Génétique et épigénétique ;
déterminisme et liberté
J.-Y. Hayez [1]
Mots-clés
Génétique ;
épigénétique ; nature et culture ; prédispositions génétiques ;
liberté ; responsabilité.

Au
fil de la vie, le génome individuel se déploie pour donner forme, non seulement
au phénotype somatique, sain ou porteur de maladies, mais aussi pour orienter
nombre de « phénomènes », soit purement psychiques, soit à la limite
du corps et de l’esprit. Les mettre carrément en place ou, plus souvent, y
prédisposer. Evoquons notamment :
◊ - Notre tempérament de base, nos traits de caractère
les plus précoces et les plus stables. Par exemple, certains bébés et tous
jeunes enfants sont déjà réputés avoir un tempérament easy going « qui ne s’en
fait pas ; qui prend tout bien » ; d’autres sont des dramatiseurs-nés. Certains sont passifs et
indolents, d’autres curieux, entreprenants, fureteurs.
◊ - La dotation basale de ces deux grands dynamismes
psycho-physiologiques que sont l’agressivité et la sexualité. Pour ce qui est
de l’inné, tous les enfants n’ont pas le même appétit sexuel ; certains
ont le verbe haut et le poing facile ; d’autres sont des pacifiques
conciliants ; d’autres encore ont tendance à se soumettre.
◊ - Des dispositions affectives comme l’angoisse versus
la témérité ; la tendance à la bonne humeur ou celle à la
dépression ; la placidité versus le bouillonnement facile …

Une expérience de phobie sociale, au moment d’affronter les
autres. Une dimension constitutionnelle dans l’angoisse ?
- La répartition du masculin et du féminin en
chacun ( son identité sexuée) et peut-être, jusqu’à un certain point, des
prédispositions à l’orientation
sexuelle.
- Les fonctions cognitives et leurs annexes les
plus directes : la capacité langagière, l’eulexie ou la dyslexie ;
les fonctions neuropsychologiques comme l’attention, la qualité du contrôle
psychomoteur ( self-control d’une part et de l’autre hyperkinésie et/ou
impulsivité et/ou maladresse motrice ) ; etc.
Par ailleurs, la franche pathologie du génome, déjà
découverte ou à découvrir, intervient probablement ou sûrement dans des
maladies à expression comportementale comme l’autisme, la schizophrénie
infanto-juvénile, la maladie de Gilles de la Tourette, certaines énurésies,
etc.
§ II. Les recherches contemporaines en
génétique appliquées aux comportements humains
La présentation macroscopique
des sphères d’influence génome déjà
repérées et à laquelle je viens de procéder que je viens d’exprimer reste
traditionnelle.
Aujourd’hui, cette nouvelle catégorie de collègues
que sont les psychiatres-généticiens ont du beaucoup plus précis à nous
proposer : ils occupent déjà une place importante dans les
modélisations psychiatriques politically correct anglo-saxonnes. Et ils
débarquent de plus en plus dans nos textes et congrès francophones avec, sous
le bras, des schémas très compliqués, bardés de flèches en tous sens, rejetons
bien plus compliqués de ce que nous apprenions à la Fac au cours de biochimie cérébrale
ou de génétique.
Ces collègues identifient de plus en plus des gènes
sous des séquences de gènes spécifiques, avec leurs allèles et leur dynamique
d’influence réciproque bien précise à l’origine de prédispositions
« affectives », de traits de tempérament voire de comportements
apparemment volontaires et bien ciblés aux aussi. On entend de plus en plus
parler de « phénotype comportemental » Le médiateur entre ces gènes
et ce qui s’en exprime dans le phénotype, ce sont d'abord des réactions
neurochimiques qui changent l’équilibre des neurotransmetteurs ; ce sont
des productions d’enzymes, hormones et autres ingrédients chimiques du soma.
S’en suivent des sensations affectives, des modifications anatomiques, des
modifications fonctionnelles …
Par exemple, après maltraitance prolongée,
la tendance à une réaction dépressive prononcée est plus forte lorsque tel gène
est présent. Un autre accroît la tendance à la violence, pouvant aller
jusqu’aux crimes violents.
Nos collègues psy-généticiens ne nient pas, pour
autant, la dialectique « Nature - culture » ou « Inné
– acquis » Mais même dans ce champ,
ils montrent que, selon les types de réactions environnementales, des
réactions biochimiques peuvent avoir lieu, qui modifient quelque chose sur les
chaînes hélicoïdales d’enroulement des gènes, et donc, modifient l’expressivité
de certains de ceux-ci. Bref, tout ce qui est important a l’air de se passer
dans la sphère organique.

