
Les
parties les plus importantes du texte ci-joint a été publié dans la revue
Eduquer, tribune laïque, 69, 2009, p. 21-33. Quelques mises à jour
mineures ont eu lieu depuis.
§ I. Introduction
Je
vous propose un témoignage sur le respect des droits de l’enfant [2] en
Belgique francophone en 2010. Témoignage issu de ma pratique
professionnelle, de conversations,
d’observations, et aussi de mon expérience de citoyen, de parent et de
grand-parent. Je n’ai pas voulu y être exhaustif : si vous cherchez une
synthèse plus documentée, je vous invite à lire les travaux de la CODE
( coordination des ONG pour les droits des enfants [3] ) Je
partage la plupart de ses positions ou je m’en sens proche, sans en être le
clone.
La convention internationale des droits de
l’enfant ( CIDE) dit et redit que toute société doit prendre les dispositions
adéquates en fonction « de l’intérêt supérieur » de celui-ci (
article 3.1 ) Hélas, ce concept
théoriquement intéressant devient vite une dangereuse peau de banane.
Aujourd’hui, nous ne
croyons plus que des voix divines peuvent nous indiquer de science sûre ce
qu’est l’intérêt supérieur des uns et des autres ! Alors qui ? Et
est-il même concevable que nous puissions
approcher la réalité d’un intérêt supérieur de l’enfant ?
La moins mauvaise idée pour instituer ceux-ci, c’est de donner la
parole à ce que l’on appelle parfois le Tiers social. Donc, d’imaginer de
vastes conférences de consensus virtuelles [4],
à l’instar de ce qui est organisé en médecine pour statuer sur des problèmes de
santé précis. Donc, que nous ayons l’oreille très largement ouverte, et que
nous nous laissions imprégner par les opinions de beaucoup, au moins par tous
ceux qui font preuve d’une sociabilité suffisamment bonne [5].
Parmi ces citoyens invités à prendre la responsabilité d’évaluer,
les enfants eux-mêmes ont leur opinion à donner. Elle vient de l’intérieur de
ce qu’ils perçoivent et vivent, et elle ne devrait être ni plus ni moins
contraignante que celle des adultes en charge de les éduquer et de les
accueillir dans la communauté humaine. Ni ignorance des enfants, ni
démagogie : il nous revient de bien les informer sur leurs droits déjà
reconnus, puis de favoriser leur expression de soi, leurs réactions et leurs
propositions nouvelles.

Je ne pense
pas que ce petit enfant se livre à une provocation gratuite. Il est plus
probable que le militaire a fait
intrusion sur son territoire de vie coutumier, et que l’enfant revendique
celui-ci,
sous une
forme un rien archaïque
Bref, tout le monde, pourvu qu’il soit suffisamment bien sociable,
peut avoir une opinion intéressante à partager sur les droits de l’enfant :
pensons notamment aux minorités que nous négligeons trop facilement ou dont la
différence nous fait peur ( cfr infra les pauvres, les vulnérables, mais
aussi les enfants qui ont un retard mental, ceux qui sont placés ou
hospitalisés, etc. )
Il est aisé de nous mettre d’accord sur une majorité de nobles
principes fondamentaux. La CIDE dont
nous avons fêté le 20e anniversaire en 2009, en fait un énoncé
magistral. Les médecins et les psychologues d’enfants et les grands pédagogues
parlent à peu près à l’identique avec leur vocabulaire spécifique, lorsqu’ils
repèrent les « besoins fondamentaux » des enfants.

Dans le monde, des dizaines de milliers d’enfants sont encore exploités dans des travaux épuisants ou indignes …
Mais la peau de banane se révèle dès qu’il faut passer aux
applications de terrain. Les cultures, les aspirations et les valeurs sociales
évoluent, et donc que ce qui était considéré comme application positive hier ne
l’est plus aujourd’hui ; ce qui vaut pour les pays en émergence ne vaut
pas nécessairement pour la Belgique.
Actuellement par exemple, dans nos sociétés industrialisées,
beaucoup prônent une large appropriation de leur sexualité par l’enfant et
encore plus par l’adolescent, pour peu qu’elle ne soit pas anti-sociale. Les
orientations homo ou hétérosexuelle, et bientôt « bi » ou
« trans » [6]
se doivent d’être respectées. Hier, la banale masturbation envoyait tout droit
en enfer !
Et le travail des enfants dans le monde ?

