
Introduction à la psychopathologie et à la psychiatrie de
l'enfant
- Table des matières -
§ I : La demande de consultation, entre subjectif et objectif
§ II : Diagnostics objectifs et nosographies
§ III : Recherche de l'étiologie et de la pathogénie
§ IV : Une modélisation biospychosociale de la santé et de la pathologie
§ V : A l’arrière-plan du facteur somatique, voire du facteur
intrapsychique
: le génome de l'enfant
§ VI : Eventail des principaux moyens thérapeutiques destines à
l'enfant et à
sa famille
§ VII: Description des troubles : une perspective de psychopathologie
développementale
§ I : Fonction d'événements vécus en cours de grossesse
§ II : A propos du désir d'enfant
Chapitre III
: Troubles lies à "l'âge nourrisson" du développement:
entre 0 et 15
mois
§ I : Introduction
§ II :
Troubles affectifs, sans altération importante du sens de la réalité
§ Ill : Altération importante du sens de la
réalité : l'autisme
Chapitre IV:
Troubles liés à l'Age "tout-puissant" du développement :
entre 15 et 36 mois
§ I : Introduction
§ II :
Troubles affectifs, sans altération importante du sens de la réalité
§ III :
Altérations moyennes ou sévères du sens de la réalité
§ I : Etiopathogénie
§ II : Description clinique et traitement
Chapitre VI : Troubles liés
à " l’âge oedipien " du développement :
entre 3 et 6 ans
§ I : Introduction
§ II :
Troubles affectifs, sans altération importante du sens de la réalité
§ III :
Troubles cognitifs et instrumentaux
Chapitre VII : Devenir des pulsions et des désirs oedipiens dans la suite du développement
§ I : L'immaturité affective oedipienne ou immaturité affective de type III
§ II : Santé mentale et pathologie de la sexualité
§ III : Les
troubles névrotiques (ou "fonctionnement névrotique")
§
I : Introduction
§ II : Troubles mixtes, cognitivo-affectifs
§ III : Altérations importantes du sens de la réalité
Chapitre IX: Troubles liés à la préadolescente
§ I: Introduction
§ II: Troubles affectifs, sans altération importante du sens de la réalité
§ III : Altérations importantes du sens de la réalité
Chapitre X : Troubles épars dans le développement
§ I: Introduction
§ II: La dépression chez l'enfant
§ III : L'angoisse chez l'enfant
Annexe I A: Classification de la CFTMEA R-2000
Annexe I B: Classification du DSM-IV
Bibliographie
Chapitre I
Considérations générales
§ I - LA DEMANDE DE CONSULTATION, ENTRE SUBJECTIF ET
OBJECTIF
Les " troubles " du
fonctionnement psychique de l'enfant, pour lesquels les parents consultent, ne
relèvent pas souvent de syndromes psychiatriques lourds, comme on en voit en
clinique adulte.
Certes, il en existe quelques-uns :
autisme, psychoses, dépressions graves et persistantes, comportements très
perturbateurs, etc. ... Mais, le plus souvent, les faits ont l'air moins
dramatiques.
Par ailleurs, il existe le plus souvent
au moins un demandeur d'aide autre que l'enfant : ses parents, ou
quelqu'un qui pousse ceux-ci ; ce demandeur éprouve un sentiment subjectif de
malaise, de déviance "autour de l'enfant", et le rationalise en
prétendant que l'enfant ne va pas bien... c'est parfois vrai, mais parfois
aussi c'est lui, le demandeur, qui est le seul à souffrir, à ne pas supporter
l'originalité de l'enfant, voire qui cherche un prétexte - l'enfant - pour
parler de ses problèmes à lui, l'adulte ... Quant à l'enfant, soit il se
sent mal, lui aussi, soit il n'en est rien mais il se laisse docilement mener à
la consultation, soit il n'en est rien et il montre qu'il n'est pas d'accord,
via sa mauvaise humeur ou des sabotages plus subtils de la consultation.
Il est plus rare que l'enfant soit le
seul à se sentir mal psychiquement puis que, l'ayant manifesté d'une manière ou
l'autre [1], ses parents entendent son message et le
conduisent à une consultation " psy ".
Initialement, c'est donc bien à la mise
en acte, jusqu'à la consultation, voire à la confrontation de malaises et
d'idées subjectifs que l'on a à faire : ceux de chaque
parent, ceux éventuellement d'un autre demandeur, souvent caché, ceux de
l'enfant et ceux du consultant [2]. Mieux vaudrait que celui-ci accueille
sereinement ces malaises, demandes ou refus ... tous subjectifs, et essaie
d'en comprendre le sens, plutôt que de décréter qu'il y a de bonnes ou de
mauvaises demandes, des vraies ou des fausses, des graves ou des pas graves.
En comprendre le sens ? C'est se poser
- et poser à haute voix - des questions comme : "Qu'est-ce qui s'est passé, pour qu'ils soient en face de moi aujourd'hui ? Qu'est-ce qui a influencé positivement ou
négativement leur démarche ? Comment se représentent-ils le problème pour lequel ils consultent ?
A quoi l'attribuent-ils ? En quoi le trouvent-ils grave ? Etc. "...
Pour comprendre, il faut également
savoir faire retour sur soi : jusqu'à quel point est-ce que je rejoins leur
analyse ? De la perception de qui est-ce que je me sens le plus proche ?
Pourquoi ? pourquoi... en référence à mon histoire de vie, à mon image du
monde, à mon image de la bonne ou de la mauvaise santé mentale, etc. ...
S'il procède ainsi, le consultant
constatera [3] des différences parfois stupéfiantes
dans le vécu des familles et l'analyse qu'elles font des événements : tel
enfant - ou/et sa famille - vivra dramatiquement une chute de 3% dans ses
résultats scolaires ou la découverte d'une apparemment très petite
transgression... tel autre - ou/et sa famille - aura l'air de
" vivre " sereinement, sans sentiment de handicap, un
dysfonctionnement " objectivement " plus invalidant
( tics importants, énurésie persistante ) ... tels parents
s'affoleront pour la découverte d'une masturbation ... et d'autres
toléreront bien un comportement psychotique
Après avoir écouté ses vis-à-vis avec
respect, le consultant, porteur lui-même de ses connaissances scientifiques et
de sa subjectivité, aura donc chaque fois à décider ; à un pôle extrême il peut
viser à rassurer ... à l'autre, au contraire, il doit les sensibiliser à
la gravité d'une situation, gravité qui leur échappe ou face à laquelle ils
pratiquent la politique de l'autruche. Tout en respectant la subjectivité de
ses vis-à-vis, le consultant devra les aider aussi à ce qu'elle intègre des
éléments objectifs : les capacités de l'équipement de l'enfant par exemple,
- et la perception de ses désirs et projets tels qu'ils sont !
§ Il - DIAGNOSTICS OBJECTIFS ET NOSOGRAPHIES
I. Un choix pour le consultant : s'immerger dans le discours immédiat ou viser au diagnostic
A - Du paragraphe qui précède, on pourrait déduire qu'il est possible et
même souhaitable de mener une relation d'aide en restant très proches des
énonciations subjectives qui se font à chaque moment : le consultant,
alors, s'immerge avec les parents et avec l'enfant dans leur vécu le plus
actuel, inévitablement porteur de passablement d’opacités. Si le consultant
enrichit parfois ce discours en informations, c'est en fonction de ce que
lui-même vient d'entendre ou d'observer, face aux différents partenaires du
problème pour lequel on le consulte. Cette manière de travailler n'est pas
qu'une vue de l'esprit : elle est à l'honneur, totalement ou largement, dans un
certain nombre de centres de santé mentale ou de consultations privées,
notamment beaucoup de ceux qui se réclament de la psychanalyse.
B - A l'autre extrême, d'autres consultants attachent une grande importance
à poser des diagnostics précis :
soit des facteurs de morbidité à partir desquels le problème a pu se
déployer (diagnostic étiopathogénique)
soit des entités morbides, ou maladies, à l'oeuvre ( diagnostic
clinique ).
soit les deux.
Pour arriver à leur fin, au delà de la seule écoute du discours de leurs
vis-à-vis, ces consultants recourent également
- à l'observation de l'enfant ( avec échanges de paroles, jeux,
dessins )
- à la passation de tests psychométriques ou/et projectifs ;
- à des check-lists d'anamnèse et de symptomatologie bien structurées,
figurant éventuellement dans des questionnaires - standardisés -. Ces
questionnaires sont auto-référés, ou/et on les fait passer aux parents ou/et
aux enseignants. Parfois même, ils sont computérisés.
C - Entre ces deux extrêmes, beaucoup de consultants francophones
- dont nous sommes - s'appuient surtout sur l'écoute du discours de
la famille et sur l'observation immédiate. Le discours écouté est soit
spontané, soit émis en réponse à des questions des consultants, par exemple
autour de l'anamnèse. Le discours de l'enfant est verbal et non-verbal : il
s'agit donc aussi de ses productions figurées ( dessins, jeux réalisés en
séance, etc. ...). A l'occasion, inconstamment, en fonction des circonstances
et des besoins, ils ajoutent la passation d'un test psychométrique ou/et
projectif : ce dernier en apprend plus, éventuellement, sur les grandes lignes de l'évolution affective de l'enfant,
ses désirs et ses conflits, et les différentes strates de ses représentations
mentales. En dialectique avec ce mouvement, ils situent prudemment l'enfant
dans une des grandes nosographies dont nous allons parler tout de suite, mais
sans s'y emprisonner : la nomination d'une maladie [4] inscrite dans cette nosographie, leur permet
de penser à d'autres signes, à quoi ils ne pensaient pas spontanément, et à
enrichir le diagnostic ... mais ils restent bien " les pieds
dans le réel " : si un signe de l'entité morbide n'est pas
présent ... il n'y est pas !
II. Le diagnostic d'entités
morbides et les nosographies
A - Comme c'était inévitable dans le
domaine de la pathologie mentale, la délimitation et la dénomination des
troubles a été et est encore faite de façon anarchique par beaucoup d'auteurs
selon les écoles locales, les (mini)-groupes d'appartenance, voire leur
créativité personnelle, les cliniciens appellent les mêmes réalités par des
vocables très variés, sans la discipline qui prévaut largement en médecine
organique ; nous n'échapperons pas complètement à ces usages : régulièrement
dans ce syllabus, nous emploierons un vocabulaire qui nous a semblé très usuel
parmi les psychiatres infanto-juvéniles d'expression française.
B - Depuis une vingtaine d'années, pour
mettre de l'ordre dans cette anarchie, deux nosographies - le DSM et l'ICD - cherchent
à s'imposer dans le monde ; une troisième, la CFTMEA, s'efforce de prendre pied
chez les " psy " francophones d'enfants et d'adolescents.
N.B.
Une " nosographie " c'est donc une description, qui se veut
logique et exhaustive, des différentes maladies susceptibles d'exister dans le
champ qu'elle vise. Selon l'extension qu'elle veut se donner, une nosographie
décrit et ordonne certainement les maladies à partir de leurs signes cliniques
; plus inconstamment, elle décrit aussi : l'épidémiologie, les facteurs
externes associés à la maladie et susceptibles d'être étiologiques, etc. ...
C - Première nosographie de
référence : la classification française des troubles mentaux de l'enfance et
de l'adolescence (CFTMEA), mise au point par R. MISES et ses collaborateurs
(1988) et révisée en 2000 (CFTMEA R-2000) (N.B. C'est sur cette dernière que
nous nous appuierons).
C'est une classification
bi-axiale :
Axe I : les grandes catégories
de maladies, répertoriées selon une logique " structurale"
d'inspiration psychanalytique : la description esquissée des structures y est
au moins aussi importante que le passage en revue des signes.
On y trouve cinq catégories de
base, exclusives les unes des autres : 1. 1 Autisme et troubles psychotiques ;
2. Troubles névrotiques ; 3. Pathologies limites, troubles de la personnalité
; 4. Troubles réactionnels ; 9. Variations de la normale.
Suivent alors quatre autres
catégories qui ne sont plus nécessairement exclusives, ni l'une de l'autre, ni
de coexister avec une des précédentes ; ce sont :
5. Déficiences mentales ; 6.
Troubles spécifiques du développement et des fonctions instrumentales ; 7.
Troubles des conduites et des comportements ; 8. Troubles à expression
somatique.
La CFTMEA R-2000 amorce également une classification
spécifique pour les bébés ( axe 1 bébé [0 à 3 ans] ).
Axe II : Il s'agit de la
recension de facteurs associés ou antérieurs à la maladie mentale répertoriée,
et susceptibles de jouer un rôle étiologique dans son déclenchement. Ces
facteurs sont organiques ou/et psycho-sociaux.
En annexe du présent syllabus, nous présentons l'axe I de
la CFTMEA R-2000 de façon plus détaillée.
D - Deuxième nosographie de référence : le "diagnostical
and statistical manual of mental
disorders - fourth edition"
(DSM-IV).
C'est une classification pentaaxiale, mise au point par
l'association des psychiatres d'Amérique du Nord (APA):
- L'axe I constitue, lui aussi une recension et une
description des grandes catégories de maladies mentales. Cette recension se
voudrait a-théorique, c'est-à-dire non inspirée par des théories du
fonctionnement humain normal et pathologique. Elle se voudrait donc purement
descriptive. Elle réserve un chapitre spécifique à des troubles apparaissant
habituellement pendant la première ou la deuxième enfance ou l'adolescence
( par exemple : trouble autistique ; énurésie, etc. ...). Néanmoins, les
troubles des enfants relèvent au moins aussi souvent des autres chapitres de
l'axe I du DSM-IV, non spécifiques d'un âge donné ( par exemple : trouble
psychotique bref ).
En annexe du présent syllabus,
nous donnerons une idée plus détaillée de l'axe I du DSM-IV.
- L'axe II recense des composantes dans la manière de
fonctionner qui sont plus structurées et plus chronifiées. Ce sont
essentiellement :
● Le retard mental
● Les troubles de la personnalité : la majorité de
ceux-ci ne sont cependant pas diagnostiqués avant la fin de l'adolescence.
- Les axes III et IV passent en revue les facteurs
associés, éventuellement étiologiques, comme le faisait déjà de son côté le
CFTMEA. L'axe III passe en revue les " conditions médicales [5]
générales " et l'axe IV " les problèmes
psycho-sociaux et de l'environnement ".
- L'axe V constitue une mesure chiffrée, intitulée
" évaluation globale du fonctionnement ", de la
détérioration du fonctionnement du sujet, de par le fait de sa maladie mentale.
Le chiffrage se fait en référence à une échelle standard (" GAF
scale ").
E - Par choix, nous ne nous
référerons pas à la seconde nosographie très répandue dans le monde, elle
aussi, mise au point par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Cette
nosographie est connue sous le nom d'I.C.D.-10 (" International
classification of diseases - 10th edition "), traduite
C.I.M.-10 (" classification internationale des maladies ").
Elle concerne toutes les maladies, physiques et mentales. Le chapitre F porte
sur les maladies mentales, et sa conception est fort proche du DSM-IV.
§ III - RECHERCHE DE L'ETIOLOGIE ET
DE LA PATHOGENIE
I. Un peu de vocabulaire
A - On appelle souvent " étiologie ",
" facteurs étiologiques " ou " causaux "
d'un trouble ou " facteurs de morbidité, ou de
maladie ", les éléments désorganisateurs de la réalité externe
qui sont estimés provoquer le dit trouble.
Par exemple : une infection qui lèse le cerveau ; un traumatisme psychique, comme un abus sexuel ; le discours dévalorisant d'un instituteur ; la séparation du couple parental ...
Quand on ne repère pas de
facteurs étiologiques convaincants, plutôt que de décréter spéculativement
" c'est certainement psychologique (ou organique) ", mieux
vaut se limiter à dire que le trouble est essentiel.
B - On appelle souvent "pathogénie" [6] ou "mécanisme(s) pathogène(s)
ou pathogénique(s)" l'ensemble, plus ou moins logiquement constitué,
des désorganisations intermédiaires à l'oeuvre dans l'être de l'enfant - corps
et psyché - et qui aboutiront finalement aux signes cliniques par lesquels le
trouble-résultat s'identifie. Entre les causes externes, si tant est qu'elles sont repérées, et la clinique du trouble, il y a donc une désorganisation
souterraine qui génère (« gène ») la pathologie (« patho »).
Par exemple : après un traumatisme psychique, l'enfant est envahi par des images traumatiques qui ne parviennent pas à rester refoulées ; il auto-génère des idées d'angoisse, de culpabilité, de désespoir... Certains circuits cérébraux d'activation sont momentanément surexcités : cette pathogénie est à l'origine de comportements perturbés variés : agitation, collage aux parents, difficultés d'endormissement, etc.
