en question : nous n'acceptons pas non plus d'être positionnés comme d'éternels boucs émissaires, comme si des erreurs et des moments d'obstination ne s'avéraient pas très inhérents à toute pensée humaine ! Il nous reste aussi la responsabilité de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain, et de ne pas remplacer un totalitarisme par autre organiciste cette fois.

 

- Bibliographie -

 

1. G. BLEANDONU, Les consultations thérapeutiques pour enfants, Neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence, 200, 48-4, 220-235.

 

2. D. BOURGEOIS, Crimes virtuels, crimes réels, 196-200 in Albernhe T., (sous la direction de) Criminologie et psychiatrie, Ellipses, 1997.

 

3. M. CLAES, N. BEAUDOIN, Le dévoilement de l'homosexualité à l'adolescence : à qui le dire et  quand ?, La psychiatrie de l'enfant, 2000, XLIII-1, 327-341.

 

4. T. COMPERNOLLE, Du calme, coll. Comprendre, Bruxelles, De Boeck-BELIN. 1996.

 

5. C. EPELBAUM, Collaboration avec l'école : la dimension du secret, Neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence, 1995, 7-8, 304-312.

 

6. J.-Y. HAYEZ, Le traitement de mineurs abusés sexuellement et de leur famille. 741-749, in Albernhe T., (sous la direction de) Criminologie et psychiatrie, Ellipses, 1997.

 

7. J.-Y. HAYEZ, F. STEPHENNE, Secrets et psychothérapies, Neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence, 1998,47 (10-11),491-501.

 

8. J.-Y. HAYEZ, La psychiatrie infanto-juvénile en Belgique francophone au seuil de l'an 2000,  Acta psychiatrica belgica, 2000, 100,36-43.

 

9. J.-Y. HAYEZ, A propos de la vulnérabilité de l'enfant, Louvain Médical, 2000 bis, 119-5, S205-S212.

 

10. J.-Y. HAYEZ, Quelles psychothérapies pour les enfants en âge d'école primaire ?, Nervure,     Journal de psychiatrie, 2000 ter, XIII-4, 32-35.

 

11. J.-Y. HAYEZ, Les droits de nos enfants au quotidien, Droit en plus, 30.2000 quater, 14-16.

 

12. J.-Y. HAYEZ, Secrets de famille, confidentialité et thérapie, 41-56 in Secrets et confidents au temps de l'adolescence, (sous la direction de) A. BRACONNIER, C. CROQUET, coll. " Ouvertures psy ", Paris, Masson, 2001.

           

13. J.-Y. HAYEZ, La destructivité chez l'enfant et l'adolescent : clinique et accompagnement, Paris, Dunod, 2001 bis.

 

14. J.-Y. HAYEZ, Psychiatrie d'enfants et d'adolescents, Journal des Psychologues, 2001, juin, juillet, août (hors série), 75,82.  

 

15. M. RUTTER, R. PLOMIN, Perspectives d'avenir pour la psychiatrie : recherches génétiques. La psychiatrie de l'enfant, 2000, XLIII-2,361-398.

 

16. A. SHUTTLEWORTH, De nouvelles voies pour répondre à l'évolution de la pédopsychiatrie de secteur. La psychiatrie de l'enfant. 2000, XLIII-1, 255-283.

 

 

 

Deuxième partie

 

Modélisation biopsychosociale de la santé et de la maladie

 

Chapitre I

Esquisse théorique

 

§ I – CE QUI NOUS CONSTITUE

 

I. Le sujet humain se crée indéfiniment, en usant de sa liberté ( liberté de penser, libre-arbitre, liberté d’agir ) à l’œuvre depuis le début de sa vie, pour modeler jusqu’à un certain point le jeu de déterminants somatiques, intrapsychiques et sociaux qui le constituent et dont il n'est pourtant pas la stricte résultante. C'est avec sa liberté aussi, liberté de comprendre et de se représenter qu’il leur attribue un sens et donne à sa vie sa logique interne et ses objectifs personnels.

 

Cette dialectique permanente de la liberté et des " forces agissantes " biopsychosociales est un phénomène essentiel de nos vies : pour existantes et souvent puissantes qu’elles soient, nous ne nous réduisons pas à subir mécaniquement, passivement l'action de ces forces. Nous acceptons celle-ci telle quelle ou nous ne l'acceptons pas ( ce qui ne signifie pas non plus que nous avons la toute-puissance de nous y opposer totalement ! ) : nous analysons et nommons ce qui nous arrive, en en faisant une histoire originale pour nous, que nous trouvons plus ou moins sensée puis nous élaborons ce que nous appelons notre projet de vie.

 

II. Nous n'en dirons pas explicitement davantage sur cette transcendance de la liberté humaine.

 

A - Nous nous centrerons maintenant sur la description de nos " déterminants partiels " biopsychosociaux en nous inspirant très fortement du chapitre I du livre Le psychiatre à l’hôpital d’enfants [4] :

 

"... Pour toute maladie existante, quel que soit son étiquetage traditionnel (" psychique ", "  organique " ou " psychosomatique "), il nous semble essentiel de nous demander par le jeu de quels éléments qualitatifs et quantitatifs elle constitue un bouleversement biopsychosocial, subséquent à un équilibre antérieur ... Si l'on adhère à ce référentiel biopsychosocial, toujours susceptible d’être interrogé, mais chaque fois engagé dans des proportions originales pour chacun de ses constituants, il nous faut donc penser, dès qu'il y a maladie [5], et quelle qu'en soit l'apparence, qu'elle peut s'expliquer à la fois à partir :

 

1. Du corps matériel

 

a) Le génome qui se déploie progressivement, en dialectique avec les approvisionnements externes plus ou moins adaptés à ses besoins, fixe plus ou moins précocement et définitivement les zones fortes du soma, riches en capacité de s'adapter à l'imprévu (" défenses organiques ", au sens large du terme ) … ainsi que ses zones faibles : zones pas encore déclarées malades, mais dont le fonctionnement est déjà déviant par rapport à la moyenne des individus : ici il s'agira d'hypersensibilité, d'hyperactivité de la motilité intestinale … là, de faiblesse dans la qualité de la peau … là encore, de petite capacité vésicale, ou d'excitabilité déviante des défenses immunitaires locales. A côté de ces points faibles, prédisposés à fixer des maladies, et à côté de ces zones fortes, il y a tout notre équipement de base, ni spécialement fort, ni spécialement faible : notre cerveau et sa maturation, qui détermine(nt) largement notre intelligence et ses fonctions instrumentales : la vigueur de nos muscles, etc. . Ce corps, cerveau et soma général dans leur dynamique physiologique, jouent pour beaucoup [6] dans l’établissement de nos grands rythmes et besoins, et de notre réactivité de base ... ce qu'on appelle le tempérament : besoins et rythmes alimentaires, éliminatoires, sexuels, de sommeil ..., prédisposition à la passivité ou à l’activité, à l’angoisse ou à l’assurance, etc. .

 

b) Ce corps matériel est directement lésable par les agresseurs externes les plus variés et par des déséquilibres organiques internes que, parfois peut-être, le hasard seul introduit.

 

C'est surtout aux soignants non-médecins qu'il faut dire et redire l'importance de cette implication possible du corps matériel, eux qui croient bien trop souvent qu’ils en reconnaissent l'impact lorsqu'ils se réfèrent à l' " image du corps ", ou au " corps vécu " par leur client : celui-ci constitue un autre déterminant partiel de notre devenir, souvent opérant certes, mais d'une nature essentiellement différente ; son action n'exclut donc nullement qu'existent des bouleversements autonomes du corps matériel. Par exemple, combien d'énurésies, surtout primaires, n'ont-elles pas fait l'objet de psychothérapies interminables, désespérantes pour tous, stériles - on se console souvent en proclamant qu'elles ne le furent que dans le champ du symptôme, et qu'elles firent beaucoup de bien à la personnalité : voire ! parce qu'on n'a pas voulu spéculer sur l'impact important d'une vessie instable, immature, ou/et de capacité réduite, ... ni sur l'immaturité du moment de circuits cortico-vésicaux …­et parce qu'on n'a pas pu intégrer ces éventualités dans la discussion du programme thérapeutique ...

 

Combien clé fois ne demande-t-on pas à tous les enfants d'arriver au même résultat comportemental, aux mêmes performances, sans vouloir prendre en compte qu'il est infiniment plus difficile à un colérique de tempérament de se tenir calme qu'à un " effacé " de nature ... sans vouloir intégrer que tous n'ont pas le même équipement intellectuel, etc. … ?

 

2. Du fonctionnement psychique individuel de l'être

 

Les idées, les sentiments, les désirs, les conflits, les valeurs de l'être peuvent s'exprimer tels quels dans des mots ou/et dans des actes, d'une manière qui sera jugée soit saine, soit maladive (" maladie mentale " au sens large du terme ).

 

Mais ils peuvent également s'exprimer simultanément - si pas exclusivement -, par le corps : c'est lui aussi, rayonnant de santé ou touché dans une de ses zones prédisposées, voire dans une de ses zones saines, qui vibrera au diapason de l'intrapsychique du sujet humain. Ces constituants intrapsychiques peuvent s'exprimer enfin par individu interposé. Nous dirons tout de suite que le sujet humain est un être social. Eh bien parfois, dans cet être social, la réaction de l'individu B exprime quelque chose de l'intrapsychique de l'individu A : par exemple tel parent " vibre " particulièrement aux idées qu'il devine exister chez son enfant, et modifie son comportement en conséquence.

 

Réciproquement, le fonctionnement intrapsychique de chacun peut également résulter, au moins partiellement, d'informations qui lui parviennent de son corps ( par exemple la douleur ) ou d'autres membres de son être social qui pèsent sur lui par leur discours et leurs actes, tous signaux qui l'imprègnent d'une manière ou d'une autre, qu'il se représente mentalement, non sans quelque réinterprétation subjective de leur sens. Il s'en suit alors de nouvelles idées, de nouveaux affects. voire des actes [7].

 

Parmi tous ces constituants intrapsychiques, structurants ou pathogènes, épinglons-en deux particulièrement importants pour la suite de nos propos :  

 

- Lorsque quelqu'un est malade - quel que soit ce dont il souffre -, il y a beaucoup de chances pour que se modifie son image de soi ( image du corps, de la personnalité, de l’être global ) aujourd’hui et dans son devenir, c’est à dire la représentation du destin physique ou/et psychique qu'il s'attribue. Or cette représentation de soi, accompagnée d'affects spécifiques, peut jouer un certain rôle pour entretenir ce qui est positionné comme l’état malade ou au contraire pour hâter ce qui sera appelé la guérison. Elle y contribue via la libération de décharges nerveuses, de neurotransmetteurs, hormones et autres médiateurs chimiques, et de cellules qui influencent directement le corps ... et via des comportements conséquents, qui seront eux-mêmes réévalués par le sujet et par son entourage.

 

Par exemple un enfant hyperkinétique s'imagine qu'il a un mystérieux handicap, et peu de valeur ; à partir de là, son corps pourrait dysfonctionner davantage, et ses comportements revêtir une touche opposante, parce qu'il veut se venger d'un entourage qui ne l'a pas bien doté, et qui le disqualifie toujours ... Comme l'entourage lui-même ne se laissera pas faire et l'agressera en retour, l'hyperkinésie risque de s'exacerber.

 

Chronologiquement parlant, cette représentation de soi-malade est typiquement un facteur secondaire, mais qui peut revêtir une importance énorme : nous y reviendrons !