En Europe aussi, début du XXe siècle, ils descendaient dans les mines de charbon
Quasi totalement proscrit en Europe occidentale [7],
son existence est beaucoup plus débattue dans les pays du Tiers-Monde : Si
certaines grandes ONG visent à l’éradiquer totalement, d’autres sont plus nuancées : pour ces dernières,
souvent très engagées sur le terrain, le travail des enfants peut contribuer à
l’épanouissement de ceux-ci s’il reste digne, avec des exigences raisonnables,
et s’il n’empêche pas l’instruction, ni des moments de récréation et de vie
familiale.
Et l’on peut multiplier quasi à l’infini des exemples où
surgissent des convictions contraires
entre gens de bonne volonté qui parlent en leur âme et conscience ; Cela
étant, j’ai donc le droit de donner mon
opinion, moi aussi, en la lançant dans un débat d’idées bien animé. J’en
fais même plutôt un devoir, issu de la manière dont je conçois mes
responsabilités face à l’enfant.
III. Un bulletin satisfaisant ?
Lorsque nous comparons notre pays à bien d’autres, nous pouvons
nous attribuer un bulletin plutôt satisfaisant dans le champ du respect des
droits de l’enfant. A l’une ou l’autre exception près, les atteintes les plus
révoltantes n’ont pas cours chez nous : on n’emprisonne pas des mineurs
pour leurs opinions politiques ou religieuses ;

Enfants
emprisonnés à Manille, un des endroits du monde où l’emprisonnement des enfants
est le plus systématique, dans des conditions de négligence effrayantes
on n’exploite pas massivement les enfants dans des travaux indignes,
ni dans la traite des êtres humains. L’accès de tous à l’instruction est voulu
par la loi et surveillé, sans discriminations fille-garçon ; en principe
aussi sans distinction liée à la race ou à la provenance sociale mais sur ce
point, je reviendrai plus tard.
Pour parler positivement : la société belge dans sa grande majorité est bienveillante aux enfants jeunes et prend régulièrement des mesures en leur faveur. Sur les principes, guère de problèmes : Sur les moyens, entre autres financiers, il est loin d’être certain que le bien-être de ces petits constitue une priorité de l’état.
Pour les adolescents, c’est encore plus compliqué : le public se laisse parfois trop intoxiquer par les messages sécuritaires contemporains, bien entretenus par une partie des politiciens. Ceux-ci, à la recherche de cibles faciles pour rassurer et endormir l’opinion, désignent trop souvent comme dangereux des sous-groupes d’adolescents turbulents, bagarreurs, petits délinquants sur les bords et qui, comme par hasard, n’appartiennent pas souvent aux groupes majoritaires de la société : C’est plus simple de les clouer au pilori et de montrer ainsi que l’Etat est fort, plutôt que de vraiment sanctionner les anciens dirigeants de Fortis, certains réviseurs d’entreprise abusant de leurs influences politiques ou les parlementaires wallons en goguette en Californie : pour eux ce sera la prochaine fois, enfin peut-être, après le dernier décret pondu à la hâte, mais pour les ados qui ruent dans les brancards, il faut multiplier de toute urgence les places en centre fermé.
Mais bon, ces arbres adolescentaires, déjà plus épineux, ne
doivent cacher ni la forêt des bennes intentions communautaires, ni le beau
bois déjà moins touffu des bonnes réalisations.
Mais alors, ne pourrions-nous pas nous contenter de continuer sur
notre lancée, en acceptant que toute œuvre humaine est toujours
imparfaite ? Eh bien non ! Schindler, le Schindler de la liste [8],
sanglotait au moment de la libération des camps de la mort parce que, en
vendant l’une ou l’autre bague qu’il avait gardée, il aurait pu sauver quelques
juifs en plus. Qu’il nous serve résolument de modèle ! Après avoir dit que
beaucoup d’attitudes sociales vont au moins raisonnablement dans le bon sens,
voyons plus en détail ce qui grince et que nous pourrions encore améliorer pour
que les droits des enfants soient mieux respectés.
§ II. Les atteintes concertées aux droits de l’enfant
Je désire commencer par dénoncer le plus inacceptable, qui porte
indiscutablement atteinte aux droits de l’homme et à la CIDE ( article 22,
notamment ) : c’est le sort que la Belgique – et à ses côtés, toute
l’Europe occidentale – réserve aux plus misérables : les étrangers
illégaux cherchant refuge dans notre pays , enfants et adultes.