II. Limites et pièges du vocabulaire
A - La recension
des facteurs étiologiques donne trop à penser que la surgescence d'un trouble a
lieu au nom d'une causalité linéaire simple : l'être de l'enfant serait comme
une pâte molle, susceptible d'être soit sculptée de façon esthétique par des
facteurs favorables, soit bombardée et altérée par le malheur. Or la réalité
est infiniment plus complexe.
Sans entrer dans tous les détails possibles, rappelons
que :
- Dans nos vies, on peut dire
qu'opèrent en permanence certains des facteurs de morbidité, et simultanément,
des "facteurs de santé". Leur nature et leur répartition sont
mouvantes, et ils sont même parfois provoqués les uns par les autres. Il y a plus de
chances que l'on tombe malade si le jeu des facteurs défavorables devient
momentanément prépondérant.
Par exemple, lorsque, peu après la naissance du bébé,
certaines mamans font une dépression assez grave, il est des enfants pour qui
le manque d'investissement maternel est pallié par la qualité de présence de l'entourage, et d'autres, non...
- La
" réceptivité " de chaque enfant, tant aux facteurs de
morbidité qu'à ceux de santé, est variable : certains d'entre eux sont très
vulnérables ; on les verra, par exemple, s'angoisser intensément parce que leur
maman s'est absentée une demi-heure ; d'autres sont plus consistants, plus
forts, voire plus résilients. Par résilience, on entend cette capacité qu'ont
certains à "rebondir sur le malheur", c'est-à-dire à tirer profit de
circonstances défavorables pour extraire d'eux une force de vie, une créativité
hors du commun. Pensons, par exemple, à la débrouillardise de certains
"enfants de la guerre".
- Les dysfonctions de l'enfant,
qui expriment son trouble, ont elles-mêmes un effet feed-back sur son entourage
humain, voire matériel, et sont donc susceptibles de changer la nature et
l'intensité tant des facteurs de morbidité que de ceux de santé.
Par exemple. on est encore plus irrité par lui parce
qu'il dysfonctionne ... ou alors, on entend sa souffrance comme un signal, et on fait davantage attention à lui.
- Mais il y a des feed-back plus subtils, qui concernent
les mécanismes pathogéniques eux-mêmes, notamment à partir du remaniement de
l'image de soi : beaucoup d'enfants qui dysfonctionnent se perçoivent
dysfonctionner, analysent leur propre dysfonctionnement (Pourquoi ? Comment
va-t-on réagir ? Que vais-je devenir ?) et modifient alors la
représentation qu'ils ont d'eux-mêmes ( Par exemple : " Si
je suis énurétique, c'est que je suis le plus méchant de tous ") ;
ils peuvent aussi modifier leur projet de vie ( Par exemple:
" Je ne lutte plus, je me laisse aller ... ou je
réagis ") ou, plus immédiatement, leur attitude par rapport à leur
dysfonctionnement ( Par exemple : dissimulation de certains
symptômes ... ou, au contraire, recherche de bénéfices secondaires )
: tous ces remaniements dans les idées ou/et les programmations intérieures
entraînent, soit une accélération de la guérison, soit de nouvelles
complications.
B - La frontière entre " facteurs
étiologiques ", " mécanismes pathogéniques " et
" troubles " n'est pas toujours aussi claire qu'il en a
l'air.
- Par exemple, l'attitude désinvolte de l'entourage par
rapport aux règles sociétaires, induit chez un enfant des idées de
toute-puissance, et, partant, de nombreux comportements
transgresseurs : ses idées de toute-puissance, est-ce de la pathogénie, ou
est-ce déjà une partie du trouble, son volet intra-psychique, complémentaire à
son volet comportemental ? La réponse à cette question est somme tout
arbitraire : sur le terrain, il est évident que l'on doit tenir compte de la
désorganisation de ses idées et de ses affects pour bien soigner...
- Par exemple : Quand un enfant fait un épisode dépressif
dit endogène, c'est-à-dire qui n'est pas lié à des événements externes
défavorables, cet épisode commence spontanément par une surgescence de pensées
et d'affects " noirs " (" Je ne vaux
rien ... on ne m'aime plus "). Ce primum moyens est interne à
l'être : est-ce néanmoins un facteur étiologique ? Une première étape des
mécanismes pathogéniques ? Ou déjà le volet intrapsychique du trouble ?
POUR NE PAS SOMBRER DANS L'ACADÉMISME STERILE A CE
PROPOS, DANS LA SUITE DU SYLLABUS, NOUS RECOURRONS SOUVENT AUX APPELLATIONS
SUIVANTES :
- FACTEURS SOCIAUX d'une maladie
: ce sont des facteurs que beaucoup d'auteurs considèrent comme étiologiques.
- FACTEURS PSYCHIQUES (ou
INTRAPSYCHIQUES) : c'est à leur propos qu'il sera assez souvent difficile et
arbitraire de décréter si ce sont des mécanismes pathogènes, ou s'ils
constituent déjà un des volets de la maladie.
- FACTEURS SOMATIQUES ( ou
BIOLOGIQUES ) : à leur propos aussi, il n'est pas toujours simple - ni
très utile - de décréter si ce sont des facteurs étiologiques, des composantes
de la pathogénie, ou un volet - somatique - de l'expression du trouble.
IV - UNE MODÉLISATION BIOPSYCHOSOCIALE DE LA SANTÉ ET DE LA PATHOLOGIE
Il se confirme depuis quelques années, une conception et
une modélisation biopsychosociale de la santé et des maladies (toutes,
les soi-disant physiques comme les soi-disant mentales), à laquelle nous
adhérons.
Pour les tenants de cette modélisation biopsychosociale,
tous les facteurs sont susceptibles de s'additionner ou/et d'entrer en
résonance les uns avec les autres dans le cadre d'une multifactorialité
complexe [7].
Chaque trouble - ou chaque état
de santé - de chaque enfant est donc susceptible de relever, de façon mouvante
dans la durée, de la présence d'une ou de plusieurs catégories de facteurs :
A - 1) Facteurs somatiques
(ou biologiques)
- Déficits d'équipement, immaturités et dysmaturations,
maladies avérées du corps ou/et du cerveau.
Certains sont très macroscopiques et facilement repérables : par exemple, pauvreté du tissu cérébral et retard mental. D'autres sont moins facilement perceptibles : par exemple, déséquilibre dans la répartition de certains neuro-transmetteurs cérébraux ou dans les circuits cérébraux et (prédisposition à) l'autisme, la schizophrénie.
- Vulnérabilité, fragilité,
prédisposition de certaines zones du corps.
Par exemple, peau de qualité médiocre, facilement irritable sous le jeu d'agents chimiques (erreurs d'alimentation), mais aussi sous le jeu du stress.
- Réflexes conditionnés ;
résidus de conduites automatiques instinctives.
Par exemple, la répétition rituelle de certains stimuli
pourrait être un des facteurs explicatifs de certaines énurésies survenant
toujours au même moment de la nuit et dans le même lieu.
Par exemple, recherche
" instinctive " de protection, à proximité des parents, la
nuit, chez nombre de petits enfants anxieux.
- Mise en place progressive, propre à chaque enfant, du
" pattern " de ses conduites psychophysiologiques :
" besoins " en matière de sommeil, d'alimentation,
d'excrétion... voire, en partie, en matière sexuelle ; stabilité ou instabilité
psychomotrice, etc. ...
N.B. Nous arrêterons ici, de façon quelque peu
arbitraire, le relevé des facteurs que nous considérons comme
" somatiques ". Nous ne nions pas que, dans les facteurs
que nous présenterons par la suite, il reste souvent un enracinement somatique.
Par exemple, l'état des fonctions cognitives, que nous présentons parmi les
facteurs intrapsychiques, relève, entre autres,
de l'état du cerveau. Mais il ne s'agit pas d'un déterminisme total ; nous
croyons à une part de
transcendance de l'esprit sur la matière : au nom de cette conviction, nous
avons rangé ailleurs les facteurs qui ne sont que partiellement sous
l'influence du soma.
2) Facteurs intrapsychiques
De type cognitif : état
du moment de l'intelligence ; état des fonctions instrumentales [8] ; état des informations reçues
par l'enfant et intégrées par lui ; nature de certaines idées auto-générées par
son intelligence et son imagination, pour s'expliquer la vie ...
De type
" affectif " ou " de personnalité "
N.B. Les vocables
" affectif " ou ".personnalité"
sont employés ici dans un sens très large, pour désigner tout ce qui, dans
le fonctionnement intrapsychique, ne relève pas du strict jeu de l'intelligence
et de ses fonctions satellites. Sans pouvoir ni vouloir être exhaustif, citons
ici :
● le tempérament : style réactionnel (" how
of behavior " ; couleur, ambiance de la réponse, émotionnelle
ou(et comportementale), stable, prévisible - si pas généralisable - face à toutes situations de nature analogue,
largement inné mais modulable par le milieu : par exemple, tendance à
l'activité ou à la passivité, -à l'extraversion ou à l'introversion, à la
sociabilité ou à l'autosuffisance, à l'angoisse ou à la sérénité, etc.
● les pulsions, les désirs et leur évolution dans
le temps ;
● l'introjection
d'interdits parentaux ou/et sociétaires (" Sur-Moi " des
psychanalystes ou " assignations sociales introjetées ") ;
● l'introjection d'un Idéal du Moi ; la
constitution d'un système de valeurs : par exemple, tel enfant veut être le
plus brillant et s'y épuise ; tel autre trouve important de paraître dur,
impassible, "crâne" devant les punitions, et entre en escalade avec
son environnement.
N.B. Ces
différents éléments constitutifs du " psychisme affectif "
peuvent être en harmonie ou en conflit les uns avec les autres. Ces " conflits
infra-psychiques " fréquents et douloureux sont à
l'origine de "mécanismes de défense" destinés à les aménager vaille que vaille et à réduire les tensions et souffrances
qu'ils provoquent (angoisse, culpabilité, dépression...).
3) L'exercice de la liberté intérieure
Existe aussi cette Instance, cette réalité intérieure
mystérieuse qu'est notre liberté. Nous y revenons, en la classant parmi les
facteurs intrapsychiques. Ce classement est boiteux, car la liberté n'est
évidemment pas dans le même ordre logique de classe que l'intelligence et les
facteurs affectifs ! Nous devons néanmoins nous y référer quelque part, et
c'est la moins mauvaise place que nous lui trouvons. Notre liberté s'appuie sur
notre intelligence, pour nous faire faire nos choix et prendre nos décisions.
Elle repère nos désirs, nos valeurs, nos conflits et, par définition, programme
des comportements influencés par ces composantes, certes, mais leur échappant
quelque peu aussi : par exemple, nous pouvons décider librement de renoncer à
certains de nos désirs, ou de les réaliser de façon effrénée... nous pouvons
décider d'aller à l'encontre de nos valeurs, et de faire ce que nous croyons
être le mal, etc. ...
C - Facteurs socio-matériels
1) les composantes
matérielles de l'environnement. Par exemple, l'absence d'espaces verts dans
les cités de banlieue peut faire le lit de la délinquance ; les toilettes sales
à l'école, celui de l'encoprésie ...
2) la nature et le statut [9] de l'entourage humain de l'enfant. les
attitudes et paroles qui en émanent
L'entourage humain dont il est question ici, ce sont
notamment les parents de l'enfant auxquels s'ajoutent parfois ceux qui les
remplacent pour son éducation quotidienne. Il y a aussi le reste de la famille
nucléaire, la famille élargie, le personnel de l'école, les pairs, etc. ...
Tout ce monde est susceptible d'influencer la santé globale, physique ou/et
psychique de l'enfant
via :
- La simple perception, par
celui-ci, de la nature ou/et du statut du moment de cet entourage.
Par exemple, l'enfant constate et doit assumer qu'il a un père handicapé, qu'il est fils ou fille d'immigrés riches ou pauvres, qu'il existe des traditions et une culture propre à sa famille, que sa mère est déprimée, etc. ...
- Des paroles et attitudes
" flottantes ", qui ne sont pas spécialement destinées à
l'enfant, mais que celui-ci saisit au vol, et qui disent l'opinion que
l'entourage a sur la vie, sur le destin humain.
Par exemple, entendre évoquer que " la vie, c'est une saloperie ...", qu'il faut pouvoir " profiter des autres ", etc. ...
- Des paroles et attitudes
" flottantes ", non directement destinées à l'enfant elles
non plus, et qui disent néanmoins qui est celui-ci, les joies et préoccupations
qu'il génère, la manière dont on comprend ses problèmes.
Par exemple, on parle de l'enfant à des tiers, pour dire combien il est gratifiant ou insatisfaisant... on parle tout le temps, à voix feutrée, du gros problème qu'il a... il en entend quelque chose, et, sans le vouloir, on l'enferme dans un rôle : rôle du cancre, du voyou, du timide, etc. ...
Des paroles et attitudes qui sont destinées à l'enfant,
soit pour d'éduquer, soit tout simplement pour interagir spontanément avec lui
: se divertir, travailler ensemble, lui demander de l'aide, en faire un
confident, etc. ...
3) le fonctionnement général de la société ; les idées et valeurs qu'elle véhicule ; les prescrits
culturels ...
Elle influence l'enfant, elle aussi, par les mêmes
mécanismes que nous venons de décrire en b).
4) Le fonctionnement des équipements destinés aux enfants : par exemple, un certain nombre de problèmes sont
entretenus parla multiplication anarchique de lieux de prise en charge, et par
les atomisations de celles-ci.
II. Interactions factorielles et schéma des
sommations
A - 1. Les
différents facteurs que nous venons d'énumérer ne sont évidemment pas tous à
l'oeuvre dans chaque trouble de l'enfant et, de surcroît, pas selon une sorte
d'équiproportionnalité rigide. La présence et l'intensité de tel d'entre eux
doit se repérer chaque fois par l'écoute, l'observation et la pratique
d'examens spécialisés ; en outre, nous l'avons déjà dit, il existe bien des
mouvances temporelles qualitatives et quantitatives.
2. Pour un problème
donné, les facteurs en présence sont
susceptibles de s'influencer les uns les autres, selon des lois très diverses.
Nous ne les décrirons pas ici, sinon pour évoquer combien sont fréquents les
mécanismes de feed-back : par exemple, un excès de sévérité des parents
crée un comportement difficile d'opposition chez l'enfant, qui entretient la
hargne parentale.
Il n'est pas impossible non plus
que des facteurs défavorables coexistent, sans véritable influence les uns sur
les autres, mais avec un effet cumulatif de plus en plus désorganisateur sur le
comportement.
B - Puisque décrire les lois d'influence -
ou d'indépendance - des facteurs à l'oeuvre constitue une gymnastique
difficile, il est possible de surseoir à cette démarche, et d'esquisser une modélisation
biopsychosociale très simple en recourant au schéma des sommations. Ce
schéma constitue un bon repère pour se clarifier les idées quant à ce qui est
en jeu, et pour concevoir les objectifs du traitement et les hiérarchiser.
1. On y représente par des
quadrilatères qui se superposent, successivement de la base vers le sommet,
les facteurs somatiques, intraspychiques et sociaux susceptibles d'être à
l'oeuvre. Lorsqu'il y a problème macroscopiquement repérable, le carré du haut
" crève " inévitablement une ligne qui représente le
seuil d'expressivité clinique du problème.
2. La hauteur de chaque
quadrilatère est variable : approximativement, elle représente l'intensité que
l'on attribue, pour le moment, au facteur représenté par le quadrilatère.
A l'intérieur de chaque grand
quadrilatère, on décrit, par quelques mots résumés, chacun des sous-facteurs
censés être à l'oeuvre. On peut adjoindre à leur nom une ou plusieurs croix qui
représentent approximativement leur intensité (par exemple : vécu anxieux +
vécu anxieux ++)
3. Un des intérêts du schéma des sommations, c'est qu'on
peut facilement en remanier la composition au fil du temps, et donc, avoir sous
les yeux une représentation diachronique de l'évolution du problème, qui soit
aisée à examiner.
C - Illustration du schéma des sommations, appliqué
à un enfant énurétique.
Énurésie primaire (= propreté
vésicale jamais installée) chez Sabine, cinq ans et demi, enfant peu informée
et peu éduquée à propos de la miction, intriguée et préoccupée par la question
de la différence des sexes, et vivant dans un contexte familial impulsif,
plutôt violent.

Schéma II : La même Sabine, toujours énurétique à huit
ans ; à supposer que l'on ait constaté la mise en place, chez elle, d'un
problème névrotique " utilisant " l'énurésie déjà
existante.
§ V - A L'ARRIERE-PLAN DU FACTEUR SOMATIQUE, VOIRE DU FACTEUR
INTRAPSYCHIQUE : LE GENOME DE L'ENFANT
I. Le génome à l'arrière-plan ?
A - Nous avons déjà évoqué comment le facteur somatique
se décomposait lui-même en sous-facteurs, par exemple : maladies avérées ;
zones de fragilité, de prédisposition ; patterns particuliers des conduites
psychophysiologiques ...