 

- Corollairement, il existe également des motivations, rarement univoques, souvent mélangées, à guérir vite et bien [8] ou à rester malade. Les premières sont souvent dictées [9] par la pulsion de vie et par des considérations sociales opérantes chez chacun. Les secondes, elles, opèrent sous le jeu de la pulsion de mort ou de l'analyse des bénéfices secondaires que procure la maladie ; interviennent aussi le découragement ou le sentiment d'être incompris et donc l'envie de protester pour être reconnu comme " soi ", etc. Dans certains cas, il faudrait pouvoir spéculer, au moins pour une période indéterminée, sur des motivations, parfois inconscientes du malade à rester dans son état actuel. C’est le cas notamment de tous ces enfants à qui l'on a demandé trop de performances pour leur capacité réelle [10] ils ont essayé de satisfaire malgré tout le demandeur, s’y sont essoufflés, y ont acquis une mauvaise image d’eux-mêmes, et demeurent toujours incompétents – déclarés malades – et désespérés. Pourtant l’on continue à s’acharner sur eux via rééducations, psychothérapies et autres médications : pour les Occidentaux performants et autoritaires que nous sommes, il semble inconcevable de prendre en compte leur incapacité à être autre chose que les enfants de nos rêves, et donc d'accepter leur demande à être reconnus comme limités -, ce que nous traduisons faussement par " malades ".

 

3. Du fonctionnement social dans lequel le sujet est pris, et partie prenante

 

Pensons d’abord à la famille, qui constitue une source d’influences actives variées et un pôle de référence pour qui l'être humain veut donner le meilleur de sa santé ou rester malade.

 

Entre autres, la famille, elle aussi, attribue des significations au fonctionnement et à la maladie de chacun de ses membres, complémentairement à l’image de soi qu’il s’élabore lui-même : parfois, ces représentations se rejoignent, et parfois pas ... parfois elles correspondent à la réalité objective de ce qui est en jeu, et parfois pas ...

 

C’est en bonne partie en fonction de cette réattribution, plus que des convictions du sujet dit malade et bien plus que de l'insaisissable " réalité objective ", que la famille va organiser sa propre réaction : par exemple, beaucoup d'enfants en échec scolaire sont vite vécus comme paresseux, de mauvaise volonté … les maladroits, comme intentionnellement agressifs … certains petits maux physiques se voient attribuer une dimension de gravité qu'ils n'avaient pas ... L'enfant finit par comprendre ces intentions qu'on lui prête et par y réagir, en s'y conformant ou en protestant.

 

Mais bien d'autres sources externes d'influence vont encore, soit faciliter la bonne santé, soit créer la maladie ou peser sur elle :

 

- grands-parents, conflits entre parents et grands-parents, au centre desquels l'enfant-otage se laisse assez souvent aller à dysfonctionner davantage, pour ramener la paix ou pour être le seul vrai maître de ces adultes en bagarre ;

 

- école, plus souvent centre de soucis pour l'enfant en difficulté qu'adjuvant de la réalisation de soi ; autoritarisme des écoles occidentales, qui oblige vite à passer par le certificat médical quand l’on veut s’en absenter ou se démarquer de certaines normes ( par exemple, jeunes filles immigrées qui - conformisme ou pas - déclarent ne pas vouloir " aller à la natation " et qui pour cela doivent " avoir un certificat " : dans la représentation de soi, dans l'image sociale que génèrent ces enfants et leur famille, y-a-t-il donc une maladie ?) ;

 

- influence des médecins eux-mêmes et du corps soignant ;

 

- impératifs sociaux, culturels, etc. ...

 

- on  peut évoquer enfin le rôle des déterminants socio-matériels où l’on considère non seulement l'environnement humain de l'enfant, mais aussi les composantes matérielles de son milieu de vie : éloignement de sa chambre par rapport à celle de ses parents, espaces verts ou non, propreté des toilettes à l’école, etc. …

 

B - Une autre modélisation est proposée dans le livre, La destructivité chez l'enfant et chez l’adolescent ( Hayez, Paris, Dunod, 2001 ). On la trouve au chapitre 2, paragraphe 1, p. 22-28, sous l'intitulé " Modélisation générale des facteurs à l'oeuvre et du fonctionnement des personnalités ".

 

Cette modélisation regroupe autrement les facteurs somatiques, intrapsychiques et sociaux : elle considère que l'on peut rassembler une partie d'entre eux sous le vocable " Prédispositions intrapsychiques d'origine externe " (PIEX) : trace opérante en nous, par imprégnation, de l’action de facteurs familiaux, sociaux, relationnels ou sociomatériels. D'autres peuvent être rassemblés sous le vocable " Prédispositions intrapsychiques endogènes " : place de notre équipement, en partie sous influence génétique. Ces deux prédispositions s'influencent mutuellement et il se constitue ce que nous avons appelé une " Prédisposition résultante ". Mais sur ces prédispositions, opèrent deux réalités intrapsychiques qui les transcendent :  l'intelligence ( notamment dans sa fonction de conscience réflexive ), et la liberté intérieure.

 

§ II. INTERACTIONS DES DETERMINANTS QUI NOUS CONSTITUENT

 

Les déterminants biologiques, psychiques et sociaux qui constituent partiellement l'être humain sont souvent en interaction. Mais à ce sujet, il faut se méfier des modes et s’efforcer de rester accueillants à ce qui se passe chez chacun. En vertu de quoi, on aura l'impression que :

 

- parfois, tous les facteurs se mettent en oeuvre simultanément, sans que l'on puisse vraiment parler d’influence réciproque, dans la direction de la santé ( enfant épanoui dans une famille heureuse ... et dans un pays riche ( ?) ou dans celle de la pathologie ( par exemple certains hospitalismes ... certaines familles maltraitantes ),

 

- parfois, il y a (large) indépendance dans le développement d’un facteur par rapport aux autres :

 

● indépendance chronologiquement primaire : par exemple certains enfants deviennent névrosés, autistes, malgré une excellente ambiance familiale : d’autres deviennent leucémiques, avec une personnalité normale : d'autres perdent leurs parents et leur psychisme n'en est pas pour autant maladivement désorganisé ...

 

● indépendance chronologiquement secondaire : des déboires, physiques, neurologiques, scolaires peuvent amener une mauvaise image de soi tenace, même après correction du trouble initial : le problème comportemental peut continuer, en liaison principale avec la mauvaise image de soi.

 

- Souvent, les déterminants s'influencent les uns les autres :

 

● bien que ce ne soit plus de mode de l'affirmer, nous pensons qu'il existe parfois des causalités principalement linéaires ( durables ou transitoires, avec une origine principale et un effet principal ) ; causalités dans la direction de la santé ou de la maladie ... Et donc, il existe des états de santé ou des troubles " réactionnels ",

 

● souvent, on a affaire à des causalités circulaires ... mais l'intensité d'énergie qui opère dans les différentes directions des boucles n'est pas toujours la même.

 

§ III - UNE ESQUISSE CLINIQUE : LE SCHEMA DES SOMMATIONS

 

Bien qu'il ne représente pas vraiment la réalité de ce qui est en oeuvre - et notamment pas la réalité des influences réciproques -, ce que nous avons appelé le " schéma des sommations " peut rendre service pour :

 

- bien comprendre que l'on n'est jamais ni complètement guéri, ni complètement malade : il n'y a jamais qu'un seuil clinique qui est dépassé ou non, et qui n'est pas nécessairement fixé par le seul sujet soi-disant sain ou malade ;

 

- concevoir des programmes thérapeutiques éventuellement multimodaux.

 

Nous en avons déjà présenté une esquisse, appliquée à l'énurésie, dans le syllabus " Introduction à la psychopathologie et à la psychiatrie de l'enfant ". Nous vous présentons à nouveau cette esquisse ( figure I ).

 

Puis, nous allons en " agrandir " les trois cases (catégories) principales : somatique, intrapsychique et sociale ( figure II A, B et C ). Dans chacune des cases, nous avons fait figurer un grand nombre de facteurs susceptibles de contribuer à l'énurésie.

 

Évidemment : - d'autres peuvent encore exister ;

 - tous ne sont pas à l'oeuvre chez le même enfant ;

 - ils sont mouvants ( nature, intensité ) au fil du temps.

 

Par définition, le schéma des sommations fait abstraction de leurs influences réciproques.


Figure I : Illustration du schéma des sommations, appliqué à un enfant énurétique

 

Enurésie primaire ( = propreté vésicale jamais installée ) chez Sabine, cinq ans et demi, enfant peu informée et peu éduquée à propos de la miction, intriguée et préoccupée par la question de la différence des sexes. et vivant dans un contexte familial impulsif, plutôt violent.

 

 

 

La même Sabine, toujours énurétique à huit ans : à supposer que l'on ait constaté la mise en place, chez elle, d'un problème névrotique " utilisant " l'énurésie déjà existante.

 

N.B. D'un point de vue formel, à gauche, nous avons construit le schéma des sommations avec des croix (++) qui représentent l’intensité attribuée à chaque sous-facteur et à droite, avec des sous-quadrilatères.

 

 

 

 

 

 

 

 

Figure II A. : Le schéma des sommations, en agrandi, case par case

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(Suite) : Figure II B.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(Suite) : Figure II C.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Troisième partie

Les étapes du diagnostic et du traitement

 

 

 

Chapitre I  Préambule

 

 

I. Il serait artificiel d'imaginer une sorte de chronogramme où, au début, l'intention du consultant 11 et le résultat obtenu par lui seraient strictement diagnostiques, et seraient suivis d'une intention et d'un résultat thérapeutiques. En réalité, les intentions sont plus mixtes, tout comme les effets obtenus.

 

Souvent, il existe d'emblée un effet thérapeutique ( ou pathogène ) lié à bien des paramètres qualités ( ou défauts ) de l'accueil  par le consultant ; effet libératoire (... ou anxiogène) de la parole qui se dit ; fantasmes liés, chez le client, à l'acte de consulter ( se sentir privilégié, pris au sérieux ... ou stigmatisé ) ; qualité des interventions précoces du consultant, etc ... .

 

Le plus souvent aussi, le processus diagnostique dure tout au long de la relation d'aide : parents et enfants ne cessent d'apporter des informations qui devraient conserver un statut mouvant " kaléidoscope diagnostique ...".

 

II. Au début néanmoins, l'intention explicite principale de beaucoup de consultants est de mieux comprendre la situation, l'être de l'enfant et de sa famille, tout en assumant qu'ils ne pourront jamais tout comprendre, et que leur intervention est immédiatement susceptible de s'avérer soulageante ou aggravante ; au fil du temps, et selon les tempéraments et écoles de chacun, l'intention thérapeutique se fait plus explicite, tout en assumant que le " diagnostic " de référence est toujours susceptible d'être remis en question. Partant de ces " intentions explicites principales " successives dans le chef du consultant, et, conscient d'être schématique, je distinguerai donc quand-même :

 

 

 

Chapitre II


Une étape qui se veut principalement diagnostique 12

 

 

§ I - LES PARTENAIRES DES ENTRETIENS

 

L'étape diagnostique peut démarrer d'un premier entretien, où l'on a laissé aux interlocuteurs familiaux 13 la liberté de choisir qui seront les membres présents.

 

Dans la mesure du possible, il y aura aussi un ou plusieurs entretiens avec l'enfant, consacrés à dialoguer avec lui, à interagir autour de supports dits " figurés ", " imaginaires " ou " projectifs ", ( jeux, dessins, marionnettes ...) et, plus inconstamment, à lui faire passer des tests. On veillera systématiquement à s'enquérir de l'état de santé de son corps et, s'il le faut, à ( faire ) demander des précisions ou/et examens complémentaires au sujet de celui-ci.

 

Souvent, il y aura aussi un ou plusieurs entretiens avec chaque parent séparément ou/et avec le couple parental ou/et avec chaque parent et l'enfant-problème ou/et avec les deux parents et l'enfant-problème ou/et avec toute la famille ou un autre type de sous-groupe familial.

 

Avec la permission des parents et, dans la mesure du possible, celle de l'enfant, on prendra également des renseignements ( écrits, téléphoniques ou via rencontre directe ) auprès de tiers : médecin traitant, enseignant, psychologue scolaire, travailleurs sociaux, etc ....

