|
Activités à risque chez les adolescents
|
Résumé : Dans sa première
partie, l'article définit et discute le thème des
activités à risque chez les adolescents ( actes
isolés et conduites ) Il en propose
cinq catégories cliniques principales et les
décrit. L'auteur passe ensuite en revue
les principaux facteurs d'explication, biologiques,
intrapsychiques et sociaux.
Dans sa seconde partie, l'article décrit les processus
d'accompagnement
éducatif, social et psychothérapeutique des
adolescents qui posent des activités
à risque préoccupantes. Avant cela, il expose
quelques contenus-clés de la
prévention primaire et secondaire, avec une application
plus détaillée à propos du jeu du foulard.
Mots-clés : Activité à
risque ; conduite à risque ; sport
extrême ; jackasseries ;
jeu du foulard ; conduites ordaliques ; pratiques
sexuelles à risque.
Title : When the world attacks the child
Abstract : The first part of the article defines
and discusses the topic of risk
among adolescents ( isolated acts and conducts ) Further,
it describes five main
clinical categories. The author then reviews the main
explanatory factors, biological, intrapsychic and social.
In its second part, the article describes the educational and
social process and
the eventual psychological help of the concerned
adolescent. Before that, he
sets out some key content of the primary and secondary
prevention, with a more
detailed application about the game of the headscarf.
Keywords : Risk taking behaviour activity ;
extreme sports ; jackass-like
activities ; ordeal conducts unsafe sex.
Título : Cuando el mundo agrede al niño
Resumen : En su primera parte, el artículo
define y discute el tema de acciones a
riesgo en los adolescentes ( de actos aislados hasta
conducats usuales ) Las cinco
principales categorías clínicas son descritas. El
autor examina los principales
factores explicativos, biológicos, sociales y
intrapsíquicos.
En su segunda parte, el artículo describe el manejo de
los adolescentes
concernidos por los adultos : educacion, medidas sociales
y ayuda psicológica
eventual. Antes e autor esboza contenidos clave de la
prevención primaria y
secundaria, con una refelccion más detallada sobre
el juego de ahoracrse en los jovenes adolescentes.
Palabras clave : Actividad a riesgo, conducta a
riesgo, deportes extremos ;
« dirty sanchez » juegos, sexualidad
a riesgo.
S. Freud (1915) « La vie s'appauvrit, elle perd en
intérêt, dès l'instant où nous ne
pouvons pas risquer le suprême enjeu, c'est à
dire la vie elle-même »
PREMIERE PARTIE : Définitions, clinique et
facteurs d'explication
Chapitre I. Considérations générales
§ I. Qu'est-ce que le risque ?
Le risque, c'est un danger potentiel ( accident,
agression, perte d'amour ou
d'estime, dépendance etc. ), dont l'occurrence n'est
jamais certaine, même si l'on
peut parfois faire des évaluations quant à
sa probabilité.
Il nous « pend au
nez » (
2)
à
chaque tournant de nos vies, parfois sans que nous ne
fassions rien pour, parfois comme conséquence
d'une action volontaire, mais pas
toujours bien informée sur l'intensité du facteur
« risque » qu'elle inclut.
même sans qu'elle bouge le
petit doigt, combien de risques ne planent-ils
pas sur la tête de cette fillette des rues
indienne ...
Nombre de risques liés à nos activités
doivent être affrontés, parce que celles-ci sont
nécessaires ou utiles au maintien et à la
progression de la vie individuelle ou
collective. En ce inclus dans leurs dimensions
spirituelles : Je pense par exemple
aux risques inclus dans certains rituels culturels, qui
assurent le passage d'une
génération à l'autre.
Dans le film « le cercle des poètes disparus
» ( P. Weir, 1984 ), Neil risque
d'exprimer sa passion pour le théâtre ; il lui
en coûtera la vie ...
Les autres risques sont gratuits, du moins du point de vue
de l'observateur externe : il n'est pas
nécessaire de les prendre pour
survivre ou mieux vivre. L'être humain aime
s'amuser, vivre des sensations fortes,
(se) démontrer sa force, rivaliser d'audace
avec ses pairs, anesthésier
sauvagement ses souffrances, etc.
La zone-frontière qui sépare les risques
gratuits et les autres est imprécise et
leur localisation peut être évaluée
différemment selon la subjectivité de celui qui
statue.
Alors, je confierai la mission d'être
juge à un groupe de référence
approximatif, « suffisamment bien serein et
lucide » pour paraphraser
Winnicott : j'imaginerai un groupe virtuel d'une
vingtaine de personnes, également
réparties entre 15 et 75 ans, réputées
en bonne santé mentale et bien
documentées. Ce sera lui mon juge. J'imaginerai
même qu'il s'exprime par la voix
des auteurs qui ont le plus réfléchi à
ces questions, des spécialistes de la
réflexion sur le risque, comme par exemple David Le
Breton. Ce groupe de référence, c'est ce que l'on
appelle le « Tiers social », qui, dans une
culture donnée, transcende les singularités
individuelles et familiales (
3)
Même en recourant à des critères
précis, ce groupe reste régulièrement
confronté à des zones-frontières
indécidables.
Par exemple, en termes de gratuité ou d'utilité
des risques, que penser de
certaines compétitions automobiles de Formule I
censées donner des indications techniques sur
l'automobile et les combustibles ? Et plus banalement, de
certaines bagarres d'enfants, voire d'ados, sous
le nez de l'autorité. Pour se faire respecter
par ses pairs,
à la récré de ses 10 ou 14
ans, est-il si certain qu'il existe d'autres moyens que de
sortir ses griffes,
même contre le règlement ?
Michelito à l'œuvre ... Familles, êtes-vous
toujours bien raisonnables ?
§ II. Risques, vie consciente et vie inconsciente
I. Les rapports du Conscient et de l'Inconscient ne sont
pas fondamentalement
différents dans le champ des activités
à risque que pour les autres phénomènes humains.
La « vérité » de
l'être humain se situe dans ces deux dimensions de
son être-au-monde, sans les hiérarchiser,
et dans les rapports qu'elles
entretiennent. Le fait qu'existe un monde Inconscient,
avec ses tensions et ses
poussées, ne supprime pas pour autant toute
lucidité et toute liberté de choix de
l'être à un niveau conscient.
Pour soulager l'être humain et l'amener à des
changements de projets et de comportements, il suffit
parfois de travailler avec
lui le domaine de ses représentations
conscientes. Dans d'autres cas par contre,
il existe une telle compulsion à la
répétition, source de comportements
tellement inadéquats qu'il faudra l'inviter
à découvrir et assumer petit à petit
certains conflits, traumas ou désirs
jusqu'à présent inconscients.
II. Parfois, des activités à risque
cherchent à anesthésier,
à
étourdir ou à donner une solution à un mal-
être dont les racines et les Images opérantes
les plus fortes sont dans
l'Inconscient, faites d'agression, de disqualifications,
de contradictions
d'Instance ou de rejets précoces et
répétés.
Ou alors, telle activité à risque peut encore
constituer un passage à l'acte au sens psychanalytique du
terme : un acte fort, plutôt impulsif, chargé de
symbolisme, remplace une inaccessible mise en mots et tente de faire
voler en éclats un conflit Inconscient dont les composantes
restent inconnues ... Mais attention, c'est bien la racine qui
est dans l'Inconscient, pas la lucidité quant au fait qu'il y
a risque.
Pour d'autres, ça a l'air plus simple,
du côté du désir de défier,
de rivaliser, d'abattre la puissance et l'orgueil du
Père ou encore d'être aimé en tant
que celui qui se démarque exceptionnellement.
III. Je reviendrai par la suite sur le thème
du déni
du risque : Il ne se produit pas nécessairement
parce que l'action envisagée apparaîtrait
particulièrement interdite par la
censure Surmoïque du jeune. C'est plutôt
face à l'évaluation de la dangerosité, c'est-à-dire
aux côtés les plus adaptés et les
plus raisonnables de son Moi que celui-ci se jette de la
poudre aux yeux.
§ III. Les niveaux de satisfaction
Je me centrerai dorénavant sur les mineurs d'âge,
surtout les préadolescents et les adolescents, que j'appellerai
aussi « jeunes » (
4)
Lorsqu'un ado réalise une activité à
risque, sa satisfaction peut se situer à
trois niveaux susceptibles de coexister :
- Premier niveau : au moment même
du déroulement de l'action risquée,
centralement, corporellement, le jeune peut éprouver
mille sensations excitantes, vécues comme plaisantes,
liées à la nature de l'activité et à la
représentation co-existante du risque, avec des idées
comme : « Je suis le plus fort ... je suis
invulnérable ... je vais peut-être savoir ce
qu'est la mort, etc. », idées
elles-mêmes génératrices d'un supplément
d'émotions : angoisse
« exquise » ; exultation ;
joie amère d'une vengeance sur l'échec, etc.
- Le second niveau est constitué par les
conséquences rapprochées de la prise de
risque : une meilleure estime
de soi, l'admiration des
autres, leur crainte, une récompense ... ou
une punition, à moitié attendue
par le vécu de culpabilité (5)
du jeune, etc.
- Le troisième niveau, inconstant, ce
sont des résultats obtenus par
l'action, indépendamment de sa dimension
« risquée » :
bénéfice d'un bien
volé ; jouissance sexuelle vécue comme plus
intense parce que sans préservatif ;
plaisir procuré par l'alcool, la drogue ...
D'un adolescent à l'autre, d'une activité
à l'autre, ainsi qu'au fil du temps, chacun de ces
niveaux est investi de façon différente.
Il arrive même qu'un des
niveaux soit vécu comme insignifiant ou négatif !
Les premiers joints fumés à treize ans sont
parfois investis davantage pur le premier ou le second niveau que
pour leur résultat tangible. Après, l'adolescent
se blase et banalise le processus, mais investit beaucoup
plus le résultat :
s'évader, planer, se sentir euphorique.
L'ado qui se brûle à la cigarette ou se scarifie
devant son public est loin de
toujours vivre une jouissance masochique du premier niveau. Il
ne vise que le second niveau.
Chapitre II. Définitions, qualifications et
catégorisation des activités à risque
§ I. Définitions
Je parlerai d'activités à risque, qui se
répartissent sur un continuum de
fréquence entre actes et conduites
à risque.
I. Activités à risque
Le jeune est auteur d'activités à risque
lorsqu'il s'engage délibérément et
gratuitement dans des activités potentiellement
et significativement
dangereuses, en y cherchant au moins des satisfactions
de premier et/ou de
second niveau ( inspiré par Michel, 2002 )
A. Délibérément ?
L'action fait donc suite à un choix et à
un projet, parfois très brefs, parfois
minutieusement concoctés. J'exclus donc de la
catégorie « Activités à
risque » les
actes les plus irréfléchis, les plus
impulsifs ( par exemple, certaines violences
physiques ) Mais pas les actes préparés
à l'avance qui commencent
soft, puis se terminent en
déchaînements pulsionnels,
sous le jeu de l'excitation du
moment ( conduites sexuelles qui finissent par
être sauvages ; « casses » lors de
manifestations, etc ... )
Délibéré veut dire aussi lucidité, au
moins partielle : le jeune est, toujours conscient qu'il y a
risque qu'elle, mais pas nécessairement de son intensité.
Choix et lucidité sont des composants de
l'intentionnalité que je décris dans le livre
la
destructivité chez l'enfant et l'adolescent ( 2007,
p. 4 et sq.)
B. Il s'agit des risques estimés gratuits par le Tiers
social, et même de
ceux qui se trouvent dans la zone frontière
indécidable. Le groupe estime
également que ces risques sont
« significativement graves » :
probabilité
d'occurence assez élevée d'un danger important,
de nature variable : risque de
mort, de traumatismes ou de maladies physiques ou psychiques
pour soi ou/et
pour les autres ... risque de perte de biens ...
risque de perte d'amour ou d'estime
( à trop « faire le con »
par exemple )
C. Des satisfactions de premier et/ou de second niveau
Ce critère est essentiel. Si je ne m'y référais
pas, trop d'activités entreraient dans le champ qui nous
occupe, et finalement, ça ne voudrait plus rien dire. On
pourrait y inclure toutes les activités antisociales,
tentatives de suicide, transgressions de règles ( par
exemple, toute sexualité précoce ), consommations
abusives d'alcool, de drogue, de tabac, d'alimentation, puisque,
chaque fois elles connotent des risques significatifs.
Mais je renonce à les inclure si c'est seulement l'objet
central de l'action qui est visé, avec une large ou totale
indifférence à tout ce que fait vivre le risque.
Ma façon de réduire le champ ne facilite pas
nécessairement l'analyse, car elle renvoie à la
subjectivité de l'ado et à son discours sur
lui-même au moins autant qu'aux impressions des observateurs,
mais elle me paraît faire preuve d'une meilleure
cohérence logique.
II. Actes ou conduite à risques
Ils constituent les deux pôles d'un continuum de
fréquence :
A. Dans sa forme la plus pure, l'acte est isolé :
une seule expédition nocturne
où l'ado est pris sur le fait ; une seule
fugue pour (se) montrer son indépendance.
Mais je parle encore d'actes à propos de comportements
qui ne se répètent
que pendant une phase de brève
durée. Par exemple, certaines
affirmations de soi des plus provocantes au plus fort
des remous de la puberté : l'un ou l'autre
flirt avec la mort pour attirer
l'attention et l'amour d'un autre ...
Et je les définirai toujours comme tels lorsqu'ils
éclatent erratiquement et à basse fréquence
( apparemment du
moins ), quelques fois pendant la durée
de l'adolescence.
C'est peut-être alors qu'ils ont le statut de
« passage à l'acte » tentant
stérilement de régler un problème
inconscient qui ne peut pas être mis en mots.
Bah, on peut vraisemblablement ranger dans cette
catégorie-là la grande
majorité des adolescents qui vont
bien. L'Evangéliste ne nous dit-il pas qu'à
l'âge de douze ans Jésus fugua trois jours et
fit bien pleurer ses parents.
B. A l'autre extrême, d'autres ados aiment
multiplier la prise de risques
gratuits. Parfois,
dans une seule catégorie d'activités,
comme les provocations agressives entre pairs
ou la sexualité
sans précaution. Parfois de façon plus
diffuse. C'est à leur propos que je parle de
conduites à risque : Conduite
a une connotation d'habitude,
de style de vie, de répétition.
Ce critère « Haute fréquence »
n'est pas parfait ; Il faudrait lui
substituer celui de « habitude très
ancrée », chaque fois à l'origine
de vécus très importants du premier ou/et du
second niveau. Par exemple, certains amateurs de roulette
russe ou de sports de
l'extrême dans la nature, ne pratiquent pas très
souvent, et pourtant ce peut
être chez eux une conduite très fixée.
§ II. Qualifications contingentes des activités
à risque
Le risque encouru peut être immédiat, comme
la sanction brutale d'une action
forte ( par exemple, se noyer lors d'une plongée
sans précaution ) Il peut aussi
tomber de façon erratique, lors de la nième
action identique ( être agressé
sexuellement lors du nième RV au sous-sol d'un
parking ) Il peut parfois être
différé, et ne survenir que par la
répétition des activités
menées ( devenir
dépendant )
Le risque peut être couru pour soi ou
surtout pour d'autres : ne pas perdre la face ;
être admiré ; les affronter, etc.
Il peut se pratiquer en secret, sans précautions pour le fait
d'être vu ou très ostensiblement.
Le risque peut aboutir à de la valorisation ( une
médaille sportive ; figurer au
livre des records ; gagner l'admiration jalouse
des pairs ) ... ou à de la destruction
( mourir à de la roulette russe ; tuer quelqu'un
involontairement )
L'activité à risque se fait seul, en pur
solitaire ou sous le regard des autres. Elle
peut se faire aussi à deux ou trois ( par exemple,
skate ou parcours urbain ; jackasseries ;
prise de cannabis ... ) Parfois même, elle
se fait en groupe plus important
( certaines manifestations de lycéens, affrontements
en bande ... )
L'ado qui pose des activités à risque se situe
aussi de façon très variable dans le
champ de la santé ou de la pathologie mentale :
J'y reviendrai dans le chapitre IV.
J'ai déjà dit aussi que le goût pour la
dimension la plus fondamentale du risque
était des plus variable : du subissement
à la recherche intense, dans un contexte de dépendance.
Il en va de de la lucidité : de l'étourderie
sous-évaluant le danger à une connaissance très
approfondie du risque, voire à une exagération
dramatisante. J'ai fait entrer dans les critères d'inclusion
au moins une certaine lucidité. Toutefois, pour des raisons
affectives ( bravade par exemple ), certains ados
minimisent voire dénient le risque : Je considère
que les activités qu'ils mènent avec ce vécu
entrent bien dans la catégorie
« activités à risque »
§ III. Principales catégories d'activités
à risque
I. Enoncé des catégories
A. Vouloir faire disparaître les limites du corps

- La pratique des sports de l'extrême ou de
comportements d'affrontement intense de la nature ou du monde
matériel. Dans le cadre d'activités
organisées et encadrées ou de façon
sauvage :
- Acrobaties en VTT, roller, skate-board,
moto ; sports de glisse hard ...
- Cabrioles des free
raiders qui dévalent des montagnes, en bondissant de
rochers en pentes presque à pic ; plongées
( d'une falaise ; du haut d'un pont, avec le fleuve tout
en bas ) ; escalade ( le plus vite possible,
avec un minimum de matériel ) ; saut à
l'élastique (« benji ») ; rafting
particulièrement osé etc ...