Ce petit garçon de dix ans, souffrant d’énurésie primaire a
dessiné un enfant énurétique qui s’écrie : « Mais je n’y peux rien … » Et si c’était
vrai, que l’expressivité malencontreuse de certains gènes le condamnent à son
handicap pour une durée indéterminée, le temps que son corps se renforce …
Les exposés que les psy-généticiens font de l’état
de leurs recherches, illustrés de schémas que la technologie PPT rend très
attractifs produisent un effet de fascination sur une partie de leurs
auditeurs. Comme si la science revenait enfin à la barre après tant d’années
d’obscurantisme philosophique. Comme si le cœur de la vérité sur la nature
profonde de l’être humain était enfin mis en perspective. « J’attends
avec impatience qu’on me donne un marqueur biologique de la gravité de la
maltraitance » s’écriait récemment un pédiatre chef de service
universitaire après les avoir écoutés.
Ces découvertes en génétique
appliquées au fonctionnement du psychisme et aux comportements ne font que
commencer ; elles sont intéressantes en ce qu’elles démontrent de plus en
plus indiscutablement que nous sommes aussi somatiques et que la présence
différenciée de gènes précis a des effets prédisposants plus ou moins forts et
différents sur la vie psychique. Avec leur détection, on met l’accent sur une
causalité partielle, chronologiquement primaire, qui contribue à rendre compte
de tout ce que nous sommes.
En reconnaissance de l’effectivité de cette cause,
les traitements multifocaux voient se confirmer leur valeur. Pour ce qui nous
occupe ici, il s’agit pour le moment de proposer des médicaments aux côté des
psychothérapies, qui contre-modifient
les altérations du chimisme cérébral ou hormonal, en ce qu’ils seraient
désorganisés par des gènes malencontreux. Un jour, on procédera sans doute à
des interventions directes sur les gènes.
Faut-il pour autant franchir des pas
supplémentaires dans le raisonnement ? Je n’en suis pas sûr ! Chacun
de nous constitue une entité [2]
psychosomatique, avec des résonances, des lois d’influence entre le corps et
l’esprit qui restent incomplètement connues. Croire à l’influence des gènes
c’est bien. Mais croire que c’est parce qu’ils sont présents ou absents, ou
modifiés par l’acquis … que se produisent toutes les transformations du
cerveau possibles, elles-mêmes origine principale des changements psychiques,
c’est autre chose.
Oui, après maltraitance et quand il existe
un certain type de gènes, il existe certaines modifications
hypothalamo-hypophysaires plus prononcées. Mais est-ce seulement parce que ces
gènes existent ? Et puis, sont-ce bien ces modifications – ou
seulement ces modifications – qui entraînent un vécu dépressif ? Ou
est-ce que le vécu dépressif, émanation plus autonome de l’esprit humain,
entraîne les modifications cérébrales en question, facilitées et amplifiées ici
par la présence d’un gène précis ? Va savoir ! Et si l’on continuait
à admettre, humblement et sagement, que l’on est face à l’histoire de la poule
et de l’oeuf ?
Les philosophes et les psychothérapeutes,
n’ont jamais nié qu’il existait un substrat matériel à la pensée. Deux
positions inverses peuvent s’en suivre, extrêmes et également dangereuses :
◊ - Prétendre
que ce substrat n’est qu’un accompagnant sans importance. On voit bien que non,
entre autres parce que la prescription de certains médicaments a un effet
contributif sur le terrain affectif de la pensée, et parfois même sur son
contenu ( par exemple : la pensée dépressive redevient plus
rapidement normothymique )

A coté de mesures sociales et psychothérapeutiques, ce
préadolescent ne refusera probablement pas un antidépressif pour moins souffrir
moralement …Espérons que sa famille puisse le financer !
◊ - Donner à ce
substrat matériel toute l’importance du monde. En ajoutant que s’il est là,
c’est qu’existe un gène déjà connu ou inconnu, à découvrir au plus vite. En
ajoutant enfin que l’acquis, c’est à dire les facteurs environnementaux ou
l’histoire de vie, existent bien sûr, mais que leur opération importante,
finalement, c’est de provoquer des réactions chimiques qui modifient
l’expressivité de certains gènes. Si l’on croit cela, nous voici redéterminés
complètement par l’organique en nous.
Et donc, quand je m’introspecte, quand je pense à
ce qu’est mon passé, tout comme à la qualité présente de ma pensée, de mes
aspirations et de mes valeurs, je
trouve plus sage de continuer à croire à l’énigme de la poule et de l’oeuf et
aux mystères des résonances corps-esprit. Esprit qui nous vient peut-être
d’ailleurs, dans son essence la plus pure. Esprit susceptible de transcender
les donnes de la matière et de n’être jamais qu’influencé par celle-ci …


Ces deux
enfants prient et trouvent pour le moment au moins une partie du sens de leur
vie dans la relation à leur Dieu. Est-ce seulement le produit indirect de
l’action des gènes mdq314 et prf76-15 ?
Oui, des zones spécifiques du cerveau s’activent
chez les personnes atteintes de TOCs, et le PET-Scan le démontre. Oui, c’est
une bonne raison pour contribuer à les soulager aussi avec des médicaments.