L'état actuel de chacun de ces
sous-facteurs est lui-même la résultante :
- d'un lent déploiement phénotypique du capital génétique de l'enfant
- sur lequel se greffent un mélange, plus ou moins
favorable ou défavorable, soit d'agressions diverses qui lèsent le présent et
le futur du phénotype, soit d'approvisionnements positifs, dont le phénotype du
moment a besoin pour se maintenir et pour croître.
B - Nous avons procédé de la
même manière à propos du facteur intrapsychique, en énumérant notamment : le
tempérament, l'intelligence, les pulsions.
1. Ici également l'état actuel d'un certain nombre de ces
sous-facteurs est lui-même la résultante :
- du déploiement du génome de l'enfant ; celui-ci est à
l'origine du développement
- du cerveau et du système nerveux, substrat matériel
conditionnant, au moins en partie, l'exercice du moment de l'intelligence, du
tempérament, etc. ... ; sur lequel se greffent des agressions ou des
approvisionnements positifs qui donnent au phénotype intrapsychique de l'enfant
sa configuration définitive.
2. Pas de simplismes néanmoins à propos de ces agressions
ou de ces approvisionnements positifs! On pense tout de suite à des signaux
humains, négatifs ou positifs, et l'on parle alors d'une interaction entre
nature et culture, constitutive de l'être. C'est là une partie de la
vérité, à propos de ce qui nous constitue, mais n'oublions néanmoins pas que :
- certaines de ces agressions ou de ces
approvisionnements peuvent être purement auto-générés : pensées personnelles de
l'enfant, négatives ou positives, en vertu desquelles aussi il se laisse
aller à sa nature ou se bat avec celle-ci pour en modifier quelque chose ;
- d'autres peuvent être matériels : par exemple, une
intoxication cérébrale peut changer radicalement le cours des pensées et des
sentiments de l'enfant.
II. Grandes catégories
d'implication du génome
A - Chez une petite minorité des enfants, l'altération du
capital génétique est facilement décelée : altérations chromosomiales,
entraînant souvent le retard mental, des problèmes neurologiques, ou/et des
difformités physiques.
B - Dans d'autres cas, les chromosomes apparaissent comme
normaux, mais on sait que des sites génétiques précis sont anormaux et à
l'origine totale ou partielle de maladies bien connues : par exemple, maladies
dites métaboliques.
C - Bien plus souvent, les chromosomes semblent normaux
si l'on ne connaît pas précisément les localisations génétiques à mettre en
cause... mais on spécule raisonnablement [10]
quant à l'existence de particularités dans ces localisations, qui
exercent leur influence sur :
1) le développement de
l'intelligence ;
2) le développement d'un
"tempérament de base" ;
3) l'équipement en pulsions ;
4) le développement de prédispositions cérébrales ou
somatiques à un certain nombre de fonctionnements pathologiques, qui
décompenseront sous l'effet d'autres facteurs organiques ou/et affectifs :
prédispositions aux tics, à l'énurésie, à la dépression, aux obsessions et
compulsions, etc.
Le terme " prédisposition " est assez
vague et recouvre bien des possibilités. Par exemple :
- Répartition particulière de certaines cellules ou/et de
certains neurotransmetteurs dans certaines zones cérébrales.
- Institution de circuits neuronaux non-standard ; retard
dans les spécialisations de circuits.
- Organe de qualité médiocre ( par exemple,
peau ) ; estomac qui secrète basalement trop d'acide ; intestins à
l'innervation trop sensible, etc.
5) le déclenchement d'une franche pathologie.
Par exemple, il n'est pas impossible que des altérations génétiques, actuellement encore inconnues, soient à l'origine d'un certain nombre de syndromes autistiques, ou d'un certain nombre de maladies de Gilles de la Tourette (maladies à tics multiples), etc. ...
Le schéma des sommations, que nous venons d'exposer,
permet de comprendre pourquoi nous parlons parfois de
"prédisposition" et parfois d'installation d'une franche pathologie.
Par exemple, la même altération génétique - provisoirement encore non
localisée – pourrait :
- chez l'enfant A, avoir une pénétrance forte et rapide, et suffire à elle seule à faire apparaître les signes cliniques d'un autisme. Ceci n'exclut pas que des facteurs affectifs et sociaux puissent aggraver cette symptomatologie.

- chez l'enfant B, par contre, la pénétrance phénotypique de l'altération
génétique est plus faible. Il faut, d'emblée, que s'ajoutent soit des facteurs
intrapsychiques, soit des facteurs sociaux, soit les deux, pour que l'autisme
décompensé cliniquement.
§ VI - ÉVENTAIL
DES PRINCIPAUX MOYENS THÉRAPEUTIQUES DESTINES A L'ENFANT ET A SA FAMILLE
Dans
les pages qui suivent, nous présenterons, pour chaque type de trouble, quels
sont les moyens de remédiation qui lui sont adaptés. Il nous semble donc utile
de commencer par énumérer ceux-ci.
Selon
les circonstances, nous recourons à :
I. Une guidance des parents : réflexion sur l'éducation quotidienne, ses
raisons d'être et ses éventuels réaménagements.
Réorientation
d'un ou des deux parents vers une psychothérapie individuelle, de groupe ou
conjugale.
II. Une psychothérapie individuelle ( ou de groupe ) de l'enfant :
psychothérapie de soutien, psychothérapie d'inspiration psychanalytique ou
rogérienne ; thérapie cognitivo-behavioriste ; thérapie à médiation
( avec un matériau qui facilite la parole ), etc. ...
III. Une thérapie familiale.
IV. Les rééducations : psychomotricité, logopédie, thérapie du développement,
rééducation d'un trouble spécifique de l'apprentissage, rééducation des
structures logiques de la pensée, etc.
V . L'administration de médicaments à l'enfant ( et éventuellement aux
parents ).
VI. Des nouvelles orientations scolaires, sociales ou culturelles :
fréquentation d'un mouvement de jeunesse, d'un atelier d'expression,
d'un sport ...
VII. La séparation de l'enfant et de sa famille, plus ou moins complète. Le
nouveau milieu de vie exerce ou non une dimension de " psychothérapie
institutionnelle ".
VIII. La déclaration de la non-possibilité de changement pour
une durée indéterminable : l'aide au deuil.
N.B. Ces moyens s'ajoutent éventuellement les uns aux
autres, encore que l'excès nuit souvent au bien ; en particulier, il faut
éviter la multiplication des actes d'aide individuelles. Si l'on excepte les
cas où l'on choisit une thérapie familiale, ailleurs, la guidance des parents
constitue le plus souvent une forme d'accompagnement
" basale ", qui devrait être omniprésente.
§ VII -
DESCRIPTION DES TROUBLES : UNE PERSPECTIVE DE PSYCHOPATHOLOGIE DEVELOPPEMENTALE
I. La psychologie du développement nous
montre que les différentes Instances de l'être se mettent en place au fil du
temps, en vertu de l'action conjuguée de :
- une certaine force de vie ;
une capacité innée de croissance, en relation avec le génome mais aussi,
peut-être, avec un certain " capital-esprit ", qui lui est
transcendant ;
- des interactions adéquates avec l'entourage matériel et
humain qui investit, protège, informe, stimule, interdit, etc. ... de manière à guider, discipliner, contribuer à
l'organisation de la croissance. Bien qu'elle soit simpliste, nous aimons
recourir à la métaphore du beau jardin, qui résulte probablement et de la
vigueur des graines semées, et des " mains vertes " du
jardinier.
En miroir des étapes d'un développement intellectuel et
affectif estimé " sain ... mûr ... épanoui ", et
de la mise en place progressive d'Instances de plus en plus complexes, nous
pouvons observer la mise en place progressive, au fil du temps, de
" points noirs pathologiques ".
Il. Notre
perspective consistera donc à observer le déroulement du développement, à
repérer où s'y installent des déviances, transitoires, de longue durée ou
définitives, et, dans la mesure du possible, à comprendre pourquoi. On peut parler d'une logique chronologique,
presqu'inéluctable lorsque l'on souhaite étudier le normal et le pathologique
chez des êtres en croissance rapide comme le sont les enfants : nous
examinerons à quels âges de la vie apparaissent le plus typiquement
certains troubles et pourquoi, quelles formes ils y prennent, et comment ils se
maintiennent ou évoluent au fil du temps.
Cette " logique
chronologique " nous différencie de la démarche des nosographies, qui
sera celle du cours et du syllabus de psychiatrie générale.
III. Nous allons donc passer en revue, du
chapitre II au chapitre IX, différents stades du développement de l'enfant et
les pathologies qui s'y réfèrent.
Pour mettre de l'ordre dans la
description de celles-ci, nous en distinguerons souvent trois catégories :
- Des troubles affectifs, dans l'acceptation large du terme, mais qui n'altèrent pas de façon importante
la connaissance adéquate de la réalité extérieure ni de la réalité de soi.
- Des troubles cognitifs et instrumentaux
: troubles de l'intelligence et de fonctions neuropsychologiques qui
" instrumentent " celle-ci.
- Des troubles diffus, affectifs
et cognitifs, qui altèrent gravement le rapport à la réalité.
Dans le chapitre X, nous parlerons de l'angoisse et de la
dépression : dans notre terminologie, ce sont deux troubles affectifs qui
n'altèrent pas significativement le rapport à la réalité, mais on les trouve
opérant à tous les
stades du développement.
Chapitre II
Grossesse, santé mentale ou psychopathologie
§ I - FONCTION D'EVENEMENTS VECUS EN COURS DE
GROSSESSE
Bien des événements, matériels ou/et humains, vécus
pendant la grossesse par la maman, le couple parental ou/et la famille déjà
présente, prédisposent à la santé mentale ou aux troubles du bébé une fois né.
Nous pouvons même faire l'hypothèse que ces événements installent un certain
degré de santé mentale ou de psychopathologie dès la vie foetale.
I. Evénements matériels
A - Bien des
agressions matérielles, imprévisibles ou non, sont susceptibles de frapper la
mère enceinte et puis son foetus :
- Hasards malheureux tels les
accidents, infections, prise de médicaments tératogènes ...
- Agressions involontaires mais
prévisibles telle la malnutrition.
- Nuisances à première vue
évitables, telle la consommation répétée d'alcool, de drogues, de
tabac ...
B - Quand ne se
mettent pas en place des mécanismes suffisamment puissants de protection du
foetus, ces agressions sont susceptibles de léser son cerveau, ses autres
organes ou/et son apparence externe.
Après sa naissance, l'enfant en
souffrira donc directement .
Il souffrira ensuite d'effets en
cascade :
- Confrontés à cet enfant
différent, les parents voient se modifier la représentation mentale qu'ils
avaient de lui, ainsi que leur " désir d'enfant "
( cfr infra ). Il s'en suit, chez eux dépression ; sentiment
d'infériorité ; sentiment d'échec ...
- L'enfant se perçoit lui-même
et se compare aux autres. Ici, il peut se persuader de sa moindre valeur, d'où,
dépression et insécurité.
II. Evénements humains
Evoquons surtout des événements
diffus, répétitifs, constitutifs d'une " ambiance de vie "
dans laquelle baignent les parents.
1. Par exemple, si la gestation se déroule dans une
ambiance de stress, d'insécurité, il est probable que le foetus en perçoit
directement les signes : il exprime un mal être immédiat, en même temps qu'il
enregistre et mémorise des traces anxiogènes très primitives, sans
représentations mentales bien différenciées. Il est même possible que, dans
certaines zones cérébrales ( par exemple hippocampe ), des cellules
neuronales se multiplient en trop grand nombre, dont il est démontré qu'elles
jouent un rôle dans les circuits cérébraux générateurs d'angoisse.
2. Ou encore, la grossesse peut se dérouler dans une
ambiance lourde de dépression. Par exemple : grossesse inattendue chez un
couple parental instable, précaire ... elle est acceptée vaille que
vaille ... puis le conjoint s'en va, et la mère reste seule à gérer la fin
de la grossesse ...
Dans de telles conditions, le foetus peut être marqué directement parce qu'il perçoit de cette ambiance négative ; peut-être certains approvisionnements qu'il reçoit sont-ils de moindre qualité ; par la suite, une fois né, il n'est pas impossible que sa seule présence d'être vivant " rappelle indéfiniment " aux parents cet épisode de vie pénible, et déclenche à répétition le retour des sentiments et des idées tristes ou/et hostiles ...
III. Prévention et traitement
De ce qui précède, on peut
déduire tout l'importance de la sollicitude que l'on peut manifester aux
parents au moment de la grossesse. Tous les gestes préventifs destinés à
réduire l'occurrence des agressions matérielles sont des plus utiles. Il en va
de même à propos de tout ce que l'on peut faire pour qu'existe une parentalité
responsable, et que soit sereine l'ambiance de vie dans laquelle se déroule la
gestation.
Quand on ne peut pas éviter les
sources de stress et de tristesse, rappelons que la simple écoute des parents,
la présence amicale qui leur est manifestée, peuvent déjà exercer un effet
apaisant. On fera aussi tout ce qu'on peut pour favoriser le dialogue et
l'accueil réciproque dans le couple, pour soulager la mère et les parents de ce
qui serait un surcroît injuste de tâches matérielles et morales, et pour accroître
les solidarités sociales informelles en direction du jeune couple.
§ II - A PROPOS DU " DESIR
D'ENFANT "
I. Qu'appelons-nous le " désir
d'enfant " ? [11]
Nous pouvons affirmer sans trop nous aventurer qu'à
l'aube de sa vie adulte, aucun d'entre nous n'est affectivement neutre par
rapport au projet d'avoir un ou plusieurs enfants, qui ne soi(en)t pas
quelconque(s).
A - Beaucoup vivent un vrai désir à ce propos, au sens
positif et restrictif du terme : ensemble cohérent de représentations
mentales préparatoires et d'excitation joyeuse tournant autour de l'enfant à
venir et de la manière dont on l'aura - le plus souvent, via procréation - .
Les parents se représentent aussi ce qu'il " devrait "
devenir, plus ou moins précisément ... une fois né, l'enfant voit
s'exercer sur lui, plus ou moins intensément, plus ou moins consciemment,
toutes sortes de " pressions parentales " pour qu'il
devienne bien comme ils l'ont désiré !
Remarquons bien que :
- Les représentations mentales conscientes qui disent ce
désir sont accompagnées d'autres, inconscientes, en harmonie ou non avec elles
: le désir d'enfant a des composantes multiples et parfois contradictoires.
Plus fondamentalement dans la suite du texte, nous nous
en tiendrons au terme " désir d'enfant ", pour désigner une
force motrice complexe qui féconde leurs pensées et leurs attitudes : le
désir, tel que nous venons de le situer, d'une manière très proche de son sens
psychanalytique, y occupe la place du noyau central ... mais il peut
s'exercer sur lui un travail d'autres Instances de la personnalité :
l'intelligence des parents, leurs valeurs, leurs conflits
intrapsychiques : il en sort une " attente
résultante " sur l'enfant … que nous continuerons à appeler
" désir " ... mais qui est déjà un remodelage de
celui-ci.
- Le " désir d'enfant " se constitue
tout au long de la vie : il se fait et se défait, son contenu se
mobilise ... Peut être son noyau central le plus dur est-il
" quelque chose d'inné ", émanant de l'instinct de
reproduction et de survie de l'espèce. Se greffent dessus les traces, les
mémorisations en nous, de nombreuses expériences parents-enfants que nous avons
faites : au début, nous y étions à la place de l'enfant, et nous avons
mémorisé, peut-être et par exemple, la douceur de notre mère, la manière dont
notre père nous poussait à prendre des initiatives, etc. ... Par la suite, les
places que nous avons occupées dans ces expériences de parentage étaient plus
alternées : parfois, nous y étions toujours des enfants ou des adolescents maternés
et paternés ; à d'autres moments, à travers nos rôles d'aînés, de chefs scouts,
etc. ... nous y tenions nous aussi des fonctions parentales : de beaucoup de
ces expériences, nous avons introjeté quelque chose, et il en est resté, par
synthèse et sommation, quelques images, quelques idées auxquelles nous
adhérons, et qui disent, fondamentalement, de quelle
relation parent-enfant nous rêvons : nombre et sexe des enfants à venir,
caractéristiques physiques et morales principales qu'on leur imagine ...
- Le " désir d'enfant " se réalise
d'abord sans que l'enfant qui le met en scène en soit conscient - dans
l'imaginaire et le symbolique - via des jeux et autres comportements
symboliques du jeune enfant ( jeux avec les poupées, les nounours ;
jeux " papa-maman " des cours de récréation ) ; il
peut connaître aussi, précocement, des premières applications
" lointaines " dans le réel, à travers les idées et
attitudes des aînés envers les cadets ; il entre souvent en veilleuse
pendant la première partie de l'adolescence, moment de la vie où l'on se
cherche soi, plutôt que de se projeter comme parent avec un autre ...
puis, il réapparaît " pour de bon " vers la fin de
l'adolescence.