- Entraînements démesurés à
des sports de compétition

- Certaines modifications volontaires de l'intégrité du
corps ( brûlures,
scarifications, suspensions, ... )

- ( Partim ), certaines anorexies
mentales « avoir le corps le plus léger
du monde, comme une feuille sans pesanteur ... »
B. Jusqu'à flirter avec la vie et la mort

- Activités sauvages, dangereuses pour soi et pour
autrui : Conduites dangereuses d'engins motorisés, sans
respect des règles, sans précaution pour soi,
éventuellement sous l'emprise de l'alcool
(« chicken games ») ; acrobaties
brésiliennes sur le toit des trains ; ados de
Montréal accrochés à l'extérieur
des métros ; « Qui ose se glisser le dernier
sous une porte de garage qui se ferme ? » ...
Extrait du film " La fureur de vivre " (N. Ray, 1955) James Dean
finira par ne pas pouvoir arrêter sa voiture au dernier
moment, et ce sera la chute dans le précipice

- D'allure plus soft : roulette russe ;
certaines activités ressemblant fort à des tentatives
de suicide ( Partim ) ; certaines anorexies
mentales ; non-compliances graves des ados malades au
traitement ( parachutisme des épileptiques ;
diabète ... )
C. Mise à l'épreuve du Soi-psychique

- Certains voyages initiatiques de longue
durée, seul, sans moyens, à travers des
zones dangereuses ;

- Certaines fugues pour s'affirmer ( Sardou
les célébrait déjà il y a
20 ans : «
Mes chers parents je pars ... oh,
ne pas se retourner !
»)

- Certains dépassements de ses propres
peurs ( expéditions dans les cimetières and
co )

- Certaines audaces à affronter l'autre
verbalement
La fin du film
« les 400 coups » (F. Truffaut, 1959) Antoine
fugue vers la mer et assume sa solitude ...
D. Exploits physiques plus mineurs ; magnifications
de l'incongru (« jackasseries »)

- Esthétiques : Skate urbain hors
piste ; parcours urbains à travers tout,
par-dessus murs et toits ;
catchers ( en roller accrochés à une
voiture ... )

- Toutes les jackasseries

- Happy slapping les plus soft ( surprendre un tiers
par une bourrade et le filmer ), etc.
E. Recherches de plaisir

- Sensations intenses de nombre d'activités
déjà évoquées.

- Activités sexuelles imprudentes : No K
pote ; relations multiples ; drague dans
des endroits dangereux ; expériences
auto-érotiques à risque ( asphyxie ;
électrostimulation ... ) ; prises de
risques sexuels médiatés sur Internet (Hayez, 2009)

- Le jeu du foulard et d'autres dits
d'évanouissement ( arrêter sa respiration ...)

- ( Partim ) les consommations
excessives : tabac, alcool, médicaments,
drogues ... surtout s'il y a recherche de
défonce ( par exemple, Binge drinking )

- Les excitations multiples des
rave parties ;

- Plaisirs régressifs : les jackasseries
F. Expressions directes de l'agressivité

- Affrontement aux pairs : provocations et
bagarres pour un oui, pour un non ;
jeu de la cannette (« Petit pont
massacreur ») ; happy slapping et humiliations
filmées ; vrais combats organisés avec
échange de coups, éventuellement avec
armes ( armes blanche, bâtons ) souvent
destinés à être filmés et
diffusés

- Affrontement aux parents :
désobéissances verbales et agies ; Bagarres ...
pourvu qu'il y ait des satisfactions de premier de second niveau

- Affrontement à l'autorité sociale :
insolence scolaire ; expéditions punitives
contre l'école ; incivilités ; vandalisme
urbain ; tags ...

- Toutes les activités antisociales qui incluent des
satisfactions de premier et
de second niveau : Voler une voiture, divaguer avec elle dans
les rues et la jeter au canal ...
G. Divers

- Risques divers pris sur Internet ( par
exemple, jeux d'argent : le poker online peut donner lieu
à des mises considérables dont l'ado n'a pas le
premier centime ... et après ? )

- Risques pris pour être
aimé ( plus fréquents chez les
filles ) ( propositions imprudentes sur son blog d'un(e)
jeune qui se sent délaissé(e) ; annonces sur
sites, avec ou sans photos ... ; consentement très
rapide à des activités sexuelles ; chantages au
suicide ...

- Etalage très démonstratif des richesses
que l'on possède ( vêtements, etc. ) dans des
environnements peu sûrs ;

- etc
II. L'une ou l'autre description plus détaillée
A. Le jeu du foulard : Rechercher les sensations
fortes brièvement vécues par
l'anoxie cérébrale obtenue par la compression
des carotides. Se joue en petit
groupe, chacun y passant à tour de rôle, souvent
avec l'aide des mains d'un
copain. A son réveil, le
« héros » raconte ses sensations
et visions (« le rêve
indien ») Se joue aussi seul, grâce
à une ceinture, une écharpe ... c'est beaucoup
plus dangereux, car les copains ne sont pas là
pour réveiller ( claques, eau
froide ... ) ... c'est aussi à l'origine
de davantage d'addictions ( comme le fait de
consommer du cannabis seul ) Jeu typique des
fins d'école primaire et des
collèges, avec des petites contagions.
Variante : les copains peuvent aussi pousser sur le
thorax, et empêcher la respiration.
Chez les « accros » du jeu du foulard, il
existe des symptômes à
observer, notamment des ecchymoses
B. Le jeu de la cannette (« Petit pont
massacreur ») : Quelques jeunes
adolescents se mettent en cercle ( jambes
écartées ) et se lancent mutuellement
une cannette vide ou un ballon. Celui qui ne la rattrape
pas est roué de coups par les autres.
C. Le « Binge drinking » : Recherche
d'une « défonce » rapide via une
consommation abondante et rapide d'alcool ( selon les
Québecois : plus de cinq
consommations alcoolisées sur une unité de
temps – devient une « conduite » si
elle se répète plus de cinq fois par an – Guyon
2002 ) La jeune recherche
l'ivresse, ses sensations, mais aussi la
déconnection ( s'assommer, se mettre
hors-jeu Huerre, 2007 ) S'accompagne hélas
d'autres activités à risque sans
self-control ( conduites dangereuses de
véhicules ; activités sexuelles non
protégées ; violence ) et bien
sûr de divers accidents. Fréquence croissante
jusqu'en fin de secondaire ( 36 % des
jeunes québécois en terminale ) Désinvesti
avec l'entrée à l'âge adulte.
§ IV. Catégories qui n'entrent pas dans l'étude
I. Certains risques, parfois très graves, peuvent
être pris pour combattre des
lois ou des règles elles-mêmes
iniques ( d'Antigone
à ceux qui aident les sans-papiers )
Extrait de l'Antigone de Sophocle :
Ainsi Créon s'exclame :
« Malheureuse fille d'Oedipe, est-ce bien toi
Antigone, est-ce toi qui t'es
rebellée contre les ordres de Créon ? Est-ce
vraiment toi qu'on a surprise en pleine crise de
folie ? »
Et Antigone de répondre :
« Subir la mort, pour moi n'a rien
d'intolérable. L'intolérable c'est de laisser
pourrir sans tombeau le corps de mon propre frère, oui,
c'est cela pour moi, l'intolérable. Mais maintenant ma
conscience est en paix. Tu penses que je
suis folle, mais le vrai fou, en vérité, c'est
celui qui me traite de Folle. »
|
Ces prises éthiques de risque seront hors objet de cette
étude, à ceci près que
les ados se servent parfois de ce
prétexte ( l'injustice d'un prof ) pour
légitimer des comportements qu'ils posent bien plus pour
les risques qu'ils incluent que par recherche de
justice ( par exemple, crever les pneus de sa
voiture ; le dénigrer sur un blog )
II. Autre catégorie exclue, ce sont les jeunes preneurs
de vrais risques, mais trop légers aux yeux du groupe
d'évaluation. Pourtant, de leur point de vue
subjectif, en référence à l'organisation
du moment de leur personnalité, à leur
angoisse et à leur conformisme habituel ou à une
mauvaise information qui dramatise les choses, les jeunes ici
concernés peuvent se sentir prendre un
risque énorme : affronter le mystère de la
nuit, chiper quelques bonbons dans la
boîte, désobéir, résister à
un camarade musclé, oser donner son opinion face à
des parents estimés sévères et rigides,
etc. Toutes activités pour lesquelles
tant d'enfants et d'adolescents qui essaient de grandir ou de
vaincre leurs angoisses mériteraient d'être
félicités.
III. Echappent enfin évidemment à
l'évaluation, les nombreuses activités à
risque issues du goût du secret couplé à
l'excellence de la dissimulation.
L'ambiance du secret peut souvent faire partie du plaisir du
risque. Ah, comme ce peut être excitant de se relever
la nuit, seul ou avec l'un ou l'autre bon copain,
pour aller explorer un cimetière ou les recoins
mystérieux de l'internat ! Ah, si
les parents savaient les jeux d'argent et autres connaissances
sexuelles super hard que leurs ados si bien élevés
développent sur Internet ( Hayez, 2009 ) !
Chapitre III. Les facteurs d'explication
Le lecteur ne s'étonnera pas : ces facteurs sont
bio-psycho-sociaux, chaque fois en proportions et en combinaison
variable, plus ou moins anarchique ou ordonnée.
§ I. Les facteurs biologiques et psychophysiologiques
I. Prédisposition génétique
à l'audace :
le très vieux gène ( ou ensemble
génétique ) qui stimulait les
chasseurs préhistoriques à sortir de leur caverne
pour prendre des risques reste peut-être plus
opérant chez certains ( Peretti-
Wadel, 2004 ) Quand on écoute témoigner
les adeptes des exploits physiques
osés, beaucoup disent tout simplement qu'ils
ont le goût de l'aventure et de
l'inconnu. Il ne faut pas nécessairement aller
chercher midi à quatorze heures ...
Et peut-être d'autres gènes
prédisposent-ils à l'opposition, à la
rivalité, à la recherche de sensations fortes.
II. Intensité des sensations éprouvées au
moment même de l'expérience.
Ces sensations, plaisantes au sens large du terme sont très
diversifiées et nous y reviendrons par la suite en parlant de
l'investissement du plaisir ! Contentons-nous de signaler pour
le moment que, pour la même action posée la
quantité et peut-être même la qualité du
plaisir ressenti est différente d'une personne à
l'autre, en référence au développement organique
de ces circuits et zones produisant le plaisir.
§ II. Les facteurs intrapsychiques
I. Facteurs opérationnalisés surtout ou
exclusivement pour soi
A. Facteurs de type cognitif ou cognitivo-affectif

- Certains grands enfants ou adolescents ignorent vraiment
ou sous-estiment la nature ou la gravité des risques
encourus ( l'asphyxie, par exemple ) ; Ils peuvent
ignorer aussi la gravité des conséquences de leurs
actes, par exemple l'inconfort ou la souffrance qu'ils peuvent
infliger à autrui ( jeux d'humiliation ) ;
d'autres surestiment leurs compétences ou veulent croire
que, comme dans les jeux vidéo, une nouvelle vie
apparaîtra si d'aventure
« the game is over »

- Nombre d'adolescents ne cherchent pas à
réfléchir, à peser le pour et le contre,
à planifier. L'immaturité et la
superficialité de leur réflexion s'expliquent
à la fois par une dimension spontanée, liée
et à l'âge, et une autre, volontaire, pouvant
aller jusqu'à nier l'évidence parce que ça
les arrange bien.
C'est donc souvent utopique d'imaginer que l'ado pèse souvent
soigneusement le pour et le contre ( Martha, 2002 ) et ne
va de l'avant que si le bénéfice escompté
à la prise de risque paraît supérieur au
danger (« Pas besoin de capote avec cette jeune fille,
tout juste sortie d'une grande école catholique »)

- Régulièrement, l'affectif se mêle
aux lacunes ou erreurs cognitives de bonne
foi. Par exemple, c'est aussi parce qu'ils le désirent
que certains ados ados se surestiment, ou à l'inverse
minimisent ou dénient les risques ou se mettent une
barrière pour ne pas penser les conséquences.
Milton Erikson disait « L'adolescent aime faire
l'expérience de tout ce qui est possible, mais voudrait
que cela ne porte jamais à
conséquence » ( 43, in Haley, 1986 )
B. Avoir le goût de l'exploration, de l'aventure,
de l'inconnu
Parfois de façon enthousiaste et peu
réfléchie ; parfois avec davantage
d'ambivalence.
Explorer le monde mais aussi expérimenter les
potentialités de son propre corps. Tout au long de son existence, l'être humain vit
deux désirs fondamentaux et contradictoires : vouloir
la sécurité, et vouloir explorer et
conquérir ( Michel, 2002 ) Vers deux ans,
les tout-petits trottent déjà à l'aventure,
puis reviennent chercher un peu de
chaleur et de réassurance dans les jupes de
leur mère, avant de repartir.
C. Aimer l'action
Amour très typique des ados, la majorité du
temps où ils ne sont pas vautrés
passivement sur leur lit ...
L'adolescence se caractérise entre autres par une
augmentation des pulsions, des
hormones, de neurotransmetteurs diencéphaliques
excitants, par une
augmentation de la force physique ... . Et donc,
les agirs « puissants », peu
préparés, peu ordonnés se multiplient. Ils
sont souvent forts, rudes, chargés
d'énergie ; ils peuvent être spectaculaires,
destinés à se démontrer l'audace et la
puissance que l'on ressent, et destinés aussi au regard
de l'autre : activités de
défoulement, d'essai ;
activtés qui secouent les habitudes bien installées
de l'enfance ( Hayez, 2009 bis )
D. Se sentir vivre, grandir, posséder de la puissance
1. Objectif global qui se décompose en bien des nuances :