Jean-Marie le P…
euh, pardon, le démocrate Brice Hortefeux, grand traqueur des enfants
sans-papiers, jusqu’à dans les écoles, jusqu’à tourmenter les enseignants qui
essaient de s’interposer.
Enorme problème, qui demande sur le fond des changements d’attitudes radicaux dans les relations Nord-Sud [9], et face auquel mes recommandations à court terme sont claires : traiter les nouveaux arrivants rapidement, avec clarté et humanité. Régulariser les personnes et les familles en Belgique depuis plus de trois ans et qui ont montré leur capacité de s’intégrer à la société belge. Nous refuser à enfermer tout mineur non accompagné, toute famille ou tout parent avec enfants : d’autres pays pratiquent ce non-enfermement et, même pour les familles en passe d’être expulsées, les « disparitions » sont très peu nombreuses s’il existe de bons contrôles ambulatoires.

Changer radicalement les relations
Nord-Sud …
En 2009, la Belgique vient enfin de mettre en place deux avancées
positives, après des années de silence
et de traitement largement arbitraire des personnes concernées, souvent sans
élémentaire humanité. L´Etat a régularisé d’assez nombreuses familles bien
implantées sur le sol belge et ayant manifesté
un désir d’intégration. Par ailleurs, le délégué général aux droits de
l’enfant a obtenu du secrétaire d’Etat concerné l’engagement de ne plus faire
enfermer aucun mineur d’âge, quel que soit son contexte administratif :
mais il s’agit d’un engagement entre gens d’honneur, sans loi pour le
stabiliser … [10]
Tout
est-il réglé pour autant ? J’en doute fort, notamment en ce qui concerne
les nouveaux arrivants : pour eux, risque
d’être toujours d’actualité ce qui, jusqu’à l’été 2009 concernait tous les illégaux, et
que je dénonçais aux côtés de tant de concitoyens : «
l’agression contre les enfants est multiforme : on laisse sciemment leur
famille dans la précarité et l’insécurité, le stress, l’infériorité sociale. On
leur apprend à se méfier des règles des cités et à les contourner pour
survivre. On les incite indirectement à la haine, contre les nantis qui les
traitent en sous-hommes. »
Pire encore, on continue à enfermer
des familles et des enfants dans des centres fermés qui sont des zones de
non-droit. Moins qu’avant 2007, peut-être, parce que le statut administratif de
familles « enfermables » a changé, mais on en enferme toujours.
Les atteintes à la santé mentale de ces enfants enfermés sont
nombreuses. J’en parle en détail sur mon site web dans le dossier thématique « Les sans-papiers,
scandale pour nos sociétés occidentales » ( http://www.jeanyveshayez.net/t17-ensp.htm
)