 

Beaucoup de souplesse donc pour organiser ces premiers entretiens, en fonction des circonstances locales et de la créativité de chaque consultant. Signalons néanmoins l'importance que nous attribuons au " colloque singulier " avec l'enfant, rencontré seul : c'est un moment où il peut abandonner les comportements-réflexes qu'il a en présence de ses parents, et beaucoup ne s'en privent pas !

 

Inversement, il ne s'agit pas de vivre cette excellente pratique comme une contrainte : un certain nombre d'enfants, notamment les plus jeunes et les plus anxieux, ne supportent pas d'être séparés de leurs parents, et il faut s'adapter !

 

Par la suite, nous distinguerons une seconde étape de " communication du diagnostic et  négociation du programme thérapeutique ". Redisons cependant que nous avons choisi une présentation schématique. Sur le terrain, les successions ne sont pas aussi rigides : les étapes se superposent plutôt comme des vagues. Les " communications du diagnostic ", par exemple, commencent souvent précocement, par petites touches, par approximations.

 

§ II - CENTRATIONS DES ENTRETIENS DIAGNOSTIQUES

 

Une écoute soigneuse de la plainte

 

Nous verrons vite (III) qu'il faut essayer de faire détailler, déployer ce qui est dit dans la première plainte c'est à dire la saisir à un niveau concret et, comprendre le contexte interactionnel dans laquelle elle se situe (" II ne mange pas " doit déboucher sur " Racontez une fois où il n'a pas mangé ... que se passe-t-il quand il ne mange pas ?") ... Au fond, ceci consiste à prendre au sérieux cette plainte initiale, à bien l'écouter, et à y revenir régulièrement comme à une référence (" Je vous rappelle que vous êtes venus me voir pour ...").

 

Bien sûr, une famille peut évoluer par rapport à une première plainte, changer de plainte en quelque sorte ... ou ne plus se plaindre de rien, mais il est toujours important de savoir au nom de quoi elle continue à nous fréquenter... et, parfois, l'aide se termine sans qu'ait commencé un processus de prise en charge officiel ( parce que nos interlocuteurs ne se plaignent plus ... ou parce qu'on ne parvient pas à les aider à moins souffrir ... on parce que l'on ne parvient pas à trouver un terrain d'entente sur ce que serait l'aide officielle ).

 

Cette écoute de la plainte ( éventuelle ) s'adresse à tous les partenaires ( familiaux ) que l'on rencontre, enfant inclus : lui aussi a quelque chose à dire sur " pourquoi il est là " : si l'on sait insister un peu avec bienveillance ... l'aider à dépasser sa prudence initiale (" Si tu ne sais pas pourquoi maman est venue avec toi, tu peux  imaginer ...").

 

II. De la (non-) plainte à la (non-) demande

 

Au delà de la plainte, qui est comme le cri de souffrance ou/et d'intolérance poussé par certains14, il faut essayer de comprendre dans quelle mesure il y a demande ( ou non-demande ) c'est-à-dire :

 

- Comment la famille identifie-t-elle le consultant et dans quel état d'esprit se trouve-t-elle par rapport à lui ? Attend-elle de lui quelque chose de positif ou de négatif, ou rien ? Est-elle disposée on non à opérer certains changements pour atteindre les objectifs qu'elle se fixe ( supprimer la plainte, l'atténuer, mieux vivre avec ) ?

 

En répondant à ces questions, on touche au champ de la demande ou de la (non) demande : s'il y a demande, les demandeurs sont prêts à " faire vraiment quelque chose " pour progresser dans le sens de la demande ...

 

Cependant, à l'inverse de l'exploration de la plainte, qui peut être plus rapide et explicite, se faire une idée de la (non) demande prend souvent du temps et procède plutôt par petites touches.

 

Chacune de ces " petites touches " gagne cependant à être précise, non allusive.

 

A - Une discussion préalable à propos de quatre subjectifs permet de mieux éclairer cette question de l'analyse de la demande :

 

1) Au moment où l’enfant se présente à la consultation, quatre " convictions subjectives  " sont souvent opérantes, avec une intensité et des nuances qualitatives très variables, allant dans le même sens ou en sens contraire, pour signaler qu'il y a " trouble ", " problème ", identifier celui-ci et cadrer, de façon très variable aussi, l'origine et le lieu d'exercice du trouble : sur l'enfant, sa mère, sa famille, son système de vie large, son école, l'institution médicale ... et parfois, c'est inverse, il s'agit de nier qu'il y a trouble et de confirmer qu’il y a bonne santé.

 

Il est essentiel de bien saisir la nature de ces " quatre subjectifs " :

 

● subjectif de la (des) personne(s) envoyeuse(s) ou/et de l'(des) institution(s) envoyeuse(s). Parfois très concrètement présente(s) dans la démarche de la famille, avec un poids contraignant ou une gratuité amicale, avec harmonie ou conflit : école, grands-parents, belle-soeur, juge, généraliste, travailleur social ... parfois plus lointains, mais tout aussi opérants : messages lus dans une revue, entendus à la T.V., lus sur Internet ;

 

● subjectif des parents ( considérés comme " les parents " pour la commodité de l'exposé mais, souvent, père et mère ont des points de vue différenciés ) et éventuellement, de la fratrie ;

 

● subjectif de l'enfant amené à la consultation ;

 

● subjectif du consultant qui le réceptionne.

 

2) Un très grand nombre de combinaisons sont possibles entre ces quatre subjectifs, combinaisons qui vont colorer le déroulement et les objectifs de la consultation. En voici quelques illustrations : (N.B. : SE = subjectif de l'envoyeur ; SP, des parents ; Se, de l'enfant ; Sc, du consultant ; SE +, motivation positive de l'envoyeur au sujet de la consultation : Se 0/-  indifférence : SE -, motivation négative) :

 

● SE +; SP (0/-) ; Se - ; Sc (+) : par exemple, une école fait pression pour qu'un enfant difficile consulte ; les parents sont légèrement hostiles à l'idée, mais n'osent pas la refuser, de peur que l'enfant ne soit renvoyé ; l'enfant est furieux ; le consultant estime de son côté qu'il y a un problème mais qui peut être à localisation variable : par exemple chez l'enfant, ou entre cette famille et l'école ...

 

● SE + ; SP - ; Se - ; Sc (0/ -) : même contexte, l'école est rigide et se met peu en question : le premier réflexe du consultant est de penser que l'école lui " renvoie la balle " de l'enfant " psychiatrisé ", alors qu'elle est, elle, en cause !

Risque : qu'il dresse encore un peu plus cette famille contre l'école, qu'il renvoie à son tour la balle de l'enfant, go-between, vers l'école ... A faire : bien comprendre les enjeux, et les faire comprendre ; essayer de mobiliser tout le monde ; ne pas affirmer trop vite que l'enfant n'a pas de problèmes.

 

● SE 0 : SP + ; Se - ; Sc (0/-) : apparemment, il n'y a pas d'envoyeur ferme externe à la famille : les parents sont très alarmés par un comportement de l’enfant ; celui-ci se sent normal ; le premier réflexe du consultant est également de penser que les parents exagèrent ...

Risque : minimiser, les renvoyer, donc les blesser et entretenir leur " doctor's shopping ".

 

● SE + , SP - ; Se - : Sc + : un envoyeur et le consultant sont d'accord pour dire qu'il y a un problème, dont la famille ne semble pas vouloir entendre parler ( par exemple enfant maltraité ... problème diagnostiqué dans des institutions externes à la famille , par exemple une obésité via l'inspection médicale scolaire ).

Risques inverses : démission trop rapide ou escalade symétrique.

 

B - Approcher l'état d'esprit de chacun

 

Chacun - le consultant inclus - étant engagé de la sorte dans la consultation avec ses idées, représentations et sentiments, on devine combien il est important de comprendre progressivement chaque état d’esprit ( attentes, craintes, méfiance, indifférence ...). Bien des questions permettent par petites touches, de s'en faire une idée ... bien des allusions également, voire des déclarations très claires et spontanées des clients, qu'il faudrait pouvoir saisir au vol et faire préciser ; par exemple :

 

- Par quel processus aboutissent-ils aujourd'hui chez le consultant ? Quelle est leur histoire socio-médico-psychologique antérieure ? Pourquoi ( éventuellement ) ont-ils désinvesti des consultants précédents ?

 

- Qui est surtout intéressé par cette consultation ? Qui y est plutôt hostile ? Qui a des inquiétudes à son sujet ( parmi les présents et les absents ) ?

 

- Qu'imaginent-ils que le consultant pourrait faire pour eux ? De leur côté, sont-ils prêts, ou non, à faire quelque chose pour atténuer la problématique ? Si oui, quoi ? Si non, que défendent-ils à travers cette position ?

( Et moi, consultant : comment est ce que je les " sens " ? Quelles sont mes pensées et mes sentiments les plus immédiats à leur sujet ?

 

De qui est-ce que je me sens proche, lointain ? J'aimerais pouvoir leur dire quoi, à propos de leur plainte et de leur démarche ? Etc. ).

 

III. Prendre des photos de famille

 

A - Ces " photos " peuvent être construites avec chaque interlocuteur, y inclus l'enfant en entretien individuel. Pour celui-ci on recourra éventuellement à des supports figurés ( dessins, jeux, etc. ... : dans la perspective qui nous occupe pour le moment, on lui demande d'y représenter des moments concrets de la vie de sa famille ).

 

En recourant au concept " photos ", j'ai à l’esprit ce qu'est un bon photographe : quelqu'un qui aime saisir la vie, telle qu'elle est, et qui " s'arrange " pour que cette vie s'exprime par sa patience. par sa bienveillance et son art de mettre les gens à l'aise, par sa discrétion et son art de se faire oublier, par sa subtilité, en fonction de laquelle il devine quel sera le " bon moment ", spontané, significatif, inattendu.

 

Un bon photographe ne corrige pas la pose de ses modèles pour qu'ils soient comme il le veut, mais il les prend comme ils sont, ce qui n'exclut pas de sa part précision, rigueur, patients cadrages.

 

En ces débuts de consultations, j'aime me comparer à un bon photographe, avec cette complexité supplémentaire que je dois aussi essayer de comprendre où je suis, moi, sur les photos : je suis aussi l'objet d'un transfert, d'une attente affective de la part de la famille qui consulte. Où me mettent-ils, par exemple, sur cette photo pénible ou l'on semble ne pas venir à bout d'un enfant au moment du repas ? Pourquoi sont-ils venus me consulter, moi ... Quelle image préalable avaient-ils de mon métier, de ma personne (cfr. II) ?

 

B - Parmi toutes les centrations possibles de photos, qui veulent chacune saisir un événement précis dans ses dimensions interactionnelles, une, bien utile, consiste à cerner la dynamique familiale autour de la plainte d'avant-plan. La plainte - " Il est énurétique, il ne fait plus rien ; il est méchant " -, c'est le nerf périphérique malade du corps familial : c'est autour de ce point de cristallisation que se sont concentrées la tension, la colère, l’angoisse. la dépression de la famille. Non seulement c'est respecter le narcissisme des parents que d'en tenir compte, mais c'est également très révélateur de la dynamique familiale que de comprendre finalement ce qui se dit, se fait, se vit ... ou est absent autour de la plainte.

 

Concrètement, il s'agit donc de bien saisir les attitudes et sentiments de chacun autour d’expériences concrétisant la plainte : si l'on parle d'un enfant " méchant ", se centrer sur l'une ou l'autre expérience où il a été vécu comme méchant ; trouver ce que chacun a dit, fait dans les minutes qui ont précédé, puis, pour y faire face ; situer aussi les absences de position ou de présence et leur raison d'être : mettre en place l'enchaînement de ces éléments : qui réagit à quoi, une première, une seconde, une troisième fois ; déterminer ce qui peut être raisonnablement considéré comme le début et la fin de la scène ; au-delà des actes et des mots, faire parler également des sentiments conscients qui se vivent.