- Connaître des sensations très
agréables ( le « sentiment »
de puissance ) ;

- Sortir du rien, de l'ombre, se sentir
exister ; se dépouiller d'un sentiment
d'insignifiance ( Le Breton, 2004 :
« Passer
par un détour symbolique pour tester
la légitimité d'être soi »
)

- Restaurer ou conforter l'estime de soi ;

- Se faire estimer et respecter par les
autres ; mettre à distance l'emprise des parents ;

- Vivre « la maîtrise
sur l'objet » ( en décidant, en
imposant (largement) sa
configuration à une expérience, au demeurant
non-obligatoire ), au-delà d'objets
concrets, c'est bien de l'objet libidinal qu'il
s'agit : vivre sa liberté face à ceux qu'on aime,
et, pour commencer, face au parent oedipien !
2. Gradations dans la recherche de puissance :
a) « Simplement » ressentir et manifester
force, audace, virtuosité, ressources originales
dans des situations difficiles.
b) Aller jusqu'à affirmer une toute-puissance, se bercer du
rêve d'être exceptionnel,
invulnérable, immortel ( On dit parfois que le
sujet s'identifie à son Moi Idéal )

- Avoir l'air de dominer des engins puissamment
motorisés ( rouler très vite à
contre-sens, par exemple ) ;

- Dépasser radicalement la limite du corps,
« s'envoyer en l'air », au sens
premier du terme.
Pour certains adeptes des sports extrêmes, par exemple, il
s'agit de se sentir mobiliser des ressources extraordinaires
bien entrainées, et ainsi, se dépasser
prend tout son sens ... ils éprouvent l'impression
exaltante de se sentir extraits de
leur lourde condition corporelle, l'espace de quelques secondes. Ce
n'est pas tout à fait superposable à l'excitation
ressentie parce qu'il y a risque ( Groupe de
chercheurs des sports de la nature )
En 1991, Patrick Baudry déclarait déjà
que dans le sport (intense), le corps
épousait le statut d'un matériel à dompter
pour être super-performant, ce qui est la
plus haute possibilité de l'expression de soi. Et il y
a une grande jouissance à ce
que le corps soit vaincu, comme si le sportif cassait les
chaînes de sa condition humaine.
On est dans un paradoxe, où le corps est à la
fois effacé et magnifié, pas
vraiment sur un mode narcissique-nombriliste, mais parce
que le sportif a réussi à
« se crever »

- Rarement, cela peut aller jusqu'à l'acte unique
exceptionnel, porteur de mort, qui donne la vedette absolue l'espace
de deux, trois jours ( tueries dans les campus ou les
écoles ; On peut d'ailleurs se demander, ici, s'il y a
encore goût du risque, ou, radicalement, volonté
suicidaire entraînant aussi le sang des autres )
c) L'affirmation de toute-puissance peut se faire dans un
cadre ordalique.
Ordalie sous forme d'épreuve du feu ( peinture de
Ghirlandaio, Florence, église Santa Trinità )
Le jeune s'en remet radicalement au
destin, à la chance, avec un mélange
d'indifférence et de jubilation rentrée,
pour trancher, à travers l'épreuve tentée,
quant à sa valeur, quant
au vrai poids de son existence. Il noue un pacte
symbolique avec « la Faucheuse »,
en lui laissant décider d'abattre ou non sa
faux. Ca casse ou ça passe. Si ça passe, c'est
comme s'il renaissait en s'auto-engendrant, sans plus
dépendre de personne. Sa seule Bonne Mère, c'est la
baraka, la Bonne Fortune. Et si ça cassait ? Il n'en
n'exclut pas la possibilité, sans la désirer vraiment,
et il se console en pensant qu'alors il sera un héros
éternellement pleuré par ceux qui l'aiment ( Le
Breton, 1994, Pedienelli, 2006 )
E. Vivre et cultiver les plaisirs les plus forts du risque,

- Sensations fortes liées à une
décharge d'adrénaline : pour Zuckerman, le sujet
active de façon optimale ses systèmes
catécholaminergiques et dopaminergiques.

- Griserie de la vitesse ( Martha, 2002 )

- Dès 1958, R. Caillois évoquait
déjà l'ilinx, une sorte d'ivresse, de
« vertige horizontal »

- Ivresse pré asphyxique et sensations
étranges pré hallucinatoires du jeu du
foulard (« Quand je jouais, j'étais tellement
bien, je planais, c'était le
bonheur » ( adolescente de 14 ans ) ( Le
Heuzey, 2003 ) ;

- D'autres sensations fortes chevauchent le biologique
et l'intra psychique. Par exemple :
- Vivre une fusion avec l'environnement naturel, en
s'abandonnant à une sorte d'inconscience ( Martha, 2002,
citant un escaladeur à grand risque
« Il n'y a plus que toi, le rocher et tes mouvements, tu
as l'impression que rien ne peut t'arriver » )
- L'ivresse de se sentir invulnérable, immortel,
tout puissant, maître de la matière urbaine.

- L'abandon de soi au hasard, avec désinvolture en
pensant, détaché,
« Ca passe ou ça casse » ;

- L'impression de s'envoler de son corps, de faire
éclater l'enchaînement de sa finitude
incarnée ( sports de l'extrême ) ;

- Plus banalement peut-être, l'émotion de
vivre quelque chose de très fort à
plusieurs ( sport extrême, skate
urbain ... ) ; la joie de réussir ...

- Une mention particulière pour le goût des
plaisirs régressifs qui fleurissent dans les
« jackasseries » Plaisirs
« anaux » diraient les psychanalystes, avec
leurs fonctions bien connues : donner une sensation de
maîtrise ; éviter la confrontation à la
construction de sa propre identité ; éloigner
temporairement du lien intime sentimental et sexuel avec
l'autre ( Ladame, 2003 ; Le Breton, 2004 bis )
Tous ces plaisirs puissamment vécus expliquent que les
activités à risques évoluent
régulièrement en conduites, jusqu'à devenir
de fortes addictions. On emploie parfois l'expression :
« Toxicomanie de
l'extrême » ( Pedinielli,
2005 ) Jusqu'à avoir besoin alors d'aller de plus en plus
loin, ou de les répéter à haute fréquence,
sans être jamais vraiment
satisfait ( accoutumance ) : trois composantes bien
connues de la dépendance !
ILL. Thierry ( dix-sept ans ) me consulte sur
l'insistance de sa famille parce que certains de ses actes,
qui ont l'air
d'être des défis, le mettent dans des mauvais
pas sociaux. Il ne consultera
que quelques fois, le temps de chercher à
m'épater et à bien me montrer
qui il est, puis il disparaîtra sans au revoir. Sans doute
n'ai-je pas réussi à interpeller et à
intéresser son être profond, en-deça de
son être-spectacle.
Ce qui motive ses prises de risque, me dit-il quasi-mot pour mot, ce
sont les décharges
d'adrénaline qui explosent dans son corps
quand il se livre à des prouesses
qu'il est seul à oser faire. Il ne cherche pas à
frimer, me jure-t-il,
car bien souvent il les fait seul et personne ne le
sait ; ce n'est pas non plus
essentiellement transgresser l'interdit, c'est se
sentir éprouver ce que son corps ressent.
Quand il plonge tout habillé d'un pont en hauteur,
dans le fleuve dont l'eau
est à douze degrés, et qu'il regagne la
rive à la nage, des témoins ont déjà
appelé les pompiers ! Il me prétend
qu'il était persuadé d'être seul et qu'il
n'avait nulle envie de mourir.
Parfois, sa recherche de sensations fortes le pousse à
commettre des
vols compliqués, à la Arsène Lupin,
générateurs de frissons eux aussi, et
c'est pour cela qu'il vient me consulter, car il n'aime
pas cette partie de lui
et se punit après coup par des scarifications
sans ménagement.
Tout petit déjà, il aimait grimper bien haut
dans les arbres et sauter de
branche en branche. « Mais ce que j'aimais surtout,
c'est quand, parfois,
une branche cassait et que je ne savais pas tout de suite ce qui allait
m'arriver ... ces trois secondes-là, c'était
vraiment super fort. »
Thierry ajoute que, dans ces moments-là, les
autres n'existent pas. Ce n'est pas qu'il veuille les
détruire, mais l'anticipation – puis la
réalité – de la montée
d'adrénaline les effacent de sa mémoire
vivante et de son champ de perception : belle
définition de l'auto-érotisme qu'il me
donne, à sa manière, non ? D'ailleurs
ajoute-t-il encore : « Je n'ai aucun respect
pour moi non plus » Du moins quand
son besoin d'action extrême l'envahit.
Tout, y compris le type de lien qu'il noue avec sur moi, veut
mettre en
avant un personnage invulnérable, pas bien
méchant, qui adore tous les risques de la vie.
Quand je lui propose de me raconter l'une ou l'autre image
des albums de photos de son enfance, il me parle avec
enthousiasme de sa chute, à l'âge de quatre ans,
les bras en avant, dans un feu de bois et des soins qu'il a
subi stoïquement et puis de l'extase de ses treize
ans, quand il a découvert et écouté sans
fin le CD du premier festival de Woodstock.
Mais voilà, quand Thierry me parle de son père, il
le fait amicalement,
mais en le présentant comme le perpétuel
malade imaginaire,
l'hypocondriaque qui dramatise le moindre bobo, qui a peur tout le
temps de tous les petits risques de la vie. Par contre,
aux réunions de
famille, ce même père est très fier
de raconter les exploits de Thierry,
« Vous ne savez pas ce que mon fils
a encore fait ! »
Thierry voit spontanément dans ce
« mon fils »
comme une preuve que c'est à la
fois de l'adolescent et de lui-même, par procuration,
que parle le père.
« A ce moment-là, on est deux
en un (6)
»
Thierry n'a-t-il fait qu'obéir
à ces injonctions semi-inconscientes ? Ne
peut-on pas penser non plus qu'il
a voulu se construire, dans le domaine de l'audace, comme le
contre-pied de ce que son père lui donnait à
voir ? Quand je lui évoquerai l'image
du positif et du négatif de la même photo, il me
dira encore que, son
père et lui, c'est comme les deux parties du
miroir : les mêmes et leur
contraire. Quant à sa mère, elle semble
avoir davantage les pieds sur
terre, et court néanmoins sans se plaindre de l'un
à l'autre de ses deux hommes : pour
panser les plaies et les bosses réelles du
plus jeune, et les imaginaires du plus vieux.
Dans cette histoire difficile de
démêler ce qu'il en est
des apports de la génétique et de ce qui
s'est imprégné, comme
composante du Soi et du Soi Idéal, au fil
des aléas d'une
histoire de vie dont le souvenir le plus fort est une chute
dans un feu à
l'âge de quatre ans ... Un dépendant d'un
type original, en fait, Thierry.
Reste à espérer que l'arrivée
de l'âge adulte socialisera quelque peu ses
décharges anarchiques – simple jeu du
vieillissement et parfois de
l'amour pour une femme – et qu'on le retrouvera
« seulement »
cascadeur, couvreur de toits de cathédrales, ou monteur
d'échafaudages acrobatiques.
E. Lutter contre le vide, la monotonie de la vie, l'ennui
S'éclater pour ne pas périr de passivité ;
échapper au
« métro, boulot,
dodo » ( Michel, 2002 )
Ce pourrait être particulièrement précoce et
intense chez certains enfants surdoués, qui s'ennuient
à l'école, et sont à la recherche de
dérivatifs plaisants pour leur créativité et leur
curiosité.
F. Anesthésier des souffrances morales, retourner
des sensations et vécus pénibles en leur contraire.
Parfois, ce n'est plus à une « remise de
sens » ni à des réparations socio-familiales
que l'on demande de soulager la
souffrance, mais plutôt à un afflux de
sensations. Le Réel corporel remplace ici
le symbolique. Encore plus que les filles, les
garçons dénient la souffrance
psychique, proclament qu'ils sont en superforme. Et
pour s'aider à ne pas se
sentir mal et pour se montrer « heureux
dans l'excitation », ils recourent à des actions
fortes ou/et malmènent leur corps.
Le Breton (2003) fait remarquer que les garçons
projettent durement leur corps
dans le monde, en forçant un chemin, en l'affrontant à
la matière jusqu'à flirter avec la mort. Les filles,
elles se retournent davantage vers leur corps propre pour
l'auto-mutiler. Huerre (2007) note la fonction
d'assommoir, de mise K.O. rapide
de soi présente dans les comportements
de défonce rapide. Auto-exclusion pour
échapper à la pesanteur de vivre,
à l'échec.
G. Faire, sans s'en rendre compte,
un passage à l'acte
au sens psychanalytique du terme.
H. Commencer à s'autodétruire, parfois
jusqu'à un point bien avancé
, sans s'avouer tout à fait que l'on cherche confusément,
partiellement ou totalement, à se punir, voire à se
suicider.
Ici aussi, l'on s'en remet au hasard, qui décidera
jusqu'à quel point on est encore digne de vie ou l'on doit
être puni.
«
Ca passe ou ça
casse ... je n'en ai rien à
foutre » ( Martha, 2002 ) Et si
la mort survient, ça a des chances de passer pour
un accident, et ça laissera pour les autres des doutes
parfois rongeants !
II. Facteurs intrapsychiques opérants surtout en
référence à l'autre
A. L'autre constitue un modèle
identificatoire : On boit comme un oncle, un
grand-père ... on se sent alors un homme, ça
donne une assise ( Huerre, 2003 ) On fait
comme Michaël Youn, quand il provoquait son public
«
Jusqu'où repousser les limites de la
connerie ? » Le modèle n'est donc pas
toujours des plus exaltants, mais il y a aussi des
références plus « nobles » :
les auteurs de vrais actes héroïques, les
aînés en skate-board, les
sportifs de l'extrême, etc.
L'inoubliable professeur Keating, dans « Le cercle des
poètes disparus » (P.Weir, 1984) Il donne une
leçon d'affirmation de soi que le timide Todd Anderson
n'oubliera pas, le moment venu !
Extrait d'un forum pour ados ; fille 17 ans :
clr ke je sui contente kes jackass
revient lol!!!!!mais je sais pas si DIRTY SANCHEZ continu
a apssé jadore aussi lol!!!!
mo jadore kan steve-O y fé des connerie ou
kan bam fé chier son père oué
aussi.....ou kan je sais plu comment il sapelle, euh
le streptezeur y se met a dansé
dans al rue a moitié a poil a jadore lol.JVOU
CONSEIL le dvd
bisous
|
B. Les autres entraînent
On déconne ensemble
«
Mon pote le fait aussi, donc
j'y vais », et on se succède rapidement,
étourdiment sur la même scène. Les autres proches
ont un effet euphorisant : on est dopé par ce qu'ils font
à côté, dans la même unité de
temps.
On se lance des défis, en rivalité les uns avec les
autres. Se lancer des défis, c'est une forme de
socialité typiquement adolescente. Les autres ont un effet de
provocation, de surenchérissement dans un imaginaire où
chacun veut se montrer le plus fort ( Le Breton : les
garçons veulent se montrer les meilleurs, là où
les filles veulent être
« uniques » )
On partage les même frissons, les mêmes
émotions, les mêmes transgressions. Dans
les jackasseries, on rit très fort ensemble,
rire de conformité et de dénégation :
il y a un personnage plié en deux de douleur, et ses amis
pris d'un rire inextinguible.
Enfin, les autres sont également vécus
comme une source de sécurité ( en cas de
vrai pépin, ils apporteront du secours )
C. « Qui pisse ou crache le plus loin ? Qui
pète le plus fort ? »
Le désir de rivaliser avec les pairs peut
être très fort, je viens de l'évoquer, tout comme le
désir de se faire respecter par eux, d'impressionner, de
passer pour dominant. Cela se
traduit dans des relations où l'on se jauge
d'emblée, s'emporte facilement, se
défie du regard et où les coups partent
vite ( Jeffrey et coll., 2005 )
Le vécu de honte s'est déplacé : l'ado est
moins dépendant du lien et du regard social
général, puisqu'il se pose comme l'artisan de sa propre
existence. Pour le démontrer, il aime même choquer les
adultes.
Par contre, perdre l'estime des pairs, parce que l'on se serait
dégonflé ou que l'on aurait été
contre-performant est une des pires épreuves que
peut vivre un ado ( Le Breton, 2003 )
Celui-ci reste donc bien dépendant du regard
des pairs : ce sont eux qui peuvent
« donner la honte » si l'ado se conduit
comme un « bouffon », entendez par là un
minable, timoré, conformiste, désuet ... et
non pas quelqu'un qui s'affirmerait comme clown !
Dit de façon positive, le comportement à risque peut
constituer une recherche d'estime, voire une recherche d'amour,
parfois confiante et sûre de soi, parfois plus ou moins
désespérée.
D. Nombre d'ados aiment aussi rivaliser avec ceux de la
génération du-dessus, et s'emparer petit à
petit de leur territoire, pendant que les premiers avancent lentement
vers leur mort. Peut-être en veulent-ils aux adultes
de « montrer » de plus en plus, dans leur
apparence et leur style de vie, la finitude de la vie, là
où eux conservent l'illusion de l'immortalité.
Ils protestent et défient donc simplement, en exhibant leur
force, leur beauté, leurs compétences, de façon
discrètement insolente, en ayant l'air d'ignorer les vieux.
superbe symbolisme du rapport de rivalité et de
défi entre générations
Ils le font aussi en se confrontant à l'Interdit, donc en
défiant l'ordre adulte, secrètement ou ostensiblement,
en bousculant, voire en faisant mal. Pour s'extirper de la position
de passivité conformiste de l'enfance, il leur faut parfois
crier, dire Non, se faire remarquer négativement, tant en
famille que dans l'espace public ( Michel, 2002 ) Sardou
chante la fugue à quinze ans ..., sans se retourner,
surtout sans se retourner. Le jeune affirma même qu'alors il
vole et tant pis si ça fait pleurer sa mère.
Dans le film « Le roi lion », la première
chose que fait Simba, avec la complicité joyeuse de sa copine
Nalla, c'est aller explorer la zone noire que Mufassa lui avait
interdite. Après que son Sur-Moi Zazou a été
enfoncé sous le gros derrière d'un rhinocéros.
extrait du film « Le Roi Lion » (R.Allers,
1884) ... est-ce un hasard si Simba est représenté
plus haut que son père Mufassa ... mais ayant besoin de
la tête de celui-ci pour y arriver : superbe
symbolisme !!!
E. Se confronter à l'interdit revêt néanmoins
une signification complexe
Il s'agit parfois tout simplement de s'y opposer et de le vaincre,
mais parfois aussi de le rencontrer, de comprendre son sens à
travers l'expérimentation, d'en apprécier la consistance
et finalement de l'accepter. Souvent, c'est plus ambivalent : par
une dimension de lui, l'adolescent veut toujours être libre,
affirmer sa force et par une autre dimension, il accepte de se
socialiser si pas de se soumettre. C'est en tous cas un explorateur
des limites et, s'il n'en rencontre pas, un
« appel-au-Père » inconscient peut
conduire à des provocations de plus en plus
dangereuses ( Debrot, 2004 )
F. Porté par son narcissisme, plus souvent
présent que son inverse, même s'il y a des
fluctuations, l'ado désire se donner en spectacle.
Ouvertement ou en secret, en
live ou au moins autant par
l'image, épater, être
admiré ... Les performances, oui, mais
de façon plus générale, forcer le trait est
une bonne manière d'attirer l'attention. L'ado
multiplie les provocations qui vont
lui donner la vedette, chez ses pairs, troubler le regard
de l'autre génération, la
choquer ( en espérant qu'elle sera quand
même un peu « sciée », et
lui donnera une approbation silencieuse, à l'instar
des pairs de son âge )
Street surfing
G. S'exhiber parce que l'on doute
Plus subtilement : certains ados doutent parfois de leur
valeur, entre autres de
leur valeur corporelle ... ils se sentent maladroits,
ridicules, laids, bouffons ...
alors, ils peuvent faire une sorte de surenchère,
où le ridicule est à la fois
accentué – magnifié – et
exorcisé comme c'est le cas dans la
jackasserie ...
C'est une sorte de déni de maladresse ... ces
ados revendiquent leur
« déconne » comme
une forme d'excellence. Ils cherchent alors des
spectateurs, dont ils espèrent qu'au
moins ils riront « comme des baleines »,
ou que leur regard apparemment choqué
sera secrètement admiratif ( Le Breton, 2004
bis )
H. Enfin, l'autre peut constituer une source de menaces et donc
de peur :
il peut obliger un plus faible à prendre des risques qu'il ne
veut pas ; il peut faire pression pour que certains secrets
soient bien gardés ( par exemple, jeu du foulard ;
conduites sexuelles aventureuses ) Inversement, l'ado auteur peut
chercher, lui aussi, à se faire respecter si pas craindre via
les actes impressionnants qu'il pose.
§ III. Facteurs sociaux et socio-matériels
I. Existence abondante d'objets
( au sens de C. Olivenstein ) c'est à dire
de moyens techniques puissants, attractifs et
sécurisés de façon variable mis à la
disposition des jeunes dans l'ambiance consumériste
contemporaine.
II. Facteurs macro sociaux

