
Jean-Yves HAYEZ [1]
Je vous propose un plan médical classique
pour déployer le thème des sévices : une définition et sa discussion, une
réflexion sur l‘étio-pathogénie, une description clinique, en ce inclus
l’évolution à long terme, puis une réflexion sur les besoins de la victime et
sur le prise en charge. J’emploierai de façon synonyme les termes sévices et
maltraitance, sans faire la nuance habituelle qui considère les sévices comme
le résultat et la maltraitance comme le processus.
§ I. Définition
et classification
Les sévices sont des violences graves et souvent répétitives,
intentionnelles, non voulues comme telles par la victime qui en conserve un
dommage significatif, physique ou psychique, transitoire ou de longue durée.
Violence étant pris dans
son sens « effraction, viol d’une frontière » ; c’est la forme
la plus destructrice de l’agressivité, qui transgresse clairement les Interdits
fondamentaux du meurtre et de l’inceste. Cette violence
est la plus souvent active (« en bosse »), plus rarement « en
creux », omission intentionnelle de satisfaire des besoins importants.
Quand le sévice est sexuel, cette dimension agressive est toujours intriquée à
la satisfaction aberrante de la pulsion sexuelle.
On observe cinq catégories principales de
sévices ; elles ne s’excluent pas mutuellement et leur association, l’âge
précoce de celui qu’elles frappent et leur répétition constituent des critères
d’aggravation du dommage :
◊ - La maltraitance
physique, qui abîme le corps de l’enfant ou le met dans un état d’inconfort
inacceptable.
◊ - L’abus
sexuel : l’utilisation du mineur, sans vrai consentement de sa part, pour
la gratification sexuelle de l’auteur,
et au moins autant pour la volupté de pouvoir qu’il en ressent. Très
diversifiés, les abus émanent souvent de familiers de l’enfant, notamment de
membres de sa famille ou en tout cas de personnes connues qui commencent
le plus souvent par séduire l’enfant et par le tromper intellectuellement.
◊ - La maltraitance
psychologique ou cruauté mentale : il s‘agit d’une ambiance d’attitudes et
de paroles intentionnellement contraires à l’amour et à l’éducation
positive : insultes, humiliations, disqualifications, menaces, retraits de
plaisir injustifiés, jusqu’au franc sadisme.
◊ - La négligence
intentionnelle grave et de longue durée. Ici, l’auteur omet volontairement de
satisfaire normalement les besoins importants de l’enfant, qu’ils soient
matériels ou spirituels.

◊ - L’exploitation
organisée des mineurs d’âge à fin de lucre. Elle n’est pas très élevée dans les
pays dits industrialisés : ( petits ) réseaux de mendicité, de délinquance
commune, de prostitution et de pornographie …
§ II.
Considérations générales et discussion
I. Il est impossible de proposer des chiffres de prévalence fiables, principalement parce que des forces énormes s’exercent pour tenter de dissimuler ces exactions en y réussissant souvent. Accessoirement, on rencontre également des problèmes liés aux méthodologies des recherches. Au terme d’une longue expérience dans ce champ sinistre de la psychiatrie sociale, il nous semble raisonnable de penser qu’au moins 5% des mineurs d’âge sont des victimes durables de la somme des formes physique, psychique et de négligence intentionnelle précitées ; pour l’abus sexuel répété sur une durée de temps significative ( plus de trois mois ), les chiffres sont un peu plus élevés ( 6 à 8% des filles – 5% des garçons )
II. Les
sévices frappent les enfants de tous âges : j’ai vu des photos non truquées de
bébés violés ; d’autres sont secoués à en devenir aveugles, comme il
existe de frêles adolescents en perdition qui n’oseraient jamais avouer la
somme d’humiliations subies au quotidien.
Les sévices sont
susceptibles de prendre place dans tous les milieux de vie : entre pairs
ou dans la fratrie, émanant le plus souvent d’aînés, dans la famille, à l’école
et même dans les institutions résidentielles censées rééduquer ou soigner
l’enfant. Ils se produisent dans toutes les classes sociales : les nantis
et les puissants dissimulent mieux les leurs tandis que les milieux
défavorisés, surveillés de près par des nuées de services sociaux, voient trop
facilement leurs exactions repérées et exposées au pilori sur la place
publique.
III. Il
existe un seuil, au moins quantitatif, au-dessus duquel il est indiscutable que
l’enfant est victime de sévices : enfant battu ou sadisé en
permanence ; tempêtes émotionnelles vécues irrégulièrement par l’auteur,
tels que des coups de foudre pulsionnels frappent l’enfant avec un tempo peu
prévisible. Nous parlerons aussi de sévices dans des cas isolés, mais où
l’atteinte est très grave : un viol, un bébé violemment secoué une fois,
dans un contexte d’épuisement émotionnel [2].
Mais
en deçà ? La prudence reste de mise pour que ce ne soit pas
les émotions ni le système de valeurs des observateurs et des intervenants qui
galvaudent le terme « maltraitance » et l’appliquent aux milieux de
vie qui choquent leurs références habituelles :
◊ - Par exemple, les
familles laxistes, où l’ambiance est « sexe » et où les jeux sexuels
dans les fratries sont plus nombreux qu’habituellement, ne sont pas de par ce
seul fait des familles marquées par la perversion ou par l’abus sexuel.
◊ - Tout châtiment
physique n’est pas ipso facto de la maltraitance [ Ferrari P. et Epelbaum C.,
1995, p. 23 ] Bien ciblé, sanctionnant l’acte et ne cherchant pas à détruire la
personne, accompagné de paroles vraies, il peut constituer, parmi d’autres, un
des constituants de la « force-paternelle » dont ont bien besoin nos
sociétés où vagabondent tant d’enfants rois.

◊ - Tout contact
physique tendre entre l’adulte et l’enfant ne signe pas nécessairement de
sombres tendances pédophiliques dans le chef de l’adulte. Et pourtant, il est
consternant de constater que les adultes professionnels osent de moins en moins
toucher les enfants, ou reconnaître explicitement le charme de leur corps,
alors que ceux-ci ont tellement besoin de ces signes pour se sentir aimés et
importants.
◊ - Par ailleurs, on
assimile parfois trop vite toute forme
de négligence à de la maltraitance. Or, il existe une différence radicale de
signification entre la négligence intentionnelle, peu fréquente, et la vignette
bien plus fréquente, qui mérite certainement sollicitude et assistance, mais
qui n’est pas volontairement maltraitante : incapacité des parents, manque
de « culture éducative » intériorisée par ceux-ci, immaturité, etc.
◊ - Des sévices
peuvent-ils exister à l’intérieur de la génération même des jeunes, entre
pairs, dans et hors des fratries ? Oui, et leur signification peut s’avérer
préoccupante. Il faut néanmoins se souvenir que les adolescents traversent des
crises, se contrôlent moins bien que les adultes et s’identifient momentanément
aux agresseurs qui les ont traumatisés, eux. Dans ce cadre, ils peuvent se
décharger transitoirement et parfois même durablement sur leurs cadets, voire
sur des pairs identifiés plus faibles, en lieu et place de leurs jeux
électroniques ou des opportunités sexuelles d’Internet ( bullying, harcèlement
électronique, etc.) Ailleurs, ce sont leurs besoins matérialistes qui les
poussent à racketter. Ce n’est pas glorieux, non, mais nos vies ne sont pas
sans épines [ J.-Y. Hayez, 2004, p. 160 et sq. ] Apprenons donc aux plus jeunes
des stratégies d’autoprotection efficace plutôt que de diaboliser tout de suite
les ados qui les agressent.