 

C - Progressivement, photo après photo, la dynamique familiale prend forme souvent, pour bien la saisir, on aura également besoin d'autres centrations de photos, obtenues en partant de questions plus générales et de leurs concrétisations ponctuelles : que peuvent-ils dire encore du caractère de l’enfant ? Comment se déroule une journée " habituelle " de sa vie ? Comment voient-ils les relations dans la fratrie ? Comment le papa ( la maman ) se voit-il, et est-il vu fonctionner, dans sa fonction de papa ( de maman ) ? etc. ... Dans la réponse à ces questions, il y a donc intérêt à épingler l'un ou l'autre événement, et à développer à partir de lui une photo de famille où le rôle concret et les sentiments de chacun sont précisés.

 

D - Dans le chef du consultant, quel est l'état d'esprit le plus intéressant lors de cette démarche ?

 

- Une large bienveillance pour expérience de vie et les projets des clients : dans ce qu'ils sont et font, il n'y a ni absurdité ni - la plupart du temps - monstruosités, mais bien des positions, des paroles. des sentiments qui ont du sens à leurs yeux. La bienveillance porte sur ce sens, qui est original. Plus tard viendront d'autres dimensions de l'accompagnement : bienveillance n'est pas, ipso facto, approbation. Mais il ne faut pas se précipiter.

 

- L'activité et le courage du consultant, qui n'accepte pas d'emblée les vérités superficielles qui circulent, ni non plus que l'on se centre massivement sur l’enfant : avec délicatesse mais avec clarté, il doit poser les questions qui permettent de mieux comprendre tous les membres de la famille, au-delà du seul enfant qu'ils exposent d'abord.

 

- Corollairement, le consultant devrait souvent accepter que son ignorance, large ou partielle, ne soit pas le signe de son incompétence, mais plutôt des difficultés réelles ... ou/et hésitations d'une famille à bien se faire comprendre. Le consultant qui déclare et exploite son ignorance : " Vous savez, je ne comprends encore rien à ce qui vous arrive ; aidez-moi comprendre si vous voulez que je vous aide ", permet souvent que la situation se clarifie, et cela pour bien des raisons : il ne triche pas avec la réalité qui est opaque ; il accepte de se faire petit, plutôt que de garder le rôle d'un mage ; il introduit aussi une certaine dose d'angoisse, initiatrice de créativité, clans la dynamique des consultations : face à quoi bien des familles s'adapteront en s'expliquant mieux.

 

IV. L'anamnèse

 

A - Elle aussi peut être faite avec l'enfant seul (" Raconte-moi ton histoire ..."), avec les parents, le sous-groupe " enfant-parents ", voire toute la famille. Certains la facilitent et l'enrichissent en demandant d'apporter des albums de photos de famille, ou quelques photos estimées significatives, et en les commentant avec leur(s) interlocuteur(s).

 

B - anamnèse doit être considérée au sens large du terme, et porte sur plusieurs axes :

 

- l'histoire du trouble de l'enfant, y inclus les éventuels démarches et commentaires auxquels il a déjà donné lieu ;

 

- l'histoire de la vie de l’enfant, éventuellement avant sa conception ( comment le " désir d'enfant " a-t-il joué pour lui ?) : grandes interactions avec lui ; life-events ; histoire du corps aussi, de sa santé et de ses maladies ;

 

- l'histoire de sa famille : ce qui l’a fondée et la meut toujours ... qui sont les parents, etc.

 

- les relations de la famille et de l'enfant et de leur tissu social ;

 

- etc … .

 

C - Selon leur créativité, les consultants procèdent à cette anamnèse :

 

- en y consacrant explicitement une unité de temps et de façon systématisée, et sous une forme guidée par le consultant ;

 

- en y consacrant une unité de temps mais en se limitant aux libres associations des parents et de l’enfant, clans un premier temps ou définitivement ;

 

- par bribes ou morceaux, au fur et à mesure que des associations viennent aux interlocuteurs en cours de consultation ou/et que le consultant a envie de poser des questions.

 

N.B. 1 : En Amérique du Nord, on recourt fréquemment à des questionnaires structurés, à portée générale ou cernant un syndrome, énumérant des items cliniques précis. On les fait remplir par les parents et souvent, par l'enseignant, mais aussi par les enfants eux- même ( questionnaires " auto-référés "). ( Exemple, le K-SADS de Puig-Antich : kiddie-schizophrenic and affective disorders scale ; le CBCL d'Achenbach : children behavior checklist ). De telles pratiques sont encore balbutiantes chez nous ( sauf dans l'un ou l'autre champ spécialisé, comme celui de l'autisme [ passation du CARS, de l'ADI, du PEP ...] ).

 

N.B. 2 : Une information le plus souvent très intéressante, qui peut s'obtenir à partir d'une des démarches exposées jusqu'à présent ( I, II, III, IV ), ce sont les représentations mentales ... les modélisations que se font parents et enfants, à propos du trouble censé être-là. Il faudra assez souvent un coup de pouce du consultant pour s'en faire une idée (" Au fond, qu'imaginez-vous qui se passe ? Qu'est-ce qui a bien pu faire qu'on en arrive là ? Qu'est-ce qui pourrait bien améliorer la situation ... "). Les réponses obtenues dans ce domaine sont parfois bien éclairantes pour que le consultant se fasse une idée de la situation, pour orienter le programme thérapeutique ... De toute manière, il faut se situer par rapport à ces représentations lorsque soi-même, on communique ses impressions ...

 

V. Examens complémentaires spécifiques

 

Je serai bref à leur propos, la connaissance détaillée de leur contenu relevant soit d'autres disciplines ( pédiatrie, neuropédiatrie ), soit d'autres cours ( testologie ) :

 

A - Connaissance de l'état somatique de l'enfant

 

1) Il est le plus souvent indispensable d'avoir des idées claires à ce sujet. C'est évident lorsque la plainte porte sur une somatisation, au sens large du terme ( maux de ventre, énurésie, nervosisme, etc. ...). Mais, rappelons que le corps est susceptible d'être impliqué dans tout symptôme, ( par exemple composantes épileptiques de certaines terreurs nocturnes ... changement de comportement et assombrissement de l'humeur de grands enfants commençant une tumeur cérébrale ... irrégularités de défécation et présence de vers intestinaux ... petite taille et problème hypophysaire ). Parfois, on trouve un élément lésionnel ( au sens large du terme ), objectif, dont il faut tenir compte, sans y réduire l'explication de tout ce qui se passe ... plus souvent, on doit spéculer sur quelqu'immaturité ou hypersensibilité, ou sur une caractéristique à la limite du somatique et du psychique, c'est-à-dire une composante du tempérament :

 

Par exemple, tel enfant a une prédisposition à l'angoisse ( basalement, indépendamment de toute " erreur " éducative ou de toutes répétitions d'événements menaçants ) : il est bien possible que son génome y soit pour quelque chose, qui a accru chez lui le nombre de récepteurs cérébraux qui, stimulés, déclenchent le sentiment anxieux, voire des idées ou des images d'angoisse ... mais on peut se demander si des " facteurs épigénétiques " - comme des événements menaçants très précoces, pendant la grossesse - n'ont pas également favorisé la multiplication de ces récepteurs ; quoi qu'il en soit, c'est devenu pour lui de l'équipement somatique ...

 

2) Donc les non-médecins gagneraient à s'enquérir activement du bilan somatique, le plus souvent réalisé par d'autres. Voire, à le demander, comme complément indispensable de leurs investigations, si les parents n’ont pas spontanément pensé à les réactualiser. Ils le feront en veillant à se concerter dans toute la mesure du possible avec les médecins qui exploreront le champ somatique et, s'ils ont le choix, en s'adressant à ceux qui sont réputés pour leur bon sens clinique ( modération dans les examens demandés ..., non-revendication totale du malade, même si une composante organique est mise en évidence ).

 

3) Par ailleurs, il existe actuellement un courant de pensée organiciste qui plaide pour une étiopathogénie organique pour beaucoup de troubles que, jusqu'il y a peu,  nous avions tendance à expliquer par psychogenèse ( exemple, l'anorexie mentale serait due à un déséquilibre des centres de la faim ... les tics, tout comme les troubles obsessionnels compulsifs, à des particularités neurochimiques voire anatomiques cérébrales ...). Il faut être à l'écoute de ces idées, mais se souvenir qu'elles restent très largement spéculatives ( comme le furent certaines des nôtres, psychogénétiques ) ...

 

Pour explorer le champ somatique, notamment cérébral, on dispose d'outils qui, en allant du plus simple au plus compliqué, sont :

 

a) L'examen clinique somatique général ( interrogatoire, anamnèse, examen du corps ...), avec éventuellement prise de sang " de base ", et analyse d'urines : plus particulièrement, l'examen clinique neurologique ; des épreuves simples d'examen de la parole, du langage, de la vision et de l'audition, de l'attention, etc. mise en évidence d'une anomalie morphologique ... d'une anomalie d'organes ... d'un foyer infectieux ou inflammatoire qui pourrait ( contribuer à ) expliquer fatigue, changement d'humeur, irritabilité ... signes cliniques neurologiques évocateurs d'immaturité, voire d'un atteinte cérébrale plus spécifique.

 

b) Ce qu'on appelle imagerie médicale, et électrophysiologie, appliquées au cerveau, apportent surtout des renseignements indubitables si l'on repère une lésion ( tumeur,  foyer irritatif épileptogène ) ou si l'on enregistre des décharges électriques cérébrales franchement pathologiques ( type épileptique ) en dehors de toute lésion apparente ( EEG ; EEG de 24 heures ).

 

Plus souvent, les renseignements apportés ne sont que discrètement déviants, par rapport à un cerveau dit standard. et on ne sait pas très bien quelle proportion de la population en est porteur et quelles conséquences précises ils ont. Ces déviances sont donc d'interprétation difficile : rien ne permet vraiment actuellement de démontrer indubitablement ni qu'elles sont strictement pathogènes, ni à l'inverse. que ce sont plutôt des caractéristiques individuelles sans effet sur le fonctionnement.

 

L'appareillage relatif à ces techniques est devenu de plus en plus complexe : EEG ;  EEG de 24 heures, computérisés en cassette ; potentiels évoqués : Rx simple, mais également scanners, REM ( résonance magnétique nucléaire ), voire PET-scan ( scanner pris lors de I’émission de positrons après ingestion de liquide radioactif marqueur, etc.).

 

c) On peut raisonner de la même manière à propos des résultats des examens neurochimiques : certains révèlent indubitablement des maladies métaboliques déjà bien répertoriées, voire nouvelles ( souvent génératrices d'arriération mentale ou/et de psychose ou/et de détérioration mentale [ démence ] ), l'interprétation d'autres résultats est nettement plus spéculative ( par exemple, variation du taux de la sérotonine plaquettaire chez certains  autistes ... mais qu'en est-il dans la population générale ?)

 

d) Les apports prometteurs de la génétique 15 sont les suivants :

 

● établissement de généalogies : c'est en établissant des arbres généalogiques que les généticiens mettent en évidence que des maladies anormalement fréquentes chez les personnes apparentées à leur patient, pourraient être " familiales " : par exemple, les enquêtes épidémiologiques montrent que les risques de schizophrénie sont de 13 % si le père ou la mère est atteint et de 9 % si c'est un membre de la fratrie. Ce risque descend à 3 % pour un apparenté au second degré.

 

Il s'agit très probablement d'hérédité " multifactorielle " : nécessité de la présence simultanée de plusieurs gènes morbides et de facteurs d'environnement ( physique ou/et psy ).