- La non-place « donnée » par
nos sociétés à un certain nombre de
jeunes ;

- L'affaiblissement des normes et des limites,
de la fonction paternelle, des
cadres contenants externes et donc de l'intériorisation
des limites et de valeurs
comme la retenue, la discrétion, la
modération ( Le Breton, 2004 bis «
Ce
n'est plus l'interdit qui structure les relations sociales
mais le possible » ) ( Barus, 2008
«
Ce sont les déficiences symboliques
des sociétés qui engendrent les maladies du
manque ( addiction-perversion ) »)
Exemples : Dépassement perpétuel des
limites par les adultes, dans une escalade qui a l'air sans
fin : (être mère à
septante ans ; choisir le sexe de l'enfant ; se
déclarer transgenre ; vivre ouvertement sexuellement
en trio !) ; Non
retenue des programmes TV
( Vente de sa mort en reality show par une starlette
anglaise atteinte d'un cancer terminal ; montrer un
adolescent suspendant son corps à des crochets qui
transpercent sa peau, etc.)

- Promotion de l'individualisme.
On ne vise que
la légitimation et la promotion
d'être soi, avec ses goûts, ses aspirations
individuelles «
Nous vivons de moins en
moins ensemble, mais de plus en plus côte à
côte, avec une susceptibilité
grandissante pour les libertés prises par les
autres, dans l'intolérance de toute
limitation posée à nos propres
comportements » ( Le Breton, 2004 bis )

- Valorisation du résultat, de la performance,
du paraître plus que de la qualité
d'être et a fortiori, plus que de la capacité de deuil
de renoncement, juste bonne pour les
loosers. L'attente des
parents, bien narcissique elle aussi, reste très importante et
porte sur le rendement-spectacle visible ;

- Valorisation connexe de l'image,
sensationnelle, spectaculaire plutôt qu'intimiste
et poétique, choquante plutôt que positive
«
La consommation de l'image
ajoute à celle des drogues les
fantasmes dispensés dans les images
surmultipliées des écrans ( Barus,
2008 ) »

- Pour certains, effet pervers de la
sur-information, voire des campagnes de
prévention : banalisation du
phénomène décrit, provocation
( Martha, 2002 ) ; l'ado suspecte des buts
non-avoués ( par exemple, empêcher son
accès au plaisir ) ; il se dit que c'est du
pipeau ...

- Pour certains, effet provoquant des
idées et pratiques sécuritaires. Dans une
société crispée sur la
sécurité, la prise de risques constitue
un désaveu
( intergénérationnel )
valorisé ( le Breton, 1999 )

- Pour certains, effet provoquant de la
répression, celle qui s'exerce à propos de
risques les plus antisociaux, mais aussi celle qui
s'exerce pour maintenir le
pouvoir économique des puissants ( cfr
la loi française 2009 contre le
téléchargement illicite sur
Internet ; des dizaines de logiciels de piratage ont
tout de suite fait leur apparition )
A la TV, la signalétique des grands
prêtres de Jackass est officiellement claire :
« Ne cherchez pas à nous imiter, les
p'tits gars ! »
Chapitre IV. Prise de risques et structures de personnalité
Il n'existe pas d'organisation
intra-psychique, ni relationnelle qui
corresponde de façon significative et suffisamment
stable aux conduites à
risque des adolescents.
A fortiori, pas non plus à une
activité à risque isolée.
Simplement peut-on dégager quelques tendances :
§ I. Aux yeux du Tiers social qui évalue
,
nombre d'adolescents concernés jouissent d'une santé
mentale globale « suffisamment bonne »,
observée sur un laps de temps suffisant. Ils
évoluent dans la norme statistique
des adolescents d'aujourd'hui, en nous souvenant que les
modèles et Idéaux contemporains
ne sont plus ceux d'hier. Et donc, au fond, ces
adolescents sont davantage néo-conformistes qu'ils
n'aiment l'admettre : Cela correspond bien aux nouvelles
normes, le goût pour la libre
affirmation de soi, la réalisation des désirs
personnels, sans beaucoup de retenue
ni de honte face à la génération du
dessus : le goût pour la performance, les
sensations, le spectacle immédiat et transmis par les
images, l'hédonisme et
le narcissisme ( Lazartigues, 2004 :
« la nouvelle personnalité de base est
hédoniste-narcissique » ), etc.
§ II. D'autres ados preneurs de risques semblent cependant
plus préoccupants :
I. Certains se caractérisent par une mauvaise image de
soi majoritaire et tenace
Des idées dépressives, l'accumulation
d'échecs ou de frustrations, dont la trace
est partiellement intériorisée, sans
capacité de réaction vraiment libératrice. Des
tentatives de déni plus ou moins réussies
s'efforcent de refouler ces nuages amers
et noirs. La souffrance morale persistante les conduit
néanmoins au doute,
aux idées auto-punitives, au flirt avec
la mort, au besoin négativiste de se venger sur
soi ou sur d'autres.
Quand c'est un peu moins grave, ils cherchent encore
reconnaissance et amour via des actes qui interpellent et
sans se permettre de le vivre ni de le déclarer
ouvertement.
Côté activités ou conduites à
risque, c'est eux que l'on verra le plus clairement
flirter avec le danger physique grave ou avec la mort,
( la roulette russe, un bon paradigme ; certaines
défonces ; des agressions du corps propre ; des
exploits très imprudents ; des
conduites sexuelles chargées de négativisme ;
des tentatives de suicide qui sont
aussi des appels à l'aide ; certains types
d'anorexies ... ) Ils cherchent aussi à
s'anesthésier via des sensations intenses et
sauvages. Quand c'est moins grave,
peut-être les retrouve-t-on dans les jackasseries,
où ils tournent en burlesque,
la mauvaise image qu'ils ont d'eux.
II. Certains ne sont pas loin de cultiver la toute-puissance
des vrais psychopathes
Quand ce n'est pas encore trop grave, ils
« interrogent les
limites », ils les explorent sans bien savoir
s'ils vont sauter par-dessus ou s'ils en
appellent – au Père. Quand c'est plus grave, ils
veulent être tout-puissants.
Côté conduites à risque, on verra
plutôt ici celles qui affrontent centralement
l'autorité, celles qui demandent du corps un
dépassement incroyable, celles qui
nient les limites de la nature ; certains flirts
ordaliques avec la mort aussi, par
exemple, dans la conduite d'engins motorisés.
III. Pour d'autres, une dimension addictive plus ou moins
tenace peut s'ajouter aux
trois organisations esquissées jusqu'à
présent, et à bien d'autres encore.
Il ne s'agit pas d'une structure en soi, mais d'un
complément, d'une complication du
fonctionnement, qui rend contraignant de reproduire
certains patterns
comportementaux pour le plaisir qu'ils apportent.
Ce plaisir intense peut être déclaré comme
tel ou dissimulé, de même que l'ado
admet ou non le sentiment de contrainte qu'il éprouve. Donc,
l'addiction peut se
cacher un peu partout. De plus, pour ce qui nous occupe dans
ce texte, il n'est pas
toujours facile de distinguer l'addiction au risque de
celle au résultat ( par
exemple, dans la prise de drogues ou d'alcool avec recherche
de défonce, à quoi
le jeune est-il vraiment « addict » :
au frisson du risque ( défier l'autorité ;
s'approcher de la mort ) ou aux réactions
procurées par le produit ? Idem à
propos des sports de l'extrême.
Le binge drinking, ou défonce à l'alcool la plus
intense et la plus rapide possible.
Typique des grands ados et jeunes adultes
IV. Enfin, de temps en temps, un acte à risques constitue un
passage à l'acte au sens psychanalytique du terme.
Alors, l'adolescent est
souvent seul pour le commettre. L'acte est soudain, quasi
non-préparé, de brève
durée, souvent à première vue incongru,
non cohérent avec la réalité quotidienne
de la personne qui le pose, énigme pourtant
chargée de symbolisme pour qui cherche à
comprendre : par exemple, un vandalisme bien ciblé
dans une école.
L'adolescent a
déchargé alors, comme il pouvait les
tensions d'un conflit névrotique ou celles
liées à des images traumatiques
accumulées en lui. Ces sources lui demeurent inconscientes
et inaccessibles.
DEUXIEME PARTIE :
Accompagner les adolescents auteurs
d'activités à risque
Chapitre V. Introduction « Il faut que jeunesse se
passe »
§ I. Davantage que les adultes, en moyenne plus
prudents, plus sûrs de ce qu'ils
sont et moins énergétiques, les jeunes ont
le goût du risque collé à la peau.
Risques nécessaires, comme pour tout le monde, mais
ça ne leur déplait pas, et
risques gratuits, avec cette opération ... à
risque déjà évoquée de situer la
frontière entre risques nécessaires, utiles et
gratuits. Expériences à risque pour
comprendre. Curiosité à risque pour explorer.
Affirmation de soi à risque pour se
sentir vivre, se faire respecter et se faire un territoire.
Risque pour séduire
ceux dont on attend l'amour. Risque pour être fier
de soi, briller, se mettre en
vedette, être sur Youtube et même dans le livre
des records.
Risques-défouloir et Risques-aspirine pour passer sa
rage ou moins penser qu'on
souffre. Risques pour s'amuser tout simplement. Vrais risques,
lourds de
conséquence, dangereux, qui s'approchent parfois
de la mort, pour la défier ou
voir si elle voudra de la vie de l'ado, plus du tout les
risques des mômes qui
sonnent aux portes et s'enfuient en courant.
§ II. L'adulte éducateur ou soignant doit donc
composer perpétuellement
avec cette jungle des risques, que multiplient leurs
dirty Sanchez ou leurs calamity Jane de lycée.
D'un ado à l'autre, et même, pour un seul
ado face à des applications différentes,
son attitude d'adulte peut opter pour toutes sortes de
nuances entre deux
contraires : Depuis la fierté manifestée
ou l'admiration secrète, en passant par
l'ignorance volontaire et plus ou moins résignée
jusqu'à la désapprobation, la
tentative de réorientation, la répression ou le soin.
Et un des risques pour lui, le bon adulte, c'est qu'il se
trompe d'appréciation. Si
une condition souvent nécessaire à une
attitude adéquate commence le plus
souvent par une compréhension « suffisamment
bonne », il faut bien dire que
nombre de prises de risque des ados ne nous en donnent
guère le temps. Ca va
vite et ça nous submerge d'émotions. Nous
y répondons donc de façon réflexe et
souvent emportée, en marchant tout au plus à
l'intuition. Et nous nous trompons
parfois, en désapprouvant trop, en cherchant trop
à protéger ou en admirant ce
qui ne devrait pas l'être. Heureusement, nous pouvons toujours
nous mettre en question, admettre que nous nous sommes trompés
et expliquer pourquoi, et changer d'attitude !
§ III. Et pour ce faire, entre autres, mieux vaut
tenter de saisir
les émotions qui nous assaillent et notamment :

