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Quand meurt un enfant gravement malade ...
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paru dans : La mort d'un enfant. Fin de vie de l'enfant ;
le deuil des proches, Michel Hanus ed., Paris, Vuibert, 2006,
ISBN2-7117-7290-X, 211-232, Espace Ethique.
Anne-Sophie Charles
Marie-Gabrielle Gailly
Anne-Cécile Jeanbaptiste
Jean-Yves Hayez
Introduction
Mourir. Dans notre société où la
maîtrise et la connaissance sont des
valeurs premières, la mort représente
l'adversaire ultime. Nous pouvons
la donner, certes, la retarder aussi, mais nous ne pourrons
finalement jamais l'éliminer. Face à l'angoisse
et au sentiment d'impuissance qu'elle
génère, nous préférons
« oublier » son existence, laissant aux
chercheurs et aux vieillards la difficile tâche de
l'approcher, et à des marchands professionnels le soin
de gérer ce qu'il reste de rites funèbres.
Même à l'hôpital, la mort n'a guère
de place (
1)
. Présente en puissance
dans l'annonce d'un diagnostic lourd, dans l'attente de
résultats
d'examens, dans les traitements qui durent, elle est pourtant
déniée. On
tente de la cerner en l'enfermant dans des chiffres, des
statistiques, des
pourcentages. Elle est
« celle-dont-on-ne-peut-prononcer-le-nom »,
tel le redoutable adversaire aux multiples visages contre qui
lutte vaillamment le jeune Harry Potter.
L'enfant mort de Charles Cotte, musée des beaux-arts de Quimper
Les visages qu'elle porte, empreints des vécus de chacun,
déterminent
la place qui lui est accordée dans le discours tenu au
malade, dans la
manière dont il vit et dont il meurt. Pour une
équipe médicale, la mort
peut prendre le visage de l'échec. Pour une famille,
celui de l'injustice.
Pour un enfant, celui de l'évidence. Mais si ces
visages ne peuvent être
parlés, si chacun tait sa subjectivité, alors
la porte est grande ouverte à
la souffrance morale rongeante et solitaire.
Et si c'est un enfant qui meurt ? L'expérience nous
apprend que les
réactions sont souvent plus
« négatives » chez les adultes qui
l'entourent que chez le petit malade lui-même. Dans sa
famille et même dans les
équipes soignantes, certains s'effondrent, d'autres
encore s'indignent, se
révoltent. Nous aussi, les « psy »
chargés de l'accompagnement, nous
ne sommes pas épargnés par la surgescence des
émotions communes :
toute mort nous renvoie à notre propre mort et donc
aux émotions qu'elle
génère chez chacun ; et la mort d'un
enfant lève de plus criants
sentiments d'injustice, d'inadéquation de notre
parentage, de culpabilité, etc.
C'est dans ce bain d'émotions que, comme bien d'autres
collègues dans
d'autres hôpitaux, les pédopsychiatres et psychologues
de nos cliniques
doivent régulièrement accompagner la fin de vie
d'un enfant et ce qui
s'en ressent dans sa famille. Enfants hospitalisés,
parfois longuement,
ou amenés aux urgences ou aux soins intensifs dans
le décours d'un
accident brutal. Morts annoncées longtemps d'avance,
se précipitant en
deux, trois semaines, ou totalement imprévues. Enfants
lucides ou
ingénus, révoltés ou
« raisonnables », désirant
souvent ménager leur
famille ... Familles de toutes sortes, oscillant entre
le désir de faire au
mieux pour l'enfant et celui de panser leurs propres plaies,
en projetant
éventuellement sur l'enfant leurs espoirs fous, illusions
que lui n'a plus.
Temps de solitude et de grande souffrance physique ou morale ou
temps intensément partagé, nos expériences
sont très diversifiées.
Nous avons choisi de vous en relater trois, qui ont porté
sur la mort
annoncée d'enfants très malades. Nous les exposerons
simplement, en
montrant les interactions et les sentiments vécus, sans
beaucoup de théorie à leur propos.
« Celle-dont-on-ne-pouvait-prononcer-le-nom »
ou comment faire une place à la mort.
Anne-Sophie Charles
L'histoire de Sebastian illustre combien la mort est devenue indicible
pour une équipe et pour une famille qui se sont battues
ensemble sans
relâche, combien elle a été l'enjeu de
tensions, de conflits, de remises en question.
Alors que Sebastian tentait de nous faire voir la
réalité, sa réalité, celle
d'un duel acharné avec la Mort, il se heurtait à
un silence et à une
dénégation qu'il n'a pas été possible
de modifier. Les choses auraient-
elles été plus faciles si les médecins et
ses parents avaient pu
l'accompagner dans la sérénité pour son
dernier voyage ?
De quoi avait-il besoin à ce moment-là ?
Etait-ce de la force de ses
parents, qui se serait peut-être évaporée
si l'on avait affronté un peu trop
leurs défenses ? Était-ce de la
reconnaissance de l'imminence de la mort
et de son droit à lui emboîter le pas ? Dans
ce cas, à qui était-ce de lui
donner cette « autorisation » ? A
ses parents ? Et si, pris dans leurs
représentations, ils en étaient incapables,
était-ce aux médecins de le
faire ? A d'autres professionnels ?
Les médecins avaient tenté de préparer
les parents à l'éventualité de la
mort de leur fils, mais ne souhaitaient pas l'informer, lui,
de cette possibilité, afin de « préserver
son courage et son espoir ». Or, a posteriori, je suis
convaincue qu'il tentait de nous signifier, par tous les
moyens, que son corps avait déjà cessé le
combat.
Ma rencontre avec Sebastian s'est déroulée dans un
service de pédiatrie
spécialisé dans les greffes de foie.
Sebastian est né au Portugal. Il a une soeur de cinq ans
son aînée, sa
« deuxième maman ». Il souffre d'une
maladie immunitaire et a accumulé
les hospitalisations depuis sa naissance. A l'âge de douze
ans, les médecins lui annoncent qu'il aura besoin d'une
greffe de foie pour vivre
et lui conseillent de partir en Belgique. Il quitte son pays
en compagnie de sa maman. Son papa les rejoint plus tard pour
donner une partie de
son foie, au grand bonheur de son fils. Quelques complications
pré- et
post-opératoires allongent le séjour de
Sebastian : il est maintenant
hospitalisé depuis dix mois. Peu de temps après
la sortie tant attendue,
Sebastian revient pour température et diarrhée
persistantes. Son retour
coïncide avec mon arrivée dans le service.
Lorsque je le rencontre pour la première fois, je crois
me trouver en face
d'un enfant de sept-huit ans. Il est si petit, si maigre, et se
laisse nourrir
et materner par sa maman, présente en permanence à
son chevet. Dès
les premiers échanges, je sens que je devrai apprivoiser
cette famille,
qui se montre sur la défensive. Tant la détresse qui
transparaît dans
leurs récits (
2)
que la régression manifeste
de ce jeune au seuil de
l'adolescence suscitent de nombreuses questions. Quels sentiments
nourrit-il pour sa maman ? Quels sont les
bénéfices secondaires tirés
d'une telle attitude ? Comment ce jeune peut-il
s'autonomiser et faire
valoir son opposition, dans ce cadre hyper
protégé ? Le
désire-t-il vraiment ? Je n'en aborderai que
certains aspects, pas à pas. La prudence
et la patience seront en effet les maîtres mots de nos
rencontres, car le moindre questionnement est vécu comme
une intrusion ou comme un jugement.
La maman de Sebastian témoigne de sa colère, de
sa rancœur, de son
épuisement d'être ici, seule, loin de sa fille et
de son mari, « tout ça à
cause de lui ». La violence des propos tenus devant
son fils me pousse
à proposer un partage des temps de parole en moments
individuels et
communs. La maman refuse net, même lorsque les
médecins, sensibles
à la dureté des mots qu'elle énonce,
insistent sur l'importance de préserver un espace
à chacun.
A quoi ce refus fait-il appel ? Est-ce un moyen de lutter
contre l'impuissance, en gardant de la maîtrise au moins
sur un pan de leur vie
quotidienne ? Est-ce utile protection de défenses
fragilisées ? Est-ce une
réaction à l'atteinte d'un lien intense qui unit
une mère et son fils dans
l'adversité, d'autant plus fortement qu'ils sont seuls
en terre étrangère ?
Lorsque j'explore les raisons de ce refus, la maman me
répond que
« dans sa famille, on se dit tout ».