 

● syndromologie clinique : l'étude clinique soigneuse des signes dysmorphiques et des associations malformatives chez un enfant permet de poser un diagnostic clinique. La maladie décelée inclut parfois très strictement des spécificités, jusque dans les troubles du comportement !

 

C'est ainsi, par exemple, que l'on rencontre les caractéristiques suivantes chez les enfants atteints du syndrome de Williams : personnalité amicale, bavarde ( cocktail-party manners ) avec une diminution moindre des performances verbales et de mémoire que celle des performances des fonctions motrices.

 

● analyse chromosomique : les anomalies du nombre des chromosomes et de la structure de ceux-ci s'accompagnent presque toujours de retard mental à des degrés divers lorsque les autosomes ( chromosomes non sexuels ) sont impliqués. A ces retards s'ajoutent bien souvent des troubles du comportement : boulimie dans les délétions du chromosome 15, timidité dans la trisomie 8 . ...

 

Au niveau des chromosomes sexuels : retard mental lié au sexe : l'existence d'un chromosome X avec site fragile s'accompagne souvent de retard mental et, parfois. troubles autistiques. Un comportement hyperkinétique existe également plus souvent chez eux.

 

Les anomalies importantes du nombre de chromosomes sexuels ( 4 X, 2 XX et 2 YY ...) s'accompagnent également de troubles intellectuels, de dysmorphies et d'un développement psychologique spécifique.

 

Par contre, la présence de deux chromosomes Y chez un garçon ne permet pas de préjuger de l'adaptation sociale ultérieure de ce sujet.

 

● les études de l`A.D.N. en biologie moléculaire permettront vraisemblablement dans l'avenir de déceler de plus en plus de sites génétiques franchement pathologiques, avec leurs conséquences précises et très variées.

 

e) Et il y a encore les apports des examens dits paracliniques liés à des organes ou systèmes susceptibles d'être défectueux : par exemple, examen de l'appareil urinaire ( avec une certaine modération : il ne me semble pas indispensable d'aller jusqu'à mesurer la pression intravésicale. par manomètre, pour démontrer (?) qu'une vessie est probablement " pédiatrique ", c'est-à-dire immature et se déchargeant compulsivement lors d'un faible remplissage ) ...

 

B - Utilisation de matériel projectif lors des entretiens avec l'enfant, observation de son  comportement et recours aux tests

 

Ces techniques sont largement expliquées dans d'autres cours. Je me contenterai donc de deux remarques à leur propos :

 

1) elles ne devraient pas constituer un refuge immédiat pour consultant inexpérimenté, phobique ou en mal d'imaginaire  infantile. Il ne faut pas sous-estimer la capacité de l'enfant à " parler sérieusement ... pour du vrai ", directement, de ce qui lui arrive, pour peu qu'il soit interpellé avec délicatesse et avec des termes adaptés à son âge.

 

Un enfant de trois ans peut déjà faire comprendre son vécu propre, d'abord directement, et je pense que c'est d'abord dans un échange de mots sur le concret de sa vie et de ses sentiments, et sur ses idées, qu'il faut se situer ... et qu'il faut revenir régulièrement ( idée générale : au fond, pourquoi se rencontre-t-on ? et puis. au fil du temps : pourquoi continue-t-on à se parler ? )

 

2) inversement, il ne faut pas sous-estimer l'apport complémentaire des échanges qui ont lieu autour du matériel dit figuré ... ni l'apport très riche des tests. Il est regrettable que ceux-ci soient parfois décriés, notamment les tests projectifs : avec quelque spéculation - bien sûr - ils permettent souvent d'approcher des dimensions du vécu de l'enfant complémentaire à celles qu'il expose en entretien verbal ... En outre, on peut certainement en faire une utilisation dynamique, à l'intérieur de la relation consultant-enfant : il peut s'avérer très intéressant d'y reparler des " résultats " et d'écouter les commentaires de l'enfant à leur propos. Enfin, à tout le moins est-il important de les garder en mémoire pour orienter ses interventions futures.

 

 

Chapitre III

Communication d'une impression diagnostique

et négociation d'un traitement

 

 

§ I - LES REFORMULATIONS EMPATHIQUES

 

1. Reformulations ponctuelles et progressives

 

A - Dans le même temps que le consultant explore la situation avec les moyens qui viennent d'être décrits, il peut faire des commentaires à haute voix, sur un mode empathique : au fur et à mesure qu'il pense comprendre mieux les comportements et les sentiments vécus par ses vis-à-vis et certaines de leurs raisons d'être, il peut leur faire part de ce qu'il saisit. D'abord de façon très partielle et très modeste, et puis, en mettant progressivement ses impressions ensemble : " Il semble que ( tel acte, tel sentiment ) est vraiment caractéristique      de vous ( de votre famille ... ) ".

 

Ces paroles de reconnaissance revêtent donc bien des formes et nuances :

 

1) Parfois, ce sont des reflets, dans le sens strictement rogérien du terme : " Vous aimez de ... il vous semble que vous doutez …            vous vivez donc un sentiment d'angoisse lorsque ... ". Ces reflets, d'abord très ponctuels. le consultant essaie progressivement d'en souligner les convergences : " Déjà tantôt, vous disiez que ... cette prise de position me semble bien importante pour vous " ...

 

Il peut aussi en relever les contradictions, mais pas dans une perspective critique, pas pour en faire reproche à ses vis-à-vis : il les leur " renverra verbalement " avec sérénité, parce que l'être humain - lui inclus - est constitué aussi par des bricolages mentaux et des contradictions ... il essaiera d'en comprendre le sens et d'en imaginer les répercussions actuelles sur eux-mêmes et sur leurs proches.

 

2) Ces paroles de reconnaissance sont également faites d'hypothèses, d'idées qui viennent au consultant, de propositions qu'il renvoie à ses vis-à-vis sur un mode personnalisé, non péremptoire, en montrant qu'il est en recherche avec eux pour bien comprendre. Parfois même. il aura à leur dire que, à ses yeux aussi, ce qui se passe reste encore mystérieux : '' J'ai l'impression que maman te gronde, tu penses peut être que ...".

 

Si, en entendant parler ses vis-à-vis, il vient au consultant une idée sur les dynamismes susceptibles d'être en jeu pour rendre compte et de la souffrance et des ressources opérantes dans leur famille, il aura tendance, ici, à ne pas la garder pour lui. " Dynamisme ". doit être entendu dans un sens très large, qui tient compte de la multifactorialité évoquée tantôt : " Pour comprendre toutes ces difficultés que vous me racontez, je me demande quel rôle joue son  corps, sa constitution ... Le soutien  que vous vous apportez est déjà très effectif : malgré cela, il reste            désobéissant : continuons à chercher pourquoi, … ".

 

B - Et c'est ainsi que le consultant construit petit à petit une sorte de tableau impressionniste, exposé au regard et à la critique de ses vis-à-vis et corrigé éventuellement par eux lorsqu'ils pensent qu'il se trompe : il en résulte alors un échange d'idées, un accord plus harmonieux, ou même la déclaration d'une différence de compréhension, mais existant sur un mode respectueux de chacun.

Ainsi esquisse-t-on petit à petit quelques grandes lignes autour du sens de ce qui se déroule.

 

Cela reste néanmoins une modélisation imparfaite, incomplète, partiellement spéculative. Il y reste des " blancs ". des secteurs laissés provisoirement en suspens : zones trop " brûlantes " dont le décodage trop rapide n'amènerait qu'un surcroît de résistance ... mais aussi zones qui restent opaques : à l'avenir la compréhension progressive de ces lacunes de sens apportera peut-être un soulagement dans l'accompagnement d'un problème.

Même si des facteurs opérants restent inaccessibles, une compréhension encore partielle du sens des dynamismes en jeu rend plus viables les relations qui se tissent autour du problème :

 

Je pense à Patrick ( treize ans ), très intelligent, sensible, mais extrêmement dépressif et présentant angoisse de séparation et phobie scolaire ... Vulnérable à la moindre remarque de ses professeurs, très peu confiant en lui, blessé par les moqueries de ses camarades, sentant son père comme un être inaccessible ...

 

Pourtant, petit à petit, " le blanc " que constitue sa relation à sa mère permet d'éclairer et de trouver l'amorce d'une solution : la mère se sent seule, à moitié délaissée par un mari très occupé et souvent absent du domicile pour des raisons professionnelles : bien qu'elle s'en défende, elle est ravie de la présence de Patrick à la maison ... et d'autre part, la même mère est une femme forte, qui exerce sur ce jeune adolescent un contrôle et une emprise dont il ne cesse de se défendre : l'on doit accepter bien évidemment que ces lignes de forces affectives ne se dégagent pas lors des premières séances et des premières photos, mais seulement. au moment où chacun se sent en confiance et a la certitude qu'il peut être accueilli, avec ses compensations, son originalité, ses caractéristiques qui sortent des modèles standards.

 

III. La reformulation de synthèse

 

A un moment donné, souvent après quatre ou cinq consultations - mais c'est variable d'un cas à l'autre -. l'on aura un faisceau d'impressions suffisamment convergent, même s'il subsiste ici et là des " blancs " significatifs, que pour risquer une reformulation de synthèse. J'y attache une certaine importance, parce qu'elle va permettre de se clarifier les idées, de se situer à nouveau en face de la plainte et d'ouvrir un programme de travail pour l'avenir.

 

Cette reformulation de synthèse gagne à comporter les caractéristiques suivantes :

- elle est simple, non psychologisante, non intellectualisante ;

 

- elle ne veut pas tout expliquer, elle laisse des incertitudes " C'est peut-être à cause de cela que ..." : elle se contente de pointer quelques éléments en jeu, tant ceux qui contribuent au problème que d'autres, qui esquissent des solutions possibles. Elle insiste plus sur les facteurs d'entretien " probables " que sur les mécanismes générateurs " avec certitude " ;

 

- elle insiste au moins autant sur les ressources, les richesses pédagogiques et humaines qui circulent déjà ou pourraient circuler dans la famille, que sur les défaillances multifactorielles qui contribuent peut-être à entretenir le problème ;

 

- elle est transactionnelle : elle met en jeu et les adultes et les enfants ... et le corps -le cas échéant -, et l'esprit.

 

Dans le cas du jeune adolescent qui vient d'être évoqué, la reformulation de synthèse pouvait faire appel à une ambivalence qui se trouvait probablement opérante pour le moment et chez le jeune et chez la mère, à propos de cette seconde étape de la vie qu'est l'adolescence. On pouvait signaler aussi l'absence d'indications données pour le moment par le père : Quelle ligne de conduite proposait-il à son fils ? Quels ordres et interdictions lui donnait-il ? : tout cela brillait par son absence ! On pouvait signaler aussi parmi les ressources existantes : la délicatesse des adultes qui empêchait des conflits de dégénérer : la sensibilité du garçon, qui supportait mal l'idée d'un chagrin chez sa mère, etc. .

 

§ II - PROPOSITIONS DE TRAVAIL ET LIBERTÉ DE CHOIX

 

Une fois que la reformulation de synthèse est discutée avec les parents et l'enfant - avec des  mots adaptés à son âge ! - et que nous arrivons avec eux à des impressions communes, nous en arrivons tout naturellement à évoquer un programme de travail. Il comporte, en proportion variable, des parties psychologiques, sociales et somatiques.

 

Parfois, il s'agit seulement de prolonger dans le temps la réflexion vécue qui a été amorcée, et de la prolonger avec tout le groupe familial ou certains de ses partenaires. Parfois, d'autres propositions se formulent : une psychothérapie, la prise d'un médicament, un aménagement social ou scolaire ...