- La jalousie qu'engendrent les jeunes
par rapport à notre propre
vieillissement. Un certain discours sur l'augmentation
dramatique des conduites à
risque chez eux pourrait bien en émaner, sans
vraie rationalité. Les
paramètres en croissance, c'est plutôt la
puissance et la violence techniques des moyens que les jeunes ont à
disposition – le toit d'un train à du
120 à l'heure, c'est autre chose qu'un
cheval - ; c'est aussi la publicité qu'on
leur fait à cause de notre goût commun
pour les livres des records et les images. De tout temps, les
tensions et rivalités
intergénérationnelles ont activé et
réactivé les
mythes de la jeunesse soit en perdition, soit violente et
destructrice, qu'il faut sauver d'elle-même ou dont
il faut se protéger par la répression. Et les
scientifiques, humains comme les autres, ne sont pas toujours
plus lucides que Sarkozy à ce propos.

- L'agressivité liée à notre
orgueil chatouillé par leurs provocations. Leurs actes
troublions mettent à mal notre respectabilité,
notre image sociale mais sont-ils
pour autant si graves et si inacceptables que nous le
proclamons ? Dans la
construction de leurs valeurs, la honte face aux
aînés n'a plus guère de place,
alors qu'elle en avait tant pour nous ... Tant pis
pour nous, mais c'est quand même
nous qui avons ouvert la voie, en dépassant si
souvent les limites de bienséance
quand ça nous arrangeait ... vive les
partouzes entre adultes consentants mais non
aux ados qui crient, pètent et rotent ostensiblement
dans le bus !

- L'angoisse et la volonté de protéger nos
petits par delà ce qu'ils demandent, mais aussi par-delà
ce qui peut faciliter leur autonomisation, c'est-à-dire nos moments de
vraie absence. Volonté typique
d'une « Mère intérieure
archaïque », présente jusqu'à
un certain point en chacun. Mère qui a besoin de se
sentir proche de ses petits, de les garder
sous son aile, et qui veut ignorer la
dimension de toute-puissance
qui s'entremêle à son interventionnisme
étouffant.

- Et encore, la peur de nous affronter à l'ado
pour garder son amour, pour ne pas
nous mettre en échec face à sa résistance
réussie ou tout simplement parce que
nous craignons ses agressions verbales si pas physiques si
on le contrarie.

- A l'inverse, la fascination. Ici, c'est
l'adolescent intérieur de l'adulte qui admire
inconditionnellement l'adolescent en chair et en os qui
lui fait face, parce qu'il
croit se reconnaître en lui ou parce que le jeune
d'aujourd'hui répare par
procuration, via son audace, toutes les failles et manques
de courage passés de
l'adulte. Cette fascination conduit alors à la
démission, voire à la provocation
active de l'ado par l'adulte.
§ IV. Corollairement,
l'ensemble de nos démarches éducatives ou
soignantes devrait être sous-tendu
par une volonté permanente de compréhension.
Compréhension pas à pas,
incertaine, fragmentaire qui n'a rien
à voir avec quelque volonté de
domination intellectuelle. Elle se nourrit de l'observation,
des connaissances de
l'intervenant, mais aussi de ce que lui dit de lui-même
l'adolescent ou le groupe d'adolescents et de ce que dit sa
famille.
Il serait désastreux de ne regarder les activités
à risque que sous l'angle des
dangers qu'elles incluent sans nous
pencher sur le sens qu'y met le sujet preneur de
risques ( Peretti-Watel,
2004 ) Avant de vouloir éradiquer, il faut chercher
à comprendre : nous nous donnons
alors des chances d'avoir davantage de collaboration de la part
du jeune, qui se sent rejoint dans des pensées, des
motivations et des projets non ipso facto
méprisés par les adultes du seul fait de leur
existence ( « En quoi est-ce important pour
toi ? » )
Il nous faudra même parfois admettre
que des activités à
risque apparemment gratuites sont plus sensées
qu'elles n'en ont l'air : par exemple, elles
constituent pour le jeune la seule
opportunité réaliste actuelle d'être
reconnu, ou d'échapper au stress ( par exemple,
en ayant le coup de
poing facile ... ) Du moins la seule
qu'il a trouvée. Alors, il s'agira plutôt
de nous attaquer aux facteurs
défavorables que de hurler sur l'augmentation
des prises de risque chez les jeunes.
§ V. S'appuyant sur davantage de sérénité
émotionnelle et de compréhension, notre
projet n'en sera que plus valable.
I. D'abord, nous pourrons mieux répondre aux
« besoins » fondamentaux du jeune, mieux
entendus, notamment si une prise exagérée de risques
constitue comme une manière de les signaler, sans pouvoir les
exprimer clairement.
II. Parallèlement, nous pourrons mieux adapter celles de
nos interventions qui visent directement les activités à
risque. Elles se choisissent toujours en référence aux
trois axes que voici :

- Ignorer ou connaître : d'une position
passive ( ne pas chercher à savoir ) à une
position pro-active ( investiguer, interroger )

- Activer ou dissuader. Encourager les plus
timorés à prendre des risques -->
rester neutres --> tenter de dissuader ou de créer
des alternatives ( par le
dialogue, la répression, le soin )

- Evaluer : Approuver, se réjouir -->
se montrer indifférent --> désapprouver.
Commentaires :
Nombre de risques pris par les ados peuvent donc être
« ignorés », comme
activités typiquement de leur génération,
à gérer dans l'intimité de celle-ci.
Quelques-uns, auxquels les adultes sont confrontés
par hasard, peuvent être
discrètement salués au passage, comme
signe de leur force et de leur originalité.
Pour quelques autres, par exemple ceux qui se prennent
à certaines conditions
dans les sports extrêmes, la reconnaissance par les
adultes peut encore être plus marquée.
Quelques timorés gagnent à être
encouragés délicatement à prendre davantage
de risques.
Alors, à quelles activités à risque
convient-il de s'opposer fermement ?
On doit le faire lorsque l'ado donne des signes suffisants
qu'il en devient dépendant.
Et aussi, lorsque
l'activité apparaît trop dangereuse au
groupe de référence : possibilité
significative de mortalité ou de blessure grave
( le jeu du foulard ; cascades motorisées,
etc. ) ; idem, à propos de la
détérioration de sa propre
dignité ( certaines conduites sexuelles ou agressions
humiliantes entre pairs, etc. )
Enfin, lorsque la conduite est antisociale, c'est à
dire inclut la destruction morale
ou physique d'autrui ou de ses biens légitimes.
Chapitre VI. La prévention primaire
A mettre en œuvre dans la société en
général, à l'école, en famille :

- Réinstaurer des Lois et des normes
acceptées collectivement ; Mise à distance
du «
Like it ... just do it »,
réhabilitation de la fonction d'autorité, ( qui
n'est pas la répression arbitraire ) elle encourage
autant à se réaliser dans une ambiance sociable qu'elle
impose des garde-fous. Et dans ce cadre il y a des interdits autour
des risques qui sont non-négociables ;

- Reconnaître une place positive à chaque
enfant, à partir de sa singularité, ses qualités
personnelles, ses compétences, ses goûts, ses
opinions ... leur reconnaître une
existence propre, intéressante.
Mettre en évidence ( par le langage et, pourquoi
pas, par l'image ) quand il
achève un projet esthétique, sportif, etc. que
le tiers social trouve
valable ; inversement, pour peu que cette valorisation du
positif existe, manifester un maximum
d'indifférence à ses « conneries »,
excès et provocations.
Extrait de « la chambre du fils » de N.
Moretti. Marco,l'ado bien sage qui va bientôt mourir d'un
accident de plongée. Marco qui a volé un fossile en
classe, puis l'a nié et laissé accuser un copain de
calomnie ... Le risque des ados bien sages
N.B. C'est la responsabilité des médias
également de reconnaître et de valoriser
le positif du monde, et d'arrêter
de monter en spectacle majoritaire le
catastrophique, le violent, le scandaleux, le
crade, tout ce qui fait de l'audimat voyeuriste facile.

- Veiller à l'attractivité du milieu de vie
quotidien ; mettre en place des
« exutoires forts » où puisse
s'investir l'énergie des ados et où le risque reste
sous contrôle raisonnable ( des sports de
l'extrême bien encadrés ; de belles
pistes de skate, de roller, de VTT avec encouragement du port
de protections corporelles ; des activités musicales
ou de danse contemporaine hard, etc. ) Le but de
l'éducation n'est pas de
« fabriquer » des jeunes mous, médiocres,
modérés, mais des jeunes passionnés, audacieux,
qui sachent vivre des excès ... mais pas trop
périlleux ni trop destructeurs.

- Faire à l'occasion des expériences fortes
intergénérationnelles,
« rites initiatiques socialisés »
où l'on sait se griser de l'aventure, en jouir ... et
s'arrêter ! (Hachet, 2009) ;

- Contribuer à élever des enfants forts,
confiants dans leur personnalité,
capables d'opinions et de positions personnelles, donc qui sachent
dire Non ( aux suggestions du groupe ) ;

- Bien doser présence et absence dans
leur vie. Une
présence vraiment intéressée à ce que le
jeune est le « retient » dans la
sociabilité du lien. Trop de solitude trop
précocement pousse à faire des bêtises ( par
dépit, par ennui, pour explorer tous les possibles : Donc,
non aux grands enfants et aux jeunes adolescents trop
abandonnés à eux-mêmes, par exemple dans leur
chambre ... ou parce qu'aucun adulte n'est disponible les
mercredis après-midi.
Inversement, une dimension d'absence a du sens, elle aussi ...
les laisser prendre leurs responsabilités sans nous ...
elle n'est néanmoins pas ingénuité ( elle
ne revient pas à leur dire «
Je te fais
totalement confiance ») Et donc ... toilettes
et autres recoins discrets des collèges doivent
être visités ( par de l'humain, pas
par une caméra !) ... les parents peuvent
parler à l'avance à leurs ados
organisateurs de soirées privées de ce
qui pourrait s'y passer et poser des interdits, etc. ...
Chapitre VII. Prévention parfois primaire, parfois
secondaire : le dialogue et l'information
§ I. L'opinion de l'adulte à propos des risques doit
s'énoncer avec subtilité
De façon générale, elle doit s'énoncer
dans une description large et authentique des phénomènes
humains dans lesquels s'inscrivent les risques, et ne pas s'en tenir
à des mises en garde alarmistes et à des
interdictions ; Elle gagne à être une dialectique
entre ce que les jeunes savent déjà et pensent, et le
point de vue des adultes.
Il est souhaitable qu'un premier dialogue sur certains types
de risques ait lieu
précocement, quand les grands enfants sont encore
raisonnablement réceptifs ( fin de primaire :
première année-collège ) A cet âge,
ils peuvent se sentir
valorisés d'être déjà « pris
pour des grands » et avoir envie d'adhérer
de l'intérieur à ce qui leur est proposé. Nous
pouvons évoquer avec eux le goût
du risque qui s'amplifie quand nous grandissons - une des
caractéristiques du passage à l'adolescence - mais
aussi, les risques graves et donc inacceptables liés à
certaines consommations, à l'imprudence sexuelle, au jeu du
foulard ...
Plus tard, après douze-treize ans, les informations à
visée dissuasive sont encore plus délicates à
proposer. Elles sont parfois inévitables ( à ce
moment-là ) parce qu'il y a eu un événement
précis ou une question précise d'un jeune. Mais plus que
jamais, il faut faire une belle part à l'écoute,
à leur pouvoir de réflexion et être très
authentique dans l'échange. S'en tenir à l'une ou
l'autre image-choc - images d'accident ou d'ados morts par
exemple - ce serait beaucoup trop provocant. En évoquant
les possibles dégâts et dangers, il faut les aider
à « penser » le risque, renoncer parfois
ou créer des stratégies intelligentes qui
réduisent le danger en maintenant le plus gros des plaisirs
de l'action ! Il n'est pas inutile de leur rappeler qu'in fine,
ils restent libres de choisir ( c'est vrai même lorsqu'il
s'agit d'actions interdites !) On ne saurait pas et plus
fondamentalement on ne désire pas toucher à leur
liberté intérieure ... donc, à eux de bien
réfléchir ...
On peut espérer qu'une majorité le fera. Mais on sait
rarement éviter que l'un ou l'autre, davantage psychopathique,
méfiant, révolté, en quête de défi
ne ressente l'information donnée comme mensonge et tentative
de répression. Alors, elle le provoque à en remettre
plutôt qu'elle ne le calme. Nulle
« solution » n'est parfaite !
§ II. Un exemple : imaginons un collège
où le jeu
du foulard se pratique endémiquement, et où les
autorités ont
l'authenticité de l'admettre et le projet d'en faire
un débat public, avec les jeunes et les parents.
I. Il faut d'abord que les animateurs des
débats (
7)
soient
bien documentés sur le
jeu, pour ne pas passer pour des pigeons inintéressants. Ils
peuvent réunir un
groupe d'élèves approximativement de même
niveau ( de 15-2O jusqu'à 50-60 jeunes s'il faut
faire des économies de moyens ) il est important que
soient présents dans l'audience l'un ou l'autre professeur
dont on sait qu'il a la confiance des élèves.
II. Quelques principes :