Je comprendrai plus tard qu'en réalité
on se dit « tout
ce qui est audible
» ...
Mais au-delà du refus des entretiens scindés,
Sebastian et sa maman
refusent la moindre séparation physique, ne
fût-ce que pour quelques
minutes. Comme si la moindre absence risquait de perdurer
à jamais ...
Lorsque je vois cette maman, j'ai l'impression de me trouver
face à un
garde en faction, qui sait que la moindre défaillance
profitera à l'ennemi.
Depuis que Sebastian est revenu à l'hôpital, il
refuse de se nourrir. Bien
qu'il ait toujours mangé difficilement, ce refus
angoisse à présent
terriblement sa maman. Il met à mal sa fonction
maternelle. Lorsqu'elle
explique qu'il risque de mourir s'il ne mange pas, je ne
peux m'empêcher
de faire l'analogie avec le don d'organe. Alors que son
mari a donné son
foie, que peut-elle donner de vital à son fils si ce
n'est la nourriture,
qu'elle prépare chaque jour amoureusement ? Pour
l'équipe médicale,
ce refus signe l'opposition de Sebastian à sa
mère. Après coup, je me
demande si ce n'était pas aussi le signe confus,
timide, qu'il se résignait à mourir.
Un premier tournant se dessine dans la prise en charge
après un week-
end particulièrement difficile : Sebastian
souffre maintenant d'abcès
cérébraux. Les médecins ont
rappelé d'urgence sa sœur et son père du
Portugal, afin qu'ils soient présents s'il
venait à décéder. Pourtant,
Sebastian retrouve petit à petit son énergie,
si bien que son papa et sa
soeur quittent la Belgique quatre jours plus tard. Sa maman
reste très
inquiète. Sebastian ne parle presque plus et dort
énormément. Il
continue à refuser toute alimentation et commence
à vomir de plus en
plus souvent. Autour de lui, l'inquiétude monte. Les
médecins décident
de lui mettre une sonde de gavage, qu'il vomit
systématiquement. Selon
sa maman, il se force à vomir, aussi elle le
force à manger ( et donc à
vivre ?). C'est l'escalade.
A ce moment, la mère de Sebastian m'accorde l'autorisation
de scinder
les temps de parole. D'après elle, Sebastian est
terriblement angoissé à
l'idée de rester seul avec moi, ne fût-ce que
pour une quinzaine de
minutes. Alors qu'il parle très bien français,
il a peur de ne pas
comprendre mes questions ou de ne pas savoir exprimer son
opinion. Je l'invite donc à réaliser un dessin
libre. Il m'observe. Je décide alors de
dessiner moi aussi, de mettre sur papier ce que je devine
être ses
pensées, puisque la parole fait peur. Je le dessine
surmonté de trois
énormes bulles, dont la taille reflète, selon
ce que je sens, l'ampleur de
ses préoccupations : « Quelle merde,
j'en ai
marre, c'est pas juste »,
« Ça va aller, je vais
guérir » et
« J'ai peur ». Lorsqu'il voit
mon dessin, il s'exclame : « C'est juste,
c'est juste ! » et
commence à rire. Il inscrit « Que
merda » dans
sa
langue sur le dessin. Par
la suite, dès que
j'entrerai dans la chambre, sa maman et lui feront quasiment
systématiquement référence à
ce dessin pour exprimer leur état d'esprit :
« Madame, c'est "
Que merda
" qui a
encore grandi ! ».
Je sens que je l'ai touché, et que je gagne
peut-être une part de respect,
mais encore bien fragile, car à peine dix minutes
plus tard, il hurle
comme un fou pour appeler sa mère, qui se
précipite dans la chambre. Il
ne daigne poursuivre l'entretien qu'avec elle assise
dans un coin. Ai-je
été trop loin, trop vite ?
Un deuxième tournant s'amorce dans le cheminement
que je fais avec
Sebastian et sa famille lorsqu'il se réveille
très difficilement d'un examen
relativement banal. Il reste un week-end dans le service des soins
intensifs. Son état se dégrade : il a de
plus en plus de température et ne
répond à aucun traitement. Les médecins
ne comprennent pas. Il ne
cesse de supplier de retourner dans sa chambre à
l'étage. Sa mère ne
supporte pas mieux cette rupture brutale, elle se sent
plongée dans une
impuissance qui la fait craquer. Elle se fâche
avec l'équipe des soins,
pleure, a du mal à se contenir. Le papa est
rappelé d'urgence pour la
deuxième fois. Les pédiatres obtiennent que
Sebastian remonte dans sa
chambre avec tout le matériel nécessaire. Les
infirmières devront
apprendre à gérer une situation nouvelle,
habituellement dit ressort de
l'équipe des soins intensifs.
En attendant le retour de Sebastian, sa maman parle
pour la première
( et seule ) fois de la mort. Elle pleure,
désespérée, en suppliant de ne
pas perdre son enfant. Elle se reprend vite et m'explique
alors qu'elle n'a
« pas le droit de dire ça », ce
qu'elle appelle ses « mauvaises
pensées ».
Ces pensées qui se réalisent si on les
énonce. Les dire serait leur prêter
un pouvoir de réalisation très destructeur. Et
les penser provoque déjà,
j'en suis convaincue, son lot d'angoisse et de
culpabilité. Toutefois, elle refuse d'aborder cela.
Dans l'église Sainte-Marie-Reine-de-la-Paix, située
dans le quartier pragois du nom de Lhotka, se trouve un chemin de
croix qui n'a pas son pareil en Europe. Cette station, la
sixième représente une mère avec son
enfant qui s'est suicidé
Quand Sebastian revient dans sa chambre, il prie et rend
grâce à Dieu
d'être remonté des soins intensifs. J'entends
« de ne pas être mort » ...
Mais cela ne se dit pas. En revanche, d'autres paroles sont
plébiscitées,
celles qui annoncent la vie et non la mort :
« Ça va aller. » Ces trois mots
sont répétés en permanence par cette
maman, comme une litanie
conjuratoire, même (et surtout) lorsque les médecins
tentent de lui
expliquer la complexité de la situation et le risque
que Sebastian ne s'en
sorte pas. Toutefois, à la fin de l'entretien, la maman me
glisse à l'oreille : « J'ai peur, Madame,
car pour la première fois Sebastian a dit à son
grand-père au téléphone qu'il allait
mal ... or il dit
toujours " ça va aller " ». Cette
énonciation sera peut-être le seul signe recevable
par cette maman d'une situation qui se dégrade et qui
pourrait conduire vers la mort.
Les jours suivants, une nouvelle difficulté
apparaît : Sebastian ne sait
plus ouvrir la bouche. Ses mâchoires sont
contractées à tel point qu'il ne
sait plus ni manger, ni parler, sauf s'il se fâche
contre quelqu'un.
Certains médecins y voient une composante
psychogène, une manière
de dire à ses parents « foutez-moi
la paix ! ». Car son papa et sa maman
ne cessent de prendre sa température, de lui
poser des questions, de le
nourrir, dans un rituel avant une composante compulsive. Je me
questionne également sur la fonction de cette
contraction de mâchoires. S'il
ne peut plus parler, est-ce parce que ce qu'il a à
dire est proscrit.
Je garderai cette idée en tête jusqu'à la fin.
A partir de ce moment, des positions différentes se
font sentir dans
l'équipe. Certains soignants se découragent. Les
infirmières mettent en
place un système de rotation tant c'est lourd pour
elles de s'occuper de
Sebastian, tant il leur est difficile de voir ce patient
qu'elles ont soigné
pendant si longtemps se dégrader, tant la tension
dans sa chambre est
forte, tant les actes compulsifs des parents les
dérangent. Les médecins
sont divisés : certains veulent baisser
les bras, cesser d'essayer un
traitement après l'autre dans l'espoir que l'un
d'eux ait un effet, laisser la
Vie faire son choix. D'autres veulent se battre envers et
contre tout et
garder l'espoir. Une discussion avec les parents les fait
opter pour la voie
de la lutte. Un message clair est passé à
toute l'équipe : il n'y a aucune
raison tangible de croire que Sebastian va
mourir. Aucune ...
sauf son état qui se dégrade de jour en
jour. Aucune ... sauf peut-être ce que lui
attrait eu à nous dire, lui à qui on n'a pas
accordé la parole ( et qui
d'ailleurs, ne « savait plus
parler » (
3)
). Etait-ce le rôle
du « psy » de
faire valoir ce droit d'expression ? Peut-être
bien ... Et pourtant, je n'en ai
pas pris conscience à ce moment-là,
probablement contaminée par le
discours médical, par la volonté
d'une équipe entière de défier la mort.