B - Mais ce désir positif n'est pas toujours la règle !
Ainsi certains d'entre nous, parce qu'ils ont vécu eux-mêmes une majorité
d'expériences parents-enfants négatives, hostiles, au moment de leur enfance et
de leur adolescence s'identifient à l'agresseur qu'ont été leurs propres
parents ; ils concoctent alors l'idée que l'enfant à venir est comme un ennemi
à combattre, un mauvais objet à persécuter, mater ou rejeter activement. Ils
ont laissé venir en eux comme un désir de violence et d'abus, à l'instar de
ce qu'ils ont subi eux-mêmes. La position d'expectative idéo-émotionelle qu'ils
ont à l'égard de l'enfant à venir n'est donc pas centrée sur l'amour, l'accueil
ou la stimulation positive, mais plutôt sur la méfiance, le rapport de force,
voire la mise à l'écart.
C - En vertu du même
raisonnement, nous pouvons admettre aussi que, dans d'autres cas, les
expectatives idéo-émotionnelles des parents envers l'enfant à venir sont de
l'ordre de l'ambivalence, avec des composantes positives et d'autres négatives.
II. Grossesse et désir d'enfant
A - Désir d'enfant et " simple
existence " du foetus
1. Dans une majorité de
situations, les plus favorable potentiellement , un " désir
d'enfant " positif a constitué une dimension à l'origine de la mise
en route de la grossesse.
Désir souvent réalisé non pas
impulsivement, mais dans le cadre d'une programmation, d'un projet d'ensemble
de ce que sera la famille ; c'est rendu possible, entre autres, par un certain
pouvoir sur le moment de la procréation ( maniement adéquat de la
contraception ).
2a. Dans une minorité de
situations, le foetus, mis en route accidentellement ou non, peut être l'objet
d'un rejet ou d'une ambivalence à prédominance négative. Selon certaines
études, ces vécus pénibles pourraient prédominer dans environ un quart des
grossesses.
Pourquoi ? Parce qu'il en est ainsi depuis toujours
( version " agressive " du " désir
d'enfant ") ou/et parce que la procréation est arrivée à un mauvais
moment ou/et qu'il s'est passé des événements pénibles pendant la grossesse
( par exemple faillite du couple parental ). Les conséquences pourraient en être : un
avortement ; une fausse-couche spontanée et culpabilisée ; une naissance
prématurée ; une naissance à terme, mais dysmature ; une tendance à la
dépression et à la passivité et peu de désir de vivre chez l'enfant. En outre,
des vécus parentaux dépressive-agressifs risquent de continuer à peser sur
l'enfant après sa naissance.
2b. Prévention et traitement :
- Importance de manifester de la
sollicitude aux parents : les inviter à exprimer les idées et sentiments
pénibles que leur inspire le foetus et leur situation du moment ; les écouter ;
éventuellement, leur faire faire des liens avec des situations de non-amour
qu'ils ont vécu personnellement.
- Les parents accueillis de la
sorte, qui remarquent que l'on continue à avoir de l'estime pour eux, et que l'on peut comprendre que l'amour ne
jaillit pas sur commande, retrouvent souvent courage et sérénité ; en tous cas,
ils sont moins crispés par le foetus, dont ils se sentent moins prisonniers, vu
leur alliance à eux avec un thérapeute.
B - Désir d'enfant
et premières manifestations du foetus
Il arrive que le foetus réel se
signale autrement que ne le voudrait le désir d'enfant des parents par exemple,
l'imagerie
médicale montre que c'est une fille alors que
l'on espérait un garçon ... il s'agite beaucoup plus dans le ventre qu'on
ne l'imaginait, etc. ... Les parents font là l'expérience prototypique d'une
réalité interactionnelle qui demeurera souvent omniprésente : l'existence d'un
certain hiatus entre leur désir d’une
part, et ce que l’enfant peut ou/et veut profondément être.
Nous allons développer
abondamment ce qui s'en suit, car notre raisonnement princeps s'appliquera à
bien d'autres circonstances de la vie, sans variantes fondamentales.
1) Hiatus entre le désir d'enfant et ce que l'enfant
peut être ?
Il demeure malheureusement assez
fréquent que des parents s'aveuglent à ce propos, et demandent à l'enfant des
performances impossibles, parce que celui-ci n'a pas, ou n'a pas encore,
l'équipement pour les mener à bien : par exemple, exigences excessives de
rendement intellectuel.
Conséquences fréquentes :
beaucoup d'enfants s'épuisent d'abord à essayer de satisfaire leurs parents,
n'y arrivent souvent pas et passent alors par des idées et des sentiments très
pénibles : angoisse d'être grondés ; impression de ne rien valoir et d'être
méchants parce qu'ils déçoivent leurs parents ; sentiment
d'incompréhension, d'injustice et colère ... Le résultat comportemental,
c'est, entre autre, que leur inhibition et leur dysfonctionnement s'accroît :
ils ne peuvent même plus prester ce que permettait d'atteindre le niveau actuel
de leur équipement.
2) Hiatus entre le désir d'enfant
et ce que l'enfant veut être ?
a) En soi, l'existence d'un
désir positif d'enfant est une bonne chose : rien de pire pour celui-ci que de
ne pas être attendu, et de devoir " devenir quelqu'un "
dans l'indifférence ou l'hostilité.
Néanmoins, la grande majorité des enfants ont, au moins
en partie, un projet de vie personnel ; ils vont donc s'avérer ambivalents face
à cette focalisation du désir des parents sur eux : ils aiment être
aimés ... mais pour ce qui est d'être dirigés, c'est moins certain
... !
b) Leurs réaction à l'attente
" autre " de leurs parents se répartit sur une échelle qui
va de l'acceptation-adhésion au refus clairement exprimé :
- A un pôle extrême, adhérer de
l'intérieur, au désir parental et aux demandes ( attentes ) qui y
font suite ; les faire siennes ; s'y identifier ...
- Se conformer dans le seul champ du comportement
observable ; obéir, par angoisse, culpabilité à l’idée de déplaire ou/et
intelligence prudente ; par contre, pour ce qui est de ce que l'enfant pense,
c'est autre chose, mais il le dissimule.
- Négocier, discuter, faire pression verbale ou
non-verbale sur les parents pour les faire changer, et, après une lutte de
durée raisonnable, accepter le compromis-résultat (... ou, bien sûr, que les
parents renoncent ) ou alors, changer la position sur l'échelle !
- Commencer à se rebeller : velléités ou moments
d'affirmation de soi plus nets, mais survis ici de mouvements de retour vers la
conformité, en nombre et en intensité plus significative.
- Se rebeller par actes manqués,
efficacement, mais sans prise de conscience totale à ce sujet ; ce sont des
mécanismes surtout inconscients qui produisent le plus fort de la
rébellion ...
Beaucoup de soi-disant troubles du comportement de
l'enfant, beaucoup de soi-disant " non-performances "
décevantes qu'il met en scène ( échecs scolaires, énurésie, etc. ...) ont pour signification, au moins partielle, et
le plus souvent inconsciente dans son chef, d'être des actes d'affirmation de
soi, par lesquels il marque sa différence, face à l'excès d'emprise qu'il
ressent.
- Se rebeller consciemment, sous
forme d'opposition silencieuse dite à tort passive, ou sous formes de refus
bien verbalisés avec toutes leurs conséquences comportementales. Ici, si chacun
campe sur ses positions ce peut être l'affrontement perpétuel.
c) Effet feed-back sur les parents
A partir de sa manière d'être, et souvent sans le vouloir
clairement, chaque enfant exerce un effet feed-back sur le désir d'enfant de
ses parents, tel qu'il était constitué jusqu'alors : par exemple, une attitude
conforme et satisfaite renforce les parents dans l’idée de la légitimité de leur désir … certains
traits originaux de l'enfant, inattendus par ses parents, séduisent
quand même ceux-ci et finissent par modifier la nature de certaines composantes
de leur désir d'enfant ... l'opposition, elle, peut avoir deux résultats
contraires : soit crisper les parents et rendre leur désir de plus en plus
obstiné, soit les faire changer !
Tout ceci constitue un champ de réflexion
essentiel, et indéfiniment réactualisé. Parmi bien d'autres moments possibles,
plus informels, cette réflexion est menée avec les parents lors des séances de
guidance. L'objectif minimum est qu'on les aide à renoncer aux dimensions les
plus illusoires de leurs désirs, celles qui dépassent clairement les capacités
de l'enfant. On les aidera aussi à observer les éventuels affrontements qui
existent entre leur désirs et ceux attribués à l'enfant, et à deviner le sens que revêtent pour eux
des attitudes comme : la persévérance dans leurs exigences, le renoncement ou
la négociation, et aux conséquences possibles qu'elles ont sur la structuration
de la personnalité de l'enfant.
Chapitre III
Troubles liés à " l'âge nourrisson " du développement :
entre 0 et ± 15 mois
§ I - INTRODUCTION
I.
L'appellation " âge nourrisson " évoque la
dépendance du bébé, et le besoin qu'il a d'être abondamment nourri pour
croître :
- nourri au sens matériel du terme, par des
approvisionnements qui comblent ses besoins matériels : aliments, chaleur,
nettoyage, calme, etc. ... ;
- nourri d'amour, d'investissement de lui, manifesté,
entre autres, par des signes physiques ( contacts corporels
positifs ) et par des mots tendres ;
- nourri de protection, d'actes qui préviennent,
réduisent ou suppriment les agressions dirigées contre lui, et les expériences
d'inconfort prolongé ;
- nourri de stimulations, d'invitations
expérientielles à exercer sa curiosité et ses compétences ;
- nourri de paroles, qui disent l'amour qu'on a pour
lui, et qui le nomment, lui, ainsi que le monde qui l'entoure.
Cet
accent que nous mettons sur l'importance d'un nourrissage abondant, matériel et
spirituel, ne nie en rien la reconnaissance de l'existence de compétences
précoces chez le nourrisson ni donc la capacité qu'il a de provoquer et de
moduler en partie l'attention de l'adulte à son égard.
Au
fur et à mesure qu'il reçoit ce nourrissage avec les chemins spontanés par
lesquels s'expriment ses compétences, le nourrisson fait le plein en confiance
de base ( E. Erikson) [12] :
il vit agréablement la certitude intérieure d'être aimé et de se mouvoir
dans un environnement sûr, et donc la certitude qu'il peut aller de l'avant
sans ( trop ) de risques. Il utilise donc hardiment les compétences
de plus en plus nombreuses qu'il possède, liées à sa maturation neurologique,
cérébrale et somatique, catalysée elle-même par les stimulations dont il a été
l'objet et le bain de langage dans lequel on le fait vivre. Métaphoriquement -
et concrètement - parlant, il se met debout !
C'est
entre douze et quinze mois que les parents sont le plus clairement confrontés à
cette mise debout. Alors, leur tâche à l'égard de leur grand bébé se
modifie partiellement : il a toujours besoin d'amour, de langage et de moments
de stimulations ... mais il a de moins en moins besoin qu'on fasse pour lui les gestes de la vie
quotidienne. Il sait de plus en plus " faire tout seul " et
il attend qu'on lui ouvre le chemin ... qu'on se retire un peu ...
qu'on le laisse faire : la protection doit donc être moins omniprésente, de
même que l'approvisionnement matériel par autrui : il faut qu'existe un
sevrage spirituel, qui reconnaît qu'il progresse bien dans son individuation
et qu'il est capable de poser des gestes autonomes.
§ II - TROUBLES AFFECTIFS SANS ALTERATION IMPORTANTE DU SENS DE LA REALITE
Nous n'en présenterons que les plus fréquents. Les
trois premières catégories sont le plus souvent transitoires, du moins sous la
forme clinique première qu'ils revêtent à cet âge de la vie [13] : ce sont les dysfonctions
somatiques aspécifiques et les troubles des conduites psychophysiologiques, et
les tout premiers troubles des conduites agies.
Les trois catégories suivantes, elles, sont durables
: ce sont les immaturités affectives de type I, les altérations liées aux
exigences excessives ou/et trop précoces d'individuation, et la carence
affective.
A
- Définition
Anomalies somatiques fonctionnelles ou plus rarement
lésionnelles, consécutives au moins en partie aux interactions dysharmoniques
menées directement avec le bébé ou/et à une ambiance de vie pénible ou trop
excitée.
Dans l'éventualité plus rare où il existe une
altération anatomique ( par exemple, certains types de dermatite
atopique ), stricto sensu, on devrait parler de maladie psychosomatique :
ce serait l'expression la plus archaïque qu'elle est susceptible de revêtir !
On hésite néanmoins à le faire, tant beaucoup de ces troubles restent
réversibles, et peu annonciateurs de chronicité !
B
- Répertoriage nosographique
La
nomenclature du DSM IV n'est guère adaptée aux bébés. Le CFTMEA R-2000 propose
un " axe 1 bébé " au sein duquel il cite, entre autres, des
dépressions du bébé et les états de stress.
C
- Etiopathogénie
1. Tensions lourdes, mais pas très spécifiques, dans
les interactions menées avec l'enfant ou dans l'ambiance familiale générale :
par exemple, parents aimants mais anxieux, n'arrêtant pas de harceler le
bébé ... parents déprimés, insécurisant le bébé par l'ambiance de mort
qu'ils créent ... bébés agressés, bousculés, par une ambiance de vie chaotique,
ou par une fratrie bruyante et jalouse ... Conflits entre parents, ou
entre parents et grands-parents, en rivalité pour la possession et l'éducation
de l'enfant.
2.
Eventuellement, on peut spéculer quant à l'existence d'une zone de
prédisposition somatique : par exemple, la peau pourrait être hypersensible
aux irritants ou/et aux allergènes. Parfois même, on découvrira une petite
pathologie organique, mais dont on ne sait pas si elle aurait donné lieu à une
symptomatologie floride si l'ambiance avait été plus grande sérénité. Par
exemple : une béance du cardia, ou une légère hernie hiatale.
3. Le bébé est très démuni face à ce qu'il pressent
être des agressions relationnelles : il est encore largement incapable de
" travailler mentalement " et de se donner des issues
mentales face à ces stimuli désagréables qui l'assaillent, et qu'il ne comprend
pas très bien. Et il est également largement incapable de se donner des issues
musculaires ( fuir ou agresser ... à part cette décharge et ce signal
qui consiste à crier, et dont il ne se prive pas !). Donc, toute la
tension relationnelle reste portée dans son corps.
4. Parfois, les premières dysfonctions somatiques
observées par les parents sont à l'origine de véritables cercles vicieux :
elles exacerbent encore l'angoisse, la dépression, voire le besoin de répression
qui était déjà à l'origine du trouble !
D
- Clinique
Peu
spécifique :
-
Somatisations variées : vomissements, coliques, diarrhées, poussées de
température inexpliquées, rash cutanés, nervosisme excessif ; sommeil léger
ou/et agité, etc. ...
-
Infections faciles et récidivantes : le bébé ne se défend plus bien face à des
hasards matériels défavorables ( par exemple, présence de microbes ).
-
Troubles psychosomatiques : essentiellement eczéma ou/et certaines catégories
d'asthme.
Face
à quoi, tout en faisant les examens organiques nécessaires sans acharnement
déraisonnable, il faut penser à observer ou/et à interroger les interactions
menées avec l'enfant, et l'ambiance de vie à la maison.
On
découvrira alors qu'il était attendu et qu'il est aimé, mais dans un contexte
où l'angoisse, la dépression, le perfectionnisme ou/et l'inorganisation sont
maîtres.
E - Prise en charge
Le
consultant confronté à ces dysfonctionnements du corps devrait donc penser, si
les parents n'en parlent pas spontanément, à donner l'un ou l'autre coup de
sonde du côté psychosocial : quelque chose pourrait-il
" peser " sur l'enfant ? Ici aussi écouter, simplement, et
aider à trouver l'une ou l'autre solution pratique parfois, remet les choses en
ordre via sérénification de l'ambiance.
Cependant,
il faut éviter d'installer une dépendance médicale chez les parents anxieux :
les aider à trouver leurs solutions, tout en les encourageant discrètement dans
l'une ou l'autre voie estimée plus efficace.
Pour les cas plus graves, des psychothérapies plus
structurées mère-enfant, ou père-mère-enfant, visent les mêmes objectifs.
On doit même parfois recourir à l'hospitalisation,
plus ou moins brève, dans un service de pédiatrie ( ou K ) où existe
une forte coopération pédiatres-pédopsychiatres.
II.
Troubles des conduites psychophysiologiques [14]
A - Définition
Les
conduites psychophysiologiques sont celles que l'être humain pose pour
maintenir sa vie biologique : s'alimenter, excréter, veiller à son hygiène
corporelle, se vêtir, se reposer quand on est fatigué, etc. ... La forme et
l'intensité normales des
conduites psychophysiologiques sont en partie déterminées par l'instinct
(" automatismes instinctifs "), et en partie par la liberté
qu'a chacun à se programmer ( par exemple, on peut se retenir d'aller à
selle parce qu'on est en public ... ou de manger parce que l'on ressent
vaguement la situation-repas comme une menace ).