- Il ne faut pas mélanger la dimension
« échange d'idées - information »
de ces rencontres avec une éventuelle dimension d'exercice
de l'autorité ( rappel de la Loi ou des normes, de
l'interdiction et des sanctions )
Dans le cas du jeu du foulard, les deux niveaux doivent exister, mais
énoncés et discutés à des moments
différents et par des personnes
différentes (
8)
Un autre principe est de ne rien
cacher aux jeunes à
propos des idées et des motivations à l'oeuvre
chez les adultes qui veulent parler
avec eux. C'est seulement à ce prix que l'on
maintiendra ou retrouvera la
confiance du groupe et donc la réceptivité
de la majorité. Par exemple, en
réponse à des questions posées ou
spontanément, il faudra reconnaître que si l'on
met en garde contre le jeu du foulard, c'est
aussi pour
la bonne image sociale de
l'établissement et
aussi pour éviter des
ennuis majeurs aux adultes concernés.
In memoriam : Julien B., 12 ans, une des victimes du jeu
du foulard en solitaire
Le débat gagne à être
un vrai échange d'idées, où l'on cherche
un sens, au moins général, à ce qui
se passe. Si les jeunes se sentent écoutés
et respectés, ils peuvent énoncer
énormément d'opinions intéressantes, dont un
certain nombre portent à réfléchir. Les
adultes ne doivent néanmoins pas la
jouer en copains – copains qui n'ont rien de spécifique
à dire : ils ont des
convictions, un vécu subjectif et des informations
à donner, quitte à les faire
passer de façon contemporaine et
agréable : par exemple, sur le jeu du foulard et
sur ses dangers, mais aussi sur
d'autres éléments de la structuration
de l'être humain, comme l'importance pour
lui de bien naviguer entre la prise de risque et l'acceptation
de limites intérieures et extérieures.
Dans ce genre d'échange, les ados aiment qu'on parle
d'eux, mais pas en les
épinglant comme une race à part, troublionne,
et dont il faut attendre que « la
crise passe » Ils aiment être pris au
sérieux, mais aussi être inclus dans la
« démarche pour bien vivre » propre
à tous les êtres humains, quitte à ce que
quelques dimensions et applications les concernent plus
particulièrement.
III. Dans une telle ambiance et toujours à propos du
jeu du foulard, voici quelques
thèmes susceptibles d'être débattus. Qu'est-ce
que le risque ? Qu'est-ce que le
plaisir ? L'être humain aime-t-il prendre des
risques, même dangereux ? En a-t-il le droit ?
Pourquoi ? Est-il intéressé par le plaisir ? Les
adolescents l'aiment-ils
particulièrement ? Le
jeu du foulard est-il un jeu à risques
dangereux ? Pourquoi ? Dans quelles
conditions particulièrement ? Apporte-t-il du
plaisir ? Lesquels ? S'ils le
décidaient, les adolescents pourraient-ils prendre
position par rapport au jeu du
foulard ? Y a-t-il des risques et des plaisirs
alternatifs plus acceptables ? Quelle
va probablement être la demande des adultes à propos
de ce jeu, etc ...
IV. C'est seulement à la fin, qu'au débat
d'idées peut succéder une prise de
position d'autorité, incarnée par un représentant
de celle-ci : : Par exemple, le directeur fait son entrée
(annoncée d'avance) ; On lui résume
ce qui s'est dit, il pose quelques questions, puis rappelle la
spécificité de son statut, en
référence à quoi il s'exprime en tant
qu'autorité : il confirme l'interdiction de la pratique
du jeu et le met au rang
des transgressions graves, à propos desquelles
les sanctions sont importantes.
Reste à espérer que s'il survient une
récidive, ce ne seront pas des paroles en l'air et
qu'une nuée de parents, d'inspecteurs d'académie
et de bons intervenants sociaux
qui aiment les jeunes ne s'interposeront pas pour
empêcher le bras de la loi de
s'abattre (
9)
Reste à avertir les parents du débat, à les
inviter à une réunion
pour en parler et à leur donner à eux
aussi de l'information sur le jeu du
foulard, qui, rappelons-le, est encore bien plus dangereux
lorsqu'il se joue en solo !
Chapitre VIII. La prévention secondaire
La plupart des attitudes passées en revue
jusqu'à présent restent d'application,
notamment la place positive que nous sommes invités à
reconnaître aux jeunes, la
valorisation de nombre de leurs
réalisations, la recherche d'une attractivité
dans le milieu de vie quotidienne, la présence, le lien offert
et le dialogue.
Je me contenterai donc de décrire une attitude plus
spécifique, l'art d'ouvrir l'oeil, et le
bon, et celui d'interpeller avec suffisamment d'insistance amicale.
§ I. Dès leur préadolescence, les jeunes ont
besoin que nous leur ouvrions des espaces
où ils sont parfois seuls, dans
l'intimité (
10)
ou entre pairs. Mais en
même temps et quelque peu paradoxalement, ils
relèvent aussi d'un surcroît de
vigilance de notre part. Ce ne sont pas des anges, ils
aiment transgresser, ils ne
racontent que de petites parties
de ce qu'ils pensent et font,
et ils mentent et dissimulent beaucoup mieux que les
enfants. Face à quoi, il ne
s'agit ni de les diaboliser, ni de se lamenter, car ils
ont aussi de grandes qualités,
et nous en avons fait autant lors de notre propre adolescence !
Mais pas question d'ingénuité non plus ! Les
jeunes ne gagnent pas à vivre avec
des adultes – pigeons. Il nous revient d'être
des compagnons lucides qui, d'une
part ne cherchent pas à les traquer à
longueur de temps, comme le feraient des
parents paranoïaques ou castrateurs mais qui,
d'autre part, sachent veiller, et
par exemple, repérer suffisamment bien quand
ça a l'air de devenir préoccupant.
Maintenons une vigilance motivée par la
sollicitude ; le contraire de l'absence et de
l'indifférence qui enfoncent bien des jeunes
dans l'envie de se venger pour punir.
Une vigilance humble, qui ne se fait pas d'illusions sur
sa proportion d'efficacité :
la majorité des contrôles externes sont
d'une efficacité relative ( Hayez, 2009 ) ...
mais le pire serait de ne même pas tenter d'en mettre
en place.
§ II. Dans cette perspective, les comportements pas clairs
, les aller et venues
mystérieuses, les centres d'intérêt
nouveaux sur la mort, la pendaison ou
d'autres thèmes à risque, les réponses
embrouillées, certains signes somatiques
( traces de coup, ecchymoses, maux de tête du
jeu du foulard répété ), le
fléchissement scolaire, la démotivation nouvelle.
Et j'en passe bien d'autres, tout
ceci devrait mettre la puce à l'oreille et
faire l'objet d'une investigation verbale,
amicale mais ferme, jusqu'à ce que l'adulte
soit convaincu qu'il ne se
passe rien ... ou quelque chose à continuer à
investiguer. Il
ne faut donc pas démissionner à la
première protestation indignée. Si l'on
doit bien temporiser parfois, on peut
alors surveiller de plus près, discrètement,
celui qui s'avérerait toujours
préoccupant. Si c'est le cas, l'idée
d'une inspection discrète, en son absence, de sa chambre ou
d'autres endroits « perso »
comme l'ordinateur – si tant est qu'on y ait
accès – ne me fait pas hurler, s'il s'agit
d'un comportement décidé
par les parents et non-coutumier face à une réelle
inquiétude.
Reste alors à gérer ce qu'on y aurait
peut-être trouvé. Personnellement, le cas
échéant, je ne ferais pas remarquer
que j'ai trouvé des préservatifs ou une dose
raisonnable de porno. Si je trouvais du cannabis,
je reprendrais la discussion avec
l'ado, en lui faisant part de ma conviction qu'il
fume, mais sans nécessairement
faire état de mes trouvailles. Si je trouvais
d'autres matériels encore plus à
risque ( documentation sur le jeu du foulard,
vidéos cruelles et
compromettantes ), j'affronterais clairement le jeune.
Chapitre IX. La prise en charge
Elle s'adresse donc au jeune qui répète des actes
à risque inacceptables (cfr supra) et qui présente des
caractéristiques préoccupantes dans le
développement de sa personnalité.
Selon les cas, cette prise en charge inclut des composantes
éducatives, en ce
inclus l'application de sanctions, et d'autres sociales et
psychothérapeutiques. En ce qui
concerne les composantes sociales, je vous renvoie
à ce qui a été dit à propos de la
prévention.
§ I. Composantes éducatives
I. Tout en respectant le désir d'autonomie et
d'intimité du jeune ici concerné, il revient à
tous, et d'abord aux parents, de recréer ou d'intensifier
« du lien humain » avec lui ; lien amical,
authentique, où
l'on s'intéresse à lui sans l'envahir, à ses
goûts, ses projets, à ce qu'il pense et où l'on
exprime aussi ce que l'on pense, en assumant son originalité
d'adulte.
Dans ce contexte où il a dépassé l'acceptable, il
serait maladroit de lui déclarer qu'on a
compris la leçon et qu'on « remet du
lien » parce que lui a
déconné, et pour l'en empêcher à
l'avenir. Néanmoins, sans qu'on le proclame, il
n'en demeure pas moins vrai que c'est parfois à cette
occasion-là qu'on enregistre un signal d'alarme et
qu'on décide de s'intéresser plus fort
à lui. Tant mieux ! L'appel au Père, ou l'appel
à plus de présence de l'autre a fonctionné. Mais
il s'agit bien de
réinvestir le jeune dans son entièreté, et
pas seulement cette dimension de lui qui doit changer de
comportement.
Tôt ou tard, il faudra quand même dire ce
que l'on pense de ses excès, et l'on peut s'inspirer
des réflexions qui précèdent. Parfois, on n'a pas
d'autres « arguments » à
avancer que ses sentiments à soi.
Lorsque Mufassa, le roi-lion, le père, revient
chercher Simba après sa
glorieuse expédition au cimetière
d'éléphants, Simba, penaud et honteux,
s'attend à être tancé d'importance. Mais
il s'entend essentiellement dire
« J'ai eu très peur pour
toi » et
Simba de s'étonner ...
« Un roi peut donc
avoir peur ? » ... et de se sentir
soudain tout joyeux, parce qu'il a compris
qu'il était important.
II. Si le comportement à risques a amené une
destruction significativement
importante ... ou encore, s'il y a eu récidive
d'un comportement interdit parce que
vraiment dangereux ou méchant, la question de la
sanction se pose. Cela a déjà
été abondamment discuté
ailleurs (
11)
Espérons que, comme toujours, l'on saura
donner à cette sanction une dimension la plus
reconstructive possible.
§ II. L'accompagnement psychothérapeutique individuel
J'esquisserai trois situations-type
susceptibles de se présenter soit lors de
psychothérapies bien structurées, soit dans des
consultations thérapeutiques, soit encore lors de ces
moments initiaux de la rencontre où l'on se centre sur
le diagnostic et l'analyse de l'offre et la
demande. Je terminerai par quelques réflexions sur la
protection sous contrainte.
I. Le psy s'enquiert d'initiative du rapport du jeune aux risques
Il le fait par exemple avec tel jeune déjà
connu pour être actif, frondeur, quelque peu
« tête brûlée »
ou encore avec un jeune « qui ne va pas
bien », avec un halo de
mystère autour de lui ...
« Aimes-tu
parfois prendre des risques ? Le plus fort ?
Le plus dangereux ? Qu'en penses-tu ? »
A. Supposons qu'il obtienne plus ou moins facilement une
réponse positive, assez préoccupante et
plausible (
12)
Comment la
« travailler » ?
1) Se montrer attentif à son propre contre-transfert, en
se méfiant notamment de deux inverses : un vécu
phobique, protecteur, subtilement tout-puissant, qui voudrait qu'un
adolescent sans épines évolue dans
un monde sans épines ; et à l'inverse,
un vécu fait de fascination et d'admiration
« Waaa ! » (
13)
2) Faire se déployer la narration amorcée par l'ado,
ainsi que la
recherche de sens :
Comment se
déroule telle activité à
risque ? Solitaire ou avec d'autres ? Donnent-elles lieu
à des échanges verbaux ? En
quoi est-elle importante pour toi ?
Qu'est-ce que tu y cherches et qu'est-ce que tu y
trouves ? Comptes-tu la
continuer, y changer quelque chose ? Connais-tu
les dangers liés ? Qu'en penses-
tu ? Que se passerait-il si tes parents le
savaient ? Qu'imagines-tu que j'en pense, moi ? Etc.
Il est possible que le psy se fasse
l'hypothèse d'un lien entre le
comportement à risque qu'il entend
raconter et des éléments de la
structure de personnalité ou de l'histoire
de vie du jeune. Il me semble
cependant contre-productif d'énoncer trop rapidement
l'existence de ces liens, même en l'assortissant d'un
probabilisme
prudent «
C'est peut-être parce
que ton père est plutôt tyran à
ses heures que ... » Si la confiance dans le psy
n'est pas encore solide, cela donne souvent l'impression au
jeune
et que le psy veut percer à
jour dans tous ses secrets,
et qu'il est
déterminé, c'est à dire
dépossédé de sa liberté de
décision.
Si l'on a donc l'impression qu'un élément
est susceptible de constituer une
causalité partielle, on peut donc le travailler,
mais séparément, à un autre
moment ...
« Si l'on parlait de toi
et de ton père ? » Ce n'est
que bien plus tard,
éventuellement, quand le lien de confiance est
suffisamment fort pour que l'ado
s'abandonne davantage face à son psy à
l'idée de se comprendre, que celui-ci pourra
suggérer, sans s'imposer
« Bah ! Peut-être qu'une des raisons pour
lesquelles tu aimes tant le risque, c'est qu'il est
important que tu te sentes vivre, face à ton père
tel qu'il est. Et bien sûr,
tu choisis que cela reste secret »
3) Echanger, c'est à dire exprimer aussi ses
idées personnelles, souvent
complexes, et dont la synthèse est parfois incertaine.
ILL : Nicolas ( dix ans ) a beaucoup d'ennuis
dans son école huppée, car il a
le coup de poing facile quand on le cherche ( par exemple,
s'il s'entend dire « Con, PD, ta
mère ... » les grands
classiques, quoi !) Il me raconte
son dernier affrontement et sa convocation chez
le directeur ... Nicolas
qui, aîné de quatre,
se met un point d'honneur à se montrer
impeccable à la maison, s'entend répondre
par moi ...
que je ne sais pas très bien que
lui répondre. Je lui reflète qu'il aime
sortir ses griffes, à certaines
occasions : il se fait respecter et se
sent vivre ; il aime la sensation de
force qu'il éprouve alors. Mais voilà, les adultes,
eux,
n'aiment pas ça. Les profs disent à
l'envi qu'il faut s'adresser à eux avant,
pour leur demander de l'aide, mais en réalité
ça les dérange qu'on interrompe
leurs discussions d'adultes et ils dissuadent plus qu'ils
n'interviennent ! Alors que faire ?
Nicolas, garçon bien intelligent et
introspectif, me dit de lui-même que la violence
n'arrange rien. J'en conviens, et nous
admettons ensemble que son ennemi
se sentira encore plus hostile après
avoir été boxé, que lui, Nicolas, pourrait
être sérieusement en défaut si le sang
coulait vraiment fort : c'est lui et seulement lui qui
serait épinglé, même si l'autre l'a fort provoqué. Mais
quand même, ça lui fait du bien de se sentir fort pendant
dix secondes. Alors, que faire
d'autre ? Je ne sais pas tout de suite - se montrer
menaçant, gronder ? Impressionner par des gros
mots ? Eviter de provoquer ? Ecraser ? - et je le
lui dis.
A travers un jeu de rôle, où je mets en
scène un garçon qui lui ressemble
fort (joué par moi) et un docteur (joué par lui),
j'aborde des thèmes
qui le préoccupent, lui et moi : Nicolas
m'avait dit précédemment en réponse à la
question « Que penses-tu de toi ? » :
« Des fois, je suis très gentil, et des
fois, très méchant » Dans
le jeu de rôle, j'aborde donc le thème « La
bagarre, est-ce que c'est ipso facto un acte
méchant ? » Et je l'aide à
réfléchir et
à distinguer la violence gratuite et l'agressivité
défensive ... c'est plus
compliqué, évidemment, quand l'agressivité
défensive est infiltrée de
jouissance, comme c'est le cas pour lui.
Autre thème Moi, jouant l'enfant :
« Pourquoi voulez-vous me recevoir en
consultation ? » Réponse
immédiate du « docteur »
« Pour que tu sois plus
calme » D'où
échange d'idées : Ce qui
intéresse fondamentalement le vrai docteur H., c'est que
son petit client ait les idées claires et des projets
personnels, et que, profondément, qu'il soit
heureux d'être lui-même. Bien sûr, le vrai
docteur H. n'aimerait pas non plus que son client
soit un adepte de la violence
gratuite. Mais, pour ce qui est de la prise de risques,
de plaisir et de
l'agressivité défensive, le docteur
n'est pas le berger des convenances, ni
le clone des parents, et il ne sait pas très
bien ce qui est le mieux.
4) Si le jeune a le goût du risque, il est probable
qu'à l'occasion, il s'en prendra au thérapeute
lui-même pour le provoquer, le piquer là où
il pense que ça peut faire mal ou mettre en question la loi,
et voir ce que ça
donne ... Sur un mode encore mineur, je me souviens de ce
préadolescent (première année-collège) qui
trouve moyen d'illustrer la conversation avec moi de
« sonneries » émanant de son GSM :
des salves de pets d'abord, puis des comptines obscènes
à faire rougir un corps de garde, qu'ils s'échangent
entre eux sur leurs portables (
14)
Au thérapeute donc de se montrer lucide,
attentif à son contre-transfert et survivant aux attaques à
géométrie variable du jeune. Un clin d'œil,
un zeste d'humour peuvent aussi bien rendre service
que telle mise au point courtoise
« Eh non, contrairement à ce que
tu penses, je ne me tape pas toutes les jeunes femmes de mon
secrétariat »Le
pire, ici c'est tout aussi bien de se crisper et de
s'énerver que de faire preuve d'une sorte de masochisme
pseudo-thérapeutique
démissionnaire (
15)
5) Si le comportement répétitif du jeune est
perçu comme
significativement dangereux ou destructeur ( de soi,
de sa dignité, d'autrui ... par exemple,
relations sexuelles multiples et non protégées ),
le thérapeute ne peut pas
approuver qu'il continue. Comment le faire savoir ?
Procédure
- Pendant cette étape, le
thérapeute peut s'interroger
encore plus intensément avec le jeune quant aux
raisons d'être de son
« besoin ? désir ? »
d'être ... peut-être comme à la
roulette russe, à l'origine de destructions ou de sa mort. J'ai
dit tantôt qu'il ne fallait pas,
triomphalement et de l'extérieur, faire des
hypothèses rapides sur
d'éventuels problèmes qui expliqueraient
tout. Ici pourtant, on n'a plus vraiment le choix, : on
voudrait que le jeune renonce à tel comportement
précis, et ce serait mieux s'il en
trouvait certaines racines et donc, des possibilités
de se libérer par la parole.
- Il peut rechercher avec le jeune des comportements et
des investissements alternatifs qui pourraient lui procurer (presque)
autant de satisfaction sans avoir la même valence
négative.
- En choisissant bien son moment, le thérapeute doit
s'engager sans équivoque et
demander au jeune de renoncer à sa pratique, comme
le ferait n'importe
quel être humain sociable !
« Je préfèrerais savoir que tu ne le
fais plus, parce que ... je te demande moi aussi
de renoncer ... » « Même si je peux
comprendre tes motivations, ce serait mieux, ce serait plus humain
si tu ... » « Qu'en
penses-tu ? Ca te fait quoi que je te dise
ça ? »
Résultats