Jusqu'au jour où je suis appelée par
l'équipe qui panique.
Depuis le matin, Sebastian est hyper agité : il
tremble, hurle entre ses
dents, agite les bras en tous sens et mime sans
arrêt le respirateur. Il a
l'air sur le point de fondre en larmes. Ses parents lui
hurlent de se
calmer, débordés sans doute par leur propre
angoisse. Je me sens
comme le chevalier qu'on envoie au front. Lorsque je
rentre dans la chambre, je ne perçois qu'une seule
et unique chose : l'angoisse. Une
angoisse qui contamine tout le monde, qui envahit, qui rend fou. Je me
laisse alors guider par mon intuition. Ce faisant, je m'écarte
inconsciemment du message donné par l'équipe,
celui de prôner l'espoir
avant tout. Je demande aux parents de se taire, je prends
d'autorité
place au chevet de Sebastian : « Je vois
que tu es mal. Je vais te poser
des questions calmement, tu vas me répondre par
gestes (
4)
comme tu
as l'habitude de le faire. ». S'ensuit alors
un étrange dialogue à une voix,
où je vais prêter mes paroles et ma
sensibilité à ce jeune, qui ressemble
à un petit animal pris au piège. Je lui
demande d'emblée s'il a peur :
pouce levé. Peur de mourir : pouce levé. Le
silence est total dans la
chambre ; les parents me regardent faire et
dire l'indicible. Il se frappe la
poitrine, comme le font les pleureuses qui accompagnent le
cortège
funèbre dans certaines cultures. Peur pour ses
poumons. Peur de ne
plus savoir respirer ? Pouce levé. Je parle de
son corps. Au moyen de
gestes, de mimes, il me signifie que son corps ne peut plus
vivre sans
aide extérieure, en l'occurrence sans respirateur,
contrairement à ce que
disent les médecins.
Après avoir parlé de la mort, de la
difficulté à la sentir venir, à la sentir
proche, de la difficulté aussi de ne pas savoir,
d'être dans l'inconnu, je
cherche avec lui comment tenir le coup les jours à
venir. L'infirmière qui
s'occupe de lui s'est approchée pour faire ses
soins et prend doucement
part à la discussion. Sebastian n'a plus confiance
en son corps. Il a
besoin de voir ses paramètres pour être
rassuré. L'infirmière propose
alors d'être disponible pour lui montrer ces
chiffres à chaque fois qu'il le
souhaite, ce qu'il accepte avec soulagement.
Je sens poindre une division entre son corps et son esprit dans sa
demande de voir des paramètres extérieurs pour
être renseigné sur son
état intérieur. A quoi accorder sa
foi : à ce corps qui se dégrade ou à ces
chiffres qui rassurent ? Sebastian refusera d'aborder
cela avec moi,
disant qu'il est « trop fatigué
maintenant ». Je le sens néanmoins apaisé
quand je le quitte.
Dans cette nécessité de voir des
paramètres biologiques pour être
rassuré se loge la question de la difficile
union de la clinique et du biologique, du subjectif et
de l'objectif. J'ai l'impression que les médecins et
ce jeune vivent en parallèle un cheminement
identique : dans l'angoisse
qui s'insinue principalement sur la base de ce
que leur dictent leurs
sens (
5)
, et dans la mesure où ils
préfèrent dénier ce qui est là, pourtant
bien visible, ils n'ont d'autre solution que de se
raccrocher aux données
objectives ( des chiffres, des courbes, des
pourcentages ). Lors d'une
discussion avec les infirmières plusieurs
semaines après le décès, elles
souligneront la difficulté dans laquelle elles
se trouvaient lorsqu'elles
étaient face à un jeune dont n'importe
qui aurait dit qu'il allait mourir et
dont les examens biologiques s'amélioraient, ou
du moins n'empiraient
pas. Difficulté pour elles d'aller à l'encontre
de leur intuition, de leur
sensibilité. Et risque aussi de s'accrocher aux
données objectives au
point d'en être aveuglées.
Par ailleurs, j'étais heureuse que les parents
aient été présents lors de
cet entretien si particulier, car j'espérais,
au fond de moi, qu'ils auraient
pu être témoins d'une vérité
qu'ils ne pouvaient entendre jusqu'à présent.
Avec l'aide d'une jeune pédiatre, nous les rencontrons
alors pour parler
de ce qui a été dit de l'angoisse de mort. Cet
entretien est très animé,
car les parents refusent net l'idée que Sebastian ait
peur de la mort. Ils
soutiennent jusqu'au bout qu'il n'était que
semi-conscient lorsque je me
suis entretenue avec lui et qu'il répondait
n'importe quoi. La pédiatre
s'oppose à eux avec douceur et fermeté, en
leur demandant d'essayer
d'accepter la peur de leur enfant. Elle les invite à
cesser de le
questionner et de prendre sa température sans
arrêt. Nous indiquons
ensemble qu'il a besoin d'air, dans tous les sens du
terme. Les parents
s'énervent, se bloquent. je les invite à
reporter la fin de l'entretien une
vingtaine de minutes plus tard, le temps qu'ils en
discutent ensemble.
Lorsque je les revois, ils sont beaucoup plus calmes. La
maman pleure.
Elle me dit combien c'est difficile pour elle de parler
de la mort : « Vous
savez bien, Madame, comme je suis
superstitieuse ... ». Pour la première
fois ils prennent la parole en tant que couple, pour
m'annoncer qu'ils ont
décidé de manger ensemble une fois par
jour, hors de la présence de
Sebastian, pour pouvoir parler. Et ils s'y tiendront, avec
le soutien et les
encouragements de l'ensemble de l'équipe
infirmière ... et de Sebastian lui-même !
Avec le temps qui passe, l'angoisse de Sebastian ne tarit pas et
s'exprime différemment par des sortes de
compulsions : il appelle
l'infirmière toutes les cinq minutes, défait
ses bandages pour demander
qu'on les refasse, etc. Ses parents, eux, continuent à
prendre sa
température et à le nourrir de lait ou de soupe
quasi en permanence. Les
infirmières sont à bout. Une des
infirmières se sent assez forte pour faire
face et propose à Sebastian de convenir avec elle du
nombre d'appels
auxquels il a droit. Le père de Sebastian
accepte l'idée et rend le
thermomètre aux infirmières. Il encourage
Sebastian à tenir bon et
retrouve alors, je pense, une part de son autorité paternelle.
Sebastian semble aller mieux, il a de nouveau envie de bricoler, de
jouer. Il appréhende le retour de son père au
Portugal et exige la présence de ses parents à
ses côtés. Il recouvre progressivement l'usage
de la parole. La dernière fois que je le vois, sa maman
m'invite à me
joindre à eux pour réaliser ensemble un cadeau
pour la sœur aînée. Elle
me dit : « Ici, on doit travailler tous
ensemble, alors maintenant vous
venez travailler avec nous. » Nous parlerons un
peu de la séparation qui
approche, de la manière dont Sebastian et sa maman
vont supporter
l'absence du papa. L'équipe médicale est plus
détendue, elle respire.
Sebastian décèdera le lendemain d'une
hémorragie pulmonaire après un
examen médical. Ranimé aux soins intensifs, il
s'en ira en présence de
ses parents dans ce lieu qu'il abhorrait tant. Sa maman
dira quelques
heures après : « Et dire qu'on a
voulu me prévenir et que je ne pouvais
pas entendre. ».
Il n'existe pas de « bonne »
manière de faire face à la mort. Mais peut-
être existe-t-il une manière de la parler,
de la dire, pour lui faire une
place qui amène la sérénité
lorsqu'on est invité à lui emboîter le pas.
Illustration de la Bible, Gustave Doré
Dire au revoir et puis partir
Anne-Cécile Jeanbaptiste
J'ai choisi de vous faire part de l'histoire de
Zora
, atteinte
de mucoviscidose et décédée
à l'âge de neuf ans. D'origine marocaine, cette petite
fille et sa famille m'ont beaucoup touchée et beaucoup appris.