Non, cela ne démontre aucune préséance des forces du corps sur celles de
l’esprit. Oui, on fait à nouveau du réductionnisme, inverse de celui que j’ai
connu, mais tout autant lié au conflit des générations chez les scientifiques,
lorsqu’on veut faire des TOCs un mal centralement organique : Charles,
quatorze ans, le garçon qui n’arrêtait pas de se laver [3],
avait mille raisons psychiques conflictuelles d’élaborer ses TOCs, auxquels
le prédisposait sans doute tout autant son génome.
Le contexte dans lequel se développent les
recherches génétiques appliquées à la psychiatrie comportent plusieurs grands risques :
1. Risque de fasciner les plus jeunes : elles
ont une apparence scientifique qui est bien dans l’air du temps. Et puis, dans
la transmission intergénérationnelle, il existe le plus souvent dans le chef
des plus jeunes une part de rivalité et
de volonté de se différencier. La science n’y échappe pas, même si ce
semble antinomique quand on la définit comme un approche de plus en plus
objective du Réel. Les troubles de l’attachement ont donc remplacé la carence
affective et les TOCS, la névrose obsessionnelle. Soit. Mais la génétique, trop
ignorée si pas méprisée par les grands-pères et les pères, constitue elle aussi
un lieu nouveau d’affirmation d’un
Soi-jeune. Gare aux outrances !
2. Fascination des chercheurs eux-mêmes, emballés
– dans les deux sens du terme – par leurs machines et par leurs
découvertes, ils pourraient finir par prendre la partie pour le tout. Bah, nous
n’avons pas vraiment de leçon à leur donner. Espérons qu’ils seront moins
impérialistes avec leurs idées que nous ne l’avons été avec les nôtres à une
certaine époque de l’histoire des sciences psychiatriques.

Pas loin
d’être parano, cet adolescent de 13 ans invente une machinerie ultra
sophistiquée … pour ne faire que des frites. Histoire belge, of course,
mais à méditer …
3. Il ne faut certainement pas perdre de vue les
incitants et les intérêts économiques à l’arrière-plan de ces recherches, ce
dont nombre de chercheurs sont dupes ! L’industrie a bien plus de raisons
de les promouvoir que de pousser les recherches à moitié philosophiques
consacrées à la psychothérapie classique. Celle-ci fait juste vendre quelques
divans et quelques crayons. Les recherches génétiques, elles, vont faire vendre
du colossal :
◊ - Appareils très coûteux destinés à la recherche,
nécessitant des upgrade perpétuels : jusque parfois être aussi fascinants
pour le chercheur que l’ordi qui fait scintiller World of Warcraft pour l’ado
de quinze ans. Une des raisons latérales pour lesquelles il existe tant de
recherches en psychiatrie organique
c’est que les appareils sont là Pet-scan, IRM et tant de jolies sirènes
qu’il faut rentabiliser …
◊ - Structures de soins et appareils nécessaires aux
thérapies géniques qui s’annoncent ;
◊ - Et plus banalement, myriades de médicaments
destinés à corriger les prédispositions pénibles ou dangereuses issues des
gènes. On commence même à annoncer des médicaments individualisés, en référence
à la cartographie génétique de l’utilisateur. Tiens, celle-là aussi quelqu’un
va bien devoir la payer ;
◊ - Etc.
4.
Le risque ultime c’est que les Etats s’emparent de ces découvertes, avec le
réductionnisme simplificatoire dont ils sont capables, puis accroître le
contrôle social sur les citoyens
dérangeants. Et alors,
l’eugénisme est-il vraiment à exclure ? N’a-t-il pas existé dans
l’Histoire des précédents où l’on a éliminé tous les êtres différents, improductifs ou dérangeants ?
Une vue de l’esprit pessimiste dites-vous ? Un
président de la République bien télégénique ne vient-il pas d’affirmer que la pédophilie
était un problème génétique ?
Si l’industrie pharmaceutique s’y met, à quand la
vaporisation de masse, dans les stade, de sprays régulateurs de la
prédisposition à la violence ? Et pourquoi ne pas proposer un jour, encore
plus clairement qu’aujourd’hui, toutes sortes de produits à prendre à vie,
qu’on n’appellerait plus médicaments mais régulateurs. L’insuline des gènes en
quelque sorte ! De superbes abraseurs des différences amenées par la
vie !
Au delà de ses strictes et judicieuses indications
quand on a à faire à des vrais hyperkinétiques, la Ritaline est déjà occupée à
jouer ce rôle non-avoué chez la majorité de ses réceptionnaires. Et aujourd’hui
les firmes pharmaceutiques, appuyées par des chercheurs indépendants
– cela va de soi ! – se sont mises à diffuser l’idée de
l’hyperkinésie des adultes : un nouveau marché où vendre et réguler. Les
antidépressifs qui ont succédé aux tricycliques remplissent aussi cette fonction.