- Si le jeune semble d'accord pour
renoncer ( quitte à changer d'activité ),
prudence ! Pas de triomphalisme ! :
« Peut-être dis-tu
cela pour ne pas me contrarier ... Ca va te demander des
efforts, comment vas-tu t'y prendre ? ... Si tu tiens
le coup, tant mieux ... sinon,
je te demande de continuer à m'en parler, car je sais
que ça peut être difficile,
qu'on peut changer d'idées en cours de route ...
Si j'étais à ta place, je ne suis pas sûr que
je pourrais faire tout le temps tous les efforts
nécessaires »
Et les fois suivantes, il s'agit de consacrer un temps de la
rencontre à évaluer
comment évolue l'engagement pris.

- Si le jeune n'est pas d'accord, il faut acter
que le psy et lui ont un avis et un
souhait différent, mais de façon courtoise
et sereine. Le plus important, en
effet, est que la position du thérapeute
n'entraîne pas un blocage chez le jeune,
et donc qu'il puisse s'autoriser à continuer
à parler de ce que pourtant le
thérapeute préférerait voir
changer. On peut réamorcer la pompe par la suite,
avec un zeste d'insistance amicale
« Alors, on reste
en désaccord ou on devient d'accord à propos de tes
expéditions nocturnes secrètes ... de ton allergie
aux capotes ... de ta consommation d'alcool ou de cannabis ...
Aujourd'hui, qu'en penses-tu ? Et moi ...

- En cas de refus prolongé, si l'activité
est vraiment destructrice ou très
dangereuse, le délicat problème de la
confidentialité se pose. Faut-il ou non
avertir les parents ou d'autres intervenants sociaux
et si oui, quand et comment ?
Quant au fond, il s'agit de réfléchir aux
meilleures chances de progrès, voir
même plus humblement au lieu du moindre mal. Rapporter
les faits au dehors met
souvent fin au lien thérapeutique et n'offre pas
toujours des garanties
suffisantes d'un meilleur contrôle social, ni a
fortiori d'un changement en
profondeur du jeune. Attention donc à ne pas
pas procéder au seul passage d'une patate chaude ! Sortir
de la confidentialité dans ce contexte, et même en
général, n'est un devoir que si l'on est
raisonnablement convaincu
que les personnes informées vont s'avérer
plus efficaces.
Si on le fait, il faudra encore essayer de rester en place
suffisamment longtemps pour que les personnes tout juste
informées comprennent bien le pourquoi de la
situation, maîtrisent leurs émotions d'angoisse
et d'indignation et continuent à respecter le jeune et
à l'aider.
B. Et si le jeune nie prendre des vrais risques, alors
qu'il existe des indices
préoccupants du contraire ? Voici quelques options qui
s'ouvrent au psy :

- Laisser tomber momentanément, et y revenir
plus tard ;

- Explorer la résistance probable
« Si ça se passait, serait-ce facile pour
toi ( désirerais-tu ? )
de parler de ce genre de choses avec une personne comme moi ?
Quels sont les risques à parler du risque ? »
« Si un jeune (d'à peu près l'âge du
jeune ici concerné) pratiquait le jeu du foulard,
accepterait-il d'en parler ? Verrait-il des risques à
le faire ?

- Enoncer clairement
« Je ne te crois
pas. Je pense que tu te donnes de bonnes raisons
de te taire, parce que mais ... »

- Faire référence à un
tiers
« Puisque cela ne te concerne pas, dis-tu, mais
que ce genre de problème me préoccupe, j'aimerais
avoir ton avis. J'ai à
m'occuper d'un jeune de ton âge qui ... Qu'en penses-tu,
toi ? Qu'imagines-tu que j'en pense ? Comment pourrais-je
réagir ? »
II. Le psy est informé de l'existence d'une
activité à risque
Ce peut être en cours de thérapie : un (grand)
adolescent, lui-même préoccupé, fait part d'un
comportement imprudent qu'il a posé sans en imaginer les
conséquences négatives ( par
exemple, une activité sexuelle à risques ;
une embrouille sur Internet ou avec d'autres )
Ce peut être le motif même pour lesquels les parents
consultent : ils viennent de
découvrir l'implication de leur ado dans une activité
à risque inquiétante.
On peut s'inspirer très largement de ce qui a
été dit dans l'alinéa précédent
( A, 1 à 5 ), avec quelques nuances
supplémentaires :

- Pour peu que les parents soient déjà
informés, le psy doit s'occuper parallèlement des
angoisses, émotions et idées de ceux-ci et ne
pas se substituer à eux quand il s'agira d'énoncer
paroles et décisions qui structurent la situation ;

- Il doit aussi clarifier les raisons pour lesquelles
il accepte d'intervenir. Ce qui
intéresse le psy, c'est le bien-être
général du jeune ( et de sa famille ) Pour
se sentir bien, habituellement, il faut comprendre pourquoi
l'on fait ce que l'on fait,
penser sa vie, avoir des projets. L'acte dont on parle
aujourd'hui s'inscrit dans
cette logique-là, ni plus, ni moins que les autres
actes de la vie.
Un psy est un spécialiste de la réflexion
sur soi, sur la famille, sur la vie. Le fait
de le consulter ne signifie donc pas ipso facto que ce que
le jeune a fait soit
pathologique ou immoral. Ni qu'il va ipso facto en interdire
la continuation !
III. Le jeune semble pris dans une addiction
De nombreuses attitudes signalées jusqu'à présent
pour l'accompagner, lui et sa famille, restent valables.
Comment gérer en plus la dimension d'addiction ?

- Arriver à ce que le jeune en convienne
peut déjà prendre du temps, mais ce n'est pas
inutile ! Pour certains, ça sonne vraiment
étrange, cette
idée-là, car ils n'associent l'addiction
qu'aux drogues et à l'alcool. Pour beaucoup, il est
intéressant de d'abord protester, tant
pour des raisons narcissiques que parce qu'ils ne veulent
pas abandonner les plaisirs connus. On ne leur fera évidemment
pas violence, mais on peut y revenir : c'est souvent
intéressant s'ils acceptent un jour l'idée qu'ils sont
partagés, avec une dimension d'eux qui désapprouve et
une autre, bien « prise » par les sensations
positives du risque, au point de s'y accrocher.

- L'on doit parler du plaisir, qui intéresse
tous les humains, et évoquer l'importance de lui commander,
de ne pas en être esclave, donc, de facto, de doser
les moments de son retour et
la nature de l'expérience qui le fait naître. Ce
genre de combat nous concerne tous et est rarement
complètement gagné ...

- On peut faire part des idées et des
sentiments que l'on éprouve, si le jeune
s'enlise dans des sables mouvants dangereux, tout en gaspillant
ses chances de se réaliser autrement. On peut donc ne
pas « le laisser tranquille », comme si tout
baignait.