En France, sous l’impulsion de Rachida Dati et de son maître, on reparle de mettre les enfants en prison dès douze ans …vraiment d’une autre époque, cette prison soviétique pour enfants ?
J’ai déjà évoqué l’infiltration de l’idéologie sécuritaire dans le champ de la délinquance juvénile : on parle trop des adolescents en mal, « ... de plus en plus violents, de plus en plus jeunes ... » comme les pires dangers d’une Nation. On ne parle pas assez de leur créativité, de leurs ressources positives, de leur capacité à faire changer le monde via leurs idées nouvelles. On ne parle pas assez de la majorité silencieuse des ados qui va raisonnablement bien, comme ce fut notre cas à l’époque, avec quelques houles.
Certes oui, il existe des minorités à la dérive. Mais s’il leur arrive de porter des armes ou de se battre très durement, s’ils consomment de l’alcool ou des drogues ou s’ils deviennent dépendants d’Internet, c’est parce que nous les avons considérés comme un marché et que nous avons voulu leur vendre mille produits douteux.
S’ils manquent parfois de sens social, c’est entre autres parce que le Père social diffus dans la communauté est bien faible. S’ils ne trouvent pas de sens à leur vie, c’est parce que nous ne leur en proposons plus assez.
Des relations humaines de qualité peuvent prévenir une bonne partie de ces égarements et débordements. De nombreuses initiatives du secteur psychosocial vont dans ce sens, mais ne sont pas toujours soutenues par les pouvoirs Publics, autrement que par de précaires saupoudrages-pilote … [11]
Je ne veux pas déresponsabiliser les ados pour autant : ils ont eux aussi leur part de comptes à rendre sur les choix qu’ils font et nous sommes en droit de leur imposer des mesures éducatives. Les sanctions peuvent en faire partie, si nous veillons à leur dimension reconstructrice ( notamment le champ des travaux de réparation )
Fondamentalement, nous pouvons nous en tenir à l’excellent esprit de la loi de protection de Jeunesse de 1965. Elle nous donne comme mission de comprendre, de rééduquer, d’aider ces ados à retrouver confiance dans leurs ressources positives ( c’est ce que demande l’article 40.1 de la CIDE )
La substitution de mesures éducatives à des mesures répressives constitue une des expressions de la responsabilité d'une société à l'égard de sa jeunesse. La repénalisation préconisée par une partie de l’opinion [12] constitue une illusion et une régression.

§ III. D’autres
atteintes ne sont pas programmées aussi volontairement.
Ce sont les discriminations dont souffrent certaines catégories d’enfants, issues de l’aveuglement ou de la force d’inertie du reste de la communauté. « L’enfer est pavé de bonnes intentions » dit un proverbe très ancien : Il ne suffit malheureusement pas que des chercheurs inter-universitaires produisent des rapports pertinents à propos des injustices sociales, ni que des ministres y aillent de leurs décrets successifs et parfois chaotiques pour mettre en place les interminables et maigrichonnes expériences-pilote tout juste évoquées.
Il faut des changements d’attitude communautaires ; Que chacun se retrousse les manches, se montre entièrement accueillant face à l’enfant défavorisé, tant pour l’écouter que pour partager des ressources.
Voici l’une ou l’autre application de ces injustices :
I. Il existe de plus en plus d’enfants et de
familles pauvres ou pas loin de l’être.

En 1921, Charlie Chaplin tournait The
kid, son premier long-métrage … En 2009, la pauvreté ne s’est
certainement pas réduite
A. Le changement d’attitude tout juste évoqué permettrait de
donner une dimension plus
radicale à ce que nous appelons « prévention primaire » :
organiser plus justement la répartition du travail et la circulation de
l’argent et des biens.
Et si la pauvreté s’est quand-même installée ?
Nous pensons alors tout de suite à ce qu’il convient de faire pour garantir que les enfants et les familles concernées gardent un accès normal aux ressources de la communauté.
Soutien qui constitue un acte de justice social, et non de la sollicitude de supérieur à inférieur. Les familles pauvres n’ont pas à avoir honte. Leur accès aux ressources communautaires, c’est un droit, qui comporte de multiples aspects : accès à des soins de santé de qualité ; accès aux milieux d’accueil pour les tout-petits, et empathie et respect des professionnels pour les parents, plutôt que méfiance et disqualification. Levée des obstacles qui empêchent une scolarisation « riche » ( frais scolaires et extrascolaires ; absence d’ordinateur à la maison ; absence d’espace personnel tranquille pour étudier ; difficulté d’accès aux stages et autres activités culturelles, récréatives, sportives ou spirituelles destinés à tous les enfants ) Que nous fassions donc en sorte que ces enfants démunis matériellement se sentent partout chez eux, comme les autres enfants, et que nous allions vers eux et leurs familles avec délicatesse quand ils n’osent pas s’adresser à nous d’initiative.
B. Mais, tout autant que partager les ressources, nous nous devons
aussi de reconnaître ces enfants et leurs familles comme interlocuteurs à part
entière dans la communauté ! Ils ont autant à dire que les autres, autant
d’opinions à prendre en considération, autant de questions à poser, autant de
science à partager ou de part de pouvoir à exercer : cette qualité de
sujet humain parlant et équivalent aux autres, c’est sans doute un des droits
de l’enfant qu'il est le plus intéressant de promouvoir … et que nous
négligeons le plus ( article 12 de la CIDE )
II. Il existe aussi des familles
« simples », parfois mais pas nécessairement couplées à la pauvreté.
Familles sans beaucoup de connaissances ni de
culture, sans de bonnes stratégies mentales pour faire face aux problèmes de la
vie : le Quart-monde de l’esprit, au-delà de celui de l’argent.