Après les OGM, voici venir les HGC, c’est à dire
les humains génétiquement corrigés ! Et pourquoi pas, un jour, les vrais
HGM : on repère chez le futur papa ou la future maman telle présence génétique défavorable, on la supprime et on leur ajoute les séquences
génétiques qu’ils souhaitent …
« Frères humains qui après nous, vivrez …
n’ayez contre mon discours ni le coeur trop naïf, ni l’esprit endurci, … » Restez vigilants. Sauvez notre liberté d’humains.
Pour
ma part, jusque bien tard dans ma carrière, la prise en compte du génome et de
ses effets a été assez théorique. Ce n’est que progressivement que j’ai
vraiment réfléchi à l’impact des prédispositions qui en sont issues
, ce qui m’a amené à poser, quand c’était indiqué, les trois catégories de
gestes que voici :
Le médicament s’attaque, en tout ou en
partie, à la composante organique de l’ensemble causal d’un problème ; il
est susceptible d’exercer un effet transformateur sur certaines zones, circuits
associatifs ou neurotransmetteurs cérébraux. Par exemple, en rééquilibrant
autrement le jeu des neurotransmetteurs, les neuroleptiques améliorent parfois
considérablement les délires, la confusion ou la fragmentation de la pensée et
l’agitation incohérente et anxieuse des enfants psychotiques. Ailleurs, l’effet
est moins radical, - il ne touche guère les racines les plus profondes
d’un problème -, mais néanmoins l’amélioration de certains symptômes est
déjà intéressante. Par exemple, lors des épisodes les plus aigus et les plus
pénibles d’un stress post-traumatique, l’appoint d’une médication anxiolytique
transitoire aide l’enfant à mieux dormir et à ressentir ses peurs avec moins de
crudité. Autant pour la ritaline, qui contribue souvent à améliorer la
concentration et l'impulsivité des « vrais » hyperkinétiques, c'est à
dire ceux où il ne fait pas de doute qu’existe une part cérébrale dans les
difficultés de contrôle moteur et d'attention :
ILL. A
neuf ans, Arthur souffre moralement beaucoup de son hyperkinésie. Il est rejeté
par tous les autres et constamment réprimandé par ses professeurs. Son
agressivité va en croissant : il cogne de plus en plus sur ceux qui le
critiquent, selon l’adage bien connu : « un mauvais objet ne peut se
conduire que de façon mauvaise », avec un peu d’impulsivité organique qui
l’y prédispose en plus. Après trois ans de traitement où se combinent Rilatine,
séances individuelles, guidance des parents et dialogue avec la nouvelle école
vers où on l’avait sagement réorienté Arthur, celui-ci est redevenu confiant en
lui, souriant et performant ; il est tellement content de l’aide reçue
que, pour me dire au revoir à la fin de sa dernière séance de thérapie, il me
modèle en plasticine
un splendide symbole phallique, à faire pâlir d’envie le David de Michel-Ange.
Nous savons qu’il ne faut pas abuser des
psychotropes chez les enfants mais, par respect pour le mal-être du corps, il
ne faut pas non plus les dédaigner. Ainsi, il est semble que l’un ou l’autre neuroleptique de la nouvelle
génération améliore légèrement le
contact social d’une partie des autistes. Allez savoir pourquoi ! La leur
prescrira-t-on alors que par ailleurs, elle risque de leur faire prendre
quelques kilos de poids supplémentaire et qu’on ne connaît encore rien
d’éventuels effets secondaires à long terme ? Décision délicate, à prendre
au cas par cas, en co-responsabilité avec les parents et avec l’enfant dans la
mesure où il peut comprendre les enjeux.

Cette
idée est centrale dans les thérapies cognitivistes dont j’utilise des composantes « en amateur ». A y recourir, mon objectif est
d’amener l’enfant à modifier certains contenus erronés et pathogène de
ses pensées, en « travaillant mentalement » sur des images et des mots
générés par sa propre pensée spontanée. Je lui propose d’autres informations et
je l’invite à se raisonner, à
« penser à autre chose » qui soit plus agréable ou plus
rationnel. Il n’a pas de prise
volontariste sur le flux mental spontané qui résulte, et de ses prédispositions
génétiques, et des « albums de photos internes » issus de son
histoire de vie, mais il peut y réagir autrement, créer des contre-pensées et
donc en modifier la gestion. Cette différence
de perspective est essentielle !
Par exemple, en parlant avec un grand enfant dont
l’angoisse reste tenace et abondante, on peut, dans des termes très simples,
l’informer quant à probable prédisposition au stress existant dans sa
« nature » Prédisposition qui déchaîne chez lui une imagination floride
centrée sur l’agression de soi. On peut l’inviter et l’entraîner à se relaxer
corporellement et à se créer des « stop mentaux » : « Stop, c’est mon imagination »
quand il sent monter ses angoisses les plus folles – le revenant en haut
de l’escalier ! - ; tout de suite après son cri « Stop ! », intense mais interne, silencieux, il peut
recourir à des pensées agréables de diversion, agrémentées éventuellement
d’idées où il se raisonne. On peut encore l’encourager à poser des
comportements courageux, où il affronte davantage ses dangers imaginaires. S’il
y réussit, outre que son entourage le renforcera probablement positivement, le
succès rencontré accroîtra son narcissisme et son envie de recommencer.