 

Il ne s'agit pas d'obtenir une réponse rapide et superficielle, mais d'entamer une nouvelle réflexion au sujet des propositions faites. Bien qu'existe, sur le terrain, une dialectique entre ce que l'on pourrait appeler une option de principe et une option appliquée, je les distinguerai pour  les besoins de l'exposé :

 

I. L'option de principe

 

Bien que nous ayons souvent mis en évidence l'existence de facteurs insatisfaisants somatiques, intrapsychiques ou/et sociaux, il n'est pas certain qu'il soit ipso facto possible que l'enfant ou/et ses parents se mobilisent pour les réduire. L'homéostasie, c'est-à-dire le maintien de l'équilibre actuel, peut avoir du sens, et nous devons indiquer à nos vis-à-vis que nous pouvons les comprendre au cas où ils choisiraient de ne pas faire de démarche supplémentaire.

 

S'ils choisissent et s'efforcent de progresser vers un changement - qui s'est assez souvent déjà amorcé au cours des entretiens précédents - c'est bien. Mais s'ils choisissent d'en rester là, et de ne pas mettre en oeuvre plus avant les actions qui permettraient peut-être de dépasser les blocages actuels, c'est très souvent bien aussi : à nous d'y voir l'indicateur de leur sagesse ou/et du droit qu'ils se donnent à reconnaître leurs limites, d'équipement et autres, ou même à en mettre, parce qu'ils ne désirent pas faire plus 16.

 

Ce n'est pas toujours facile à accepter : pensons par exemple à l'enfant qui serait pris en otage entre deux parents séparés, en fort conflit, et qui font tout pour se l'arracher. Il faut trouver un bon chemin de paroles où :

 

● L'on insiste d'abord du mieux que l'on peut, pour essayer d'apaiser la situation entre les adultes.

 

● Si on y échoue, on essaie de garder le contact avec l'enfant, pour lui donner un espace de paroles personnel, et l'aider à s'adapter à cet enfer.

 

● Et si c'est refusé ? ? C'est ici qu'il faut souvent avoir l'humilité d'accepter les nôtres,  de limites, les limites à convaincre pourrait-on dire : il faut pouvoir mettre l'aide en suspens, parce que l'insistance ferait encore plus de dégâts.

 

Dans d'autres cas, moins dramatiques, notre propre état d'esprit peut être lui-même plus incertain : nous sommes prêts à accompagner nos vis-à-vis s'ils veulent faire le pari de l'aventure de la parole et des efforts de changement, mais nous ne sommes pas des mages qui peuvent leur garantir ipso facto que ce sera un succès : nous cherchons donc avec eux ce qui est le plus sage.

 

Inversement, nous ne désirons pas donner l'impression d'être des défaitistes. qui décourageons les clients d'approfondir leur réflexion personnelle et leurs actes de mobilisation. Nous leur indiquons certainement, et les objectifs positifs qui peuvent exister, et les moyens d’y tendre : mais nous essayons de ne pas les suggestionner, tout simplement.

 

Il. L'option appliquée

 

A - Un certain nombre d'enfants et/ou parents se découvrent progressivement preneurs pour aller plus loin et, en réponse à leur demande d'information, on peut leur indiquer les moyens auxquels on pense. Ici, et bien qu'il soit impossible d'indiquer la frontière avec la dernière précision, l'on sort de l'étape diagnostique. Et l'on en sort de façon claire : une aide se demande, l'on sait qui la demande, ce qui est demandé, et l'on sait pourquoi avec quels objectifs et dans quel état d'esprit : par exemple " On va donc se revoir entre adultes, et nous sommes d'accords pour réfléchir à l'autorité, à ce que vous vivez, à la maison, en exerçant votre autorité. "... " Nous allons essayer de comprendre en quoi pourrait consister une valorisation plus grande de votre fils " ... " Marc va faire l'expérience d'une rencontre avec Mme X, et il nous dira dans un mois s'il désire continuer à travailler avec elle, ou non " ... Commencent ici les thérapeutiques qui seront décrites dans le chapitre suivant.

 

B - Dans d'autres cas, parents, enfant et consultant se heurtent tous à la limite, du possible ( ... ou du profondément désiré ) : bien sûr, chacun continue à souhaiter que le problème de l'enfant disparaisse ... mais personne ne peut imaginer de mettre en oeuvre l'énergie et les moyens qu'il faudrait pour y arriver peut-être ; nos vis-à-vis ne peuvent pas faire le pari - ou prendre le risque - d'une reconversion de soi, ni des habitudes qui ont été prises. Mieux vaudrait alors qu'il ne s'en suive pas une phase de colère, ni de dépression, mais que le consultant aide à l'installation d'un deuil partiel : deuil d'un rêve, deuil d'une attente excessive sur l'autre, deuil d'une intervention magique de la part des soignants :

 

"Je peux comprendre que cet effort personnel de réflexion et d'adaptation vous paraisse ( impossible, dangereux, non souhaitable ) ... mais, selon moi, c'est à partir de lui que votre enfant aurait pu changer ... Si rien ne se passe maintenant, quels vont être vos sentiments ? " Cette thérapie aurait pu l'aider, peut-être, mais il ne la souhaite pas, et c'est son droit d'être humain ". " Comment pensez-vous que vous allez réagir, dans les jours qui suivent, à cette décision que vous venez de ( qu'il vient de ) prendre ? Quels sont vos sentiments à ce propos ? " …

 

Et c'est maintenant que, à partir de - et au delà de - son acceptation de leur refus. le consultant peut les aider à un deuil : en entendant leur éventuelle colère ou amertume du moment, mais en n'y restant pas noyé avec eux. Leur refus connote peut-être qu'ils seront confrontés au problème initial pendant un temps indéterminé,  mais ils doivent viser à s'y adapter, tout comme nombre de personnes handicapées parviennent à bien s'adapter à leur handicap. Ils peuvent réinvestir leur énergie autrement qu'en s'acharnant à venir à bout du problème, etc. . Et puis, ils peuvent garder l'espoir qu'à la longue, la vie arrangera les choses ( au fond, c'est quand même vrai que la plupart des énurésies persistantes jusque-là disparaissent à la puberté ... ). Inversement, il faut se montrer vigilants pour que ne s'installent pas ici des issues stériles : en vouloir à l'enfant qui ne fait pas le cadeau de guérir : s'en vouloir à soi, comme parents, parce que l'on n'aurait pas eu " le courage " d'aller plus loin : en vouloir au consultant, que l'on déclare incompétent là où il est simplement respectueux de la liberté d'autrui, et entrer dans le " doctor's shopping ".

 

C – Signalons enfin que la décision claire et unanime d'aller plus loin, ou celle d'en rester tous là, ne sont que les extrêmes d'un gradient de possibilités.

 

- Souvent, la clarté n'est pas obtenue. et le consultant tranche à un certain moment à partir d'une impression raisonnable qu'il a. Ou alors, il maintient l'incertitude comme principe dynamique et il fait du travail thérapeutique en déclarant qu'il n'en fait pas encore.

 

Par exemple, à propos d'un couple parental et conjugal en crise : " Je ne suis pas convaincu qu'il faut viser à une meilleure communication entre vous, comme le pense Madame, ni du contraire non plus, ce qui serait plutôt le point de vue de Monsieur. C'est vrai qu'il y a déjà eu beaucoup de malentendus entre vous, et aussi que vos tentatives de rapprochement vous ont parfois blessés. Je voudrais mieux comprendre avec vous où est la sagesse : maintenir ce qui vous lie, et vous divise maintenant, ou viser autre chose. Je vous fixe un autre rendez-vous pour en reparler ... ".

 

- Dans d'autres cas, certains membres de la famille sont d'accord pour aller de l'avant, et d'autres non : la réponse à celle situation se fait au cas par cas : ici, on maintient l'incertitude, tout juste comme je viens de l'évoquer, parce que cette divergence d'avis est significative d'une rivalité et d'une opposition habituelles entre les membres de la famille ... là, on " marche " avec ceux qui en veulent, parce que l'on estime que ce sera bénéfique pour eux et pour tout le monde, et accepté par les autres ... Ailleurs, on ne fait rien du tout, parce que ceux qui refusent d'aller plus loin  seraient très menacés et saboteraient le travail des autres, ou parce que celui qui s'engage ( à une thérapie individuelle par exemple ) peut trop protéger le confort des autres et permettre que se maintiennent trop d'attitudes inadéquates dans sa famille.

 

 

Chapitre IV


Une étape qui se veut principalement thérapeutique

 

 

Voici l'éventail des principaux moyens thérapeutiques dont nous disposons pour accompagner l'enfant-problème et sa famille. Nous insisterons surtout sur celles qui ne font pas l'objet d'autres enseignements à la Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation :

 

§ I - ORIENTATION D'UNE FAMILLE VERS UNE THÉRAPIE FAMILIALE

 

I. Ici le consultant fait l'hypothèse que le problème présenté par l'enfant exprime, au moins dans une certaine mesure, des difficultés opérantes dans le système familial, (distorsion dans les communications ... doubles messages ... incohérence ... confusions quant aux limites du territoire de vie de chacun ... malentendus dans les images que les uns se font des autres ... angoisse liée aux forces naturelles des familles 17, comme par exemple l'ambivalence entre le désir de partage et celui d'intimité, le désir d'autonomie des adolescents. etc. .). En outre, le consultant pense que les forces vives de la famille peuvent être mobilisées, au moins de façon majoritaire : il a l'intuition que le système familial dispose de ressources et forces au-delà de ses blocages actuels et qu'il peut s'engager dans une recherche, s'ébranler, dépasser les impasses d'aujourd'hui :

 

II. Dans ces familles où existent des faiblesses et des forces qui en font des indications préférentielles de thérapie familiale, on constatera souvent au point de départ :

 

- des relations enchevêtrées : une individuation faible d'un ou de plusieurs membres ( avec des symptômes liés aux séparations : phobie scolaire, troubles du comportement très bruyants d'adolescents qui ne savent prendre ni une place différenciée, ni un vrai envol ) ;

 

- une grande difficulté à se communiquer clairement des projets et idées personnels, des sentiments, tant agressifs que tendres. C'est le cas, par exemple des familles " psychosomatiques " où toutes les tensions sont abréagies en phénomènes physiques, ou encore des familles à bouc-émissaire ( ou à patient sur-identifié ) qui ramasse sur lui toutes les tensions et occulte qu'elles puissent exister ailleurs

 

- si l'on se réfère à une nosographie plus classique, ce sont précisément les familles où les thérapies individuelles sont plus malaisées : l'enfant - ou d'autres membres - sont déclarés : " caractériels ; troubles du comportement et de la personnalité : psychotiques ou borderlines ; psychosomatiques ".

 

§ Il - LA GUIDANCE DES PARENTS 18

 

A - Souvent c'est le consultant responsable des premiers entretiens qui annonce et continue cette guidance, avec un ou les deux parents, après adhésion de ceux-ci à l'idée d'une réélaboration de certaines de leurs attitudes ; plus rarement, il y a réorientation vers un autre consultant.

 

B - Les indications d'une guidance parentale qui existerait à elle seule sont assez largement superposables à celles de la thérapie familiale : ici aussi, on fait l'hypothèse que certains membres de la famille - les parents au moins - pourraient améliorer la situation s'ils utilisaient plus efficacement leurs ressources naturelles et/ou s'ils sortaient de certaines impasses où ils se sont mis : en outre ou estime que ces mobilisations ne relèvent pas de l'utopie ( d'où l'importance dans les premiers entretiens, d'une étape de prise d'options prudente et soignée ), et qu'ils sont assez forts pour supporter des mises en question.

 

Pourquoi alors penser à des guidances plutôt qu'à des thérapies familiales ?

 

- parce que le consultant le veut ainsi ( tempérament, habitudes de travail, envie de rester travailler avec ces parents-là ) ;

 

- parce que la famille le veut ( barrière trop stricte des générations. refus ( les parents ou des enfants d'être mis en présence les uns des autres : refus des enfants de collaborer à l'amélioration du problème ) ;

 

- parce que au moins dans un premier temps, la confrontation directe des deux générations ne donne lieu qu'à des affrontements ou des disqualifications stériles ;

 

- parce que les familles et/ou les consultants ont des visées modestes ( souvent, la guidance à des objectifs dont la nature est similaire à celle des thérapies familiales mais dont l'intensité est plus modeste ).