◊ - Reste le délicat
problème des relations entre maltraitance et culture ; à son propos, je me
limiterai à deux commentaires :
◊ - Il persiste dans
chaque culture des scories, des imperfections, des aberrations et l’humanité a
bien raison de les combattre, quand elles sont très explicites, comme les
mutilations sexuelles. Nous ne pouvons néanmoins pas tout simplifier :
dans certains cas, un doute profond peut subsister entre la revendication d’une
différence culturelle encore acceptable et celle d’une scorie de l’ordre de la
maltraitance … on en trouve un difficile exemple dans la façon très différente
dont l’éducation est conçue par certaines cultures, selon que l’on est fille ou
garçon.
◊ - Dans certains cas,
la culture n’est qu’un prétexte invoqué par des individus pour auto-légitimer
leurs aberrations personnelles et par certains intervenants pour somnoler sur
leur inactivité bureaucratique. Ainsi, si certaines cultures acceptent davantage
de châtiments physiques dans l’éducation des enfants que les cultures
scandinaves, aucune ne justifie pourtant le déchaînement pulsionnel ni le
sadisme.
§ III.
L’étiopathogénie
La maltraitance ne se
limite jamais à l’affrontement, dans une séquence de temps donnée, de
caractéristiques psychologiques et physiologiques de ses deux protagonistes
d’avant-plan, l’auteur concret des sévices et l’enfant victime. En effet, une
multitude de facteurs partiels d’incitation s’enchevêtrent ou se mettent en
sommation ou en résonance. Les voici
brièvement décrits, en allant du plus général au plus particulier :
I. Les facteurs sociaux
A. L’humanité
et sa liberté.
Comme la conscience
réflexive et la liberté intérieure exercent une fonction centrale dans l’espèce
humaine, celle-ci est capable du meilleur ou du pire à l’égard de ses propres
petits. Le meilleur existe, présent
dans tant d’actes de sollicitude, de dévouement et de générosité qu’aucun
animal ne pousserait jamais aussi loin. Mais le pire aussi : ici des individus,
des groupes, des nations choisissent de sacrifier les intérêts profonds des
enfants, parfois leurs propres enfants, à des objectifs d’adultes estimés
prioritaires. A titre d’exemple, citons : notre très grande mollesse par
rapport à l’avenir écologique de la planète ; le recrutement d’enfants
soldats ; la passivité de certaines nations pour réglementer
l’exploitation mafieuse de leurs
enfants pauvres ( travail physique, prostitution, mendicité,
contribution à la délinquance organisée ) ; la passivité des pays nantis
pour amener une juste répartition des richesses et du travail dans le monde;
les exigences de rendement et de réussite excessives de tous ordres mises sur
la tête de bien trop d’enfants ; l’enfermement des enfants et des familles
sans-papiers en Europe Occidentale, etc. Cette maltraitance institutionnelle,
c’est un chancre universel, fondamentalement aussi grave que le déchaînement
sordide d’un paumé qui a bu !

B. Les
sociétés, leur organisation et leurs aspirations.
En nous en tenant aux
sociétés industrialisées, bien des facteurs incitent au passage à l’acte
maltraitant. Par exemple :
◊ - L’ambiance de
stress diffuse de la vie contemporaine ; la nécessité d’être efficace,
vite et bien, qui nous fait bousculer les enfants-obstacles.
◊ - Le matérialisme et
la promotion d’idées d’égo-centration. « Fais ce qui te plaît », dit-on, et non plus « Retiens-toi pour le bien-être de tes proches
et de tes enfants »
◊ - L’affaiblissement
de la fonction paternelle, qui remplace par beaucoup d’incertitudes le droit
parental à socialiser par des règles, et qui incite donc à des moments
d’explosion violente quand « On ne
sait plus en venir à bout »
◊ - L’exclusion de
minorités significatives que l’on rejette dans la solitude et/ou dans la pauvreté
( stress, struggle for life,
promiscuité, etc. )
◊ - La protection
farouche de l’image sociale les classes dominantes, qui ne laissent pas
approcher leur part de misère et de potentiel maltraitant.
◊ - Etc.
C. Le dysfonctionnement occasionnel des institutions
1. Les institutions que les enfants
fréquentent dans leur vie quotidienne [3].
a. La
maltraitance de l’enfant peut se dérouler dans l’institution elle-même, en
référence, entre autres, au vécu individuel des adultes professionnels qui y travaillent.
Face à quoi, si certaines institutions acceptent d’ouvrir les yeux et de
protéger l’enfant, d’autres participent à ce que nous allons appeler bientôt le
rôle négatif du tiers.
Un
exemple simple : il est plus commode pour une école secondaire d’exclure
le jeune ado qui a construit un webblog inacceptable [4]
que d’interpeller tel vieux prof dont le sadisme moral ou la propension aux
amitiés particulières est pourtant largement connue …
b.
L’institution peut accueillir en son sein, d’abord sans le savoir, un enfant
maltraité ailleurs, par exemple à la maison. Alors, il n’est pas toujours
simple pour elle de prendre ses responsabilités de façon éthique et efficace.
Entre la vraie ignorance ( par manque de formation ou parce que l’enfant
dissimule particulièrement bien son malheur ) ; les tergiversations
phobiques ( peur du scandale et de l’agressivité en retour des auteurs que
l’on soupçonne ), et la précipitation … quelle est l’attitude la moins pire ?
II. Les institutions chargées de LUTTER CONTRE LA MALTRAITANCE
En
nous limitant aux institutions chargées de prendre l’enfant maltraité en
charge, même si ceci semble paradoxal, il y existe souvent des facteurs négatifs,
dits de « traumatisation secondaire », parfois plus importants que
les positifs. En voici quelques exemples :
◊ - L’incompétence
d’une partie des intervenants, la bureaucratie, la non-adaptation des rythmes
institutionnels au temps vécu par les enfants ( par exemple, les délais
d’audition, même lorsque les enfants sont tout petits ! ) ;
◊ - Les rivalités, les
clivages, les revendications de pouvoir entre intervenants ;
◊ - Les logiques et
objectifs radicalement différents entre les dites institutions et surtout, le
manque de volonté réelle d’harmonisation. L’harmonisation, ce n’est pas la
négation des différences !
Ainsi, par exemple, la
Justice pénale a pour intention centrale la poursuite de l’auteur et la
sanction du délit bien prouvé, ce qui la met régulièrement en porte-à-faux avec
les besoins de l’enfant victime, à commencer par celui d’être reconnu.
◊ - Dans
le chef des institutions et même de toute la société ; la frilosité, et
même la suspicion sont occupées à reprendre du terrain par rapport aux paroles
de plainte des enfants. Il y a des mouvements en balancier de l’Histoire dans
ce champ : les découvertes pédiatriques des années 1950 ont créé dans
l’opinion publique beaucoup d’indignation et de confiance faite aux
enfants … mais c’est occupé à se terminer : les pouvoirs adultes en
place en ont assez de ces petits impertinents qui quittent leur rôle de
victimes silencieuses pour oser les déstabiliser ; souvent inconsciemment,
par leur résistance à les entendre, ils les remettent de plus en plus à leur
place de non écoutés [5].