B – Troubles ... et pseudo-troubles
1.
Assez souvent, les troubles des conduites psychophysiologiques répondent à des
mécanismes générateurs identiques à ceux qui ont été évoqués à propos des
dysfonctions somatiques : face à des tensions relationnelles, l'enfant vit des
affects pénibles - et, petit à petit, des rudiments de pensées connexes
( par exemple, intuitivement : « Je suis en
danger ... je dois fermer tous mes orifices » … il s'en
suit un refus alimentaire [ ... ou une constipation ! ] anxieux ).
2.
Se greffant ou non sur une ambiance de vie déjà lourde, il se peut que des
événements isolés soient vécus comme très menaçants ou/et frustrants par le
bébé, sans qu'il en comprenne bien le sens ; eux aussi peuvent engendrer
angoisse ou/et colère, et puis dérèglement des conduites psychophysiologiques.
Citons notamment tout ce qui est de
l'ordre du changement de repères : par exemple, changement dans le type
d'alimentation ; déménagement ; disparition totale ou partielle d'une
figure connue ...
3. Dans le même ordre d'idées, des maladies
somatiques, petites ou grandes, peuvent avoir été vécues comme des événements
anxiogènes majeurs, à l'origine, eux aussi, de comportements d'inhibition, même
après leur disparition. Par exemple, " muguet " ou atrésie
de l'oesophage opérée, et suivie d'anorexie ; fissure anale, suivie de
constipation opiniâtre.
4. Enfin, certains bébés ont des rythmes
psychophysiologiques très originaux. Si les parents en font ipso facto le signe
d'une pathologie, ou la preuve de la mauvaise volonté du bébé à leur égard, ils
sèment très vite angoisse et colère, et récoltent en retour, soit une vraie
dysfonctionnalité liée à l'angoisse et à l'incompréhension, soit une
exacerbation du désir de s'affirmer en s'opposant : le bébé utilise sa liberté
naissante pour dire non à ce qu'il ressent comme un excès d'emprise.
C
- Prise en charge
Si l'on détecte des tensions significatives, se
référer au traitement des dysfonctions somatiques.
Si l'on pense que l'enfant supporte mal un
changement, en parler devant et avec lui éventuellement, prudemment, et si
c'est possible, revenir un peu en arrière, sans avoir l'air de céder à tous ses
caprices ...
Si l'on pense qu'il est traumatisé par une maladie
organique récente, s'armer de patience , attendre ; ne pas brusquer son
rythme ; le soulager éventuellement artificiellement si sa dysfonctionnalité le
met en danger ( par exemple, nourriture parentérale d'anorexies
prolongées ).
4. Si l'on croit être confronté à sa liberté,
rassurer les parents et les inviter à la tolérance ( v. p. ) : très
régulièrement, les manoeuvres activistes ratent leur but et induisent chez
celui qui en est l'objet crispation, angoisse, dépression ( impression de
ne pas être adéquat ) ... et désir de protester ... et ceci,
à tous les âges de la vie.
A
- Définition et discussion
1. A tous les âges de la vie, Un " trouble
des conduites agies " ( parfois abrégé en " trouble
des conduites "), c'est la programmation et la réalisation, sous
le jeu principal de la liberté, de conduites - habituellement nombreuses et
répétées - qui vont à l'encontre des conventions sociales, des prescrits
culturels, si pas des grandes lois de l'humanité. Le sujet fait un usage
" antisocial " de sa liberté pour s'affirmer, s'opposer aux
autres, trouver des bénéfices matériels ou des plaisirs égocentriques via ses
conduites ; il n'est d'ailleurs pas toujours facile de déterminer si celles-ci
relèvent de la pathologie ou constituent des fautes, intentionnellement
dirigées contre l'ordre humain.
2.
Cela étant, n'est-il pas aberrant de proposer que le bébé puisse parfois présenter
des " troubles de conduites agies " ? Pas tout à
fait ! Il faut bien que les choses commencent un jour ! Tout parent
observateur remarque précocement des indicateurs de l'existence et de l'usage
d'une certaine liberté : par exemple, dès cinq, six mois, l'enfant peut
détourner très ostensiblement la tête pour refuser le mets nouveau présenté par
sa mère ... il peut montrer clairement qu'on le dérange dans ses activités
récréatives.
3.
Nous en donnerons deux exemples : le mérycisme et les mouvements stéréotypés.
-
Le mérycisme ( /trouble rumination ) est une habitude de
régurgitation activement provoquée, suivie d'un remâchonnement du bol
alimentaire déjà partiellement digéré juste avant dans l'estomac. Le petit jeu
peut durer plusieurs fois : avaler - régurgiter - remâchonner - réavaler,
etc ...
La conduite apparaît vers six mois, souvent chez des
bébés intelligents, quand ils sont seuls ( Ont-ils l'intuition qu'alors on
n'allait pas les gronder ? ). Ils s'arrêtent souvent tout de suite quant
ils perçoivent la présence d'un tiers.
Ils semblent trouver beaucoup de plaisir à leur
activité.
Complications possibles : il arrive que ces enfants
ne prennent plus de poids, voire maigrissent. Pourquoi le mérycisme se met-il
en place ? Hasard ( première régurgitation accidentelle trouvée
plaisante ) … ennui ... stimulations sensorielles peu
nombreuses ... solitude et dépression ??
Le mérycisme constitue le prototype des futures
activités auto-érotiques, que l'entourage jugera normales ( par exemple
masturbation ) ou pathologiques ( certaines constipations ou
encoprésies ... des perversions sexuelles ... certaines consommations
de substances source de plaisir : colles, alcool ...).
Prise en charge : occuper l'enfant ; interagir avec
lui en lui donnant d'autres satisfactions corporelles, ludiques, ou/et
relationnelles ... Si on le prend sur le fait ( sans néanmoins le
traquer ), le " gronder " brièvement : « Tu ne peux pas ! » ... Au fond, mutatis mutandis, est-ce si différent aux
autres âges de la vie, à
propos d'autres recherches
de plaisir jugées déviantes et à risque de se chronifier ?
- Les mouvements stéréotypés
( /:" trouble mouvement stéréotypé "). Ici, l'enfant
découvre que des décharges musculaires répétitives peuvent être sources d'un
grand plaisir. Il les utilise donc, essentiellement quant il s'ennuie ou pour
s'endormir. Un des plus connus est le head banging ( se frapper la
tête à répétition, assez violemment, contre le mur, les parois du lit, le
matelas ... pour se donner des sensations ), mais il en existe bien
d'autres. Elles sont d'ailleurs susceptibles de s'installer à des moments
différents de la vie. Et dans la même catégorie, il y a des activités
" cousines " qui ne sont pas vraiment des décharges
musculaires, comme la succion du pouce ou la trichotillomanie.
On peut raisonner à leur propos comme à propos du
mérycisme, encore que le sentiment de transgression et de honte de l'enfant à
leur propos soit souvent moins élevé, du moins spontanément. Le traitement est
analogue à celui du mérycisme ; néanmoins, si des interdictions brèves et
douces ne parviennent pas à l'en dissuader rapidement, il faut éviter d'entrer
en escalade répressive : l'indifférence, et certains aménagements matériels -
comme de mettre le matelas par terre - amènent plus sûrement un
désinvestissement progressif.
IV. L'immaturité affective ( de type I )
A - Définition
Fixation,
de longue durée, à un mode de fonctionnement typique de " l'âge
nourrisson ", en résonance à une fixation, dans le chef de
l'entourage, des attitudes de nourrissage caractéristiques de cette étape du
développement : l'entourage ne génère pas un mouvement de reconnaissance
progressive de l'individuation et de l'autonomie de l'enfant, et celui-ci
semble bien l'accepter.
B - Etiopathogénie
Souvent,
plaisir réciproque à fonctionner de la sorte. Familles dites symbiotiques ou
fusionnelles, parfois sur trois générations.
- Parfois, l'enfant n'est pas, en soi, très assertif,
et les parents ont besoin de continuer à le materner très fort, par exemple,
parce qu'ils se sentent seuls ... ou qu'ils ont peur ( cas-type :
après une mort subite de nourrisson ) : dans ces conditions, le maternage
parental prolongé s'accompagne d'une touche de dépression ou d'angoisse plus
étouffantes.
C - Clinique
1. En réponse au nourrissage familial prolongé,
l'enfant est passif, dépendant des initiatives et des gestes de ses parents,
dont il attend tout ; il n'est pas intéressé par l'idée de devenir
débrouillard, ni de se conduire en conquérant social ; il se laisse faire, même
pour les petits actes quotidiens de la vie ( on le lave, on l'habille, on
lui porte son cartable ). C'est un enfant " Pacha ".
2. Certaines fonctions tardent à se mettre ne place
( propreté vésicale ; curiosité intellectuelle à la base des
apprentissages scolaires ; habiletés motrices, etc. ...). Corollairement, il se
laisse souvent gaver et son corps est " bien enveloppé ",
si pas obèse.
3.
L'enfant n'a guère appris à utiliser son agressivité à bon escient face aux
risques de la vie ; il est démuni face aux moqueries des autres ; il n'est pas
impossible néanmoins qu'il explose de loin en loin, en une crise de rage
dangereuse et mal adaptée aux circonstances. D'autres sont plus revendicateurs,
plus " tyrans ", mais seulement vis-à-vis de leurs parents,
débonnaires et soumis, qui leur passent tous leurs caprices ; cette dimension
tyrannique peut s'aggraver à l'adolescence, jusqu'à l'intolérance majeure aux
frustrations et jusqu'à la violence physique contre les parents.
4.
Anxiété variable : certains sont béatement sûrs qu'ils seront toujours bien
protégés. Chez d'autres, un tempérament anxieux basal a joué un rôle dans la
mise en place de la problématique : ils présentent donc des signes cliniques de
l'angoisse - notamment l'angoisse de séparation - dont nous reparlerons par la
suite.
5.
Au fil du temps, certains restent des personnalités dépendantes, en profonde
harmonie avec les valeurs, la culture et le style de vie de leur famille
d'origine. Les prix à payer sont souvent de continuer à habiter ensemble, et de
rester célibataire.
D'autres changent de position
sur l'échelle décrite p. 24 : ils passent le plus souvent d'un mélange
d'adhésion et de conformisme à une rébellion débutante, ou à une rébellion par
actes manqués. Une rébellion claire et consciente est plus exceptionnelle
( par exemple, consommation de drogues dures chez tel adolescent qui,
finalement, ne voulait plus se sentir étouffé par l'omniprésence d'un parent ;
certaines anorexies mentales ...).
E
- Prise en charge
-
Comprendre pourquoi l'on s'est installé réciproquement dans cette manière
d'être, avant de pousser à changer.
-
Expliquer - avec une impuissance tranquille - que l'amélioration d'un effet
latéral désagréable - comme par exemple, l'énurésie ou la passivité scolaire -
ne peut s'espérer sans remaniement structurel.
-
Encourager, rassurer quant aux joies du grandissement, qui n'est pas ipso facto
perte matérielle ni même spirituelle de l'autre.
V.
Altérations liées aux exigences excessives ou/et trop précoces d'individuation
Certains
parents demandent trop vite ou/et trop fort à leur enfant de se montrer
débrouillard et autonome et donc de se passer de leur appui, de leurs conseils,
si pas de leur présence affectueuse. L'enfant est donc prié de dormir seul très
tôt, d'aller en internat pour étudier une langue étrangère à dix ans, de régler
seul ses conflits avec des tiers, de trouver tout seul la solution à ses
problèmes, etc. ... Métaphoriquement parlant, les parents sont très fiers d'en
faire un " mineur non accompagné ", qui voyage en avion non
seulement sans eux, mais aussi sans hôtesse ...
A -
Certains enfants ont les ressources qui leur permettent d'adhérer de
l'intérieur à ce désir.
B - D'autres
protestent, le plus souvent par des actes manqués : signes indirects qui ne sont
pas toujours décodés : par exemple, échecs scolaires, somatisations ou
accidents qui rappellent les parents à leurs côtés, mais suscitent également
leur colère ...
C -
D'autres essaient de se conformer, sans oser non plus exprimer le besoin qu'ils
ressentent toujours de l'aide d'autrui. Ceux-ci font donc de leur mieux pour se
débrouiller seuls, mais gardent en eux un surcroît d'angoisses secrètes ;
celles-ci peuvent néanmoins décompenser de loin en loin, de façon explosive,
sans cause immédiate apparente ( / : " trouble panique, sans ou
avec agoraphobie "). L'explosion anxieuse peut également avoir lieu
au moment d'une séparation plus solennelle ( / : " trouble
angoisse de séparation ").
Parfois, devenus adultes, ils restent persuadés qu'il est interdit de
demander de l'aide. Porteurs de leurs angoisses secrètes, et porteurs à
l'occasion - dans la solitude - des problèmes que la vie apporte, ils mettent
un point d'honneur à montrer qu'ils savent tout gérer tout seuls et c'est leur
organisme physique qui " encaisse " les surcroîts d'affects
et de questions qu'ils ne savent pas partager. Il se déclenche alors des
maladies psychosomatiques comme : hypertension, troubles coronaires, ulcères
gastriques ...
D -
Dans d'autres cas, encore plus rares, l'enfant refoule la souffrance qu'il
ressent à être laissé trop seul, ne demande plus d'aide à personne, mais décide
de se venger de cette solitude qu'on lui impose, en laissant sortir le Mal de
lui. Nous y reviendrons à propos de l'étude de la perversité.
Traitement : Nous
l'avons déjà esquissé à propos des hiatus existant entre le désir des parents
et ce que l'enfant veut ... ou voudrait bien (v. p. 32).
VI. La carence affective (ou
" abandonnisme " " névrose d'abandon "
" enfants abandonniques ")
A
- Définition et discussion
La carence affective, c'est l'ensemble de pensées et
de sentiments pénibles et de comportements qui les expriment, et qui
résultent d'un non-investissement ou d'un rejet précoces et prolongés de
l'enfant. C'est un trouble de longue durée, dont il n'est pas certain qu'on
puisse guérir radicalement celui qui en est porteur, même en le réinvestissant
et en lui donnant des signes nouveaux de sa valeur.
B
- Synonymes et répertoriage dans les nosographies
Pour
désigner l'état de carence affective d'un enfant à partir de l'âge de deux,
trois ans, on parle aussi d'abandonnisme, d'enfant abandonnique, de névrose
d'abandon, ou de syndrome d'abandon. Lorsque le tableau clinique se manifeste
déjà chez le bébé, on parle aussi d'hospitalisme. Inconstamment, une minorité
de ces enfants peuvent présenter un retard de croissance lié étiologiquement et
de façon importante à l'hostilité dont ils ont été et sont l'objet : alors, on
parle parfois de " failure to thrive ", dans la littérature
usuelle anglo-saxonne et de " retard de croissance
psychogène " dans le CFTMEA ).
Sans
autres précisions, la carence affective est répertoriée comme
(" pathologie limite avec dominance des troubles de la
personnalité ") dans le CFTMEA et comme (" trouble
réactionnel de l'attachement de la petite enfance ") dans le DSM-IV.
C
- Etiopathogénie
-
Bébés qui, pendant longtemps, ne reçoivent pas leur compte
en nourrissage " spirituel " ( cfr supra : affection,
protection, stimulations, langage ) ; voire même, remplacement du nourrissage
positif par de l'hostilité ; ou encore, discontinuités importantes dans les
sources de nourrissage, exercées dans le chaos, sans souci que le bébé s'y
retrouve, avec, en résultante moyenne, un investissement assez faible de lui.
-
Dans des conditions normales d'éducation, le bébé introjette un fond stable de
représentations mentales positives, issues des expériences gratifiantes
majoritaires qu'il aurait faites : on dit qu'il est doté d'une bonne
" confiance de base ".
Ici,
l'inverse se produit : l'enfant est majoritairement vide de représentations
bienveillantes ... voire rempli de représentations hostiles, en vertu
desquelles il se sent en permanence non-important, disqualifié ou/et menacé
d'agressions.
-
Il s'en suit des comportements eux-mêmes peu gratifiants, et destinés à tout le
monde, souvent à l'origine de " cercles vicieux ".
N.B. Qu'arrive-t-il lorsque ces
expériences d'indifférence ou d'hostilité arrivent plus tardivement dans la vie
de l'enfant ?
La
réponse est liée à la qualité de " confiance de base "
préalable dont il était doté :
-
Si celle-ci était précaire, une carence affective claire et nette peut
s'installer.
-
Sinon, l'enfant peut assumer son sort, continuer à croire à sa valeur et
réaliser positivement leur potentiel : enfant résilient dit-on aujourd'hui.