Peut-être cela coupera-t-il aussi un cercle vicieux, où, au-delà du génétique,
« il se montait le bourrichon »,
comme on dit familièrement, c’est-à-dire où il s’en remettait plus librement
une couche en pensées négatives. A constater que le danger redouté ne s’est pas
abattu, peut-être renoncera-t-il cette source secondaire de rumination
délétère.
En voici une illustration dans un autre domaine,
celui de l’impulsivité et des décharges agressives erratiques,
disproportionnées aux stimuli qui les provoquent.

ILL : Justin ( seize ans ) a un équipement en agressivité et en impulsivité
nettement supérieurs à la moyenne. Sans doute l’absence de son père au foyer et
un première éducation par une maman gentille, mais craintive et démissionnaire,
ne lui a-t-elle pas permis de bien penser la gestion de cette agressivité. Il
n’a pas pu non plus s’appuyer sur des commentaires de valorisation de sa
personne au moment où son agressivité fonctionnait comme une force positive. Il
n’a pas pu non plus être encadré par un système solide de règles et de
sanctions.
Justin a donc le coup de poing foudroyant ;
c’est son seul problème ; après, il est désolé, mais il a déjà blessé du
monde et pour cette raison, il est placé et replacé dans des institutions
résidentielles de plus en plus sévères et il reçoit une solide médication. Nous
nous entendons très bien, lui et moi : quand les ados ont confiance dans
leur psy, ils ont vraiment confiance, et ce peut être très bilatéralement
agréable et productif. A cause de cela, parce que ses ennuis sociaux
l’incommodent vraiment beaucoup, et aussi parce qu’il vieillit et qu’il est
plus réceptif à seize ans qu’à quatorze, il accepte de s’entraîner avec moi,
jeux de rôles avec vieux fauteuils à l’appui, pour se crier « Non »,
dans la tête au moment où son poing démarre et pour apprendre à dévier la
trajectoire de celui-ci de quelques centimètres. Quand l’impulsivité est moins
foudroyante, il apprend aussi à utiliser des mots plutôt que des actes, à
recourir à un punching-ball, etc.
A la fin d’une des séances suivantes, il se lève en
boitillant, me regarde du coin de l’œil, un léger sourire aux lèvres et
commente : « Vous
savez, je me suis cassé un orteil. J’ai suivi votre conseil et j’ai tapé dans
un mur avec mon pied » Je lui manifeste toute ma joie. On ne fait pas
d’omelettes sans casser d’œufs, et je préfère cet accident, possiblement
dissuasif, au nez cassé d’une éducatrice, qui le fait passer à tort pour un
voyou.
Créer de la pensée et s’entraîner à bien l’utiliser
pour mieux se gérer, cela ne réussit pas toujours, ou pas toujours
suffisamment. Une intervention inverse vise donc à ce que l’enfant et sa
famille acceptent la part de l’inné dans la problématique, sans se nourrir de
l’illusion de la gérer beaucoup mieux, du moins actuellement. Qu’il l’accepte,
confiant dans les richesses qu’il possède également, sans se sentir d’une
moindre valeur que les autres.
Et que l’entourage en fasse autant : qu’il ne
disqualifie pas l’enfant et qu’il ne se sente pas dévalorisé parce que la
problématique de celui-ci ne progresse pas.
Enfin, on
cherche tous ensemble des stratégies pour s’adapter le moins inconfortablement
possible à la situation ( c’est à dire gérer un peu mieux )
Les parents d’enfants
hyperkinétiques connaissent bien de l’intérieur la valeur et les combinaisons possibles
de ces trois catégories d’intervention, eux qui naviguent à longueur de temps
entre la médication de l’enfant, la création de pensée et la mise en place
d’efforts là où c’est possible, et le renoncement là où ça ne l’est pas.
ILL : Je travaille avec
Pierre ( presque quatorze ans ) depuis
ses sept ans, dans le cadre d’une thérapie de soutien, couplée à une
guidance de ses parents. Pierre est le cadet d’une fratrie de cinq, avec une
grande différence d’âge entre lui et ses aînés. Il a donc beaucoup de
difficultés pour trouver sa place, être pris au sérieux sans devoir frimer ni
se montrer adultoïde et, à d’autres moments, revenir dans le principe de
plaisir comme on peut encore le faire au début de l’adolescence.
C’est son comportement assez nerveux en famille et
quelques problèmes d’adaptation sociale qui nous valent de travailler ensemble.
En outre, Pierre a présenté une énurésie primaire très tenace. Elle vient juste
de disparaître à treize ans et huit mois.
C’est de cette
l’énurésie que je veux discuter. Ni
lui, ni sa famille, ni moi, n’avons jamais compris pourquoi elle se maintenait,
autrement que via de hasardeuses spéculations.