D. Les dysfonctionnements familiaux
La majorité des activités
de maltraitance se déroulent dans l’intimité des familles, nucléaires
d’origine, recomposées ou élargies. Alors, dans la plupart des cas, les
relations entre les membres de ces familles sont durablement dysfonctionnelles
et prédisposent au passage à l’acte maltraitant. Quelques dérapages de brève
durée constituent l’exception, où les
circonstances sociales jouent de tout leur poids pour déstabiliser brièvement
des personnes ou des familles habituellement équilibrées.
Nous nous limiterons à
évoquer l’un ou l’autre phénomène familial d’ambiance particulièrement
préoccupants, comme la solitude, le replis barricadé sur soi, le chaos,
avec la mouvance perpétuelle des
liens et l’inconsistance des règles ; le manque de socialisation et
d’éducation des parents et le manque de valeurs sociales dans la famille.
Ailleurs, ce sera une
ambiance incestuelle diffuse ou émanant de l’un des parents : séductions
perpétuelles, sensualité, allusions sexuelles, voyeurisme et exhibitions plus
ou moins manifestes, etc.
A l’inverse, l’ambiance
de violence, générée par une personne (
père ou mère ) ou par un sous-groupe (
par exemple, père et frère aîné ) qui terrorisent tous les autres. Les plus
faibles constituent leurs punching-balls et/ou leurs poupées sexuelles.
Certaines familles
cachent très bien un jeu pervers, sous les apparences de la plus parfaite
normalité, voire du dévouement social. Ce jeu implique activement au moins un
des parents, avec une position variable pour l’autre ( entre ignorance et
complicité plus ou moins active )
E. L’absence
ou le rôle négatif du tiers
Les tiers sont les
individus, les groupes ou les institutions côtoyant la violence qui s’exerce
entre l’auteur et sa victime.
Dans la majorité des cas,
si celle-ci peut s’installer ou persister, c’est aussi parce que ces tiers
n’ont pas pu ou voulu prendre une place efficacement positive pour protéger la
victime, dialoguer avec l’auteur ou interpeller des professionnels compétents.
Pourquoi cette non-prise de
responsabilité ? Par vraie ignorance, parfois ; plus souvent
cependant le tiers a des doutes et fait la politique de l’autruche, en raison
de l’angoisse si pas de la terreur que soulève en lui l’idée de la révélation
des faits ( violence de l’auteur, éclatement des structures actuelles ;
honte publique ; etc. ) ; parfois aussi, il peut s’agir de
l’ambivalence que ce tiers vit à l’égard de l’enfant sacrifié, jusqu’à
ressentir qu’après tout, ça arrange bien les choses que l’auteur se soulage sur
ce dernier.
Parfois enfin le tiers sait clairement, mais sa
passivité, ses sentiments d’échec personnel ou son angoisse lui ferment la
bouche ( exemple fréquent : les autres membres aînés des fratries
d’enfants violentés )
I. Facteurs de provocation, volontaire ou non, émanant
de l’enfant-victime
Ces facteurs ne jouent
pas de façon constante et c’est alors sur un enfant sans caractéristiques
particulières que s’abattent les sévices. An, Eefje, Julie, Melissa, Sabine, Laetitia, Loubna, Elisabeth
et tant d’autres en ont été et sont encore de sinistres illustrations.
Plus souvent cependant, il émane de
l’enfant comme des points d’appel qui vont attirer sur lui l’attention négative
du futur auteur ou l’inertie des tiers :
◊ - Enfants
dont l’équipement ou la personnalité connote stress et lourdeurs de gestion quotidienne ou qui entraînent une mauvaise
image de soi chez leurs parents : bébés agités, qui ne dorment pas ;
anciens prématurés au développement neuropsychologique irrégulier ; etc.,
Un mot plus particulièrement des
enfants qui ont un déficit d’équipement et des handicaps sociaux, quatre
fois plus vulnérables et prédisposés aux agressions que les autres [ Clerebaut
N., et coll., 2004 – Cyrulnik B., 1998 ] Certains de ces enfants n’intéressent
personne ; d’autres sont susceptibles de comprendre ce qui leur
arrive moins vite que les autres; autant pour les moyens efficaces
d’esquive et pour la capacité de révéler et de demander de l’aide ; à
l’inverse, certains peuvent être non socialisés, carencés affectifs et
sexuellement très provocateurs. Rien n’est donc simple avec eux.
Les
agressions que ces enfants à déficit subissent sont très variées, depuis l’abus
sexuel par des professionnels en institution, jusqu’à la négligence
intentionnelle et au sadisme dans les soins, en passant par les comportements
trop stressés et contrôlant des familles et à la violence physique qui s’en
suit. Certains milieux de vie sont des
vases très clos, dont la vérité ne s’échappe éventuellement que des décades
plus tard, avec des ex-pensionnaires devenus adultes qui expriment enfin leur
rage.
◊ - Dans le champ de la violence
physique ou psychologique, des parents au narcissisme fragile imaginent que
leur enfant, merveilleux, va réparer toutes les blessures de leur vie et
confirmer qu’ils sont de bons parents, à leurs propres yeux et pour l’entourage ;
si l’enfant rate trop les performances attendues de lui, ils peuvent lui en
vouloir excessivement.
◊ - Autre
éventualité : un parent, voire un enseignant, projette sur un enfant bien précis des représentations négatives
liées à son histoire de vie ; il décharge alors sur cet enfant – pris pour
un autre – toute la rage qu’il n’a pas pu exprimer en temps et heure. Par
exemple l’enfant évoque le grand frère haï, la grand-mère bourreau, etc. et en
devient l’objet d’un sadisme raffiné.
◊ - Au début du
processus de maltraitance, nombre d’enfants pourraient se protéger plus efficacement de leur agresseur.
Certains y parviennent bien, discrètement ou avec de l’aide. Mais beaucoup ne
réagissent pas, par ignorance ou soumission, en référence à une image immature
de ce que doivent être les rapports enfants – adultes, c'est-à-dire des
rapports d’obéissance.
Par la suite, une petite partie des enfants se transforme de l’intérieur et
élabore des stratégies d’adaptation … qui ne font qu’aggraver les
choses : dépression, culpabilité et
soumission ; confusion des idées et adhésion partielle à celles de
l’auteur ; masochisme et adoptions de comportements de provocation
enrageants pour l’auteur, etc.
II. Caractéristiques
intrapsychiques des auteurs directs
N’importe qui peut
déraper et se dévoyer transitoirement, je l’ai déjà dit. Néanmoins, dans la
majorité des cas, on se trouve face à l’une des cinq grandes constellations
intra-psychiques que voici énumérées en ordre de fréquence décroissante :
◊ - L’insatisfaction de
soi ; le vécu chronicisé d’échec, d’infériorité, de manque de valeur. Ici,
l’ambiance familiale est souvent marquée des mêmes caractéristiques :
solitude et grand froid. Alors, l’enfant peut être vécu comme une compensation
affective et sexuelle ou être prié de réparer les ratages des parents et
battu s’il y échoue.
◊ - L’inorganisation de
la personnalité ; l’absence de stratégies de socialisation ;
l’incapacité à résister aux pulsions agressives ou sexuelles lors des
frustrations et des tentations. Ici, il est fréquent que toute la famille soit
chaotique.
◊ - - L’adulte « suavement immature
œdipien », secrètement fixé au maternage sensuel qu’il a reçu ; il
séduit ses enfants et le « sale gosse » attardé resté en lui se livre
à des jeux sexuels avec eux.
◊ - Le parent ou
l’adulte tout-puissant, violent physiquement ou autoritariste jouant de
l’exercice de sa voix, de ses muscles, de sa volonté et de ses arguments
intellectuels. Il terrorise et frappe ses enfants ou les hypnotise et exerce
une sorte de droit de cuissage sur eux.