-
D'autres refoulent efficacement leur souffrance morale du moment et, forts de
leurs acquis précédents, décident de " rouler pour eux tous
seuls " en parfaits matérialistes ( porte ouverte vers la
délinquance essentielle, v. p. 53 ), ou, pire encore, ils décident de se
venger en faisant le Mal ( porte ouverte vers la perversité, v. p.
53 ).
D
- Clinique
Chez
le bébé : dans les
rares cas où la négligence affective ou/et l'hostilité sont très précoces et
intenses, le bébé manifeste rapidement les signes de l'hospitalisme : tristesse
entrecoupée de moments de protestation geignarde, d'irritabilité ; repli sur
soi, apathie, absence d'intérêt pour l'environnement ; éventuellement,
somatisations ( par exemple, vomissements ) ou/et troubles des
conduites psychophysiologiques ( par exemple, anorexie, sommeil
difficile ) sensibilité aux infections ; retard de croissance, jusqu'à la
cachexie et la mort.
Chez l'enfant plus âgé
a)
Signes centraux : La carence affective se représente mentalement, se
vit ( affects ) et s'exprime
comportementalement, pour ce qui est de son noyau le plus central :
-
Surtout avec une tonalité de désespoir et d'auto-dépréciation : " On
ne m'aimera
jamais ... et je ne vaux rien " .
S'en suivent : un fond de passivité, avec au mieux,
des velléités d'entreprendre quelque chose, suivi de découragement rapide.
Chez d'autres, le tableau clinique est plus bruyant,
et se rapproche fort de celui de la
dépression, que nous décrirons au chapitre X, à ceci
près qu'il est de longue durée. En outre, les comportements auto-agressifs,
clairs ou indirects, les idées de mort, la
tentative de suicide voire le suicide sont plus
fréquents que dans la dépression simple.
-
Surtout avec une tonalité hétéro-agressive : " Vous êtes tous des
salauds de ne pas
m'aimer ... et vous allez me le
payer ". Il
s'en suit des comportements qui expriment le désabusement, la mauvaise humeur,
la méfiance si pas la haine de l'enfant.
Un
certain nombre d'enfants, puis d'adolescents abandonniques en restent là,
c'est-à-dire qu'ils ne parviennent pas à refouler leurs idées pénibles - dont
ils peuvent parler très crûment -, ni à acquérir une image plus confiante de la
vie : ils y promènent en permanence leur désespoir ou/et leur haine.
b)
D'autres refoulent vaille que vaille leurs idées pénibles, souvent
incomplètement et seulement par moments, et font des tentatives pour retrouver
une vie plus confortable ; en voici les principales :
1°) Recours à la captativité :
« cannibalisme affectif » ... les petites frustrations, voire
les mises à distance ou les rejets émanant des personnes
" cannibalisées " sont souvent vécues très
dramatiquement ... Ou alors, le sujet " débranche
sèchement " la relation et part immédiatement à la recherche d'une autre
" Bonne Mère ".
2°)
Soit via le recours à des fabulations tenaces. Par exemple, fabulation
isolée de certains enfants vivant en institution depuis toujours : " J'ai
une mère adorable qui m'attend quelque part ". Par exemple,
fabulations diffuses d'autres enfants, portant à la fois sur le danger, puis
sur leur valorisation narcissique :" Des bandits pillaient une
banque, et je les ai arrêtés ( sous-entendu : et donc, on m'a enfin
reconnu et aimé ! )".
3°) Repli positif (vaille que vaille) sur soi
: l'enfant ou l'adolescent essaie, tout seul, de se dire qu'il ne peut compter
que sur lui, et, qu'après tout, il a le droit de se faire du bien, sans trop de
considérations pour les autres, par nature si égocentriques. Dans cette
perspective, il est plutôt rare qu'il s'en tiendra à de simples
" auto-chouchoutages " acceptables. Plus souvent, il se
donnera des plaisirs à risques : consommation de produits anesthésiants de son
inconfort ( alcool, drogues, médicaments, inhalants des enfants de la
rue ...), ou il passera par des actes antisociaux, destinés à augmenter
son confort ( vols ), mais aussi à montrer sa haine de la société
( destructions ).
Parfois
cette dimension de " haine affichée " face à un ordre
social persécuteur est vraiment forte, jusqu'à relever d'une sorte d'ivresse de
toute-puissance ( une des significations du terme " psychopathie " ).
4°) Mise en place de masochisme : l'enfant
parvient à vivre un plaisir corporel diffus au moment d'une expérience
relationnelle négative ; il peut en devenir dépendant, et donc, en provoquer
activement le retour : par exemple, enfants peu aimés, à la limite d'être
l'objet de violence, et qui se fixent dans des comportements d'échec
exaspérants pour autrui. Il peut s'en suivre une exacerbation de la violence dirigée
vers l'enfant : en miroir, chez l'adulte, elle se teinte d'une dimension
sadique ... De loin en loin, un enfant battu meurt, prisonnier avec son
entourage de cette logique masochico-sadique.
E
- Le traitement
- Attitudes portant sur la vie quotidienne :
apparemment, c'est simple : le réinvestir avec persévérance, fidélité, sans se
laisser rebuter par ses actes de méfiance et d'agressivité ; mettre des limites
à son éventuel cannibalisme, et prendre l'initiative de revenir vers lui s'il
supporte mal les frustrations qui s'en suivent ; le revaloriser ; l'aider à
identifier ce qu'il y a de bon en lui ; être tolérant face à ses incapacités
( achever des projets ).
- Les cas plus graves bénéficient d'une thérapie
individuelle conjointe mélangeant interprétations et encouragements à de
nouvelles habitudes sociales. L'écueil possible, c'est que l'abandonnique ne la
vive que comme un lieu seulement destiné à se réapprovisionner en amour.
§ III - ALTERATION IMPORTANTE DU SENS DE LA REALITE : L'AUTISME
A toutes les phases du développement humain, sont
susceptibles d'apparaître, de façon transitoire, longue ou définitive, des
altérations importantes du " sens " de la réalité, qui ne
semblent pas provoquées principalement par un déficit de l'intelligence.
Beaucoup de fonctions, cognitives et affectives, sont comme distordues, et la
résultante la plus constante en est que le sujet concerné éprouve de grandes
difficultés à s'identifier correctement ( trouble profond de la
connaissance de soi, et même du maniement de cette partie de la réalité qu'est
" Soi Même " ), et à identifier et à manier
adéquatement la réalité extérieure.
Jusqu'au milieu des années 80, dans le monde entier,
tous ces troubles étaient dénommés " psychoses ". Depuis
lors, la majorité de la communauté scientifique considère qu'il en existe deux
catégories :
-
les troubles envahissants du développement : atteintes
multifonctionnelles, bien installées avant l'âge de trois ans dans leur
majorité, d'évolution très chronique, qui n'incluent jamais ces symptômes
typiques des psychoses que sont les délires ou/et les hallucinations ;
-
les psychoses : quelques entités, qui apparaissent à partir de l'âge de
l'école primaire, dont la symptomatologie demeure ce qui en était décrit
classiquement ; entre autres, elle est toujours susceptible - mais pas obligée
- d'inclure délires ou/et hallucinations.
II. Définition et répertoriage dans les nosographies
: L'autisme
est un trouble envahissant du développement d'installation très précoce
( avant trente mois ), d'évolution très chronique, caractérisé au
moins par une réduction marquée des liens et capacités sociales, de la capacité
à communiquer, de la créativité ( réduction importante des intérêts )
et par une grande intolérance au changement.
Dans le CFTMEA R-2000, les autismes les
plus clairement symptomatologiques, et dont l'apparition est repérée avant un
an, un an et demi, sont appelés (" autisme infantile précoce type
Kanner "/) ; d'autres, un peu plus tardifs ou/et un peu plus
frustres, sont appelés (" autres formes de l'autisme "). Le
DSM-IV, lui, mentionne plusieurs sous-types de troubles envahissants du
développement, dont l'autisme, étudié ici, est le plus net :
(/" trouble autistique ").
III. Etiopathogénie
A -
Il s'est imposé depuis une dizaine d'années un courant d'explication très
organiste de l'autisme : prédisposition, voire stricte détermination génétique
; altérations cérébrales, probablement pas de l'ordre de la lésion anatomique
grossière : elles se situent plutôt au niveau de l'histologie, de la
neurochimie ou/et de la mise en place de circuits dysfonctionnels. Il s'en suit
des conséquences sur les fonctions cognitives : grandes difficultés à percevoir
le réel externe comme " ensemble fluide, vivant " ; cet
empêchement s'étend au Réel social, c'est-à-dire ce que vivent et ressentent
les autres.
B -
Nous restons pour notre part fidèles à une modélisation biopsychosociale, que
nous avons d'ailleurs explicitement appliquée à l'autisme, en discutant la
question du génome, p. 22 et 23, c'est-à-dire que :
- Il y a très vraisemblablement une composante
cérébrale qui, déjà à elle seule, fait dépasser le seuil d'expressivité
clinique chez un certain nombre d'enfants autistes. Il n'est pas exclu alors
que des attitudes précoces des parents et de l'entourage, à visée très
remédiative, puissent faire repasser la prédisposition organique sous le seuil
d'expressivité clinique. D'où l'énorme intérêt d'un repérage précoce !
- Pour d'autres, le dépassement du seuil nécessite
également l'adjonction de facteurs affectifs, au sens large du terme, mal vécus
par l'enfant et qui altèrent eux aussi la mise en place ou/et l'évolution de
ses circuits cognitifs. Ces " facteurs affectifs " sont
centralement liés à la vie relationnelle ( par exemple, dépression
discrète d'un parent ) ... ou ils ne le sont pas ( par exemple,
vécu de désintégration lors d'une maladie banale ; vécu d'anéantissement lors
de la perte d'un petit chien que, jusqu'alors, le bébé ressentait joyeusement
comme son double, etc. ...).
- Par la suite et comme souvent, en feed-back, le
comportement autistique quotidien, très difficile à gérer, peut être à
l'origine d'attitudes de la famille, de l'entourage et même des professionnels,
qui deviennent dysfonctionnelles. Par exemple, familles catastrophées,
épuisées ... Par exemple, on désapprend à communiquer avec lui, à lui
parler de la vie ... Par exemple, on est fasciné par ses
pseudo-performances intellectuelles, que l'on renforce involontairement
( par exemple, " prodiges " en matière de mémoire, de
lecture précoce, etc. ...).
IV.
Prévalence
L'autisme " pur " atteint environ
3 à 5 / 10.000 naissances, davantage les garçons que les filles (± 3/1).
Sous des formes plus frustres, handicapant moins la
vie sociale, on pourrait atteindre 10 à 20 / 10.000 naissances.
Si on y ajoute les comportements autistiques
compliquant certaines maladies neurologiques ou retards mentaux avérés, et ceux
qui se greffent sur certains hospitalismes, on peut atteindre 20 à 25 / 10.000
naissances.
V. Clinique
A -
Certains bébés, ayant vécu (1/3) ou non (2/3) une histoire de grossesse et
d'accouchement à risques, finissent par inquiéter leurs parents par leur
incapacité profonde à communiquer : pas " d'appel " de
l'autre ... pas de " répondant " quand on interagit
avec eux. Ces bébés ne gazouillent pas non plus, pas plus qu'ils ne développent
d'activités spontanées diversifiées.
Ils apparaissent donc souvent
comme trop " sages " ( comme des poupées de son
-éventuellement reproduisant à longueur de temps le même geste
stéréotypé ) avec, de loin en loin, une crise émotionnelle anormalement
intense, inexplicable ou liée à des changements de rituels qu'ils supportent
très mal. D'autres, moins nombreux, sont au contraire perpétuellement bruyants :
agités, pleurant et criant, insomniaques ...
B
- L'on assiste d'abord souvent à une amplification de
l'invalidation pendant les quelques premières années de la vie. Elle est
surtout marquée par :
- Une grande difficulté, si pas une incapacité, à
mener des interactions sociales adéquates : rien de
" fluide ", de " vivant ",
d' « harmonieux » entre l'enfant autiste et les autres. Le
premier ne devine pas bien ce que sont et vivent ceux-ci, et a l'air de ne pas
avoir vraiment besoin d'eux pour se réaliser ; les quelques relations
existantes sont utilitaires, instrumentales ( métaphoriquement : il montre
qu'il a parfois besoin de la main de l'autre, pour se faire ouvrir la
porte ).
- Une grande difficulté à communiquer verbalement et
même non verbalement ; le langage est régulièrement absent ou fort perturbé
( par exemple, inversions pronominales ; vocabulaire réduit et
formellement bizarre ; écholalies ) ; incapacité à symboliser, et à
laisser s'exercer l'imagination.
- Une réduction importante des intérêts et activités
spontanés : l'enfant se limite à quelques créneaux étroits d'activités qui ont
l'air de le combler, et auxquelles il s'accroche farouchement ; éventuellement,
franches stéréotypies ; usage très ritualisé de l'un ou l'autre objet ou/et
jouet ; l'enfant supporte fort mal les changements d'organisation de la vie.
-
Plus inconstamment, possibilité d'autres symptômes bizarres et notamment :
●
troubles de l'humeur (" crises " inexpliquées où les
émotions débordent : angoisse, colère, plaisir...) ;
●
troubles des conduites psychophysiologiques ( alimentation,
sommeil ...)
●
mélange d'hyposensibilités sensorielles ( par exemple, au froid ) et d'hypersensibilité
( par exemple, perception de bruits très tenus émis ).
- Inconstamment aussi, présence d'un certain degré de
retard mental. L'appréciation de l'équipement intellectuel effectif est
toutefois très malaisée, si pas aléatoire, vu les difficultés de perception et
de communication. Surtout chez ceux qui donnent l'impression d'avoir une
intelligence potentielle intacte, il peut exister parfois des " îlots
de performance " aussi extraordinaires que stériles, car ils ne sont
pas utilisés dans la vie sociale quotidienne ( par exemple, mémoire,
capacité de calculer " prodigieuse ").
C
- Une petite minorité d'autistes commence très vite, dès l'âge de deux, trois
ans, à s'améliorer lentement, jusqu'à devenir des adultes " presque
normaux ". Ils conservent néanmoins le plus souvent un certain goût
de la solitude, une difficulté à bien percevoir les idées et sentiments des
autres, et une hypersensibilité au changement.
D'autres
font ce même chemin ascendant en le commençant un peu plus tard, vers sept,
huit ans ; soit ± 1/6 d'entre eux où l'évolution est favorable ...
A l'autre extrême, pour 1/6 également, marasme de
plus en plus grand ; la coupure avec les autres reste profonde, le langage
quasi-inexistant, et le comportement d'ensemble évoque de plus en plus le
retard mental grave, si pas la démence. C'est évidemment plus souvent le cas
si, dès le début, l'autisme accompagnait un syndrome neurologique ou un retard
mental avérés.
Pour la majorité, la lente amélioration amorcée
pendant la seconde enfance et l'adolescence finit par
" plafonner " : ils restent très solitaires, avec une
communication bizarre, des stéréotypes, une forte intolérance au changement, et
une productivité des plus faible, qui en font des candidats à l'atelier protégé
- au mieux ! -, ou au home occupationnel [15].
-
Maladie neurologique d'installation précoce ( par exemple, maladie
métabolique, ou autre maladie génétique ) entraînant une détérioration
diffuse des fonctions.
- Retard mental grave ou sévère ici, l'anamnèse est
souvent évocatrice (" accident " de grossesse ou
d'accouchement ) il y a souvent des signes physiques ou neurologiques
associés ; le contact social est un peu plus adéquat que dans l'autisme, et les
capacités d'apprentissage plus prévisibles.
- L'hospitalisme grave : l'anamnèse est évocatrice ;
les capacités de récupération sont meilleures si l'environnement change.
-
La surdité : certains examens paracliniques contribuent largement à la détecter
; le contact social non verbal de l'enfant sourd est souvent meilleur, et
l'enfant autiste peut être réceptif à certains sons très ténus, mais surdité et
autisme peuvent coexister chez le même enfant.
VIII. Traitement
A
- Repérage patient des " potentialités
positives " de l'enfant autiste, et appel fait à celles-ci
stimulation de celles-ci dans la vie quotidienne ainsi que dans des séances
spécialisées.
1) Dans la vie quotidienne, les parents ont souvent besoin de l'aide précoce,
si possible à domicile, puis de l'aide continuée de spécialistes pour
programmer adéquatement les stimulations, maintenir un bon niveau de
communication avec l'enfant, et tenir compte de ses limites du moment
( difficulté d'une perception d'ensemble de la réalité
" vivante " ; besoin de stabilité, etc. ...).