Accompagner un enfant en fin de vie oblige à se poser
beaucoup de questions : « Vais-je être
à la hauteur » ? Vais-je pouvoir aider cette
enfant et sa famille ? » Et puis, au fil du
temps, on se rend compte que
l'on chemine ensemble et qu'il n'y en a pas un qui sait
et qui va « aider »
l'autre. C'est un travail d'écoute, de rencontre
et d'accompagnement au sens fort du terme.
Comme le dit Bryan Lask : « S'occuper de
patients atteints de mucoviscidose se révèle
être une expérience profonde qui vaut la peine
d'être vécue. Si nous sommes suffisamment ouverts,
ils nous montreront
comment vivre et mourir (
6)
».
L'histoire de Zora
Actuellement, très peu d'enfants décèdent
de la mucoviscidose grâce
aux progrès de la médecine qui ont permis
d'augmenter significativement
leur espérance de vie. Ce n'était
malheureusement pas le cas de Zora
dont le diagnostic a été posé
très tard et qui n'a pu bénéficier d'un
traitement précoce à même d'allonger
sa vie de quelques années.
Zora, aînée d'une famille de trois filles, nous
est arrivée à l'âge de six
ans, déjà très malade. Sa maman
était cependant persuadée depuis
longtemps que sa petite fille était atteinte
d'une maladie plus grave que
de « bronchites chroniques »
que les médecins ne prenaient pas au
sérieux.
La fillette a été suivie dans notre centre
pendant trois ans, durant lesquels elle a fait preuve de
beaucoup de courage et de maturité. Ses
parents étaient fort présents et très
soutenants.
Quand Zora a neuf ans, des vacances au Maroc sont
prévues pour y
retrouver la famille. Contrairement aux autres fois, la
fillette n'a pas du
tout envie de s'y rendre. Après quelques
hésitations de sa maman et un
peu d'insistance de son papa, ils s'y rendent malgré tout.
Les premiers jours se déroulent tout à fait
agréablement. Puis l'état de
santé de l'enfant se dégrade très
vite. On l'hospitalise au Maroc. Elle dit
d'emblée qu'elle va très mal et qu'elle veut
revenir à Saint-Luc ( nos
cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles ).
Elle nous revient effectivement dans un état
critique et est admise aux
soins intensifs. Au début, c'est la
révolte : « Je vous avais dit qu'il ne
fallait pas aller au Maroc. » Elle attribue
son état à une cause extérieure.
Elle est dans la non-acceptation de l'évolution
de sa maladie ; c'est de
l'ordre du « pas possible ».
D'abord Zora se bat. Puis peu à peu, elle prend
conscience de la gravité
de son état, par la nature et l'urgence des
interventions et par les
attitudes de son entourage. Il coexiste
également une prise de
conscience plus intuitive, liée à ce
qu'elle ressent : le mal-être, la fatigue,
l'impression d'une vie qui s'en va. L'équipe
médicale répond clairement à
ses questions. On lui explique que son état
est plus critique, plus
inquiétant, que certaines bactéries se
sont installées dans ses poumons
et qu'elles font des dégâts que l'on ne
contrôle pas très bien. On essaye
de trouver les médicaments adéquats mais
sans certitude qu'ils agissent
suffisamment. Toutes ces informations lui sont
communiquées afin de
créer un climat de confiance et d'échange
qui lui permettra de mieux
s'adapter, de s'approprier ce qui lui arrive.
Durant quelques jours Zora va se montrer très
exigeante, que ce soit au
niveau de l'équipe soignante, de la nourriture,
des visites, de ce que sa
maman peut et/ou doit dire. Elle en vent à tout
le monde, elle rend son
entourage responsable de son état.
Elle va ensuite se renfermer sur elle-même et se
sentir coupable : elle
trouve qu'elle demande beaucoup d'attention, que l'on doit s'occuper
d'elle au détriment de ses petites soeurs, qu'elle
dérange. Elle se sent
responsable de la tristesse de ses parents et de ses proches.
« Ce n'est la faute de personne » :
cette phrase, la maman va pouvoir la
prononcer quelques jours plus tard ; elle aura pour
effet de rendre Zora
plus sereine, de la « réconcilier »
avec son entourage. Elle va progressivement se
rendre à l'évidence et accepter son état.
Après quelques jours elle doit être
intubée, ce qui compliquera le dialogue. Celui-ci
se limitera à quelques mots soit oralement, soit sur un
bout de papier. Cette difficulté de parler en
étant intubée va certainement
influencer le travail d'accompagnement. Si elle peut
dire de temps en
temps une phrase, cela lui demande beaucoup
d'énergie et donc on
« parle » pour elle, on réalise
en quelque sorte un travail acrobatique de
« porte-parole », qui ne devrait
cependant pas être celui de lui suggérer
des idées qu'elle n'aurait pas.
La question de la mort
Zora va aborder spontanément avec moi la
question de la mort :
« Qu'est-ce que ça fait de
mourir ? ».
Je lui renvoie la question en lui demandant ce qu'elle en pense. Elle
répond que les enfants qui meurent deviennent des
anges car ils n'ont rien fait de mal. « Mais qu'est-ce
que ça fait un ange ? », ajoute-t-elle. Au
cours de la discussion, elle fait remarquer que ce n'est
peut-être pas la
même chose clans sa religion que dans la mienne. je lui
propose alors
d'appeler sa maman afin d'envisager une rencontre avec
l'imam présent
aux cliniques. Cet entretien confronte la maman à
la question de la mort
qu'elle n'avait pas encore abordée avec Zora.
La Nativité, détail des anges, Chapelle de Santa
Chiara à Ravenne, 1320
La rencontre avec l'imam se fera deux jours plus tard. Ils aborderont
ensemble le côté culturel de la mort. Une
relation de confiance s'établit
entre Zora et l'imam et elle demandera à le
revoir régulièrement. Une
part de son angoisse, de sa peur de la mort va s'estomper.
Par la suite, Zora et moi aborderons souvent des thèmes
satellites de cette mort qui s'annonce, tels l'ennui, l'attente,
le sens de la mort, la tristesse de ses parents et de ses
soeurs. Elle va aussi relever quelques
déceptions : elle n'aura pas le temps d'accomplir
certaines choses qui lui tiennent à cœur ( entre
autres d'être maman ), de voir sa nouvelle
maison dans laquelle sa maman continue à décorer
sa chambre et lui en
raconte chaque jour les différentes étapes.
Tout au long de cet accompagnement, j'ai voulu garder comme ligne de
conduite de me limiter à dire ce que Zora pouvait
entendre, de répondre
seulement à ce qu'elle demandait. Même si l'enfant
est conscient de sa mort prochaine et qu'il est capable d'en
parler librement, il faut rester prudent dans les informations
qu'on apporte et dans les interprétations
qui pourraient dépasser son niveau de
compréhension. L'information
peut se révéler angoissante et même
terrifiante alors qu'on la voulait
soutenante : l'enfant se trouve dès lors
confronté à une réalité qu'il n'est
pas prêt à assumer. Il risque de se refermer
et de se préparer seul à la mort.
La maman et moi avions déjà abordé la
question de la mort, mais elle ne
se sentait pas prête à en parler à
Zora. En se taisant, elle pensait protéger son enfant. Elle
était très ambivalente ; d'une part, toutes les
souffrances de Zora allaient s'en aller avec la mort, elle allait
enfin retrouver la tranquillité, la
sérénité mais, d'autre part, elle était
incapable de tolérer la pensée de la perdre.
Sa croyance en un au-delà idyllique, exempt de mal, va
néanmoins lui permettre progressivement d'adoucir la peine
provoquée par la disparition prochaine très probable
de Zora. Cette croyance rejoint celle de sa petite fille.
Il est important que l'entourage « accepte »
la mort prochaine du malade, qu'il se résigne et puisse faire
face à ses propres peurs, d'où l'intérêt
d'offrir aux proches un espace où ils peuvent parler et se
sentir écoutés.
Certaines familles ont besoin d'aide pour permettre à un
membre de partir. Nous devons les encourager, les soutenir, pouvoir
les aider à dire : « C'est ton droit de
partir, de mourir, nous comprenons et nous
t'aimons, nous n'attendons pas que tu te battes plus
longtemps. ».