◊ - Le pervers, au sens
sexuel du terme.
Lorsque l’une de ces
dimensions intra-psychiques est en place, il peut encore s’y ajouter :
◊ - La part possible de
la génétique : à l’origine d’un équipement psychophysiologique, d’un soma,
et d’un tempérament de base qui nous différencie les uns des autres, je n’y
reviens plus, souvenez vous du cas Tony.
◊ - La dépendance aux
plaisirs que les sévices procurent à l’auteur : chez certains sujets, les
plus atteints, on n’est pas loin de la franche addiction.
◊ - Enfin, il faut toujours
évaluer ce qui demeure de la liberté intérieure de l’auteur ; dans la
( grande ) majorité des situations, les sévices qui s’abattent sur
l’enfant ne sont pas le strict résultat d’impulsions irrésistibles. Même si
l’être humain qui s’y livre y est prédisposé, par sa génétique ou par sa
psychopathologie, il choisit in fine, et il programme en connaissance de
cause d’achever le comportement répréhensible vers lequel son destin commence à
le pousser. L’auteur a donc en lui, et une dimension pathologique et une
dimension mauvaise, qui lui fait choisir de l’immoral. Il relève et de soins et
de la réprobation de la communauté.
§ IV. Les
atteintes majoritairement présentes chez l’enfant-victime
L’atteinte de l’enfant
est la conséquence, non seulement des agressions directes dont il est l’objet,
mais aussi de l’ambiance relationnelle générale dans laquelle elles ont le
champ libre. Sont affectés en proportions variables : son corps, ses idées
et ses valeurs, ses grands sentiments et les représentations qui les
accompagnent, la mise en place de certaines dimensions de sa personnalité et
ses comportements.
I. Les
principales atteintes intrapsychiques
A. On constate fréquemment de
la distorsion cognitive,
c’est à dire des erreurs de pensée, en partie induite par l’auteur et en partie
générée par le pouvoir d’autocréation de l’enfant, ici erroné. Un certain
nombre pense être vraiment mauvais et mériter leur sort ; ou que, si l’on
ne s’occupait plus d’eux à travers la maltraitance, on les abandonnerait et ce
serait encore pire. D’autres encore pensent que la manière dont on les aime,
avec du sexe, est normale, si pas un cadeau privilégié ; ils y voient une
confirmation dans les éventuels moments d’excitation et de plaisir que leur
corps ressent, etc.
Toutes ces idées, et bien d’autres encore
que l’enfant concocte, constituent comme un mur de résistance entre les
soignants potentiels et lui. S’il passe au travers et décide quand-même de
parler, ces barrages intérieurs ne volent pas pour autant en éclats, et il
faudra les évoquer avec lui et les écouter pour les démentir dans toute la
mesure du possible.
B. L’enfant est
fréquemment habité par un va-et-vient d’affects pénibles et de représentations mentales qui y sont
liées (« vécus intérieurs ») :
Dans les cas de longue
durée où la répétition des sévices est prévisible, et s’opère en outre sans
chocs effrayants, un refoulement plus stable peut s’installer : à
l’avant-plan, un automate, vide d’affects, qui subit un quotidien sans
joie, évoluant dans une sorte de
brouillard gris. A l’arrière-plan, celui auquel il essaie de ne pas
penser : l’enfant chargé de toutes ses souffrances.
Les vécus intérieurs les
plus habituels sont :
◊ - L’angoisse :
angoisse de mal faire et d’attirer les foudres de l’auteur ; angoisse de
l’imprévisibilité du retour du sévice, souvent avec des préludes odieux ;
angoisse d’avoir mal, d’avoir le corps définitivement abîmé, de mourir peut-être ;
angoisse que ça se voie à l’extérieur, d’une manière ou d’une autre ;
angoisse d’être repéré et « cuisiné » pour avouer ;
angoisse de tout détruire autour de soi ou de la punition, jusqu’à aller
en prison parce que « on l’a fait »; angoisse d’être abandonné, de perdre
l’affection des autres parce que stigmatisé ; etc.
ILL. Avec Michaël, huit
ans, anormalement agité et agressif depuis un abus sexuel répété, avec sodomie,
commis par un marginal proche de la famille, il faudra que je recoure à des
jeux de rôle pour l’aider à exprimer ses angoisses les plus secrètes … dans les
jeux de rôles, je suis un petit garçon en visite chez le Dr et je lui demande,
en n’osant pas trop poser ma question, si ça peut arriver que des petits
garçons attendent un bébé quand ils ont été sodomisés. Malgré qu’il m’assura
que ça n’arrivait presque jamais, le Dr eut l’air très soulagé que je lui pose
la question, et nous pûmes en discuter entre hommes …

Au centre de son dessin Michaël a représenté une maman attaquée par un agresseur. Sur les côtés un petit garçon défend sa maman en lançant mille boules de feux contre l’agresseur …
◊ - La tristesse, la
désillusion, le désespoir : se sentir ne valoir rien, ni pour l’auteur,
qui ne se retient pas, ni pour l’entourage ; se sentir un enfant
inefficace, incapable de bien se protéger : une sorte de mouton noir
marqué par le doigt du destin pour être attaqué à juste titre. Perdre confiance
dans la grande majorité des autres ; se barricader dans sa solitude.
Tristesse qui peut continuer après la révélation, si l’ambiance est à la
traumatisation secondaire.
La tristesse a très souvent une forte corrélation avec une mauvaise image de
soi. L’enfant se confirme pour lui tout seul sa non-valeur, présente et à
venir.
ILL.
Un père fait des attouchements sexuels sur sa fille Noémie ( neuf
ans ) et sur une petite amie venue loger à la maison. Celle-ci révèle
tout. Scandale. Le couple parental se sépare et le père fait de la prison. Mais
il veut « posséder » Noémie, et même sorti de prison, il vient l’attendre
l’une ou l’autre fois à la sortie de l’école … Noémie a perdu toutes ses amies,
et a l’impression qu’elle n’en retrouvera plus jamais ; elle somatise
beaucoup … et symbole sinistre et merveilleux à la fois, elle me dessine, au
lieu d’un personnage, une tête de petite fille, sans corps et marquée au fer rouge par de nombreux et gros grains de beauté. Beauté maudite, qui a
attiré l’attention de son père, et l’envoie ensuite au monde des damnés !
◊ - deux derniers
vécus non exclusifs l’un de l’autre peuvent encore tout compliquer :
il s’agit de la rage, inconsciente dans ses fondements, qui pousse à provoquer
l’auteur, à se vouloir plus puissant que lui en n’accédant pas à ses
demandes : « Je continue à faire caca dans ma culotte, et tant
pis si les coups pleuvent, je suis plus fort que ma mère »
Corollairement, certains enfants voient s’installer et grandir en eux du
masochisme, dans le sens précis du terme.
Voilà
pour les vécus les plus usuels. N’oublions pas que chez quelques-uns, surtout
dans les contextes les plus violents et les plus silencieux, des
représentations agressives inconscientes peuvent s’accumuler lentement :
même sorti de la dynamique de sévices, l’adolescent, puis l’adulte sont comme
des bombes à retardement, qui ont la haine en eux.
II. Les comportements qui s’en suivent
A. Chez beaucoup, la vie
quotidienne reflète ce mal-être intrapsychique diversifié, même dans les
entractes entre les sévices. Il y aura donc des indicateurs d’angoisse (
jusqu’au franc syndrome de stress post-traumatique ), de tristesse, de
désillusion si pas de désespoir face aux autres ; des signes d’échec, d’autoagression ou
d’évitement des sources de joie, liés à la mauvaise image de soi, apparaîtront
également.