Les Groseille, la décapante famille du film La vie
est un long fleuve tranquille
( E. Chatiliez, 1987 )
Ces familles si vulnérables, qui ne savent pas
comment dissimuler leurs failles, ne
connaissent pas leurs droits et ne peuvent pas se payer de bons avocats,
n’est-ce pas elles que nous prenons plaisir à décortiquer, mettre à nu, montrer
du doigt ? Elles que les institutions devraient rassurer et entourer de
bienveillance et d’encouragements, ne s’ingénient-elles pas trop souvent à leur
faire peur, à se montrer menaçantes, à leur prendre vite leurs enfants pour les
placer ?
Si nous consultons les statistiques des SAJ ou
les signalements judiciaires pour suspicion de danger, nous voyons tout de
suite que ces familles y sont sur-représentées. Ce n’est juste ni pour elles,
ni pour d’autres catégories de familles, apparemment « bien », dans
lesquelles de profondes souffrances d’enfants peuvent naître et grandir en
dehors de toute sollicitude de la
société.

Extrait de The Kid
( C. Chaplin, 1921 ) … Les pauvres et les marginaux, cible
favorite
des polices et
services d’Etat…
III. La question complexe des inégalités en
matière d’enseignement et de scolarité.
Il est essentiel que le développement
intellectuel de tous les enfants soit bien soutenu, depuis leur plus jeune âge.
A. En assumant que toutes les familles n’y
pourvoient pas spontanément avec la même motivation ni efficacité, et que tous
les contextes sociaux ne sont pas également stimulants. Il nous faut donc
pouvoir détecter rapidement les lacunes et les familles à risque et y
remédier : stimulation précoce ; renforcement des milieux d’accueil
de la petite enfance ; enseignants, logopèdes et autres rééducateurs
supplémentaires, en référence au nombre d’enfants nécessitant une attention
spéciale ; classes à petit effectif ; soin tout particulier apporté à
l’enseignement en première et deuxième primaire, etc.

Via ces investissements soutenus, collectifs et
personnalisés, nous pouvons espérer que tous les enfants donneront le meilleur d’eux-mêmes, que leur famille
soit riche, modeste ou pauvre.
B. Néanmoins, même en y mettant ce prix, il
continuera à persister des différences de capacité intellectuelle entre
enfants, indépendamment de leur provenance sociale. Je souhaite qu’ils soient
répartis en référence à ces capacités, là où ils pourront s’épanouir au mieux,
progressivement et certainement en début de secondaire.
1. Il est donc souhaitable que continue à
exister un enseignement spécialisé de qualité pour ceux qui ne peuvent pas
absorber les quantités ou suivre le rythme de tout le monde.
Sans y « parquer » trop vite les
enfants juste un peu difficiles à vivre, coriaces à instruire et peu défendus
par leurs parents, mais en assumant que, sans
méthodes spécialisées, certains iront d’échec en échec. Et en veillant à
ce que ces écoles spécialisées ne fonctionnent jamais en ghetto, complètement
coupées des autres écoles et de la société : il est d’ailleurs concevable
de mettre en place des formules mixtes pour certains enfants, incluant des
moments spécialisés et d’autres, avec tout le monde, pour les enfants.
2. Il est souhaitable aussi de revaloriser
et de soutenir l’enseignement professionnel pour ces jeunes adolescents tout de
suite motivés par la perspective de métiers manuels et pour ceux qui ont une
intelligence très concrète et pas suffisante pour l’enseignement général. Et nous
pouvons raisonner de façon analogue pour l’enseignement technique.
C. La communauté française de Belgique vient
enfin (mars 2010) de voter un décret largement approuvé par la société, pour
organiser l’entrée des jeunes en première année secondaire. L’accueil dans
quelques grandes écoles réputées d’excellent niveau posait en effet problème,
parce que la demande était supérieure à l’offre et qu’elles étaient soupçonnées
alors de réserver leurs places en priorité aux enfants des familles riches.
L´Etat a donc mis au point des critères
objectifs pour réglementer les entrées, au sein desquels il a été prévu une
démarche de « mixité sociale » ( quotas minimum pour enfants de
familles défavorisées )