Au fil des jours, Zora devenait de plus en plus agitée
et inconfortable, elle attendait cette
« permission » de mourir. Nous en parlions
beaucoup, sa maman et moi, jusqu'au jour où elle m'a
dit : « Aujourd'hui, je
suis prête, je vais pouvoir lui dire. Pourriez-vous
rester près de moi, ça
m'aiderait ? » C'était un moment à
la fois très émouvant et très apaisant,
même délivrant. Zora a souri à sa maman,
ce qu'elle n'avait plus fait
depuis quelques jours. Cette maman s'est sentie apaisée
d'avoir pu parler franchement à sa fille, lui dire
qu'elle l'aimait beaucoup et qu'elle
resterait toujours dans son coeur.
Deux jours plus tard, l'enfant s'est éteinte dans les
bras de sa maman, entourée de son papa et de l'imam.
Jusqu'ici, j'ai peu parlé du papa de Zora, bien qu'il
ait été présent mais
dans un autre registre, principalement en dehors de la
clinique. Il venait régulièrement voir sa fille,
mais restait très peu et voulait échapper aux
discours des médecins qui le plongeaient « trop
directement » dans la
réalité. Il préférait recevoir les
nouvelles via son épouse. Il s'occupait des
deux petites soeurs et tentait de trouver l'énergie
suffisante pour soutenir son épouse. Je l'ai
rencontré quelques fois : dès qu'il parlait, il
s'effondrait et il ne voulait pas se montrer « si
faible » devant Zora et
devant son épouse. Il a cependant eu un rôle
très important de soutien
auprès de la maman et des petites soeurs de Zora. Il a
permis de maintenir le lien entre la vie à la maison et
la vie à l'hôpital.
Un an après le décès de Zora, sa maman
m'a appelée car elle souhaitait
revenir aux cliniques pour revoir les personnes qui
s'étaient occupées de
sa fille. Elle désirait que je l'accompagne dans
cette démarche. Nous
sommes venues au centre « muco »
où elle a pu échanger quelques
mots avec l'équipe. Nous sommes ensuite descendues aux soins
intensifs où elle a voulu entrer ; arrivée au
local d'accueil, elle s'est effondrée et nous sommes
sorties attendre le chef de service dans le
couloir. Elle nous a remis un ballotin de pralines et nous a
remerciés pour tout ce que nous avions fait pour Zora et
pour la famille. Elle était
sereine après cette visite. « Je devais revenir,
c'est un pas de plus. » Elle
qualifiera cette étape de
« pèlerinage ». Son mari ne pouvait pas
comprendre cette démarche : pour lui, revenir aux
cliniques reste encore de l'ordre de l'impossible.
Conclusion
La mort d'un enfant crée une fracture, un trou devant
lequel nous sommes démunis. Elle provoque un vide qui va
se répercuter sur la pensée, l'affectivité,
tout ce qui spécifie l'être humain comme sujet.
Ginette Raimbault nous dit : « Notre attitude
face à notre propre mort à
venir est un élément fondamental dans
l'évolution du deuil. Pouvoir
accepter sa propre mort future comme destin permet de
penser que le
disparu a pu, en un temps, accepter la sienne (
7)
».
D'où l'importance d'un travail personnel afin d'éviter,
entre autres, le sentiment de révolte qui rôde bien
souvent autour de la mort d'un enfant.
Cette expérience reste pour moi exceptionnelle, principalement
dans l'intensité des émotions qu'elle a
provoquées. Zora et sa famille m'ont beaucoup appris et m'ont
permis d'avancer dans ce travail
« d'apprivoisement » de la mort.
Partir un jour
Marie-Gabrielle Gailly
L'histoire de
Vanessa
, sept ans, n'est certainement pas la plus
représentative de ce qui se passe dans notre service. Cette
enfant est décédée rapidement de son cancer,
résistant à toute thérapie médicale
depuis le départ. Ce n'est heureusement pas le cas de la
majorité des enfants atteints de cette pathologie. L'histoire
de Vanessa est néanmoins
exemplaire par l'importance du travail psychothérapeutique
qui a pu être réalisé.
Contexte de la maladie
Depuis le mois d'août, Vanessa se plaint de vives douleurs
dans le genou droit. Les parents consultent leur médecin
traitant. Après une radiographie de contrôle
jugée normale, la situation est banalisée :
« Ce sont des douleurs dues à la croissance,
ne vous inquiétez pas. ».
Fin janvier, les douleurs de Vanessa s'amplifient, son genou
gonfle. Le père de l'enfant décide alors de se
rendre dans le service des urgences
d'une clinique proche. Une masse volumineuse est mise en
évidence dans le tiers inférieur du fémur
droit. Vanessa est directement transférée
aux cliniques universitaires Saint-Luc. Le diagnostic d'
ostéosarcome est
établi avec existence de trois métastases pulmonaires.
L'équipe soignante met rapidement tout en œuvre
pour soulager et soigner l'enfant dans les meilleures conditions. Les
médecins informent les parents du diagnostic. Avant que je
ne rencontre Vanessa et ses parents (
8)
, ils ont expliqué
à l'enfant la gravité de sa maladie, ainsi que
le plan de traitement (
9)
.
Premiers entretiens et mise en place du cadre thérapeutique
Le lendemain de l'annonce du diagnostic, je rencontre Vanessa et sa
famille. Les parents sont tous deux au chevet de
l'enfant. L'atmosphère est lourde. Vanessa, Jolie petite
fille aux yeux pétillants, est occupée à
jouer avec une nouvelle poupée Barbie. Sa maman est assise
à côté d'elle, les yeux dans le vide,
catatonique. Le papa, tendu, nerveux, est
au pied du lit. je me présente à eux comme fine des
psychologues travaillant avec les professeurs C. et N., oncologues.
Vanessa me regarde intensément. Le papa se calme un peu, il
n'y a aucune expression ni réaction de la part de la maman. Je
m'adresse à Vanessa et je précise
que « je ne [la] toucherai jamais pour des soins, mon
métier, c'est d'écouter et de parler avec les enfants
qui viennent dans cette grande
clinique de Bruxelles pour être soignés ».
Elle écoute. « Il y a des
enfants qui ont parfois des idées embêtantes, dans
la tête et dans le
cœur parce qu'ils sont loin de leur maison, qu'ils ont mal,
parce qu'ils se
demandent ce qu'on va leur faire. Ils ne connaissent rien, ni
personne ici, leur papa et leur maman non plus. Alors, ils sont
parfois perdus, malheureux, je suis donc disponible pour parler
avec eux des choses embêtantes qui leur arrivent mais aussi
des choses gaies, s'ils en ont envie. » Le papa saute
sur l'occasion pour me dire qu'il veut me parler
en dehors de la chambre. Il ne propose pas à sa femme de
l'accompagner et la laisse d'autorité auprès de
Vanessa. J'accède à la
demande du père et explique à Vanessa et à
sa maman que je vais m'entretenir un instant avec le papa. Nous
sommes à proximité, elles
peuvent nous appeler si nécessaire.
Entretien avec le papa
Le papa de Vanessa explique qu'il se sent très coupable de
ne pas s'être rendu aux urgences plus rapidement, leur
médecin traitant n'a rien vu et
il est très en colère. Vanessa souffre depuis
trop longtemps. Il a peur, peur de ce qui attend son enfant.
Il est aussi inquiet pour son épouse, dépressive
depuis longtemps, et très choquée de ce qui arrive
à Vanessa. Maintenant elle ne parle plus,
ne mange plus, ne dort plus. Je lui dis que je rencontrerai
également son épouse.
Il reparle de Vanessa : elle lui ressemble, c'est une battante
comme lui.
Un lien se crée petit à petit et nous retournons
auprès de Vanessa et de
sa maman. Le cadre thérapeutique se met en place.
Entretiens suivants
Je fais plus ample connaissance avec Vanessa. Elle me raconte son
histoire médicale : la boule dans sa jambe qui lui
fait mal, les médicaments qui vont faire fondre la boule, etc.
Elle tente de trouver une explication à ce qui lui
arrive. « C'est à la cour de
récréation que cela a
commencé. Je jouais avec des copines à
saute-mouton et je suis
tombée. C'est pour cela que j'ai cette boule. » Elle
dit qu'ici les médecins font tout pour soulager sa douleur. Les
réactions de Vanessa vont bien dans le sens de ce que le papa
m'avait décrit : une petite fille dynamique et combative.
Je lui apporte des livres et des brochures (
10)
sur la
chimiothérapie qu'on lit ensemble avec ses parents.
Lors de ces premiers entretiens les parents sont présents
mais laissent la parole à Vanessa. Elle me parle de sa
sœur, Aurélie, dix ans, en quatrième primaire
dans la même école qu'elle.