2) Des séances spécialisées, se référant à des écoles de thérapie parfois très
différentes, assurent, elles aussi, cette stimulation bien ciblée des
potentialités en germe. Les plus connues actuellement procèdent d'une approche
cognitivo-behavioriste ( e.a. méthode TEACCH ). Mais une
psychomotricité adaptée à la configuration particulière de l'autisme peut
s'avérer efficace elle aussi. Autant pour des séances de psychothérapie visant
moins à interpréter d'hypothétiques conflits qu'à mettre la pensée en marche,
via le repérage des premiers signifiants balbutiés par l'enfant : toutes ces
approches permettent quelques progrès ... et ont leurs limites :
l'essentiel de l'évolution de l'enfant autiste émane de " sa
nature " qui se débloque lentement, ce qui se produit d'autant plus
probablement qu'il est élevé dans un environnement sain et compréhensif.
B -
L'enfant autiste est parfois épuisant à vivre ou source incoercible et durable
de sentiments pénibles dans sa famille, ou, tout simplement, éloigné de moyens
d'aide accessibles dans un environnement proche : il faut donc prévoir des
placements de dépannage de court séjour ( ou, tout simplement, des
occasions pour les parents de se reposer ). Parfois, il faut passer par
des placements résidentiels de plus longue durée, en services résidentiels pour
jeunes ( par exemple IMP ) ou en hôpital K ( surtout si l'enfant
autiste présente des complications émotionnelles lourdes : violence,
dépression, etc. ...).
C -
L'enseignement doit avoir lieu là où l'enfant autiste est bien accepté. Avant
l'école primaire, on trouve parfois pour lui une bonne école maternelle
ordinaire, quitte à ce qu'il ne la fréquente qu'à temps partiel ou qu'il y soit
aidé par un adulte d'appui. Après, il existe quelques classes TEACCH en Communauté
francophone, ou alors, il faut passer par des formules d'enseignement spécial
qui ne lui sont pas exclusivement destinées ( type I, II ou III ). La
fréquentation d'un hôpital K de jour peut également résoudre le problème, à
condition que la fonction-enseignement y soit réellement prise en charge.
D -
On ne dispose pas actuellement de médication vraiment spécifique. Lors de
crises émotionnelles bruyantes, on donne des médicaments symptomatiques, comme
on le fait pour d'autres enfants.
Chapitre IV
Troubles liés à l'âge " tout-puissant "
du développement entre 15 et 36 mois
§ I - INTRODUCTION
I. Un enfant conquérant
A -
A supposer que la confiance de base ait été bien acquise, l'enfant, maintenant,
se met jubilatoirement debout et part conquérir le monde.
Lui qui, grâce à sa progression cognitive, se
reconnaît bien et identifie les grandes bases de son environnement ... lui
qui peut se nommer aussi, nommer les choses, dire " Oui "
ou " Non " " Veux " ou " Veux
pas " ...
Lui qui, grâce à sa maturation neuromusculaire, est
capable, non seulement de marcher, mais aussi de se livrer à des gymnastiques
adroites et de dominer de mieux en mieux ses conduites
psychophysiologiques ...
Il ne se prive pas de l'utilisation abondante de ces
fonctions nouvellement acquises, au service de l'affirmation de soi, de la mise
en acte de ce Soi global dont il vient de prendre possession. Il exprime une
bonne partie du temps [16] ce
que l'on appellera " sa volonté de toute-puissance ",
" ses pulsions et désirs [17] agressifs "
pour explorer, conquérir, prendre, dominer, voire détruire pour le plaisir. Il
est naïvement persuadé qu'il peut tout, qu'il est plus fort que les autres, ou
qu'on lui passera tout !
B -
Au début, les parents catalysent souvent ce mouvement d'expansion en en
encourageant les premiers signes.
Par la suite, face à ce qui est à la fois un signe de
la force intérieure de l'enfant, mais aussi de sa capacité à être excessif dans
l'égocentrisme, celui-ci devrait rencontrer sur son chemin
- la reconnaissance ( joyeuse ) de sa
force ... l'appel fait à celle-ci ;
-
l'interdiction claire de ceux de ses excès qui sont destructeurs, qui
compromettent la joie de vivre de l'autre, qui agressent le corps, qui
démolissent ...
N.
B. " Limite "
sur laquelle il est délicat de statuer.
Certes, au début, lorsque confrontés à des excès
désagréables, les parents veulent remettre l'enfant à sa place, ils se heurtent
à des protestations passionnées, du moins dans un premier temps : l'enfant a
l’air de ne vouloir rien entendre, crie, tempête et persévère.
Puis, petit à petit, l'enfant se socialise : les
affrontements directs avec les parents vont en diminuant lorsqu'il a
l'intuition que l'autorité de ceux-ci s'exerce à bon escient ; il dirige
davantage l'expression directe de son agressivité vers le monde de ses pairs et
dans le champ de l'imagination. Cette dimension plus raisonnable s'installe
essentiellement si les parents peuvent reconnaître son grandissement : accepter
qu'il se débrouille davantage seul, tenir compte de ses demandes, l'écouter,
lui donner une place utile, etc. ...
II. Inversement et paradoxalement, l'expérience de
l'angoisse est mieux repérée comme telle par l'enfant : il n'est pas rare
qu'elle gagne en fréquence et en intensité
A - Certes,
le nourrisson faisait déjà confusément de multiples expériences d'angoisse,
malaise qu'il pouvait exprimer par ses dysfonctions somatiques et autres
troubles des conduites psychophysiologiques. Mais maintenant, l'expérience
anxieuse est plus identifiable comme telle, comme partie du Soi psychique : le
petit enfant peut dire " A peu(r) ", voire évoquer
ses images mentales du moment (" Méchant loup ... Papa
fâché " ).
B -
Pour beaucoup de ces petits enfants, les expériences d'angoisse se multiplient
dans la vie éveillée et même dans la vie nocturne ( cauchemars ou/et
éveils nocturnes anxieux ). A première vue, ce " courant
d'angoisse " peut sembler contradictoire avec le courant
d'affirmation de soi dont nous venons de parler.
Il en est pourtant ainsi sur le terrain de la
clinique et nous aurons, bien souvent encore, l'impression d'un fonctionnement
mosaïque, voire contradictoire, de l'être humain [18].
III. Enfin, les moments de grande tristesse si pas
de désespoir commencent à apparaître clairement eux aussi. Chez beaucoup,
ils sont peu fréquents et peu durables. Chez d'autres, probablement porteurs de
prédispositions organiques, l'intensité est plus forte.
Ces
phases de dépression sont le plus souvent en rapport avec des événements
externes négatifs, que l'enfant interprète souvent de façon trop pessimiste :
par exemple, l'arrivée d'un puîné peut être vécu par l'aîné comme le signe
qu'il ne compte plus du tout. Nous détaillerons ces questions avec l'étude de
la dépression.
En résumé, la majorité des enfants
de cet âge s'affirme donc souvent de façon bruyante et demande encore assez
souvent aux parents - à d'autres moments - que se continue la relation de
nourrissage affectueuse connue à l'âge nourrisson ( allers et retours
entre ces deux positions ) et connaît des moments d'angoisse ( appels
bruyants au secours, éventuellement sous forme de crises de colère désespérées
; qui-vive agités ; inhibitions silencieuses, momifiées ou bruyantes ).
Parfois, ils peuvent se défendre de l'angoisse par un passage à l'acte
destructeur ( mordre, frapper, casser, ...).
§ II -
TROUBLES AFFECTIFS, SANS ALTERATION IMPORTANTE DU SENS DE LA REALITE
I. Les
dysfonctions somatiques et les troubles des conduites psychophysiologiques
décrits au chapitre IV restent susceptibles d'éclore pendant ce stade du
développement.
II. D'autres
troubles encore, liés surtout aux avatars de l'affirmation de soi et de
l'angoisse, sont susceptibles d'être à l'origine de consultations.
A -
En voici les quelques principaux :
-
Refus d'obéissance : ils portent sur la régulation des conduites
psychophysiologiques ( alimentation, sommeil, élimination ...) et
sur d'autres domaines de la vie quotidienne et relationnelle : s'habiller comme
c'est demandé, ranger un jouet, accompagner les parents, s'exprimer verbalement,
etc. ... Ils sont diffus ou limités à un domaine précis.
- Fortes colères répétées avec cris,
agitation, éventuellement violence physique ou/et destructions [19].
-
Autres manifestations agressives : mordre, se conduire dangereusement
avec un cadet, etc. ...
- D'autres enfants, plus rares, sont capables de
sélectionner très précocement une opposition silencieuse (" conduites
d'opposition "/), tenace ( qualifiée à tort passive, dans la littérature ). Ils ont une maîtrise de
soi suffisante que pour résister à la manière des hérissons plutôt qu'à celle
des fauves.
- Manifestations d'angoisse : refus anxieux de
l'endormissement ( ou/et d'autres situations de la vie ) ; cauchemars
ou/et éveils nocturnes anxieux ; inhibitions et collage aux parents ; peur de
la séparation crises bruyantes face à des soi-disant dangers ; constipations
liées à la peur de la défécation autres somatisations...
-
Repli sur soi, signes de désespoir ; chute des performances, mauvaise
humeur, somatisations ( perte d'appétit, diarrhées ...) et autres
signes de dépression.
B
- Etiopathogénie
En
écoutant attentivement ce que disent les parents, en observant l'enfant et en
écoutant ce qu'il " dit " - principalement via ses premiers
jeux-symboliques -, on déduira probablement que, selon les cas, les tableaux
cliniques que nous venons d'évoquer signifient :
- Simplement, le désir d'affirmation de soi de
l'enfant. Sa toute-puissance peut encore s'exacerber s'il a, face à lui, des
parents " qui ne le voient pas grandir " et veulent continuer
à le gérer comme à l'âge nourrisson, ou des parents trop autoritaires, qui
veulent trop " le dresser ".
- Un désir d'affirmation de soi toujours présent,
mais qui coexiste avec angoisse, dépression et culpabilité. Ici, l'enfant a été
ou s'est senti contré, pas tellement par des cris et des coups, mais plutôt par
la menace : " Tu
es mauvais ... on ne va plus t'aimer ". Il a introjeté ces voix menaçantes d'autrui et vit
donc un conflit intra-psychique auquel il ne trouve pas d'issue satisfaisante.
Il ne peut pas s'empêcher de s'affirmer, mais, juste après, il est inquiet et
veut vérifier qu'on l'aime toujours : signes d'opposition puis d'angoisse et de
captativité tyrannique, inquiète, surtout dirigés vers le parent qu'il affronte
le plus par ailleurs.
-
L'existence d'un tempérament anxieux, le débordement par l'imaginaire, créateur
d'idées d'angoisse ... en résonance plus ou moins forte avec les attitudes
anxiogènes des parents.
-
L'existence de tensions externes : sources de stress, comme par ex. les conflits
entre parents et grands-parents. Ici aussi, l'enfant a peur ; en outre, il a
l'intuition que, lorsque lui dysfonctionne, il a le pouvoir de
" suspendre " les conflits entre adultes, en attirant
l'attention sur lui. Ce renforcement positif lui fait apprendre à répéter ses
symptômes, ce qui arrange tout le monde.
-
L'existence précoce d'une dépression. Certains petits enfants ont très peur de
ne plus être aimés, lorsqu'ils sont fort grondés, lorsque leur papa
" disparaît ", lorsque naît une petite soeur, etc.
C - Prise en charge
Nous nous limiterons à esquisser la prise en charge
de la dimension " Affirmation de soi " [20]. Guidance parentale destinée à accroître les
attitudes suivantes : reconnaissance fondamentale du grandissement de l'enfant
; appels faits à lui " grand " dans la vie quotidienne ;
non-dramatisation et non-escalade ; patience et espérance exprimée : " Un
comportement plus sociable, plus harmonieux, ça viendra plus tard " ;
le laisser confronté à quelques conséquences, désagréables pour lui, de son
négativisme, plutôt que de vouloir gagner tout de suite ... ; maintien de
quelques limites réelles et symboliques, qui marquent le droit à ce que chaque
génération ait un territoire de vie personnel, à certains moments ...
§ III - ALTERATIONS MOYENNES OU SEVERES DU
SENS DE LA REALITE
I.
Un certain nombre d'autismes tout à
fait typiques ne sont diagnostiqués qu'après quinze mois, soit parce qu'ils
avaient évolué lentement et à bas bruit jusqu'alors, soit parce que les parents
- ou/et les médecins consultés en avaient dénié l'existence.
A
- Les dysharmonies psychotiques
1)
Ce sont les plus fréquents de ces troubles, de longue durée, susceptibles de
s'améliorer lentement et qui se caractérisent par :
- Une " saisie " précaire de soi
: si, macroscopiquement, l'enfant identifie bien quelques paramètres - clé de
sa personne ( son nom ... son sexe ...), beaucoup de données qui
concernent son histoire, ses liens actuels, son avenir ... semblent lui
échapper : la représentation qu'il a de lui n'est ni riche ni
" amarrée " dans le temps, l'espace, la généalogie ...
- Il en va de même de sa " saisie des
autres " : il en repère bien quelques paramètres externes,
mais ... ça ne va pas beaucoup plus loin : ni stabilité, ni consistance,
ni profondeur dans sa perception ...
- Souvent : angoisse abondante ; agressivité
( primaire ou/et défensive ) mal gérée par l'intelligence ; besoins
affectifs fluctuants, exprimés occasionnellement sous forme de demandes
fusionnelles ; intolérance à la frustration : bref, beaucoup d'émotions de tous
genres, instables, débordantes, mal gérées qui ne " mûrissent
pas ", ne se socialisent pas, et éclatent en crises fréquentes.
-
Souvent : imagination abondante, mais ici aussi, avec des productions
primitives et instables : peu d'achèvement, mais de multiples petits thèmes
morcelés, marqués surtout par l'angoisse et l'agressivité.
-
Impression générale d'immaturité dans la prise en charge de soi, dans les intérêts,
dans la vie sociale. Ces enfants ont peu d'amis stables. Avec les adultes, ils
oscillent entre des positions " bébé " et d'autres,
d'affrontement aux règles vite vécues comme persécutrices.
-
Développement dysharmonique de l'intelligence et des fonctions instrumentales.
2)
Etiopathogénie
L'histoire de ces enfants est souvent ponctuée
d'événements somatiques précoces, susceptibles d'avoir induit une certaine
fragilité cérébrale. Plus souvent encore, les relations familiales précoces ont
été chaotiques ( longues hospitalisations, instabilité du
" maternage ", traumatismes psychiques, parfois
rejet ...).
Beaucoup d'auteurs en déduisent qu'il existe à tout
le moins un " cousinage " entre ces dysharmonies
d'évolution et les carences affectives sévères : dans les dysharmonies,
l'histoire de l'enfant est surtout marquée par le chaos, qui l'empêche
d'introjeter des repères stables et d'accéder à une bonne connaissance de la
réalité. Dans les carences, c'est surtout le rejet de lui, la non-importance
qu'il a, qui lui est signifié activement. Mais les overlapping sont fréquents.
3)
Répertoriage nosographique
a) Le CFTMEA R-2000 parle de dysharmonie psychotique.
b) Le DSM-IV a largement raté le repérage de ces
enfants :
-
Plus ils se rapprochent du pôle " perte de contact avec la
réalité ", plus les Nord-américains auront tendance à ranger ces
enfants dans la catégorie (/" trouble envahissant du développement
non spécifié ) ou, si l'enfant est plus âge, plus excité et/ou plus agressif
(/" trouble bipolaire 1 ") : au nom de ce dernier choix,
ils " gonflent " indûment le nombre d'enfants atteints par
la manie-dépression.
-
Dans un prochain DSM, ils introduiront peut-être un " multicomplex
developmental disorder ".
4)
Diagnostic différentiel
Bien que la frontière soir parfois floue, il faut
distinguer ces dysharmonies psychotiques des simples dysharmonies évolutives
( CFTMEA R-2000 ). Ici, fondamentalement, LE SENS DU RÉEL EST CONSERVÉ, mais l'organisation psychique de l'enfant reste en
retard, de façon dysharmonique, sans qu'il s'agisse d'un problème de QI. Son
éducation et la stimulation de sa personne sont souvent très déficientes ou
chaotiques. Il en résulte un tableau très frustre, tant cognitif et
instrumental qu'affectif : par exemple, gros retards de langage ou/et
psychomoteurs ; pensée et communication pauvres ( mais avec bon sens du
réel ) ; intérêts réduits, dépendance de l'adulte, angoisse et agressivité
mal contrôlées ...
5)
Traitement
Une fois mieux assurés la stabilité des repères
extérieurs, ainsi qu'un investissement stable, patient et ferme de l'enfant, on
peut se référer à ce qui a été dit ou sera dit ailleurs dans ce syllabus à
propos de la carence affective, des troubles instrumentaux, de l'angoisse et de
l'agressivité. Une légère médication neuroleptique calme parfois les agitations
et les agressivités les plus épuisantes.
B
- Le syndrome d'Asperger [21]
1)
Enfants habituellement repérés vers l'âge de trois, quatre ans, parce qu'ils
présentent
● de façon légère à modérée, un certain nombre
de signes de l'autisme : solitude, peu de capacités d'interactions sociales,
intérêts et activités " étroites " auxquels ils
s'accrochent inflexiblement ; stéréotypies et maniérisme dans le comportement
moteur ...