- Mais le plus important est certainement
de rester en relation avec lui, de
continuer à lui montrer qu'on l'estime, de parler
de ses questions et de ses autres
projets ; en espérant que ceux-ci prendront
de l'amplitude.
IV. Peut-on envisager une protection sous contrainte de
la vie du jeune ?
Voici une autre question éthique délicate. De
très loin en très loin, nous avons la conviction
que le jeune persiste à se mettre en danger grave et
rapproché. Danger physique,
comme dans certains types d'anorexie où il joue
de près avec la mort. Danger
physique et psychologique, comme dans certaines toxicomanies
avérées. Et il ne
parvient pas à progresser dans les processus
ambulatoires ou ne veut pas en
entendre parler. Alors, notre responsabilité
d'adulte, parents ou psy, est de
faire quelque chose pour le protéger, même
par-devers sa volonté, pour peu que ce quelque
chose existe. En général, les anorexiques,
même celles qui aiment le jeu de la
mort, ne protestent que pour la forme lorsqu'on protège
vraiment leur vie physique en hôpital. Pour les autres, nous
savons bien qu'il est parfois compliqué d'obtenir les
autorisations nécessaires nécessaires à
l'hospitalisation sous contrainte et de trouver les structures
institutionnelles adéquates.
Une prison pour mineurs, un de leurs lieux favoris pour se suicider
§ III. Le travail avec les parents et la famille
Cette partie de la prise en charge est tout aussi indispensable. Je
recours souvent à un travail
« panaché » : combinaison de
séances avec les parents seuls, avec eux et
le jeune, avec toute la famille et avec le jeune seul.
Les séances avec les parents seuls n'offrent pas d'autres
particularités de procédure et s'inspirent donc
du processus de rencontre avec le jeune tel que je
viens de le décrire. Il est notamment important de bien leur
faire saisir les émotions qui les habitent et leurs
vécus, et de les aider à mettre au point des
attitudes plus raisonnables qu'émotives.
Le maniement de la confidentialité est délicat, surtout
lorsque l'acte ou la conduite à risques n'est pas connue
des parents. Pour me débrouiller, je distingue deux types
d'organisation du travail
thérapeutique, d'ensemble :
- Une organisation
« systémique » : J'y recours
souvent au panachage tout
juste évoqué, et je n'y accepte aucun
« secret » de personne vis-à-vis des
autres membres de la famille, et je l'annonce à l'avance.
- Une organisation où il y a thérapie
individuelle du jeune, de soutien ou plus
approfondie, en panachage avec d'autres séances. Ici,
j'annonce à l'avance
que le jeune est mon client principal : tout ce qu'il me
dira sera confidentiel (16)
et pour ce que me diront les autres, je
ne m'engage à rien, c'est moi qui en serai juge.
Lorsque parents et jeunes sont réunis, voire lorsque
toute la famille est réunie,
c'est l'occasion de les encourager à remettre des mots
personnels sur ce qui
jusqu'à présent était surtout agi. Quels
sont les projets de vie individuels ?
Reste-t-il un projet familial ? Qu'est-ce que cela
représente d'avoir un ado à la
maison ? Comment gère-t-on l'adolescence ? La
coexistence de l'ado et des autres ? Que pense-t-on des
risques ? Que pense-t-on du plaisir ? Etc.
Bibliographie
Barus Michel J., Une jouissance trop promise
Psychotropes,
2008, 14-2, 81-91
Baudry P.,
le corps extrême, Paris :
L'harmattan, 1991
Bonnet A., Pedinielli J.L., Romain F., Rouan G., être
subjectif et régulation
émotionnelle dans les conduites à risque. Cas
de la plongée sous-marine,
L'Encéphale, 2003, 29, 488-497
Debrot V., Le jeu du foulard, une conduite à risques
adolescente,
Cahiers
pédagogiques, Université de Neuchâtel (CH),
sciences de l'éducation, 62, 2004
Freud S.,
Considérations actuelles sur la vie et
la mort, 1915
Hachet P.,
Adolescence et risques, Temps d'arrêt,
éd. yapaka.be, 2009
Haley J.,
Uncommon therapy ; the psychiatric techniques of
Milton H. Erikson,
M.D., N.-Y., London, : Norton W.W., 1986
Hayez J.-Y., Ados auteurs d'abus ou de pseudo-abus, Neuropsychiatrie
de l'enfance et de l'adolescence 2009 bis, 57.
Hayez J.-Y., La destructivité chez l'enfant et l'adolescent,
Paris, Dunod, 2007.
Hayez J.-Y., Pratiques et intérêts sexuels des
jeunes sur Internet and co,
Neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence,
2009,
57, 231-239
Huerre P., Marty F., (sous la dir. de) Alcool et adolescence,
Albin Michel, 2007
Jeffrey D., Le Breton D., Josy Lévy J., (sous la dir. de)
Jeunesse à risque Rite §
passage, Les presses de l'Université, Laval, 2005
Guyon L., Brochu S., Landry M.,
les jeunes et les drogues,
Presses de l'Université de Laval, 2002
Ladame F.,
Les éternels adolescents, Paris,
Odile Jacob, 2003
Lazartigues A., Hayez J.-Y., Mouvance des familles et besoins des
enfants (II),
Psychiatrie, sciences humaines, neurosciences,
2004, 52-1, 49-58
Le Breton, D.,
Passions du risque, Paris :
Métailié, 1991
Le Breton D., 81-85 in " Passions modernes du risque et
fabrication du sens ", dans
Rites de passage : d'ailleurs, ici, pour ailleurs, Goguel
d'allondans T., (sous la dir ;
de) coll. Pratiques sociales transversales, Paris : Eres,
Paris 1994
Le Breton D., Conduites à risque, le grand écart,
La
Santé de l'homme, 2004, 372, 8-10
Le Breton D., Jackass, Dirty Sanchez : sur la trash adolescence
La lettre de l'enfance et de l'adolescence, 2004 bis,
38_4, 73-80
Le Breton D., Conduites à risque à l'adolescence :
spécificité des filles et des
garçons. Approche anthropologique ,
Gynécologie
obstétrique & fertilité 2005,
33-1-2, 39-43
Le Breton D., entre jackass et le happy slapping, un effacement
de la honte,
Adolescence, 2007,
61-3, 609-622
Le Heuzey M.-F., Attention école : jeux dangereux,
Archives de pédiatrie, 2003
Martha C., Etude du sens des conduites à risque actuelles,
Sociétés, 2002,
77-3, 55-68
Michel G., Purper-Ouakil D., Mouren-Siméoni C., Prises de
risque chez les jeunes.
Les conduites dangereuses en véhicules,
Neuropsychiatrie
de l'Enfance et de l'Adolescence, 2002,
50-8, 583-589
Michel G., Le Heuzey M.-F. Purper-Ouakil D., Mouren-Siméoni.,
L'addiction au risque : Une nouvelle forme de dépendance
chez les jeunes ?
Alcoologie et addictologie, 2003,
25-1, 7-15
Michel G., Carton S., Jouvent R., Recherche de sensations et
anhédonie dans les
conduites de prise de risque : Etude d'une population de
sauteurs à l'élastique
(benji),
L'Encéphale, 1997,
23-6, 403-411
Pedinielli J.-L., Rouan G., Gimenez G., Bertagne P., Psychopathologie
des conduites à risques,
Annales
médico-psychologiques, 2005,
163-1, 30-36
Peretti-Watel P., Du recours au paradigme
épidémiologique pour l'étude des
conduites à risque,
Revue française de sociologie,
2004,
45-1, 135-164
Peretti-Watel P., Les
« conduites à risque » des
jeunes : Défi, myopie ou déni ? :
Agora débats/jeunesse, 2002,
27, 16-33
Sportifs de nature, risques et sécurité,
réseau des chercheurs et experts en sports de la nature,
sportsnature.org/Pages/Espaces_thematiques/risques/risques_8.htm
Notes
1. Jean-Yves Hayez, psychiatre infanto-juvénile,
docteur en psychologie,
professeur émérite à la Faculté
de médecine de l'Université catholique de Louvain.
Courriel :
jyhayez@uclouvain.be
Site web :
www.jeanyveshayez.net
2. L'expression, porteuse d'un symbolisme clair, me semble
bien jolie !
3. Cette démarche n'est pas spécifique à
ce texte. Elle constitue « ma manière de m'en
sortir » face au débat stérile entre
objectif et subjectif. En sciences humaines appliquées, je
ne pense pas que quiconque puisse se targuer de posséder
des certitudes objectives, qui rendent compte à coup
sûr de ce qu'est la réalité ... Par
ailleurs, il est utile de prendre distance par rapport aux
pures convictions subjectives individuelles.
4. Je ne parle donc pas explicitement des jeunes adultes qui
se situent dans la prolongation des grands adolescents ;
encore plus que ceux-ci, ils constituent des candidats
intrépides ou déjantés aux risques les
plus forts. Il est probable qu'un grand nombre des
considérations émises dans cet article est
également valable pour eux, à quelques nuances
près.
5. Culpabilité ? Elle peut précéder
l'activité à risque et celle-ci, être
posée comme un pari auto-punitif
« je paie pour
mes fautes ou j'y échappe » Mais la
culpabilité peut être liée à la prise
du risque lui-même, lorsqu'il transgresse un Interdit
intériorisé
« Mes parents ne veulent pas
que je dévale cette pente sans la moindre
précaution »
6. Belle verbalisation, n'est-ce pas, en langage ado, de ce
moment d'identification projective réalisée par
le père en direction de son fils. Thierry doit lui
apparaître bien souvent comme le « Soi
déchaîné », qui sommeille au
fond de son personnage timoré.
7. Animateur externe ? Oui, quand c'est possible ...
il gagne néanmoins à être accompagné
d'un professeur « qui a la cote »
auprès des jeunes, c'est à dire avec qui ils aiment
s'exprimer, en face d'un vrai adulte et pas d'un
« jeuniste », tout en se sentant contenus
par une vraie autorité.
8. Cette distinction gagne à exister même dans des
débats familiaux analogues : après le temps
de l'écoute et du dialogue, le parent peut faire une
synthèse du débat et puis s'exprimer en tant
que porteur de l'autorité.
9. A propos des transgressions graves à l'école,
je souhaite ne pas prêter à confusion. Donc, que ne soit
défini comme grave que ce qui va vraiment contre l'ordre
humain, à cause du potentiel de destruction de soi ou de
l'autre dont il est porteur. Je ne fais entrer dans cette
catégorie, en le réénoncant à cette
occasion au groupe : la cruauté
répétée ; la violence physique gratuite
et répétée ; le deal à
l'égard des plus jeunes ; le deal vraiment
commercial ; le racket ; l'abus sexuel avéré
et les jeux trop dangereux comme le jeu du foulard.
10. Pas tout le temps seul, surtout pour les moins de
14-15 ans : cfr ce qui a été dit plus haut sur
le bon dosage présence/absence.
11. Je vous renvoie notamment à deux autres articles
du site
A propos des sanctions
( lien : http://www.jeanyveshayez.net/rs10-06.htm ) et
Je crois en la sanction, pas en la punition
(lien http://www.jeanyveshayez.net/129-puni.htm )
12. Il y a parfois de quoi douter, en effet ! Le psy peut
à tout le moins s'en souvenir et même parfois
commencer ses interventions par
« Si les choses se
sont bien passées comme tu me le dis »
13. Se méfier et se contrôler, du moins dans la
plupart des cas ! On peut néanmoins encourager,
féliciter le petit timide qui s'arrache enfin à
ses angoisses pour prendre le risque de s'affirmer !
14. Eh oui ! Même les (pré)ados participent
au phénomène du sexting, c'est-à-dire
à l'envoi d'obscénités et d'images porno,
éventuellement de soi, par portables interposé,
à des interlocuteurs complices ou à choquer. J'en parle
dans l'article Pratiques et intérêts sexuels des
jeunes sur Internet and co, (Hayez, 2009)
15. Merci à François Pelletier d'avoir attiré
mon attention sur ce point lors des journées
« regards croisés » de
Brest ( A. Lazartigues, avril 2009 )
16. Inutile de plomber anticipative ment l'ambiance en ajoutant
qu'il existe l'une ou l'autre exception à cette
confidentialité promise au jeune, en
référence à ce qui a été dit
plus haut sur le danger grave. Ca me semble aller de soi, et il
sera toujours temps d'en parler si d'aventure le problème se
posait.
Création le 21 avril 2009.
Dernière mise à jour
le dimanche 28 mars 2010.
ds.ds
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à
ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Bravo de m'avoir trouvé
Félicitations
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.

... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480
mais est encore correcte avec les écrans
plus grands 1600x1200 ou autres.
Mes plus vifs remerciements vont à mon webmaster, le docteur
Guy De Saedeleer : sans sa créativité et son
infatigable persévérance, ce site n'existerait pas.
Ce 22 septembre 2008,
Jean-Yves Hayez
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à
ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à
ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.

... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480 mais est
encore correcte avec les écrans plus grands 1600x1200 ou autres.
Mes plus vifs remerciements vont à mon webmaster, le docteur
Guy De Saedeleer : sans sa créativité et son
infatigable persévérance, ce site n'existerait pas.
Ce 22 septembre 2008,
Jean-Yves Hayez
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à
ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
* Cocher le paragraphe pour y accéder immédiatement.
Plan.
ici
Résumé - Abstract - Resumen.
ici
Mots clés.
ici
Bibliographie.
ici
Notes.
ici
Télécharger.
ici
Résumé en français : Résumé
ici
Résumé en anglais : Summary
ici
Résumé en néerlandais : Samenvatting
ici
Résumé en espagnol : resumen
ici
Cochez ici pour voir le texte original et intégral
immédiatement sur votre écran.
.
.
.
.
CONCLUSIONS.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
- Notes automatiques. -
.
.
Note 1
(1) Jean-Yves Hayez, psychiatre infanto-juvénile,
docteur en psychologie,
professeur émérite à la Faculté
de médecine de l'Université catholique de Louvain.
Courriel :
jyhayez@uclouvain.be
Site web :
www.jeanyveshayez.net
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 2
(2) L'expression, porteuse d'un symbolisme clair, me semble
bien jolie !
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
je serais très
heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
.
.
Note 3
(3) Cette démarche n'est pas spécifique à
ce texte. Elle constitue « ma manière de m'en
sortir » face au débat stérile entre
objectif et subjectif. En sciences humaines appliquées, je
ne pense pas que quiconque puisse se targuer de posséder
des certitudes objectives, qui rendent compte à coup
sûr de ce qu'est la réalité ... Par
ailleurs, il est utile de prendre distance par rapport aux
pures convictions subjectives individuelles.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
je serais très
heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
.
.
Note 4
(4) Je ne parle donc pas explicitement des jeunes adultes qui
se situent dans la prolongation des grands adolescents ;
encore plus que ceux-ci, ils constituent des candidats
intrépides ou déjantés aux risques les
plus forts. Il est probable qu'un grand nombre des
considérations émises dans cet article est
également valable pour eux, à quelques nuances
près.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
je serais très
heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
.
.
Note 5
(5) Culpabilité ? Elle peut précéder
l'activité à risque et celle-ci, être
posée comme un pari auto-punitif
« je paie pour
mes fautes ou j'y échappe » Mais la
culpabilité peut être liée à la prise
du risque lui-même, lorsqu'il transgresse un Interdit
intériorisé
« Mes parents ne veulent pas
que je dévale cette pente sans la moindre
précaution »
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 6
(6) Belle verbalisation, n'est-ce pas, en langage ado, de ce
moment d'identification projective réalisée par
le père en direction de son fils. Thierry doit lui
apparaître bien souvent comme le « Soi
déchaîné », qui sommeille au
fond de son personnage timoré.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 7
(7) Animateur externe ? Oui, quand c'est possible ...
il gagne néanmoins à être accompagné
d'un professeur « qui a la cote »
auprès des jeunes, c'est à dire avec qui ils aiment
s'exprimer, en face d'un vrai adulte et pas d'un
« jeuniste », tout en se sentant contenus
par une vraie autorité.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 8
(8) Cette distinction gagne à exister même dans des
débats familiaux analogues : après le temps
de l'écoute et du dialogue, le parent peut faire une
synthèse du débat et puis s'exprimer en tant
que porteur de l'autorité.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 9
(9) A propos des transgressions graves à l'école,
je souhaite ne pas prêter à confusion. Donc, que ne soit
défini comme grave que ce qui va vraiment contre l'ordre
humain, à cause du potentiel de destruction de soi ou de
l'autre dont il est porteur. Je ne fais entrer dans cette
catégorie, en le réénoncant à cette
occasion au groupe : la cruauté
répétée ; la violence physique gratuite
et répétée ; le deal à
l'égard des plus jeunes ; le deal vraiment
commercial ; le racket ; l'abus sexuel avéré
et les jeux trop dangereux comme le jeu du foulard.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 10
(10) Pas tout le temps seul, surtout pour les moins de
14-15 ans : cfr ce qui a été dit plus haut sur
le bon dosage présence/absence.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 11
(11) Je vous renvoie notamment à deux autres articles
du site
A propos des sanctions
( lien : http://www.jeanyveshayez.net/rs10-06.htm ) et
Je crois en la sanction, pas en la punition
(lien http://www.jeanyveshayez.net/129-puni.htm )
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 12
(12) Il y a parfois de quoi douter, en effet ! Le psy peut
à tout le moins s'en souvenir et même parfois
commencer ses interventions par
« Si les choses se
sont bien passées comme tu me le dis »
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
.
.
Note 13
(13) Se méfier et se contrôler, du moins dans la
plupart des cas ! On peut néanmoins encourager,
féliciter le petit timide qui s'arrache enfin à
ses angoisses pour prendre le risque de s'affirmer !
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
je serais très
heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
.
.
Note 14
(14) Eh oui ! Même les (pré)ados participent
au phénomène du sexting, c'est-à-dire
à l'envoi d'obscénités et d'images porno,
éventuellement de soi, par portables interposé,
à des interlocuteurs complices ou à choquer. J'en parle
dans l'article Pratiques et intérêts sexuels des
jeunes sur Internet and co, (Hayez, 2009)
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
je serais très
heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
.
.
Note 15
(15) Merci à François Pelletier d'avoir
attiré mon attention sur ce point lors des journées
« regards croisés » de
Brest ( A. Lazartigues, avril 2009 )
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
je serais très
heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
.
.
Note 16
(16) Inutile de plomber anticipative ment l'ambiance en ajoutant
qu'il existe l'une ou l'autre exception à cette
confidentialité promise au jeune, en
référence à ce qui a été dit
plus haut sur le danger grave. Ca me semble aller de soi, et il
sera toujours temps d'en parler si d'aventure le problème se
posait.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
je serais très
heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Pour télécharger ce site ...
... en format
traitement de texte, vous avez les choix suivants :
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
je serais très
heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
liste des mots-clés du site au 28 septembre 2005.
abus sexuel,
accompagnement éducatif,
adolescents abuseurs,
adolescents,
allégation d'abus sexuel,
angoisse de séparation,
angoisse,
anxiété,
assuétude,
autorité parentale,
beaux-parents,
besoins psychiques des enfants,
bizarrerie sexuelle infantile,
cadre thérapeutique,
confidences,
confidentialité,
conformisme,
culpabilité,
debriefing collectif,
délinquance,
dépendance,
dépression,
destructivité,
deuil compliqué,
deuil pathologique,
éducation sexuelle,
enfant abuseur,
enfants,
énuresie,
éthique,
équipes SOS-Enfants,
famille,
famille reconstituée,
Familles restructurées,
guerre,
identité,
infanto-juvénile,
intervention de crise,
Jean-Yves Hayez,
jeux sexuels,
livres,
mendiants,
mort,
mort d'un proche,
mots-clés,
pédopsychiatrie,
perversion sexuelle infantile,
perversion sexuelle,
peur,
pornographie,
protection,
psychiatrie de liaison,
psychothérapie,
publications,
relation de soin,
réparations,
réseau de santé,
sanctions,
secrets de famille,
séparation parentale,
sexualité infantile,
sexualité normale,
signalement,
soins pluridisciplinaires,
stress,
SOS-enfants,
suggestibilité,
syndrome de stress post-traumatique,
traumatisme psychique,
trouble de l'endormissement,
trouble du comportement,
trouble psychique,
urgences,
violence,
vulnerabilité.