 

C - La guidance parentale gagne cependant à être couplée à des entretiens thérapeutiques ( thérapie de soutien ), rythme variable, avec l’enfant. A certaines séances, on peut aussi prévoir des entretiens familiaux ( parent(s) - enfant problématique, et peut-être fratrie ).

 

En outre, une guidance parentale a tout son sens, même lorsque enfant adhère à une thérapie ou rééducation individuelle bien structurée : tout le poids du travail ne doit pas reposer que sur lui et les parents se sentent légitimement mis l'écart si l'on ne les écoute pas, eux aussi.

 

§ III - LA REORIENTATION DES PARENTS VERS UNE PSYCHOTHERAPIE PERSONNELLE OU CONJUGALE

 

C'est une idée qu’il ne faut ni surestimer, ni fuir absolument. Il ne faut pas la surestimer parce que, même quand un parent ou le couple parental nous semble souffrir chroniquement et de façon importante, il ne faut pas oublier qu'il a choisi de consulter pour l'enfant, ce qui veut dire probablement qu'il a certaines angoisses et résistances à s'entendre mettre en question personnellement. Donc, la délicatesse reste de mise. Par ailleurs, il est dommage de ne pas signaler aux parents qu'existent certains moyens d'aide et de réflexion personnelle, qui permettraient à chacun de se sentir mieux. A chacun, c'est-à-dire eux, mais aussi, par ricochet, à l'enfant pour qui ils ont de la sollicitude : il ne faut certainement pas escamoter l'idée de l'intérêt indirect pour l'enfant : " Si vous voulez vraiment, le plus radicalement, rendre service à Luc, vous pourriez peut-être faire une réflexion plus profonde sur et pour votre propre personne ".

 

N.B. : On peut raisonner de la même manière si l’on envisage de proposer un médicament psychotrope à un parent.

 

§ IV - LES PSYCHOTHERAPIES D'ENFANTS

 

I . Au fil de ces années, il a existé une mobilisation profonde dans la conception des thérapies de l'enfant. Nous y ferons référence en annexe du présent chapitre, en vous présentant de larges extraits de l'article " Quelles psychothérapies pour les enfants d'âge scolaire ? ".

 

II. Pour le moment, contentons-nous d'énumérer les principales psychothérapies existantes.

 

A - La psychothérapie individuelle ( d'inspiration ) analytique, la psychothérapie ( néo-)rogérienne : invitation à se dire, au-delà du superficiel, avec ses interrogations de vie, sa souffrance, l'originalité de ses idées ... et possibilité d'être écouté ... Ces deux formes de thérapie individuelle sont les plus pratiquées en Belgique, tant dans les centres qu'en consultation privée.

 

Elles présentent un large socle d'objectifs, de valeurs et de méthodes commune autour de l'écoute, de l'aide au déploiement de soi, et de l'accueil. Leur différence fondamentale porte autour de la reconnaissance d'une vie inconsciente et du travail sur celle-ci ( pour les psychanalystes ) et de la mise entre parenthèse de ce champ, avec travail sur le conscient ( pour les rogériens ).

 

On réserve surtout ces thérapies aux enfants qui présentent des conflits psychiques intériorisés, assez importants pour gêner, plutôt sérieusement et plutôt longtemps, leurs adaptations sociales et leur créativité.

 

- Il s'agira donc d'abord d'enfants présentant des mécanismes névrotiques ; hélas, tous ne répondent pas de façon optimale à la psychothérapie : on y pensera surtout, si en outre, l'enfant a gardé une certaine capacité de verbalisation, d'introspection, une certaine richesse dans la vie fantasmatique, et si ses mécanismes de défense ne sont pas trop intenses ni trop rigides ( par exemple, l'enfant qui a des défenses obsessionnelles très rigides, avec une vie fantasmatique pauvre, répond mieux à la psychomotricité dans un premier temps ... L'enfant qui somatise ses conflits à outrance, au point d'y perdre la (re)connaissance que quelque chose de psychique se passe, bénéficie d'une " réinjection douce d'idées " dans une thérapie familiale ) ... il pourrait bénéficier aussi de thérapies dites à media, où l'expression verbale est médiatisée par des activités ( danse, engagement du corps ...) ou/et par des productions d'objets ( art - thérapie).

 

- On peut également recourir à la psychothérapie chez les enfants qui ont des troubles réactionnels, ou qui passent par des crises de développement pénibles, mais de bon pronostic spontané.

 

- Bien que leur réceptivité semble bien mystérieuse, vu la gravité des troubles, on propose également ces thérapies aux enfants psychotiques, dans le contexte d'un accompagnement plus global. Il faut se souvenir toutefois qu'un certain nombres d'auteurs recommandent de ne pas confronter les enfants psychotiques avec des défis existentiels trop difficiles si ceux-ci sont présents dans leur vie et qu'on fait le pari de ne pas éviter de les y confronter, on doit leur faciliter la vie et les aider à penser.

 

Quant aux enfants autistes, on leur propose surtout des rencontres individuelles visant la stimulation de leurs fonctions cognitives. De facto, quand on les reçoit encore en thérapie individuelle, c'est bien cette visée que l'on devrait avoir : dans le cadre d'une relation, l'adulte-thérapeute les aide à se repérer, à travers les mots qu'ils balbutient ou les actes incongrus qu'il essaie de décoder avec eux ; il les aide à penser et à se penser 19 : on est loin, ici aussi, de la recherche de conflits affectifs spécifiques qui auraient pu exister.

 

- Mais chaque fois que l'on engage une psychothérapie avec l'enfant : il faut également pouvoir engager une guidance avec les parents, soit en prévision des changements de l'enfant, auxquels il faudra les aider à s'adapter, soit parce que, depuis toujours, certaines attitudes parentales contribuent à entretenir le problème de l'enfant : ne pas les mobiliser serait courir le risque d'une thérapie-tonneau des Danaïdes.

 

- Inversement, les thérapies analytiques ou rogériennes sont peu indiquées chez les enfants :

 

● qui ne fantasment pas : qui sont très impulsifs, très agités ... ;

 

● très abandonniques ( la thérapie n'est vécue que comme une source d'amour possible parmi d'autres ) ;

 

● porteurs de pulsions toutes-puissantes qui les font écraser l'autre : délinquants. psychopathes, prolongations dans le temps de la dynamique de toute-puissance : ici, il vaut mieux se confronter à ces enfants dans la réalité ( thérapie familiale ).

 

B -  La psychothérapie individuelle dite " de soutien "

 

Elle s'inspire pragmatiquement de la thérapie (néo-)rogérienne que nous venons d'évoquer, en visant moins profond dans la rencontre de soi, et en ajoutant un engagement plus actif et un partage d'idées plus fort émanant du thérapeute.

 

Dans la mesure où celui-ci ne prétend pas y comprendre centralement les conflits inconscients de l'enfant, ni les interpréter, par exemple à travers leur reproduction dans le transfert, l'indication de cette forme de thérapie est très large : au fond, il s'agit d'une " conversation sérieuse ", où l'on s'intéresse à l'enfant, où l'on valorise son être, où l'on se montre compréhensif pour ses soucis et projets, où l'on parle éventuellement de soi, et où l'on ne dirige pas trop sa vie - ce qui n'exclut pas que, à l'occasion, on lui fasse l'une ou l'autre suggestion. S'y ajoutent souvent, informellement des éléments des thérapies cognitives et béhavioristes ( D et E ).

 

Cette thérapie, comme la guidance des parents, s'occupe donc des champs conscients - idées et sentiments. Sa seule contre-indication est plutôt dans le contre-transfert du thérapeute, qui voudrait prendre la place des parents et élever l'enfant à leur place, là où il ne s'agit que d'offrir une complémentarité momentanée.

Convient particulièrement pour : les troubles réactionnels ( parallèlement à un travail avec les parents ) : les moments dépressifs : les adolescents.

 

C - Thérapie de groupe ( surtout le psychodrame ) : petits groupes de trois à cinq enfants : surtout intéressant à partir de la prépuberté : avant cela, les enfants ont souvent tendance à la transformer en purs moments de jeux collectifs : un peu tombée en désuétude en Europe, du moins avec son inspiration psychanalytique ; mais revient à la mode avec une inspiration cognitiviste, à propos des enfants malades ( dits " somatiques "), de la maltraitance, de la délinquance ...

 

D - Thérapie cognitiviste ( N.B. assez souvent combinée à E) : on part du principe que l'ignorance, le malentendu informatif ou/et le dérapage de l'imaginaire, inscrits dans le psychisme de l'enfant, sont une source de ses problèmes. Donc, le thérapeute se charge de mettre en place de " bonnes " informations, en prenant l'initiative ou en réponse à des questions, en faisant appel dans la mesure du possible à la créativité de l'enfant (" Que sais-tu déjà ? Que penses-tu ? " ), et en adaptant le support de son message.

 

S'y joignent l'enthousiasme du thérapeute, son optimisme, ses invitations chaleureuses à agir : une fois bien informé, par exemple sur la nature de sa maladie ou/et sur les sentiments et réactions qu'elle induit habituellement - l'enfant est souvent invité à s'exercer, dès la séance, à adopter d'autres patterns de conduite. On l'aide à imaginer des scénarios probables susceptibles de se dérouler en famille ou dans la société et à y faire face autrement. Lors des séances ultérieures, on évalue avec lui ce qui s'est passé, et on lui en explique à nouveau la raison d’être.

 

E - Thérapie béhavioriste ( de comportement ).

 

Le risque de l'approche béhavioriste est que l'enfant n'y soit plus assez considéré comme le sujet de sa vie et de son avenir, avec ses choix - y inclus ses choix de symptômes - et ses motivations, mais comme un objet dont il faut supprimer les arêtes gênantes, pour qu'il soit conforme aux voeux de sa famille et de sa société.

 

Cependant, si l'on parvient à éviter cet écueil. une thérapie béhavioriste peut avoir une réelle efficacité par rapport au but qu'elle se définit. Voici alors quelles en sont les indications :

 

- Enfant qui accepte 20 vraiment le principe d'une modification d'une de ses habitudes

gênantes.

 

- Possibilité de décrire son problème en termes de comportements observables : informations suffisantes sur les stimuli qui maintiennent ou renforcent son habitude gênante : possibilité de trouver des renforçants nouveaux qui récompensent les progrès accomplis, et d'y recourir systématiquement.

 

- Possibilité d'introspection et de planification chez l'enfant : il doit pouvoir comprendre les modifications à apporter à son comportement, et en programmer l'exécution

 

- Implication des parents, qui participent au " contrat de modification des interactions existantes ".

 

- Vérification régulière des sentiments de l'enfant, et de son désir de continuer ou non l'expérience.

 

§ V - LES REEDUCATIONS

 

I. Le problème de l'enfant peut consister en un " trouble des performances " ( trouble des fonctions instrumentales de la CFTMEA ou trouble de l'apprentissage, des habiletés motrices ou de la communication du DSM-IV : mauvaise maîtrise psychomotrice [ inertie, maladresse, agitation, impulsivité ...] non-maîtrise de l'espace, du temps, de la parole, de la lecture, de l'écriture, du calcul, etc. ).

 

On pensera surtout à une rééducation lorsque les contre-performances de l'enfant s'expliquent principalement par des immaturités ou des dysharmonies des fonctions instrumentales ou de l'intelligence de l'enfant. Ces immaturités et dysharmonies se présentent, quelque peu schématiquement :

 

- Chez les enfants dont la vie affective et la personnalité sont par ailleurs bien structurées, mûres ( 1er grand groupe des clients des rééducateurs ).