Peut-être, très inconsciemment, un rien
d’insécurité et un appel–à-la Mère : la maman de Pierre, en effet, cache
une vague fatigue de la vie derrière un syndrome de fatigue chronique. Vers ses
dix ans, Pierre me racontera un jour, qu’il ne veut pas se marier, mais adopter
mille enfants ; comme ça, ceux-ci n’auront jamais à affronter la douleur
de savoir leur vraie maman malade.
Peut-être très inconsciemment Pierre est-il aussi
habité par un tout petit Pierre qui ne s’exprime pas pendant la journée, et se
donne le droit de faire son bébé la nuit. A noter cependant que le vrai Pierre
ne reçoit aucun nursing familial pour son problème, qu’il gère entièrement
seul.
Alors, n’est-il pas des plus raisonnable d’évoquer
aussi une immaturité, une lenteur de développement anormale du phénotype, dont
le point d’impact plus précis est indéterminable : trouble de la qualité
du sommeil , circuits cérébraux, faiblesse des sphincters vésicaux, excès de
production d’urine la nuit … A raisonner ainsi s’est posée la question du
renoncement, que Pierre a bien dû finir par assumer, tout comme sa famille et
moi !
Renoncement pas immédiat, et pas
démissionnaire : Pierre a essayé toutes sortes de mesures d’hygiène, de
médicaments, de sonneries de réveil à différentes heures de la nuit ; nous
avons travaillé en thérapie et lors d’entretiens familiaux sur les hypothèses
affectives précitées ; vers ses douze ans et demi, nous avons évoqué le
réflexe conditionné que pouvait représenter le port du lange, bien qu’il se le
mettait lui-même, et l’on est revenu à des expérimentations avec puis sans
pantalon de pyjama.
Négatif,
négatif, négatif. Et donc, petit à petit, l’énurésie n’est plus devenue ni un
thème central, ni un thème tabou. Nous l’avons positionnée ensemble comme un
handicap lié à la lenteur de développement d’une partie précise des fonctions
de la vie, et très probablement destinée à disparaître vers treize-quatorze
ans. Tant mieux si ça arrivait avant. Et nous avons parlé de beaucoup
d’autres sujets …

Je pense que Pierre n’arrivera jamais à penser des choses
aussi tristes que le jeune garçon de dix ans déjà évoqué
I. Il peut exister une franche pathologie
génétique, en référence à laquelle on ne peut reprocher à l’enfant l’issue
phénotypique du « noyau dur » de son problème.

Se
décourager ? se laisser aller ?
pour lui, il ne saurait en être question : la survie est au prix de
son courage de chaque instant
Autre illustration, très
fréquente, c’est la nébuleuse des « problèmes d’apprentissage », plus
ou moins diffus, plus ou moins spécifiques. Un certain nombre d’entre eux ont
un « noyau dur » directement issu du génome, autour de l’équipement
en intelligence et en fonctions « instrumentales » annexes. Or à
égalité de déficit, on voit des enfants se battre pour donner le meilleur
d’eux-mêmes, d’autres qui jettent le gant, d’autres encore qui mettent au point
d’habiles mécanismes de résistance ou de focalisation de l’attention sur
eux, leur valant parfois d’avoir leur
mère à leur côté chaque soir durant deux heures.
Ces enfants aussi ont une part de responsabilité
dans la gestion et l’évolution de leur problème. Et pour une autre part, c’est
leur nature qui est là, dont il faudrait accepter « l’épaisseur » Et
c’est parfois bien malaisé de décréter quand s’arrête l’une et quand commence
l'autre [4].
D’autres enfants prennent leur pathologie comme
prétexte pour obtenir des avantages ou éviter des punitions pourtant méritées.
Par exemple, en dehors de ses phases les plus délirantes, un enfant
schizophrène peut identifier approximativement le Bien et le Mal et contrôler
son agressivité. S’il ne le fait pas, il a des comptes à rendre.
ILL. Djibah ( seize ans ) vit en institution
résidentielle. Diagnostiqué schizophrène, fantasque, solitaire,
passant sa vie à d'invraisemblables bricolages à la Bettelheim, ayant le
rendement intellectuel d'une première année primaire, il ne pose cependant pas
de problèmes majeurs pour gérer son
quotidien et se montre plutôt affectueux avec les éducatrices. Arrive dans le groupe Raymond
( douze ans ) qui attire vite l'attention sur lui. L'humeur de Djibah s'assombrit ; si Raymond est sur son chemin, il le
bouscule sans ménagements.
Une nuit, l'éducateur de veille est attiré par des cris perçants : Djibah a marqué le ventre de Raymond
par trois longues estafilades au cutter, qui restent heureusement superficielles. Écarté provisoirement du groupe, il y
reprendra sa place et l'on s'y montrera davantage attentif à son «
message » [5].

ILL.
Manuel ( onze ans ) paraît - emprisonné » dans l'un ou l'autre
rite étroit - par exemple, jouer des
heures au Monopoly, tout seul (!) ; il est très insécurisé par le
changement non préparé, à l'origine
d'agressions verbales et physiques impulsives.