●
mais les fonctions cognitives se développent normalement ( connaissance
" intellectuelle ", sans chaleur, du Réel ) ; il en va
de même de la capacité langagière.
2) Si l'on se réfère à la conception
" dimensionnelle " des diagnostics, il s'agit probablement
d'un trouble de nature autistique, mais d'intensité faible. On ignore les
raisons d'être de la dysharmonie langage interactions sociales.
C - La paranoïa chez l'enfant
1) Elle est très rare. Sa symptomatologie
évoque principalement le " caractère paranoïaque " ou
" personnalité paranoïaque " ( DSM-IV : 301.0 )
décrits chez l'adulte. Toutefois, certaines convictions tenaces de ces enfants,
à propos de la malveillance de telle ou telle personne de leur entourage n'est
pas encore vraiment " délirante " ( par exemple, ils
n'imaginent pas qu'on est occupé à les empoisonner !).
2) Symptômes principaux :
● Egocentrisme ; non prise en
considération de beaucoup d'autres ; droit qu'ils se donnent à réaliser leur
propre toute puissance ; surestimation de leur valeur propre, de leur
intelligence, de leurs droits.
● Caractère sombre, susceptible.
● Conviction tenace qu'ils sont
haïs, si pas persécutés, par telle ou telle personne de leur entourage
( souvent leur mère ). Aucune retenue à exprimer cette conviction.
Parfois, ils mettent en oeuvre une haine, une agressivité défensive permanente
contre leurs soi-disants persécuteurs. Parfois, il s'agit de moments plus isolés,
mais où la haine peut être très forte ( précipiter le petit frère
persécuteur du haut de l’escalier ).
3) Ces réactions paranoïaques ont souvent un enracinement très précoce :
l'enfant a vécu des expériences relationnelles qu'il a comprises de travers, ce
qui contribue à brouiller tout à fait
son image du monde ( par exemple, une maman fait des fausses couches quand
l'enfant a deux ans et celui-ci se persuade très confusément, et tenacement,
qu'elle est une tueuse d'enfants ...)
Chapitre V
Devenir de l'agressivité dans la suite du développement
§ I - ETIOPATHOGENIE
Nous
venons de décrire que l'enfant très jeune, entre quinze et trente mois, se
découvre habité par une pulsion et un désir agressifs forts, dont souvent, il
ne cherche guère à réfréner l'expression ! Au fil du temps, le destin de
ceux-ci [22] est
lié aussi bien à des facteurs internes ( mise en place d'autres dynamismes
vitaux, progression de l'intelligence ...), qu'à la nature des attitudes
des parents et des proches et qu'aux incitants sociaux en place.
Le
tableau I ci-dessous résume quelques corrélations fréquentes entre attitudes
des parents ou/et de la société et organisation de l'agressivité chez l'enfant.
Rappelons
néanmoins que ce ne sont jamais de strictes relations cause-effet : l'enfant
est toujours susceptible de malentendu, c'est-à-dire de mauvaise perception des
intentions d'autrui. En outre, il lui reste toujours une
" certaine " possibilité d'utiliser sa liberté comme il
l'entend et de se démarquer des influences qui pèsent sur lui.


§ II - DESCRIPTION CLINIQUE [24]
ET TRAITEMENT
En plus de certaines formes de carence affective,
déjà décrites, en voici les principales vignettes cliniques :
A -
Immaturité affective (de type II) : Enfants peu organisés, susceptibles
d'être débordés par l'intensité de leur agressivité gratuite ou défensive.
Agressivité
gratuite ? Lorsqu'elle s'exprime pour le plaisir d'être puissant, de conquérir
le monde, d'affirmer et d'étendre son territoire propre.
Agressivité défensive ( ou réactionnelle ) :
lorsque l'enfant l'exerce pour se protéger contre des menaces réelles ou
imaginaires qu'il ressent, ou pour se venger d'injustices, d'humiliation, du
non-amour ...
On
désigne souvent ces enfants comme " caractériels "
( DSM-IV oppositional défiant disorder ) [25].
Au
début, sans qu'il se soit déjà produit l'introjection significative d'une
censure intérieure, ces enfants ne peuvent pas s'empêcher d'exploser lors d'une
frustration ( refus d'un plaisir possible ... ou expérience pénible
qui fait monter en eux dépression, humiliation ) ; ils ne savent pas
résister non plus aux tentations de la société de consommation ; il leur faut
" tout, tout de suite " ; ils sont incapables de programmer
des efforts pour atteindre un but. Si on leur résiste : cris, colères, violence
physique ; instabilité dans les projets, les actions entreprises.
A
la longue, suite à de multiples expériences négatives faites avec leur
entourage, ils finissent par se méfier des autres et par en avoir peur, par se
forger une mauvaise image de soi, et par introjeter quelques assignations
sociales interdictrices ; mais ces tensions intérieures en eux ne les empêchent
pas de passer à l'acte agressivement, au contraire ... sélection d'une agressivité
" défensive " qu'ils légitiment sur le moment même mais
dont ils se sentent plutôt coupables après coup.
Prise en charge
Importance fondamentale de l'investissement d'eux
continué, de la patience, de la tolérance, de l'appel à leurs
capacités ... et de la fermeté sur quelques règles essentielles.
-
Médication d'appoint parfois, si possible avec leur consentement.
-
Placement en service résidentiel si la famille s'épuise ou entre en escalade
négative perpétuelle.
-
Eventuellement, enseignement spécial de type III.
B
- Trois fonctionnements de personnalité caractérisés par un vécu de
toute-puissance [26]
L'enfant
ne se sent pas soumis aux grandes Lois humaines, ni aux règles de ses groupes ;
il fait tout seul les lois qui régissent sa vie ...
Et
sur cette base, quelles intentions poursuit-il ? C'est ici que les trois
fonctionnements se différencient.
1.
Fonctionnement psychopathique
L'intention
fondamentale de l'enfant, ici, c'est de ressentir et d'exprimer la force
immense par laquelle il se sent habité.
Enfant
extrêmement rebelle, jouissant de l'exercice de sa toute-puissance,
intraitable, voulant se montrer toujours plus fort que l'autre. Il le fait via
des transgressions à froid ou/et via
des passages à l'acte violents, explosifs, mais qu'il assume comme
positifs : pas de regret ... au contraire, de la fierté d'être perçu comme
la " terreur " de son groupe !
Il
est fréquent que des actes clairement antisociaux ponctuent ce parcours :
vandalisme, agressions violentes d'autrui, vols, fugues précoces ... à
côté de la rébellion au quotidien.
2.
Fonctionnement " délinquant essentiel " ( en abrégé :
délinquant )
Ce
que ces enfants cultivent avant tout, c'est une agressivité
" gratuite " : plaisir discret - et non pas affiché, comme
chez le psychopathe - de se savoir hors la loi ; plaisir d'acquérir
malhonnêtement les biens de consommation, sources de jouissance physique ou
réputés faire le bonheur des gens ; plaisir d'acquérir des libertés matérielles
sans effort, en trichant.
Ces
enfants sont aussi très habiles à s'éviter des ennuis sociaux à partir de
l'expression de leur agressivité : ici, pas d'affrontements, pas d'explosions
directes, voire même des relations sociales pseudo-agréables,
pseudo-conformes ... mais, au tournant, il y a un coup
" bas " bien calculé.
Au
début, ils prêtent parfois indûment à sourire, car ils ne se livrent pas tout
de suite à des actes macroscopiquement antisociaux, mais à des actes
mineurs auxquels on ne fait pas assez attention ( petites tromperies
intelligentes ). Par la suite, il leur faut plus et plus, et ils
franchissent sans scrupules le cap de l'escroquerie, du vol, voire de la
destruction physique ou morale d'autrui pour avoir ce qu'il a.
Il
ont toutes sortes de ruses pour éviter d'être accusés. S'ils le sont quand
même, ils disposent d'une capacité d'argumentation délinquante très élaborée.
Si ça rate, ils viseront à l'élimination de celui qui est dans leur chemin.
3.
Fonctionnement caractérisé par la perversité
Au coeur de l'égocentrisme, ces enfants ont pour
objectif de détruire moralement et sans raison la sécurité, la dignité, le
bonheur ... de celui qui est tombé dans leurs griffes, comme la souris
dans celles du chat. Ils le font avec ruse, en le trompant et en trompant leur
monde sur leur sociabilité.
Pour quelques autres, c'est encore plus grave :
souvent meurtris par la vie et tentant d'oublier leurs meurtrissures, ils
concoctent dans la solitude de cruels projets de vengeance physique, qu'ils
commencent à réaliser précocement ( par exemple, enfance des futurs serial
killers).
C
- Prise en charge de ces trois fonctionnements caractérisés par la
toute-puissance
Le
programme comporte trois axes, nécessaires et simultanés :
1.
Il faut des sanctions claires des actes destructeurs graves qu'ils commettent :
notamment l'interdiction de récidive, l'exigence de dédommagement de la
destruction commise et, si possible, la valorisation d'une meilleure
socialisation ultérieure.
2.
Il faut réinvestir la personne de ces enfants vie
● relations quotidiennes de très grande
qualité ;
●
rencontres de paroles ( obligatoires, ce sont des entretiens ... pour
faire réfléchir et pour les entraîner à la socialisation ) ;
●
rééducation cognitive si nécessaire.
3.
On doit faire aussi tout ce qu'on peut pour augmenter la sollicitude de leurs
systèmes de vie à leur égard.
Il faut entre autres couper la contagion induite par
la fréquentation de mauvais lieux. Assez souvent, leur rééducation ne peut plus
être faite transitoirement par la famille, elle-même épuisée ou provoquante ;
comme leur comportement déviant est vraiment à la limite de la faute et de la
pathologie, il n'est pas toujours facile de bien choisir l'institution qui les
accueillera : service résidentiel ? hôpital K ? IPPJ ou home dit
" pour cas sociaux ", voire pour délinquants, après
intervention du Tribunal de la Jeunesse et sur base des délits qu'ils
commettent ? ...
II.
Enfants qui refoulent leur agressivité de façon importante et durable :
Enfants affectés par une névrose
Nous
en reparlerons en détails au chapitre VII.
Disons
néanmoins déjà que :
-
Une partie des enfants dont le fonctionnement est névrotique refoule très
stablement ses pulsions et désirs agressifs, ressentis comme mauvais ; ils sont
donc conformistes et, malgré tout, peuvent se sentir anxieux comme si, malgré
tous leurs efforts, ils ne faisaient jamais assez bien.
-
Une autre partie de ces enfants voit se produire des failles dans les
tentatives de refoulement de l'agressivité auxquelles ils procèdent. Ces failles
se manifestent elles-mêmes sous plusieurs formes :
1° ( N.B. pas schématisé au tableau I, car
rare ) Il s'échappe de loin en loin un passage à l'acte agressif intense,
brutal, non contrôlé, éventuellement dangereux : malgré les voix
interdictrices intérieures puissantes, l'enfant, à un certain moment, n'en a
plus pu de se faire commander abusivement, persécuter et/ou humilier : il
décharge une crise de rage contre son agresseur ... ou, par déplacement,
contre un être ou des choses apparemment " innocentes "
mais pourtant chargés de symbolisme. Après quoi il s'en veut beaucoup ;
2° ( schématisé au tableau I ; cfr.
le concept de symptômes enrageants ) Il va s'échapper de loin en loin des
" actes manqués ", des symptômes qui, à première vue, sont
des ratages de la vie quotidienne : un pipi au lit, un outil coûteux des
parents égaré ou oublié, un " bouchage " dans le domaine
scolaire, incompréhensible au vu des capacités générales de l'enfant.
Le parent visé par ce symptôme, même si celui-ci est
programmé inconsciemment, s'y trompe rarement : il se sent agressé ... et
impuissant, ou " mauvais coucheur " s'il veut gronder,
puisque l'enfant " ne l'a pas fait exprès ". Quant à
l'enfant, s'il se réfugie d'abord derrière sa bonne volonté, s'il ne jouit pas
tout de suite vraiment de son " mauvais coup " chargé
d'angoisse et de culpabilité, il est néanmoins à même d'en découvrir
l'intention agressive à partir, par exemple, d'une psychothérapie.
A
- Cet enfant est capable de générer des idées, des
fantasmes agressifs, et de vivre les affects correspondants, sans l'angoisse ni
la culpabilité qui seraient issues du seul fait de leur existence.
B
- Quant à l'expression comportementale directe de son
agressivité :
1.
Beaucoup s'en déplace vers des personnes " socialement
admises " à cet usage - jusqu'à un certain point -, et
d'ailleurs répondantes : ses pairs ; néanmoins, même avec eux, il existe une
auto-régulation quant à l'intensité : l'enfant s'arrête tout seul et obéit à la
Loi " Tu ne tueras point ".
2.
Face à des " personnages parentaux ", à des
" figures d'autorité ", l'enfant est capable de calcul
intelligent (" principe de réalité ") en même temps qu'il
s'identifie à un certain nombre de valeurs de sa société. On le verra donc :
●
assez souvent, faire ce qu'on lui demande en y adhérant de l'intérieur, ou
obéir sans dire nécessairement qu'il n'est pas d'accord de l'intérieur ;
● assez souvent aussi, continuer à s'affirmer
et à négocier ce qui est important pour lui. Sur ce fond de négociations au
quotidien, importance que persistent des " affirmations de
soi " en rupture avec l'ordre parental, plus occasionnelles,
dérangeantes, qui marquent simplement le grandissement ( pour mémoire, à
douze ans, Jésus fugue trois jours : symbolique ou non, le fait mérite d'être
médité ). Même chez l'enfant en bonne santé psychique, ces affirmations de
soi ne sont pas toujours avouées comme telles, ni même clairement perçues par
l'intéressé : certains refus ponctuels, soi-disant incapacités ou
contre-performances, peuvent avoir cette signification ;
● de temps en temps, s'il a face à lui
quelqu'un qui abuse vraiment de son pouvoir ou/et le persécute, être à même de
s'en défendre intelligemment, voire de l'agresser, intensément et
immédiatement.
C - Au nom de ses identifications toujours, et à
cause d'une " humanité transcendante " qui vit et grandit
en lui, cet enfant réprime librement la partie majoritaire des demandes les
plus égocentriques, les plus abusives de son agressivité.
Néanmoins, cette répression volontaire est rarement
parfaite : de loin en loin, cet enfant peut même vouloir expérimenter la Force
de Mort, de destruction qu'il a en lui, gratuitement, sans provocation. Il fera
donc un mauvais coup, " pour le fun ", discrètement ...
mais une fois qu'il a vu qu'il était capable, il regrettera et ne récidivera
guère.
D - Cet enfant trouve également des sublimations
comme exutoire à une partie importante de son énergie agressive, où il
satisfait à la fois et son désir de se sentir puissant et lui-même, et l'ordre
social ( actes et performances socialement valorisés, sources d'un
sentiment de fierté, de joie, de force ...).
Pour conclure, rappelons néanmoins qu'un enfant qui serait totalement organisé en
référence à ce pôle de la maturité est un mythe. Nous sommes constitués par une
mosaïque d'organisations partielles. L'enfant qui, majoritairement, se
rapprocherait de ce pôle " maturité " porte néanmoins
aussi, en lui, par exemple, un secteur plus névrotique ( auto-condamnation
intransigeante de certains types de pensées agressives ) ou/et un secteur
plus immature ( débordement, sans beaucoup de liberté intérieure, face à
certaines tentations ou frustrations ...), ou/et un secteur tout-puissant
( moments de délinquance essentielle, etc ...)
Chapitre VI
Troubles liés à l'âge oedipien du développement : entre 3 et 6 ans
§ I – INTRODUCTION
I.
A - Vers trois ans, chez les enfants en bonne santé mentale,
des pulsions et des désirs d'amour s'expriment fortement ; nous leur donnerons
la qualification " oedipiens ".
Ils coexistent avec les pulsions et
désirs agressifs décrits au chapitre IV ou se mélangent à eux ( intrication ).
Il en résulte que :
-
un des parents, souvent celui du sexe opposé, est l'objet principal d'un mélange
de pulsions ou de désirs amour-domination ... amour
conquérant où l'enfant cherche à être le
petit " roi de cœur " ou la
petite " reine de cœur " de
celle ou de celui qu'il chérit ;
- l'autre parent, qui apparaît, lui, comme le rival, le gêneur du parfait amour se trouve souvent cible d'agressivité et incitant à la compétition. Néanmoins, à certains moments, il est tout aussi aimé que le premier : pulsions et désirs sont susceptibles d'aller et venir, sans rigidité. Il ne faut pas céder aux simplismes ; si l'enfant est souvent amoureux du parent du sexe opposé et en rivalité avec celui de son propre sexe, d'autres combinaisons sont possibles, sans que ce soit ipso facto a