2. Cette nouvelle réglementation d'Etat me
laisse cependant partiellement insatisfait.
Au risque de jeter un pavé dans la mer des
idées égalitaristes à la mode, je
souhaite qu’il continue à exister des écoles « fortes », des
moyennement fortes et des plus faciles. Et qu’elles définissent elles-mêmes ce
qu’elles veulent être, en construisant leur projet d’établissement sans
pression de l’Etat [13].
Pourquoi ces gradations ? Je l’ai dit, parce qu’il existe de vraies
différences dans les capacités cognitives, même chez les jeunes aptes à suivre
l’enseignement général.
Le reconnaître, ce n’est pas pour autant
stigmatiser ceux qui sont moins doués, et qui ont leur lot de qualités
originales.
Il faut cesser de vouloir tout niveler par
le milieu, qui peut très vite tourner en médiocrité. Les intelligences les plus
fortes ont besoin de s’alimenter dans des programmes forts qui les encouragent
et les préparent à devenir les élites intellectuelles d’une Nation. Pourquoi
faudrait-il repérer et encadrer les futurs sportifs de haut niveau, ceux qui
feront les joies et les profits du Standard, et non pas les intelligences les
plus élevées ? N’est-ce pas de la discrimination à l’égard de
celles-ci ? D’autant que les jeunes ayant la chance d’avoir une
intelligence de haut niveau n’ont pas à s’en vanter. C’est un cadeau que la vie
leur a fait, et leur devoir est de l’exploiter pour en faire un service à la
société.
Quant aux bonnes intelligences, sans plus,
il faut qu’elles soient accueillies elles aussi dans des lieux où elles
pourront donner le meilleur d’elles-mêmes, sans connaître d’échec significatif.
L’article 67 du
décret mission de la communauté française permet suffisamment d’originalité aux
établissements scolaires pour qu’ils tiennent compte de ce critère-clé, en
référence à l’identité qu’ils veulent se donner [14].
Mais alors, comment garantir la justice
sociale, terme que je préfère de loin à celui de « mixité
sociale », auquel je trouve trop de relents égalitaristes ?
Est-ce si compliqué ? :
D’abord, bien informer les parents et
les grands enfants ( fin de primaire ) des quelques catégories
d’écoles secondaires existantes - vive les bons sites web ! - et les
laisser réfléchir et se débrouiller avec leur compétence spontanée, pour
frapper à ce qu’ils pensent être la bonne porte, en soutenant s’il le faut ceux
qui pourraient être inhibés par leur provenance sociale.
Et puis, que chaque collège d’enseignement
général organise un examen d’entrée, avec le degré de difficulté qu’il évalue
correspondre à son projet d’établissement. Examen ouvert à tous les candidats,
sans discrimination, et dont les résultats peuvent être contrôlés par l’Etat
s’il le souhaite [15].
Espérons néanmoins que ce n’est pas de ce contrôle, mais bien plus d’un état
d’esprit, que viendra l’ouverture de chaque école aux enfants de tous milieux
sociaux qu’elle prévoit adaptés à ses exigences.
§ IV. Quelques idées contemporaines qui me préoccupent
On proclame que l’enfant a droit à sa
famille et que l’en séparer vers une famille substitutive ou une maison
d’enfants ne peut constituer qu’un dernier recours.
Cette prise de position résulte entre autres de l’indignation des ONG qui
s’occupent des familles pauvres ou démunies. Indignation légitime : on a
souvent abusé de la vulnérabilité de ces familles pour placer leurs enfants,
parce que les intervenants ne pouvaient supporter ni leur dénuement, ni des
traits culturels différents, en confondant celui-ci avec la misère affective ou
morale.
Mais jeter trop de suspicion sur les placements d’enfants procède aussi de considérations économiques non-avouées : cela coûte moins cher de laisser un enfant en famille que de l’accueillir en famille d´accueil ou en institution résidentielle !
Or,
certaines familles ont une influence durablement très néfaste sur le devenir de
l’enfant : elles le rejettent, lui font violence, « l’élèvent »
de façon perverse ou incroyablement démissionnaire ou le confrontent à de
graves déséquilibres mentaux présents chez les adultes. Cela n’a rien à voir
structurellement avec la précarité matérielle.