Il est
vite soupçonneux, interprétatif, se sentant visé par des
« magouilles » contre lui. Dès qu'on le conteste, ou si l'autre
l'insulte, il donne de violents coups de poing et de pied ou cherche à étrangler l'agresseur. Il met ses pairs
à distance de lui en les effrayant. A l'école, il a demandé à être isolé pour que l'on ne voie
pas les erreurs présentes dans ses
exercices. Si l'on diminue sa dose de neuroleptiques, c'est le délire
interprétatif, il est
persuadé que tel éducateur se moque de lui ... ou que le diable l'attend
dans sa chambre pour prendre son
âme ... régulièrement, des fous rires le traversent, il les attribue
à « ses idées bizarres » mais il ne peut pas faire part de celles-ci.
Un jour,
en dehors de tout contexte de crise, il cherche à étrangler un éducateur au moment où celui-ci lui tourne le dos ; en remontant le passé récent, il semble qu'il en construisait le projet depuis au moins deux semaines,
suite à une petite altercation avec cet éducateur au sujet
des règles de vie.
Enfin, l’enfant peut accepter ou refuser de
recevoir de l’aide spécialisée. De son accueil ou de son rejet aussi, il est
susceptible d’être tenu pour responsable dans une certaine mesure [6].
II. Cela revient à dire que la vraie
responsabilité, c’est dans la durée qu’il faut aller la chercher, bien plus
qu’au coup par coup, en se centrant sur des actes isolés où il y aura
inévitablement quelques dérapages ( par exemple : des impulsions
irrésistibles ; un manque de projet manifeste )

Elle porte sur le projet de vie, elle se définit à
partir des choix faits pour vivre, de façon plus ou moins sociable, en ce
inclus le refus ou l’adhésion à l’idée de soins. Le point de vue
psycho-éducatif, ici, pourrait largement diverger du point de vue
criminologique ou pénal, qui se centre davantage sur l’acte délictueux.
En voici une autre illustration :
ILL. Je m’occupe de Tony ( seize ans ) depuis plus d’un an, et il
a fini par me faire part de sa pédophilie. Il n’a pas peur du terme, qu’il
s’adresse à lui-même dans sa dimension « phile », « ami
intense des enfants » Tony « fond » devant les jeunes garçons en
général, et il a deux, trois jeunes amis entre onze et treize ans pour lesquels
il brûle d’amour. Ce qui l’inquiète, et dont il a fini par s’ouvrir en
consultation, c’est qu’il pourrait un jour passer à l’acte sexuellement avec un
garçon qui n’y consentirait pas. Ça, il ne le veut pas ! S’il n’y avait
que le sentiment amoureux, avec, au bout, de la sexualité consentie, il
n’aurait jamais consulté, malgré la réprobation sociale qu’il commence à
enregistrer autour de lui, même dans sa propre famille, mais qui le renvoie et
le conforte plutôt dans sa relation
« de rêve » avec des enfants.
Mais il sent bien que sa sexualité
pourrait échapper au contrôle de sa volonté et commence même à le faire. Juste
avant de me consulter, il a de lui-même renoncé à collectionner des images de
pornographie infantile et a détruit sa collection, et il me dit s’y tenir. Dans
ses fantasmes masturbatoires, ses petits copains sont souvent présents, mais
« on ne fait pas de sexe, me précise-t-il, je me mets dans des paradis
avec eux » Il commence à
penser : « Si un garçon me provoque et qu’il est vraiment
consentant, je ne dirai pas non » Mais j’ai peur, moi – et lui aussi,
d’ailleurs – d’une dégringolade très rapide dans le champ du sexe-plaisir :
s’il se met à toucher au sexe avec ses petits amis, lui si vulnérable risque
fort de devenir très vite dépendant et d’oublier jusqu’à un certain point les
principes de non-violence auxquels il tient pourtant sincèrement.
Pourquoi est-ce que je vous parle de
Tony maintenant ? Il existe un enracinement profond de sa pédophilie.
Quand il me raconte son histoire et qu’il évoque ses liens familiaux, ça a
l’air banal. Famille modeste, fonctionnelle, où il n’a été ni trop ou trop mal
aimé, ni rejeté. Pas d’initiation sexuelle précoce, ni d’autres dysfonctions
sexuelles. Peut-être existe-t-il en lui ce désir paradoxal de se conduire avec
des plus jeunes à la fois comme une mère et comme Peter Pan. Nous cherchons
honnêtement ensemble. Et s’il y avait aussi des implications pédophilie ;
par contre, il n’est pas impossible que la résultante de plusieurs tendances
issues de la génétique, prédispose Tony à une manière tendre, protectrice,
régressive d’aimer, et que ceci s’ajoute à des empreintes affectives encore à
trouver.
Ce que je veux souligner aussi, c’est
que Tony prend ses responsabilités in tempore non suspecto. Ce n’est pas sur
injonction, ni pour échapper à quelque sombre sanction qu’il est venu me voir.