Ce n’est cependant pas
systématique : certains se montrent presque capables d’avoir une double
vie. Ils s’efforcent de ne plus penser aux moments des sévices et ne s’y
prêtent que de corps. Leur vrai « Soi » est ailleurs. De là à dire
que ce « Soi » de tous les jours est bien épanoui, il y a un pas à ne
pas franchir !
B .Qu’en est-il de la
régulation quotidienne par l’enfant de son agressivité ou de sa
sexualité ?
En cas de sévices
physiques ou moraux, une grande inhibition de l’affirmation de soi est de
règle. Ces enfants rasent à longueur de temps les murs de la vie. Sans que cela
soit inéluctable, il n’est cependant pas impossible que, de ( très ) loin en (
très ) loin, une explosion de destructivité ne jaillisse en eux, explosion dont
ils ne reconnaîtront pas facilement la paternité et encore moins le sens
( faire vraiment mal à un plus faible, massacrer des animaux, mettre le
feu, etc. )
En cas de sévices
sexuels, il existe chez beaucoup d’enfants de nombreuses réactions de pudeur
anormalement contraignante. On peut observer néanmoins chez eux de loin en loin, de façon imprudente, des
moments de sollicitation inadéquate, impulsive et parfois brutale de l’autre,
tant d’adultes souvent connus que
d’enfants beaucoup plus jeunes.
Inversement, une minorité
d’enfants peuvent être séduits et trompés par leur abuseur, qui les ménage pour
en obtenir un optimum de jouissance, qui les achète, ou qui a vraiment envie de
se conduire en initiateur pervers. Ces enfants peuvent en devenir
« allumés », pour parler familièrement. C’est ce qu’on voit, plus souvent
que son contraire, avec les enfants d’âge préscolaire abusés de façon dite soft et qui se mettent alors à évoquer
ingénument les activités sexuelles autour d’eux et à en redemander.
C. Enfin, à quels
comportements a-t-on à faire face aux sévices eux-mêmes ?
Seule une minorité
d’enfants, indignée, choquée, confie rapidement à une personne de confiance les
sévices dont il vient d’être victime.
Bien plus souvent,
l’enfant-victime participe à la loi du silence. Il s’efforce même de dissimuler
les preuves qu’il est agressé. Face à son agresseur, il finit par se soumettre
plus ou moins passivement. Il « entre » dans la culture de
l’isolement et du secret que l’agresseur instille autour de sa relation avec
lui. Pourquoi ? Peur des conséquences de la révélation, désespoir,
mauvaise image de soi, idée fausse qu’il vaut encore mieux être aimé comme ça
que pas aimé du tout … La majorité des sévices demeure donc probablement
définitivement cachée, ou liée à des révélations tardives, à l’âge adulte.
III. Les atteintes physiques
Par définition, elles
sont constantes quand il y a sévices physiques : elles sont susceptibles
d’être abondantes, très diversifiées et d’ancienneté variable.
Après révélation d’abus
sexuel, les stigmates physiques de celui-ci sont loin d’être constants :
dans 40 à 50 % des cas, le corps de l’enfant est intact et n’est pas souillé
par des traces spécifiques de son abuseur. Les autres fois, il y a suspicion ou
preuve d’abus sexuel ( défloration ; lésions anales ; maladie
vénérienne ; voire grossesse ), mais pas ipso facto preuve de l’identité
de l’abuseur !
§ V. Le devenir
à long terme des victimes
Nous vous renvoyons à l’article « Le devenir à long terme des
enfants et des adolescents victimes d'abus sexuel ( http://www.jeanyveshayez.net/541-deve.htm) Les
considérations qui y sont émises peuvent être largement extrapolées aux autres
formes de sévices.
§ VI. La prise
en charge globale
Nous partirons de la
description des besoins fondamentaux des enfants-victimes. Nous examinerons
ensuite la manière dont beaucoup de sociétés se sont organisées pour y faire
face et évaluerons leurs résultats. Nous terminerons en évoquant les
interventions que nous considérons les plus souhaitables.
I. Les besoins fondamentaux des enfants-victimes
A. Primum non nocere : il est impératif que la
mise en place de l’appareil institutionnel censé aider et que les interventions
concrètes des professionnels, additionnées, n’aient pas un effet plus traumatisant
que la maltraitance elle-même. Ce risque n’est pas une vue de l’esprit :
il semble que plus de la moitié des enfants qui ont dénoncé un abus sexuel
regrettent finalement de l’avoir fait ! L’enfant ne discerne pas les
mauvais et les bons agresseurs ; il veut moins souffrir, un point c’est
tout ! Nous avons encore énormément à gagner en discrétion, en vraie
sollicitude pour sa personne, en générosité, en compétence technique, en
coordination, en maîtrise de nos émotions, etc. pour que se réduise significativement
le phénomène de la traumatisation secondaire.
B. Rompre le
mur du silence et bénéficier d’une présence engagée et bienveillante à ses
côtés. Présence
de certains de ses proches si possible, présence d’un ami, présence de
professionnels … à tous ces compagnons de route « qui acceptent de
savoir », il revient de :

◊ - Ecouter ;
encourager l’enfant à se libérer de ce qu’il a sur le cœur, à faire part de ses
incertitudes et de ses questions ; sans avoir le réflexe de le reprendre
et de corriger ses dires trop vite, en référence à des émotions de
mère-poule ; accepter d’abord la présence de ses affects et de ses idées
tels qu’il les ressent
spontanément ;

◊ - Donner à l’enfant
cette chance unique d’être cru pour ce qu’il raconte de plausible et le lui
signifier même si, par la suite, des experts professionnels devront mieux
analyser ses dires ; au minimum, reconnaître une souffrance bien présente !
◊ - S’engager :
partager des émotions et des idées ; en prenant son temps, se différencier,
délicatement et respectueusement, des
idées fausses les plus toxiques de l’enfant ( par exemple autour de la
légitimité des sévices ) ; pouvoir s’indigner, rassurer, consoler
l’enfant, lui redire la valeur d’être qu’il conserve ;
◊ - S’engager concrètement
dans les processus de protection et d’amélioration des relations dont je
parlerai bientôt ;
◊ - Parler d’autre
chose ; ne pas réduire l’enfant à sa dimension « victime de
sévices » ; s’intéresser avec lui aux intérêts positifs qu’il
conserve ; remettre Tom Boonen sur son petit vélo ; encourager Noémie
à recréer des liens d’amitié.
C. Protéger
concrètement l’enfant, tant des récidives d’agression que d’une ambiance de vie
délétère.
S’engager personnellement dans le processus ; en surveiller l’évolution et
sans jamais faire une confiance aveugle aux promesses officielles des
institutions.
◊ - Dans la majorité
des cas, ce qui se passe dans les institutions est plutôt frileux et
hésitant : les suspects nient comme de beaux diables, et d’autres éléments
ne sont pas toujours complètement sûrs ; les services institutionnels
sont débordés ou en rivalité. Alors, il faudra toujours le courage déterminé de
l’un ou l’autre professionnel, les plus généreux, les moins timorés, pour aller
de l’avant. En passant à travers d’inévitables moments de doute ! En
s’efforçant d’éviter des attitudes contre-productives comme l’activisme, la
précipitation, le manque de discrétion … et leurs contraires, la ritualisation
bureaucratique ou le superbe isolement.