Entretien avec la maman
La maman accepte un entretien individuel mais elle arrive
difficilement à s'exprimer. Je lui laisse le temps. Pour
l'aider, je lui rapporte les paroles
de son mari, cette maladie est un choc terrible pour elle. Petit
à petit, elle se livre. Depuis que Vanessa est née,
elle a toujours eu le pressentiment
qu'il allait arriver quelque chose de grave à l'enfant,
personne ne l'a jamais entendue. Elle s'explique ainsi l'origine de
sa dépression profonde. Vanessa n'a jamais eu d'ennuis de
santé jusqu'à présent, mais
elle, elle était hantée par la mort possible de sa
petite fille et l'imaginait dans un cercueil.
Fin de la première hospitalisation et retour à domicile
La première cure de chimiothérapie terminée,
Vanessa rentre à la maison. je revois la famille lors de la
visite de contrôle à l'hôpital de jour.
Le retour à domicile s'est bien passé. Vanessa
était contente de retrouver sa soeur. Elle est allée
à l'école chercher ses devoirs.
Hospitalisations suivantes
Entre les deux cures de chimiothérapie suivantes, Vanessa
doit être ré-hospitalisée. Elle est en
pancytopénie ( déficit des trois lignées
sanguines : globules rouges, blancs et plaquettes ) et
fébrile. La prise en charge
continue et nous parlons de « ces foutus
médicaments qui sont efficaces
pour faire fondre sa boule mais tellement embêtants
pour le reste ».
Son état s'améliore rapidement, elle se sent de plus
en plus à l'aise dans le service, profite de l'école,
des animations et se découvre une passion
pour les petits bricolages. La maman est présente et active
au chevet de l'enfant. Le papa a repris son travail et communique
avec moi soit par téléphone, soit par courrier.
Les hospitalisations se multiplient. Après chaque cure de
chimiothérapie, Vanessa doit être hospitalisée.
Dans les moments où elle est fébrile et
douloureuse, elle est très irritable, crie, se fâche et
devient extrêmement exigeante, surtout avec sa maman. Pour
soulager les parents, les grands-mères et la tante essaient de
distraire l'enfant qui n'accepte pas
leurs interventions. Elles se vexent. Les relations s'enveniment. Les
parents sont épuisés, ne savent plus quoi faire. Ils
appellent à la rescousse. Décision est prise avec eux
que, lorsque Vanessa est très
souffrante, c'est de calme et de repos dont elle a besoin. Une seule
personne restera auprès d'elle et la maman, le reste de la
famille se relayera.
Dès que Vanessa retrouve un meilleur état
général, elle redevient la
petite fille qui sait profiter de tout ce qui lui est offert
à l'hôpital.
Néanmoins, fin avril, à l'issue d'un bilan
général de nouvelles métastases
pulmonaires sont apparues. Le cancer de Vanessa se
révèle résistant à
la chimiothérapie classique. Les parents acceptent une
chimiothérapie de rattrapage mais celle-ci, très
agressive, est mal tolérée par Vanessa.
Au terme de deux cures, son état général est
lamentable. Elle a beau être une petite fille battante,
affaiblie, amoindrie, son moral est au plus
bas. je continue à la rencontrer régulièrement.
Impuissante, je reste tout
simplement près d'elle et encourage les parents, comme
l'équipe soignante, à lui permettre d'être
en « congé de courage ». Il lui faudra
plusieurs semaines pour que son état s'améliore un peu.
Début juillet, le bilan d'imagerie médicale ne montre
pas de régression
de la masse tumorale, au contraire, deux nouvelles métastases
pulmonaires sont encore apparues. C'est l'échec total des
traitements.
Vanessa est toujours hospitalisée. Je ne sais pas ce que
les médecins
ou ses parents lui ont dit au terme du bilan. Vanessa me fait
écouter sa
chanson préférée, un tube à la mode,
« Partir un jour » des 2be3.
« Partir un jour sans retour
Dépasser notre amour
Sans se retourner, ne pas regretter
Garder les instants qu'on a aimés
Partir un jour sans bagage
Oublier ton image
Sans se retourner, ne pas regretter
Penser à demain, recommencer
Il faut savoir garder un ciel étoilé
Tendre les mains à son destin
Vouloir encore demain
Se dire adieu »
Les paroles de cette chanson sont si parlantes qu'elles me bouleversent
terriblement. Vanessa a compris que son cancer sera le plus fort
et à sa manière, elle se prépare et nous
prépare. Elle perçoit que j'ai entendu
son message. Je ne fais aucun commentaire mais quelque chose
de très
intense se passe entre nous sans que l'on ait besoin de parler.
Les soins palliatifs
Les soins palliatifs sont envisagés. L'infirmière de
liaison se rendra à
domicile et, une fois par mois, un rendez-vous est fixé
à l'hôpital de jour.
Juste avant leur départ, la maman me parle de la
chanson : « Vous ne trouvez pas bizarre qu'elle
chante tout le temps cette chanson ? ». La
maman, à l'écoute de sa petite fille pendant tous ces
mois de traitement, a aussi perçu la portée des
paroles. Je lui explique que souvent les
jeunes enfants nous parlent de manière indirecte.
De retour à la maison, l'arrêt des
chimiothérapies permet à Vanessa de
retrouver un peu de force physique et morale. Son désir
est exaucé, elle reçoit un chien.
Le papa espère encore dans un éventuel traitement
expérimental. Mais,
pour pouvoir l'administrer, les oncologues doivent obtenir l'accord du
comité d'éthique des cliniques.
Ne pouvant attendre sans agir, les parents décident alors
de se tourner vers la médecine parallèle. Vanessa est
prise en charge quotidiennement par un « thérapeute
alternatif ». Celui-ci demande une
biopsie de la tumeur. Elle sera réalisée dans un autre
établissement de soins.
Les parents de Vanessa se sentent l'un et l'autre responsables et
coupables du cancer de leur enfant (
11)
. Plus que d'autres parents
confrontés à cette situation, ils n'ont d'autre choix
que de garder l'illusion d'une guérison possible
proposée par la médecine alternative. Il leur est
psychiquement impossible de supporter la réalité cruelle
de la mort toute proche de leur enfant.
Mi-août, le papa est très angoissé, il ne
contrôle plus la situation. Il m'envoie, ainsi qu'à
l'oncologue, des fax. Dans ses courriers, il essaie
d'analyser la situation. Vanessa est douloureuse, surtout le soir
de 20 h à 23 h. Lui et son épouse ne parviennent
plus à maîtriser les crises de la
soirée. Vanessa s'énerve, crie, boude, claque les
portes si ses parents n'accèdent pas tout de suite au moindre
de ses désirs, par exemple manger, en pleine nuit, des chips
qu'ils n'ont pas à la maison. Vanessa s'endort, selon
l'expression du papa, « à
l'arraché » et se réveille difficilement le
matin. Quelques jours d'hospitalisation sont proposés pour
mieux ajuster le traitement antalgique et faire le point face aux
comportements ingérables. Les parents refusent cette
hospitalisation. En revanche, ils acceptent de venir à la
consultation de l'hôpital de jour.
L'infirmière de liaison est présente.
L'anesthésiste et l'oncologue
modifient les médications antalgiques. Les parents me font
aussi la demande, en présence de Vanessa, de la recevoir
individuellement pour
essayer de l'aider et donc d'être aidés eux aussi.
Entretiens avec Vanessa
Ce jour-là a lieu le
premier entretien
. Afin de rendre
à Vanessa une position active de sujet, je lui propose que
ce soit elle qui m'indique comment elle se sent au réveil,
comment s'est passée sa soirée, etc.
Nous créons ensemble une grille d'une semaine qu'elle petit
ou non remplir à l'aide de symboles. Elle dessine ensuite
le dessin de l'île ( voir doc. 1 ).
« Une famille ( les parents et deux enfants et le
chien ) seule sur une île déserte. Ils sont
complètement isolés, paniqués. Heureusement, un
bateau est en route pour les sauver. ». A la fin du
dessin, la famille retrouve la sérénité. Vanessa
ajoute un soleil et un papillon.
Probablement, Vanessa et sa famille se sont-ils sentis
abandonnés à leur sort, au cancer qui évolue.
Maintenant ils demandent de l'aide et Vanessa va pouvoir monter avec
sa famille dans un canot de sauvetage.