 

Attention cependant à ce que l'existence d'un problème instrumental n'ait entraîné à la longue des sentiments de dépression et d'échecs tels que le rééducateur sera d'abord ou/et de plus en plus perçu comme un persécuteur : celui-ci doit donc parfois pouvoir se mettre entre parenthèses ( ou mettre ses exercices techniques entre parenthèses ) et l'accompagnement doit être centré sur la remise en confiance de soi.

 

- Chez des enfants dont la croissance affective est également très immature, ou compromise par de puissants conflits : dysharmonies évolutives, carences affectives ou globales, psychoses et prépsychoses, autisme, enfants massivement anxieux ( 2 d groupe de clients de rééducateurs : les " très perturbés ", souvent en institution ou en enseignement spécial ).

 

Attention alors à un " faux positif " : certains enfants peuvent présenter d'importantes difficultés d'apprentissage scolaire diffuses ou dans un domaine précis, principalement parce qu'ils ont un mécanisme névrotique qui, de l'intérieur, leur interdit la réussite. Pour ceux-ci, il ne faut pas se précipiter sur la rééducation, ou, en tout cas, si on y recourt, ce sera dans l'intention de montrer à l'enfant, très délicatement, qu'un adulte le considère comme un être capable de réussite.

 

Il. De quels types de rééducation disposons-nous ?

 

A - La rééducation psychomotrice

 

N.B. Certains psychomotriciens font tellement attention au contenu et à la qualité de la relation humaine globale avec l'enfant, qu'ils veulent appeler leur travail " thérapie psychomotrice ".

 

Cette aide est surtout indiquée lorsque le développement psychomoteur est immature ou dysharmonique ou/et que l'enfant n'a pas encore bien intégré les repères spatio-temporaux indispensables aux apprentissages : les tests, l'observation du quotidien et l'examen psychomoteur, montreront donc des troubles de l'orientation spatiale, de la latéralisation, de l'orientation temporelle, de la coordination psychomotrice, du schéma corporel, etc. ... Ces immaturités ont des conséquences directement perceptibles : enfants qui maîtrisent mal leur corps ( agités, maladroits, sans " colonne vertébrale psychomotrice ") : enfants immatures, qui programment mal leurs actions ( impulsifs, désordonnés, instables, passant à l'acte ) : enfants qui n'assimilent pas les apprentissages scolaires, parce qu'ils n'ont pas la maîtrise des repères de base, etc. .

 

En bénéficient aussi certains enfants qui somatisent ( effet de relaxation, de décrispation ), et à titre de réparation narcissique, ceux dont le corps a été violenté. Autant pour les enfants qui " intellectualisent " à outrance ( obsessionnels par exemple ), ou certains enfants très inhibés, anxieux, schizoïdes et même franchement psychotiques.

 

N.B. L'hypothérapie pourrait être discutée de manière très analogue.

 

B - La rééducation logopédique

 

Ici, I'immaturité des fonctions instrumentales entraîne des troubles du langage écrit ou/et parlé, dans son versant réceptif ou/et expressif ( retard de langage " simple " ; dysphasie de développement ; bégaiement ; troubles phonatoires ; dyslexie, dysorthographie ). Ces signes sont présents, rappelons-le, chez des enfants affectivement normaux ou très perturbés et la rééducation s'indique pour peu qu'un conflit intérieur n'interdise pas centralement la performance visée par la rééducation.

 

C - La rééducation du calcul, pour les enfants dyscalculiques.

 

D - Rééducation des structures logiques du raisonnement : plus centralement destinée aux enfants dont les étapes de développement de l'intelligence  sont dysharmoniques, en référence aux normes décrites par Piaget ( cfr. les travaux de B. Gibello ).

 

E - Rééducations de l'attention, de la mémoire : si du moins on est raisonnablement sûr que le trouble de l'attention. de la mémoire, est bien basal. et n'exprime pas un blocage affectif ( angoisse … conflits ).

 

F - Thérapies individuelles plus globales

 

Nous en donnerons deux exemples :

 

1) La thérapie du développement, mise au point par une belge, Melle SMETS, elle intègre des données de la psychomotricité, de la logopédie et de la thérapie de soutien et s'adresse surtout aux enfants jeunes, diffusément immatures.

 

2) La programmation neuro-linguistique, qui s'attache, elle aussi, à des composantes plus affectives et plus relationnelles, à côté de l'aide instrumentale.

 

§ VI - L'ENFANT ET LES MEDICAMENTS

 

I. L'enfant - comme ses parents - est le sujet de sa vie et de son destin. Donc, dans toute la mesure du possible, l'idée de prendre des médicaments doit être négociée et acceptée par lui dans un premier temps. Mieux vaut également qu'il ait un rôle actif dans leur ingestion - c'est-à-dire, qu'il s'en occupe lui-même dans la mesure de ses capacités cognitives -, et dans l'évaluation de leurs effets.

 

Au demeurant, avant d'en parler à l'enfant, il est plus prudent de discuter du principe avec les parents, qui ont un large pouvoir de décision dans l’éducation.

 

Il. Il arrive toutefois que l'on ne tienne pas compte de l'accord explicite de l'enfant : c'est évident quand il est trop jeune : mais on ne tient pas non plus toujours compte de ses réticences lorsque son refus est dicté par des sentiments anxieux ou dépressifs diffus : alors, on se substitue provisoirement à son Moi défaillant. Il en va de même à propos de l'enfant psychotique, le plus souvent 21. Se substituer aux décisions de l'enfant n'empêche pourtant pas qu'on lui explique et réexplique abondamment le sens positif du geste que l'on envisage.

 

III. Dans un certain nombre de cas, nous avons l'impression que l'effet de nos médicaments, psychotropes n'est que symptomatique. Ils présentent donc l'inconvénient de soi-disant calmer les choses, alors que des processus tensiogènes sont toujours présents.

 

De plus, on donne à tout le monde un modèle selon lequel une tension peut se calmer par un médicament : on prédispose l'enfant à devenir un gros consommateur de psychotropes, c'est-à-dire un bon belge. Cependant, il est vrai qu'une accalmie momentanée aide parfois parents et enfant à se réinvestir mutuellement.

 

IV. Par contre, il existe quelques médicaments qui semblent avoir un effet causal : ils réduisent, par des chemins encore bien mystérieux, les facteurs organiques à l'oeuvre dans la genèse d'un problème d'ensemble. Leur utilisation est donc plus nettement indiquée, même si pas toujours suivie d'effet spectaculaire parce que les autres causes continuent à opérer.

 

V. La prise en charge médicamenteuse des troubles psychopathologiques des enfants peut se faire très bien avec un nombre réduit de médicaments psychotropes.

 

§ VII - RÉORIENTATION SOCIALE, CULTURELLE OU/ET SCOLAIRE

 

I. Souvent, ces réorientations sont discutées dans le contexte d'une guidance des parents, d'une thérapie de soutien ( ou de l'un ou l'autre entretien ) avec l'enfant, ou d'une thérapie familiale. Moins fréquemment, elles sont proposées comme telles dans le décours des premiers entretiens, lors de la prise d'option des parents et de l'enfant, parmi d'autres composantes du programme d'accompagnement.

 

II. Ces réorientations ouvrent à l'enfant d'autres champs de rencontre avec autrui, d'autres possibilités de réalisation de soi, des occasions de valorisation, etc. . Elles sont intéressantes pour peu que les forces vives de l'enfant se tournent déjà dans leur direction. Si elles prolongent légèrement un mouvement naturel en germe chez lui, et si les parents ne s'y opposent pas, l'on peut s'attendre à ce qu'elles portent des fruits. Sinon, enfant et parents résisteront peut-être à leur impact.

 

§ VIII - SEPARATION DE L'ENFANT ET DE SA FAMILLE

 

I. Ces séparations constituent parfois la moins mauvaise façon d'aider l'enfant, ses parents et le reste de sa famille à assurer leur propre épanouissement, chacun de son côté. Elles sont d'ailleurs d'extension variable, depuis l'internat scolaire de semaine avec retour le week-end, jusqu'au grand placement en maisons d'enfants ou en maison d'accueil, avec intervention d'autorités judiciaires qui réglementent, voire interdisent les contacts avec la famille

 

II. Si elles ont parfois leur bien-fondé, il y va de la responsabilité des intervenants d'en informer les familles, de réfléchir avec elles aux éventuelles résistances qui peuvent se vivre à leur sujet, et d'essayer de réduire ces résistances le cas échéant. On y pensera surtout lorsque :

 

- les relations parents-enfants sont chroniquement très tendues, au point que chacun ne voit plus l'autre que comme une sorte de monstre ;

 

- les efforts tentés de façon ambulatoire pour décrisper ces situations n'aboutissent pas : chacun reste figé sur ses positions, de façon incoercible ;

 

- l'on attend du milieu où l'enfant sera amené à vivre un accompagnement spécialisé que ses parents et leur environnement ambulatoire ne sont pas à même de fournir.

 

Par exemple :

 

● internat d'enseignement spécial bien adapté aux besoins pédagogiques de l'enfant ( spécialement vrai en milieu rural ),

 

● internat ou semi-internat thérapeutique 22 pour enfants émotionnellement (très) perturbés. Ces structures essaient de proposer de la " psychothérapie institutionnelle ", c'est-à-dire que la prise en charge de la vie quotidienne, entre autres, veut avoir une dimension thérapeutique. Ils sont indiqués, par exemple, pour certains enfants psychotiques, pour de grands caractériels, etc. .

 

Notons encore que, entre ces deux extrêmes que sont un traitement purement ambulatoire et un séjour en internat ou en hôpital de jour ( 5 jour sur 5 ), il existe des structures intermédiaires où par exemple, l'enfant ( voire l'enfant et sa mère ) vont 2 - 3 demi-journées/semaine dans le lieu de traitement et où, éventuellement, une petite équipe ( par exemple un psy et un éducateur ) se rend à domicile pour aider la mère ( et le père ...) à prendre l'enfant à charge.

 

§ IX - L'AIDE AU DEUIL

 

I. Voici l'idée que nous résumons sous le vocable d’ " aide au deuil " : dans certains cas, on a l'impression que le problème que connaît un enfant - et sa famille avec lui - restera insoluble pendant une période indéterminée, et cela d'emblée, ou après application d'un programme d'accompagnement parfois impressionnant. mais qui n'a guère porté de fruit. Lorsque cette impression est réaliste, c'est-à-dire qu'elle ne repose pas principalement sur le découragement, l'agressivité ou l'incompétence du consultant, mais qu'elle constitue la conclusion d'une évaluation ou/et d'une expérimentation bien conduite, il faudrait avoir le courage et la simplicité de la communiquer aux parents et à l'enfant, et de travailler les émotions que cette communication suscite, de sorte qu'elle ne produise ni protestation et dénégation farouches, ni abattement excessif. Au fond, il s'agit de faire constater à nos vis-à-vis que :

 

- leurs attitudes ne peuvent pas se modifier. malgré qu'ils souffrent du problème et que, avec bonne volonté, ils ont essayé de se mobiliser 23 mais sans succès : il n'y a pas non plus de moyens thérapeutiques neufs à encore aller dénicher ailleurs ;

 

- dans le problème d'aujourd'hui. il y a donc peut-être une dimension de " handicap ", à assumer pendant une période indéterminée ou définitivement.

 

Il. Le processus de deuil - deuil du rêve de la réussite, deuil du rêve de l'adaptation optimale de l'enfant, deuil de l'enfant ou de la famille de rêve - est facilité. jusqu'à un  certain point, parce que le consultant, lui aussi, déclare forfait : " Bien que je sois compétent … spécialiste des enfants ... je ne peux pas vous aider à progresser ... vous non plus, vous ne pouvez pas l'aider autrement que vous les faites ... il me semble sage d'essayer d'accepter la situation comme elle est ".

 

III. Reste alors au consultant à veiller que par la suite :