Partant, un certain
nombre de mesures de protection réalistes sont programmables, mais qui
nécessitent parfois la séparation du couple parental ou celle de l’enfant et de
son milieu familial originaire.
◊ - Tant à titre
préventif que remédiatif, il faut se rappeler que l’enfant peut participer à sa
propre protection, du moins à partir d’un certain âge et à la mesure de ses
forces et de son intelligence. Il peut le faire tant en utilisant des
stratégies de prudence et d’évitement, qu’en disant des « Non » plus
fermes et bien motivés ; tous les agresseurs potentiels ne sont pas des
psychopathes, loin de là … beaucoup sont
des minables ou des séducteurs qui essaient, mais que l’enfant pourrait
remettre à leur place. Surtout s’ils ont l’intuition qu’en outre, l’enfant est disposé à ne pas tenir sa
langue.
◊ - Et en effet,
l’enfant peut aller chercher un supplément d’aide juste autour de lui, parfois
déjà chez ses amis ou dans sa fratrie. La vigilance, la solidarité, la
détermination de l’entourage informel et sain de l’enfant peuvent alors être
des adjuvants précieux, sans pour autant se transformer en vengeurs d’extrême
droite ni virer systématiquement l’agresseur aux gémonies.
◊ - Les
fois rares mais réelles où l’on ne peut pas gagner en protection matérielle, on
peut s’efforce de rester en contact avec l’enfant pour discuter avec lui de ce
qu’est l’intégrité spirituelle :
un adulte a peut-être le pouvoir d’abîmer son corps d’enfant mais jamais celui
de s’emparer ipso facto de son âme. Si l’enfant le veut de toutes ses forces,
le plus pur de lui-même, - c’est-à-dire son psychisme et ses valeurs –
resteront hors d’atteinte.
D. Si c’est indiqué, les
enfants vont bénéficier du fait que l’on profite des circonstances pour améliorer le sort social de leur famille ou la qualité du
tissu relationnel dans lequel ils vivent.
Néanmoins, ils apprécient
encore plus fondamentalement qu’on les traite comme des sujets humains, et plus
comme des objets de l’emprise d’autrui. Il faudra donc prendre très au sérieux
leurs « Oui » ou leurs « Non » par rapport aux projets qu’on
leur présente, notamment les projets psychothérapeutiques.
E. Les
enfants n’aiment pas que leurs malheurs soient racontés à tous les vents des salles des
profs et nous avons donc un devoir de discrétion à leur égard. Dans le cadre de
cette discrétion, beaucoup finissent néanmoins par apprécier qu’il existe une
reconnaissance sociale du préjudice qu’ils ont subi. Sociale, cela veut
dire : au moins par un petit groupe de personnes proches. Ils apprécient
aussi que tombe une sanction sociale ou pénale de l’agresseur et si possible
une réparation concrète de sa faute. Ils ne veulent néanmoins pas toujours
couper tous les ponts avec lui.
II. L’équipement et les processus institutionnels
conçus par nos sociétés industrialisées permettent-ils de répondre à ces besoins ?
En multipliant des canaux
de communication adaptés, on a matraqué
aux enfants un message qui peut se synthétiser ainsi : « C’est inacceptable qu’on vous fasse subir
des sévices. C’est contre les droits des enfants. Dites non si ça vous arrive. Parlez-en
et demandez de l’aide à une personne de confiance. Vous serez bien aidés ! »
Message néanmoins
angélique dans sa dernière partie. On n’a jamais vraiment expliqué aux enfants
– du moins aux plus grands – comment ils pouvaient mieux se défendre personnellement,
en étant efficaces et sans prendre trop de risques. On s’est limité à brasser le message : « Passez la main. Signalez »
Et les États ont beaucoup
misé sur des structures très spécialisées, de troisième ligne, déjà en place ou
créées pour la circonstance. En oubliant
que le fonctionnement de telles structures est très coûteux et donc
qu’elles ne peuvent rendre que des services limités sur le plan quantitatif ou
alors accumuler des retards
incompatibles avec la chronologie des sévices.
A. Quelles sont ces structures très spécialisées ?
Dans certains pays, comme
la Belgique, on a créé des équipes psycho-médico-sociales spécifiques, les
équipe « SOS-Enfants » en Francophonie, d’abord dans la perspective
d’une prise en charge des problèmes qui soit déjudiciarisée, « à
l’amiable » Au début, dans les années 1980, si les situations gérées par
ces équipes devenaient trop résistantes ou trop dangereuses, elles faisaient
appel aux Tribunaux de la Jeunesse, en complément et en soutien de leur travail.
Avec leur pouvoir de contrainte spécifique, ces Tribunaux pouvaient obliger les
familles à certaines prestations ou procéder à des placements d’enfants.
Néanmoins, cette ambiance
de non-judiciarisation ou de complément judiciaire léger n’a pas duré longtemps.
La Justice pénale a très vite fait valoir que l’on se trouvait face à des
crimes et délits, parfois immondes, et qu’il était obligatoire de lui en
signaler l’existence .Et les consignes d’Etat ont abondé dans ce sens, . Or, la
logique essentielle du monde pénal,
c’est la punition de l’auteur, une fois avérées les preuves de sa faute,
et non pas l’aide à la victime.
Certes, quelques efforts
de procédure ont été consentis pour s’adapter aux caractéristiques des enfants
et pour ne pas trop les traumatiser
durant la procédure, mais ils n’ont pas été très loin ou se sont vite trouvés
porteurs d’efforts pervers [6].
La Justice pénale n’a pas été en mesure d’accroître son personnel, ni de le
spécialiser significativement pour métaboliser cette importante nouvelle
arrivée de situations, et elle a continué à fonctionner selon ses rites
habituels : lenteur, suspicion à propos de la seule parole de l’enfant en
l’absence de preuves matérielles, autarcie et difficulté à collaborer avec les
équipes soignantes. Il n’est donc pas rare que, une fois mise en route la
procédure pénale, le travail de soutien effectué par les équipes
psychosociales s’effrite, voire soit
abandonné avec méfiance ou rage par les protagonistes du drame, qui se
sentent trahis. Léon Kreisler écrivait
déjà, en 1995 : « Il existe des
contradictions difficilement surmontables entre les techniques d’investigation
psychiatrique, l’obtention de l’aveu et les nécessités de la protection de
l’enfant »
B. Résultats de ces choix d’une « machinerie lourde »
◊ - En nous limitant
aux cas graves, il est probable que la majorité d’entre eux sont et resteront
encore longtemps non repérés.
◊ - 10 à 15 % des cas
repérés ne le sont que théoriquement, et se perdent progressivement dans une
paperasserie kafkaïenne, là où finissent par mourir d’ennui les patates les
plus chaudes.
◊ - Autour de 20 % de ces cas graves et repérés restent traités
à l’amiable en Belgique, sans intervention judiciaire, avec des succès
variables.
Reste donc environ deux
tiers des cas graves et repérés où la Justice pénale intervient. Mais la
sanction de l’agresseur ne s’ensuit le plus souvent que s’il y a aveu ou de
lourdes preuves matérielles qui en constituent l’équivalent. Alors, le
traitement psychosocial de la victime peut avoir lieu, mais de façon plutôt
clivée. L’agresseur, lui, peut être
soigné en prison et parfois pseudoaccepter des soins pour éviter
celle-ci.
Malheureusement, dans la
majorité des cas d’abus sexuels ou psychologiques, la Justice pénale ne dispose
que de la seule parole de l’enfant, assortie au mieux de quelques impressions
de la partie saine de son entourage, et c’est une autre paire de manches.