Je fais l'hypothèse que les crises de Vanessa sont aussi un
appel à l'aide. Elle se débat avec rage pour être
autre chose qu'un petit être qu'on observe. Elle est là,
avec son caractère d'enfant gâtée, et elle se
fait entendre. La vie de ses parents ne se réduisant plus
qu'à son cancer, elle est en quelque sorte prise dans une
obligation de guérir. Elle sent qu'elle n'arrive plus
à le garantir. Mais, vive, intelligente, elle ne supporte
pas le statut de victime et elle se bat pour ne pas être envahie
avec sa famille, par la maladie, la souffrance.
La semaine suivante
, Vanessa vient accompagnée de ses grands-
parents. Elle me montre la grille qu'elle a remplie. Elle a mis des
soleils ( bonne humeur ) après chaque journée,
sauf pour une journée qu'elle a évaluée comme
moyenne. Le papa a noté après chaque journée les
heures de l'endormissement qui reste très tardif. Elle dessine
la famille des labradors. Papa, maman labrador et leurs deux
enfants ( voir doc. 2 ).
Elle dit : « La famille des labradors, c'est une
belle famille. ». Puis, sur une autre feuille, elle dessine
la même famille mais ils ne sont plus que
trois ( voir doc. 3 ).
Alors que dans le premier dessin ils sont tout colorés, ils
deviennent tous les trois tout noirs ( couleur de
deuil ? ). Elle prend ensuite une troisième
feuille et dessine « un petit labrador qui est
resté tout seul et qui va être
recueilli » ( voir doc. 4 )
Je ne fais aucun commentaire et laisse son dessin et son
récit s'exprimer librement. Elle dessine de manière
extrêmement clairvoyante l'expérience du deuil.
Même si elle connaît l'issue de sa maladie, sa
question est bien : comment traverser l'épreuve sans
qu'elle ne ravage tout sur son passage ? Sans qu'elle ne
conduise à la coupure du lien
affectif et à la solitude morale.
A la troisième rencontre
, Vanessa parle et dit tout en
dessinant : « J'ai
trop peu dans ma vie. Je veux faire plein de choses, des
bricolages ... ».
Elle m'explique qu'elle fait parfois des crises, que ça fait
du bien, mais qu'elle a aussi très souvent envie de
pleurer ( Elle a noté sur la grille de
la semaine une journée de grande colère,
désespoir. ). Elle dessine toujours en
parlant ( voir doc. 5 )
et dit, en traçant le toit de la maison, que le papa n'a pas
reconnu sa petite fille. Elle termine le toit et dit :
« Chouette, le noir est sorti. ».
Ensuite, elle commente son dessin : « La famille est
montée sur le toit et
ils vont regarder la lune et les étoiles. Celle du milieu,
c'est ma préférée.
Je devrais faire un soleil. Un soleil qui soit bon mais pas trop
chaud pour la maison. J'espère qu'ils vont tenir
debout. ». Vanessa traverse une
épreuve terrible ; elle pense déjà
à l'au-delà, au ciel qu'elle va regarder
avec ses parents ... et pourtant, elle continue à se
battre pour rester jusqu'au bout dans la communauté des
vivants. « le veux faire ... ». En
même temps elle réalise un important travail
d'acceptation de sa destinée. Elle se choisit une
étoile. Je ne peux m'empêcher d'associer
son choix au symbole de l'enfant-étoile fréquemment
évoqué par les parents endeuillés. Malgré
tous ses efforts, elle a peur que sa famille ne
tienne pas le coup. Elle ne veut pas les entraîner dans sa
propre mort.
Lors du quatrième entretien
, Vanessa ne dessine plus et je lui
propose de raconter une histoire. J'initie le récit par une
première phrase. « Il était
une fois un petit chat perdu ... (
12)
». Elle
enchaîne : « Il ne connaissait
plus son nom. Il avait peur. Il voit une maison, s'approche. Il
sonne. Il y a un monsieur qui lui dit : " Tu peux
rentrer. ". Le petit chat ne sait pas s'il
peut rentrer mais pense que son papa et sa maman seront fiers de
lui s'il rentre. Alors avec courage, il rentre. Le monsieur lui
demande : " Est-ce que tu manges bien petit
chat ? ". Le petit chat répond : " je
mange de la viande pour chat, mais il n'y a rien ici. ". Alors
le monsieur propose d'aller avec lui chercher un dîner.
Seulement, au bout de deux bouchées, le
petit chat n'en veut plus. Il demande : " Est-ce que je
peux aller dans le fauteuil ? ". Le petit chat regarde la
TV mais c'est tous les jours la même
chose. Puis il va un peu dormir. Le monsieur crie : " Tu
te lèves petit chat. ". Le petit chat dit :
" J'étais très fatigué, j'ai fait un long
voyage moi. ".
Il sent bien qu'il a trouvé une chouette famille avec ce
monsieur. Papa et maman voient la maison, sonnent à la porte,
le monsieur crie : " Lève-toi, il y a quelqu'un pour
toi. ". Le petit chat est content de voir ses parents. Il
dit : " Il fallait pas tant s'inquiéter pour moi,
j'ai eu peur, puis ça a été,
mais je suis encore mieux chez vous. " ».
Vanessa explique à travers son histoire que, malgré
toute sa bonne volonté, elle est de plus en plus
faible ( Elle n'a d'ailleurs plus rempli sa
grille ). Elle veut toujours être active mais n'y arrive
plus. Elle parvient à peine à manger. Elle va vers
l'inconnu. Elle a peur et, par son histoire,
elle essaye peut-être d'apprivoiser l'inconnu et aimerait
parvenir à rassurer ses parents.
Le dernier entretien
est reporté de deux jours, Vanessa ayant
passé une trop mauvaise nuit, elle n'a pas la force de faire
le trajet. Cette fois, Vanessa ne me laisse pas l'initiative du
début de l'histoire et revient cette
fois-ci sur le thème d'un petit chien perdu. « Il
était une fois un petit chien qui était perdu dans la
rue, il avait une famille et il marchait avec sa
famille puis sans faire exprès, il a pris un mauvais chemin, il
ne savait plus où il allait, il était tout perdu. Il
était tout seul dans la rue puis il a regardé et il
n'a plus vu personne, il a peur, il crie : " Papa, maman,
petite sœur, où êtes-vous ? ", personne
ne répond. Il pleure, maintenant il est tout seul, il voit une
maison et sonne à la porte. Il a un peu peur mais
il pense à son papa qui lui dit toujours : " Tu dois
te forcer à rentrer ". Il lui faut un fameux courage. Un
monsieur ouvre la porte, il dit : " Que fais-
tu là petit chien ?". « Je suis perdu,
Monsieur, j'ai peur, je suis tout seul,
je peux rentrer ? » et le monsieur dit
" Oui, tu peux rentrer dans la
maison, petit chien ". Le petit chien est rassuré. Il
s'installe et est bien dans cette maison. Le monsieur lui donne
à manger, le petit chien
apprécie la nourriture. Mais son papa, sa maman et sa petite
soeur ne savent pas où il est. Ils passent devant la maison,
ils cherchent après leur petit. Ils crient :
" Petit, petit, où es-tu ? Pourquoi es-tu
parti ? ". Le petit chien entend ses parents et dit
au monsieur : " C'est mon papa,
c'est ma maman, c'est ma petite soeur, ils ne savent pas que je
suis si bien ici chez vous. Il faut leur dire. " ».
Vanessa ne peut rien faire par rapport à sa destinée.
C'est en dehors de sa volonté ( le petit chien n'a pas
fait exprès de se perdre ). Il faut surtout
rassurer ses parents. Prudente, je ne fais aucune
interprétation. L'écoute
et l'empathie sont mes seuls instruments face à sa
destinée.
Vanessa reviendra une dernière fois à l'hôpital
de jour, mais il ne sera plus possible pour elle de faire un
entretien, elle est très affaiblie. Je vais
à son chevet et je reste silencieuse près d'elle. Elle
est très calme.
Malgré leur immense chagrin les parents le sont
aussi. A domicile, l'infirmière de liaison prend le relais
pour les derniers jours de sa vie. Je
téléphone quotidiennement à la famille ou
à l'infirmière. Vanessa est de
plus en plus affaiblie. Elle s'éteint chez elle,
entourée de ses parents.