Au fond, sa position est éthique : il veut aimer à sa manière, mais sans
violer le consentement de l’autre !
En plus, il est d’accord de suivre mes
propositions thérapeutiques : essayer de mieux comprendre la source de son
attirance affective ; s’entraîner à des comportements qui réduisent
l’envahissement de son psychisme par de la sexualité pédophilie
( s’obliger à changer de fantasme ou à se masturber à toute allure quand
ce n’est pas possible ) Après maintes discussions plus philosophiques et
scientifiques, il s’est engagé sur l’honneur, face à lui-même, à ne jamais
provoquer un jeune de moins de quatorze ans, et même à ne jamais répondre aux
provocations d’un moins de douze ans et demi. Ces limites d’âge peuvent vous
faire sourire et évoquer l’arbitraire, mais elles ont été soigneusement pensées
par lui. Je les respecte tout comme, globalement, je le respecte.
En terminant cet article, je me
rends compte que, si j’ai parlé des prédispositions issues de la génétique, de
leur dimension irréductible et pourtant d’une possible gestion de ce qui en
résulte, j’aurais pu parler de la même manière des prédispositions issues de
notre histoire de vie et encore de celles qui sont issues de notre
environnement social d’aujourd’hui. Elles, non plus, nous ne savons pas en
changer la nature par de seules injonctions volontaires : seules des
psychothérapies profondes ou des mesures sociales peuvent le faire, à l’instar
de l’action que les médicaments peuvent exercer sur les fruits somatiques de la
génétique. Mais nous avons prise jusqu’à un certain point sur leur gestion. Ici
aussi c’est la part de notre responsabilité, dont les frontières ne sont pas
très claires.
D’ailleurs, les trois types de prédispositions
– génétiques, historico-psychiques et sociales – s’entremêlent en une
résultante sur laquelle travaille notre lucidité, notre intelligence et notre
capacité de créer des projets personnels.
ILL. Justin n’a pas vraiment choisi son équipement
anormalement haut en agressivité ni en impulsivité, pas plus qu’il n’a choisi
qu’une mère démissionnaire ne lui donne pas de bonnes idées de socialisation.
Mais il a accepté ses médicaments et un entraînement pour socialiser davantage
l’expression de son agressivité. Rien à redire. S’il ne l’avait pas fait, on
aurait dû le tenir pour responsable d’actes qui, pris chacun isolément, se
seraient avérés être très impulsifs.
Quoi qu’il en soit, je suis tout aussi attentif à
interroger et à réinterroger ce champ mystérieux de la liberté qu’à spéculer
sur la génétique. Je n’ai jamais dit à un petit hyperkinétique amélioré dans le
contexte d’un prise de Ritaline : « Ton médicament t’a
guéri » mais plutôt : « La Ritaline a créé un nouveau
terreau en toi ; elle facilite la concentration ; et tu as décidé
d’utiliser positivement cette opportunité »

Au revoir gentil lecteur, à bientôt peut-être
sur une autre planète terre …
si vous désirez en discuter avec moi
[1] Psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie,
professeur émérite à la Faculté de Médecine de l’Université Catholique de
Louvain, premier chef du service de Psychiatrie Infanto-juvénile des Cliniques
universitaires Saint-Luc. Courriel mailto:jyhayez@uclouvain.be Site Web : www.jeanyveshayez.net
[2] Je préfère le mot « entité », essentiellement
définie pas ses frontières individuelles, au mot « unité » qui fait
trop penser à l’harmonie bien réglée. Or, il existe pas mal d’anarchie, de bric
à brac en chacun de nous, et notamment quand on veut définir les rapports
corps-esprit.
[3] Je reprends ici le titre d’un ouvrage
célèbre du Dr Judith Rapoport ( le garçon qui n’arrêtait pas de se laver,
Odile Jacob, 1991 ), largement diffusé chez les médecins par les firmes
pharmaceutiques, et qui a marqué un moment-charnière entre le « tout à la
psychogenèse », et le rien, la thèse de l’auteur étant bien entendu du
côté du « rien »
[4] Jésus avait déjà
remarqué qu’il était plus difficile de doubler la mise quand un homme avait
reçu un talent plutôt que dix. Et ses paroles très dures pour le paumé resté
passif constituent pour moi, un des
rares mystères de l’Évangile. Un élément de preuve, peut-être que Jésus,
qui parle alors comme un parent indûment déçu, n’était pas vraiment parfait,
simplement « suffisamment bon », lui aussi.
[5] Son message ? Je suis persuadé que c’en était un.
Djibah aurait pu éventrer Raymond et ne l’a pas fait ! Si l’on avait pu
réagir dans les nuances à son acte, il aurait fallu et le blâmer et
le féliciter pour avoir pu s’arrêter au symbolique.
[6] Une certaine mesure, car sa lucidité et sa liberté
d’évaluation pourrait être brouillée, elle aussi, par des vécus d’origine
génétique partielle : un vécu dépressif par exemple.