Certes, cette parole doit être bien documentée et expertisée, mais elle peut
l’être, notamment grâce à des techniques d’entretien et d’analyse du contenu
qui nous viennent du Québec [7].
Hélas, cette probabilité
scientifiquement validée est loin de toujours suffire ! Même face à elle, trop de Tribunaux se réfugient –
abusivement à notre sens – derrière le principe de la présomption d’innocence.
Pour une affaire d’Outreau – toute regrettable soit-elle - qui a reçu les
excuses de la haute magistrature d’un pays, combien de milliers d’innocentes
victimes-enfants laissées ou renvoyées à leur triste sort ! Et alors, ce
qui s’ensuit est des plus aléatoires.
Il ressort de tout ce qui
précède que nous souhaitons de profonds changements de mentalité et
d’organisation institutionnelle pour prévenir puis prendre en charge les
sévices.
Une
éducation en partie différente et de nouveaux types de campagnes de
sensibilisation peuvent inciter plus activement les enfants à engager
directement leurs forces pour se faire respecter davantage ; les parties
saines de leur entourage informel peuvent s’engager plus personnellement et
courageusement à leurs côtés. Ensemble,
ils viendraient déjà à bout d’une partie des problèmes. Si nécessaire, ils
pourraient en outre recevoir l’aide d’intervenants de première ligne que l’on
aurait plus systématiquement formés à cette fin. Autant pour la seconde ligne
( par exemple, centres de santé mentale )
Des équipes
médico-psycho-sociales surspécialisées de troisième ligne, type équipes
SOS-Enfants en Belgique, sont indispensables, mais, vu leur coût, resteront peu
nombreuses.. Nous proposons donc de réserver leur potentiel pour : l’aide
à l’évaluation, la formation, la supervision et le soutien des intervenants de
première ligne et la prise en charge des cas les plus pathologiques, avec ou
sans intervention judiciaire complémentaire.
L’adjonction éventuelle du Tribunal pour mineurs peut s’envisager dès le stade où interviennent les professionnels de première ligne. Celle de la Justice pénale sera discutée par après.
Faute
d’espace, nous nous limiterons à les énumérer, en respectant un ordre
chronologique approximatif [8].
1. Entraîner les intervenants potentiels à
reconnaître et à exprimer leurs émotions : identification massive à la
victime ; angoisses face aux diktats institutionnels ou à la violence
potentielle de l’agresseur, etc.
Les
entraîner à travailler en petite équipe, habituellement organisée ou formée
pour la circonstance, caractérisée par la discrétion, l’intensité de l’investissement
et une capacité de réfléchir avec réalisme.
2.
S’il y a révélation, agir comme un contenant solide de la crise qui s’en
suit ; rester discrets et ne pas se précipiter [9] ;
viser à bien comprendre les enjeux, les possibilités de collaboration ou de résistance
des personnes incriminées et des institutions proches ; se
coordonner ; élaborer un plan d’action réaliste comportant plusieurs
scénarios d’issue, avant de privilégier le plus momentanément favorable.
3. Par la suite, quel que soit le chemin emprunté,
l’accompagnement de l’enfant requiert un « permanent » en qui il a
confiance et qui sache faire face aux besoins évoqués dans l’alinéa I. Ce
confident n’est pas nécessairement un individu. Ce peut-être un petit groupe de
personnes qui se parlent et s’entendent : sa maman, des parents d’accueil,
son médecin généraliste, un psy … peu importe, pourvu qu’ils aient de la
disponibilité, du sens de l’écoute et de la détermination à ne pas se laisser
effriter par le temps ;
4.
Soutenue voire prise en charge par cette fonction – confident, une évaluation
précise de la situation s’impose. Au besoin, elle inclut un examen somatique
soigné de l’enfant. Il en va de même de l’évaluation du contexte systémique du
problème, c’est-à-dire du jeu de relations positives et négatives en présence,
familiales et institutionnelles. Ceci dit, le cœur de l’évaluation ressort de
l’observation de l’enfant et du dialogue avec lui. Tous ceux qui se réclament
d’une expertise à ce propos devraient bien connaître des techniques d’entretien
non-suggestif de l’enfant et d’analyse de son discours [10].
5.
Quand l’évaluation est suffisamment avancée, une organisation de la prise en
charge solide et efficace s’impose. En référence aux chiffres cités plus haut,
nous sommes dubitatifs quant à l’efficacité d’une intervention judiciaire
pénale systématique. Nous commencerons donc par parler de la prise en
charge des besoins psychosociaux
lorsque cette inclusion de la Justice pénale n’a pas lieu :
◊ - La
protection de l’enfant peut être assurée à l’amiable ou, s’il échet, avec
l’aide du Tribunal pour mineurs ;
◊ - Selon
la gravité de la psychopathologie de l’enfant, on peut lui proposer une
psychothérapie individuelle. Ni phobique, ni réducteur, le thérapeute veillera
à accueillir cet enfant comme un sujet en souffrance, qui avance à son rythme,
qui doit être ré apprivoisé pour retrouver confiance et poser ses questions les plus originales et les plus
embarrassantes (« C’est pas
possible, hein, qu’un garçon attende un bébé » demandait Tom – huit ans – sodomisé à
répétition par son vieux voisin ) Redisons-le, il s’agit de proposer à
l’enfant de parler de ce qui est difficile et pas de l’y obliger par
intimidation ou séduction !
◊ - Certaines
thérapies de groupe pour enfants-victimes fonctionnent avec délicatesse, sans l’obligation de parler et
de tout liquider en six séances, comme on le voit hélas sous d’autres
latitudes.
Surtout
si les sévices ont été perpétrés en famille, un travail thérapeutique avec
celle-ci pourra l’aider à retrouver une meilleure image d’elle-même et une
capacité plus effective d’investissement et de protection mutuels. Attention
néanmoins au travail sauvage ! Mieux vaut procéder progressivement et délicatement
( travail avec la mère seule ; avec la fratrie ; avec le
sous-groupe mère-victime, etc.) Ce peut être souple, sans jamais faire de
violence dans les invitations ! ( J.-Y. Hayez et E. de Becker,
2002 )
◊ - Si nécessaire, on veillera
aussi à améliorer le bien-être social de la famille, son ouverture,
l’intégration sociale de l’enfant, etc., sans tomber dans le piège du
quadrillage social des familles défavorisées.
◊ - Et
l’agresseur direct ? Si le cas est totalement non-judiciarisé, il faudra
parfois beaucoup d’énergie pour l’amener à une reconnaissance raisonnable de sa
responsabilité et à l’importance de créer une distance, au moins transitoire,
entre sa famille et lui. S’il sent, de la part des intervenants, non pas un
rejet total, mais un regard nuancé, où il est reconnu et dans ses
dimensions positives et dans sa misère et dans son choix
occasionnel de faire le Mal, il acceptera éventuellement un traitement, sous
forme de psychothérapie individuelle ou de participation à une thérapie
familiale. On ne peut cependant jamais imposer à la victime d’être mise en
présence de son agresseur contre son gré. Au mieux, celui-ci demandera pardon
et cherchera à réparer sa faute. Comme nous l’avons déjà dit, une concertation
avec le Tribunal pour mineurs peut s’avérer intéressante puisqu’il a le droit
d’imposer certaines mesures sous la contrainte en référence au bien de
l’enfant.