Epilogue
Vanessa a réalisé, me semble-t-il, un véritable
travail psychothérapeutique. Ses parents, soutenant ses
moments de parole, ont suivi à la trace
son chemin. Elle n'est jamais venue aux entretiens pour me faire
plaisir ou pour obéir à ses parents. Elle n'a jamais
dessiné ou parlé avec ennui.
Au contraire, à chaque fois, elle a profité du temps
qui lui était consacré
pour essayer de transmettre ce qui lui arrivait. A sa manière
elle a préparé petit à petit son
départ. Les parents m'ont dit, plus tard, qu'elle
sortait un peu apaisée de nos rencontres.
Après son décès, j'ai revu les parents
plusieurs fois, ils m'ont demandé
alors que je leur parle du travail réalisé pendant
ces cinq séances. Je leur ai montré tout ce que
Vanessa avait dessiné, et je leur ai expliqué le
chemin qu'elle avait parcouru. Touchés, les parents ont
donné leur accord pour que je publie, un jour,
l'histoire de leur petite fille.
Notes
1. A l'exception des unités de soins palliatifs qui, fort
heureusement, se développent de plus en plus.
2. Sebastian dira par exemple : « Je n'ai plus
envie de rien. J'ai peur de rester ici longtemps. »
3. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne savait plus
s'exprimer ...
4. Depuis qu'il était dans l'incapacité de
parler, Sebastian communiquait par gestes :
le pouce levé signifiant « oui », le
pouce en bas « non ». Lorsqu'il voulait quelque
chose, il montrait du doigt en poussant un petit cri.
5. Les soignants sont face à un jeune
décharné, qui ne parle ni ne mange plus.
Sebastian, quant à lui, sent visiblement son corps
qui lâche.
6. BLUEBOND-LANGNER M., LASK B., ANGST D., Psychosocial
Aspects of Cystic Fibrosis. Arnold, Londres, 2001, p. 170.
7. RAIMBAULT G., Lorsque l'enfant disparaît, Odile Jacob,
Paris, 1966, 248 pages.
8. M. Vander Marcken, M. Kirsch ou moi-même ( les
psychologues ) rencontrons systématiquement tous, les
enfants et leur famille soignés dans notre
service pour une maladie maligne.
9. D'emblée, les parents ont accepté que les
médecins nomment le diagnostic et
précisent les effets secondaires des traitements à
l'enfant, ce qui n'est pas toujours le cas !
10. Notamment : « La chimiothérapie.
Qu'est-ce ? », publié par la
Fédération belge contre le cancer.
11. Le papa : parce qu'il aurait dû consulter
plus tôt. La maman : parce que depuis
la naissance de Vanessa elle a toujours été
parasitée par le fantasme de sa mort et
ce fantasme devient réalité.
12. Pourquoi cette première phrase ? Probablement
en résonance avec ce que je
pressentais de ses questions.
Création le 11 avril 2009.
Dernière mise à jour
le dimanche 16 mai 2010.
ds.ds
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à
ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Bravo de m'avoir trouvé
Félicitations
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.

... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480
mais est encore correcte avec les écrans
plus grands 1600x1200 ou autres.
Mes plus vifs remerciements vont à mon webmaster, le docteur
Guy De Saedeleer : sans sa créativité et son
infatigable persévérance, ce site n'existerait pas.
Ce 22 septembre 2008,
Jean-Yves Hayez
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à
ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à
ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.

... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480 mais est
encore correcte avec les écrans plus grands 1600x1200 ou autres.
Mes plus vifs remerciements vont à mon webmaster, le docteur
Guy De Saedeleer : sans sa créativité et son
infatigable persévérance, ce site n'existerait pas.
Ce 22 septembre 2008,
Jean-Yves Hayez
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je serais très heureux de dialoguer avec vous à
ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
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Plan.
ici
Résumé - Abstract - Resumen.
ici
Mots clés.
ici
Bibliographie.
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Notes.
ici
Télécharger.
ici
Résumé en français : Résumé.
ici
Résumé en anglais : Summary.
ici
Résumé en néerlandais : Samenvatting.
ici
Résumé en espagnol : resumen.
ici
Cochez ici pour voir le texte original et intégral
immédiatement sur votre écran.
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CONCLUSIONS.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
- Notes automatiques. -
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Note 1.
(1). A l'exception des unités de soins palliatifs qui, fort
heureusement, se développent de plus en plus.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
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Note 2.
(2). Sebastian dira par exemple : « Je n'ai plus
envie de rien. J'ai peur de rester ici longtemps. »
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
je serais très
heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
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Note 3.
(3). Ce qui ne veut pas dire qu'il ne savait plus
s'exprimer ...
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
je serais très
heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
.
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Note 4.
(4). Depuis qu'il était dans l'incapacité de
parler, Sebastian communiquait par gestes :
le pouce levé signifiant « oui », le
pouce en bas « non ». Lorsqu'il voulait quelque
chose, il montrait du doigt en poussant un petit cri.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
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heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
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Note 5.
(5). Les soignants sont face à un jeune
décharné, qui ne parle ni ne mange plus.
Sebastian, quant à lui, sent visiblement son corps
qui lâche.
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Note 6.
(6). BLUEBOND-LANGNER M., LASK B., ANGST D., Psychosocial
Aspects of Cystic Fibrosis. Arnold, Londres, 2001, p. 170.
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Note 7.
(7). RAIMBAULT G., Lorsque l'enfant disparaît, Odile Jacob,
Paris, 1966, 248 pages.
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Note 8.
(8). M. Vander Marcken, M. Kirsch ou moi-même ( les
psychologues ) rencontrons systématiquement tous, les
enfants et leur famille soignés dans notre
service pour une maladie maligne.
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Note 9.
(9). D'emblée, les parents ont accepté que les
médecins nomment le diagnostic et
précisent les effets secondaires des traitements à
l'enfant, ce qui n'est pas toujours le cas !
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Note 10.
(10). Notamment : « La chimiothérapie.
Qu'est-ce ? », publié par la
Fédération belge contre le cancer.
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.
Note 11.
(11). Le papa : parce qu'il aurait dû consulter
plus tôt. La maman : parce que depuis
la naissance de Vanessa elle a toujours été
parasitée par le fantasme de sa mort et
ce fantasme devient réalité.
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Note 12.
(12). Pourquoi cette première phrase ? Probablement
en résonance avec ce que je
pressentais de ses questions.
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- Bibliographie automatique. -
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Bibliographie numéro 1.
1.
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Bibliographie numéro 2.
2.
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Bibliographie numéro 3.
3.
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Bibliographie numéro 4.
4.
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Bibliographie numéro 5.
5.
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Bibliographie numéro 6.
6.
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Bibliographie numéro 7.
7.
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Bibliographie numéro 8.
8.
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Bibliographie numéro 9.
9.
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Bibliographie numéro 10.
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Pour télécharger ce site ...
... en format
traitement de texte reçus de la revue Enfances et psy
le 2 février 2005, vous avez les choix suivants :
Format word 8
Format pdf.
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liste des mots-clés du site au 28 septembre 2005.
abus sexuel,
accompagnement éducatif,
adolescents abuseurs,
adolescents,
allégation d'abus sexuel,
angoisse de séparation,
angoisse,
anxiété,
assuétude,
autorité parentale,
beaux-parents,
besoins psychiques des enfants,
bizarrerie sexuelle infantile,
cadre thérapeutique,
confidences,
confidentialité,
conformisme,
culpabilité,
debriefing collectif,
délinquance,
dépendance,
dépression,
destructivité,
deuil compliqué,
deuil pathologique,
éducation sexuelle,
enfant abuseur,
enfants,
énuresie,
éthique,
équipes SOS-Enfants,
famille,
famille reconstituée,
Familles restructurées,
guerre,
identité,
infanto-juvénile,
intervention de crise,
Jean-Yves Hayez,
jeux sexuels,
livres,
mendiants,
mort,
mort d'un proche,
mots-clés,
pédopsychiatrie,
perversion sexuelle infantile,
perversion sexuelle,
peur,
pornographie,
protection,
psychiatrie de liaison,
psychothérapie,
publications,
relation de soin,
réparations,
réseau de santé,
sanctions,
secrets de famille,
séparation parentale,
sexualité infantile,
sexualité normale,
signalement,
soins pluridisciplinaires,
stress,
SOS-enfants,
suggestibilité,
syndrome de stress post-traumatique,
traumatisme psychique,
trouble de l'endormissement,
trouble du comportement,
trouble psychique,
urgences,
violence,
vulnerabilité.