6. Quelle place pour la Justice pénale ? Nous
souhaitons que celle-ci n’intervienne qu’en référence à des indications
précises : les cas les plus graves, marqués par la psychopathie ou la
perversion des auteurs ; les cas d’importance moyenne ou grave
inaccessibles ou récidivistes après une première application des programmes
psychosociaux précités, surtout s’il y a danger pour l’intégrité physique ou la
vie de petits enfants sans défense ; les pédophiles multiprédateurs et
pervers ; les réseaux de pédophiles ; les situations où il y a
exploitation commerciale mafieuse des enfants : la tâche reste donc
abondante pour les magistrats pénalistes, mais peut-être juste assez pour
éviter des lenteurs et des retards kafkaïens.
◊ - Le travail spécifique de la
Justice pénale ne devrait pas empêcher l’application du programme psychosocial
précité : chaque Instance peut conserver son indépendance et sa logique
propre en faisant preuve de souplesse, de capacité de dialogue, de
coordination, de respect pour la part de travail que « l’autre »
effectue de son côté, sans revendiquer le pouvoir à tout crin.
◊ - La
Justice pénale doit continuer à adapter certaines techniques et procédures,
pour accroître la qualité des témoignages recueillis chez l’enfant et réduire
au maximum la traumatisation secondaire ( par exemple, exigence sur la
formation des experts ; audition des moins de six ans endéans les 72
heures ; huis-clos prononcé lorsqu’un Tribunal visionne des cassettes
audio-filmées ; interdiction de faire état dans la Presse des dires
textuels des enfants, etc.)
◊ - Le
vrai problème de fond se posera encore
longtemps lorsqu’il n’y a ni aveux du supposé agresseur, ni preuves
matérielles, hormis la parole de l’enfant ( et de ses alliés,
parfois ) qui accuse. Dans la mesure où cette parole a été recueillie par
des experts compétents, formés à des techniques fiables [11]. On
devrait arrêter de se réfugier derrière le slogan : « C’est la parole de l’enfant contre celle de
l’adulte » et derrière une conception bien trop frileuse de la
présomption d’innocence.
7.
Ayons l’humilité de reconnaître que, dans un nombre non négligeable de
situations, c’est et cela restera largement l’inaccessibilité. Certaines
situations sont connues, mais la forteresse des auteurs reste imprenable ;
et il existe aussi un lourd chiffre noir derrière lequel se cachent notamment
les adultes les plus puissants, les plus pseudo-respectables, et aussi les cas
les plus odieux !
De
loin en loin, dans ces situations, l’enfant se plaint néanmoins auprès d’un
confident qui sait. Peut-être celui-ci peut-il s’acharner à trouver avec
celui-là l’un ou l’autre « truc » pour être violé une fois par
semaine plutôt que trois ? Peut-être peut-il partager son écoute et son
impuissance ? Peut-être enfin peut-il rappeler à l’enfant qu’on peut lui
voler son corps, mais pas son âme, et que, spirituellement, il peut rester
« intègre », un vrai trésor ? Bruno Bettelheim l’avait déjà
compris en évoquant les survivants des camps de concentration.
§ VII. En guise
de conclusion
Bien que d’énormes
chiffres noirs rendent malaisées les approximations quantitatives, j’estime que les résultats sont modestes et le
resteront encore longtemps, en dépit de toutes les déclarations politiques et
installations de nouvelles structures pilotes, à grand renforts de cocorico.
Pourtant, beaucoup de
professionnels connaissent mieux les réalités des sévices et de nombreuses
formations pertinentes améliorent les outils de la prise en charge individuelle
et familiale.
Certes, je persiste à
penser que nous avons fait de lourdes erreurs dans la conception même de
l’équipement : nous avons trop misé sur la sur-spécialisation et pas assez
sur l’encouragement des solidarités sociales de première ligne et sur le
soutien à leur apporter. Mais, pour réelle qu’elle soit, ce n’est pas cette
erreur-là qui explique vraiment la modestie des résultats.
La difficulté est
chevillée au cœur de l’être humain : même si sa liberté de choix le rend
capable de beaucoup de générosité, elle peut engendrer aussi beaucoup de
destructivité. L’agression des plus faibles par les plus forts, pour les
jouissances que ceux-ci en tirent constitue un des hauts lieux de
l’interminable combat de l’humanité entre le Bien et le Mal. Bien des institutions, lâchement,
continueront à ne pas se laisser mettre en question. Bien des auteurs continuent
à nier, pas seulement parce qu’ils ont peur d’aller en prison, mais parce
qu’ils ont besoin, pour se sentir vivre, de leur addiction au Mal.
Alors ? Alors, ce
n’est pas le moment de laisser tomber les bras : « Celui qui sauve un être humain sauve
l’humanité », dit un beau texte du Talmud. Essayons d’en sauver plus
qu’un, quand même, et de participer par notre témoignage de vie à la
construction d’une humanité plus sociable !
Pour télécharger le
texte en Word 2000
si vous voulez en discuter
avec moi
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Ministère de la communauté française édition, 2004.
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MALTRAITANCE, sévices,
maltraitance physique, maltraitance psychologique, maltraitance évaluation,
négligence intentionnelle, judiciarisation, équipes SOS-enfants, abus
sexuel, enfant abusé, enfant battu, signalement, besoins de l’enfant victime,
traitement de l’enfant abusé.
[1] Psychiatre
infanto-juvénile, docteur en psychologie, professeur ordinaire à la Faculté de
Médecine de l’Université Catholique de Louvain, chef du service de Psychiatrie
Infanto-juvénile des Cliniques universitaires Saint-Luc. Courriel : jyhayez@uclouvain.be.
Site
Web : www.jeanyveshayez.net
[2] Néanmoins,
ici, tant le contexte que les conséquences psychologiques sur la victime
peuvent être très différentes des répercussions liées aux situations
« plus habituelles »
[3] Paradigmes :
l’école, la crèche.
[4] Insultant
pour tel condisciple faible ou pour tel prof vécu comme particulièrement
« ch »
[5] On sème la
confusion entre l’amélioration de la qualité des techniques d’audition, d’une
part, et, de l’autre, le pouvoir effectif que l’on attribue à ce que l’enfant
dit. Ce n’est pas vrai, qu’il existe une sacralisation diffuse de la parole de
l’enfant ! C’est l’inverse vers lequel on tend.
[6] Par
exemple, on procède à des auditions vidéo-filmées des enfants pour réduire ou
éviter la répétition des interrogations, mais … les avocats se servent de plus
en plus des imperfections inévitables de ce matériel pour enfoncer les enfants ;
ou alors, on l’expose sans délicatesse, c’est-à-dire sans huis-clos, en
audience publique.
[7] La méthode
d’analyse la plus indiscutable est le SVA –
statement validation analysis – de Yuille J.C. et coll., traduite par Van Gijseghem H. ( Yuille J.C., 1988 )
[8] Si vous
souhaitez connaître ce que nous en pensons de façon plus détaillée, vous pouvez
vous référer à J.-Y. Hayez et E. de Becker, 1997, p. 177-293 et J.-Y. Hayez et
E. de Becker, 2002, p. 131-145.
[9] Sauf les
cas de grave danger physique rapproché, qui relèvent d’une protection rapide et
efficace.
[10] Nous avons déjà signalé que le
paradigme à ce propos est le statement
validation analysis québécois.
[11] Nous avons
déjà évoqué la référence paradigmatique : le statement validation analysis
québécois. L’une ou l‘autre grille élaborée par des cliniciens chevronnés s’en
inspire fortement et lui équivaut.