Certes,
sauf rares exceptions où le danger est analysé comme important et immédiat,
mieux vaut essayer de faire se mobiliser ces familles vers davantage d’amour et
de richesse éducative. En ce sens, c’est vrai, la séparation et le placement de
l’enfant ne sont pas la première mesure à appliquer.
Mais
l’on a voulu comprendre cette recommandation bien au-delà de ce qu’elle
signifiait : alors, on s’acharne
plus que de raison à essayer de faire bouger, avec des moyens
ambulatoires dérisoires, des familles qui en sont incapables ou préfèrent le statu quo d’aujourd’hui. Le pari sur l'autonomie et la capacité des
familles, sur lequel repose l’organisation de l'« aide
volontaire » [16],
sert parfois d'alibi aux services d’Etat de l'aide à la jeunesse pour renvoyer
purement et simplement des situations problématiques vers des « services
de première ligne » sans soutien
ni accompagnement profonds.
L’article
9 de la CIDE est pourtant sans équivoque à ce propos. L’article 20, lui,
demande que les milieux substitutifs soient de qualité. Et je me sens très
proche des positions que Maurice Berger défend en France [17] :
il souligne l’irréductible et importante toxicité de certaines familles et la
nécessité d’en éloigner l’enfant. Et pas avec l’idée à peine dissimulée de l’y
remettre au plus vite. Mais Maurice Berger apparaît comme un Don Quichotte que
nombre de services sociaux d’Etat détestent cordialement.
A. On a abusivement généralisé l’idée que
les enfants gagnent ipso facto à ce que les parents se séparent quand
ceux-ci ne s’entendent plus : c’est toujours mieux, prétend-on, que de
rester ensemble en donnant l’image d’un couple boiteux et, pire encore que
d’ajouter que l’on attend et met de l’eau dans son vin au bénéfice des dits enfants.
Est-il
pourtant si absolument certain que les enfants
gagnent toujours au jeu de la séparation ? Ce l’est
vraisemblablement quand l’ambiance familiale est un enfer à répétition ou lorsque le maintien de la vie en commun est
dangereux … Mais dans nombre d’autres cas, quand le couple est simplement
usé par le vieillissement, ou qu’il peine à s’harmoniser sur des différences
d’objectifs ou de caractère ? Ou encore qu’un des parents, dans la
quarantaine, ne résiste pas à une jeune beauté de vingt ans qui a l’air de lui
faire du charme, alors que sa famille ne marchait pas trop mal » ? Se
séparer et aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte, c’est bien dans l’air du temps ! Ce coup de hache dans la
sécurité existentielle des enfants, est-ce pour autant l’unique choix
responsable, « la » mesure qui leur permettra de récupérer un optimum
de joie de vivre après coup ?

Raphaël, le jugement de Salomon
Je
n’en suis plus si convaincu. J’ai vu
défiler en consultation trop d’enfants - surtout avant
l’adolescence – dont l’attente obsédante était « Que papa et maman ne se séparent pas … Que papa et maman reviennent vivre
ensemble » Certes, il est facile de rétorquer : ce n’est pas le
maintien ou la reconstitution du lien qu’ils demandent, mais un lien idéal où
il n’y aurait pas de disputes. Bien sûr, je rencontre aussi d’autres enfants
- surtout à partir de l’adolescence – dont la position est
inverse : « Je ne comprends pas
pourquoi ils restent ensemble. Il n’y a plus de vie à la maison. Ce serait
mieux qu’ils se séparent » ou encore : « J’en ai marre. Je mets ma sono à fond quand
ils se gueulent dessus. Je voudrais vivre ailleurs »
Je désire seulement ne pas
simplifier la réponse à cette très délicate question, et réaffirmer qu’il
continue d’en valoir la peine de ne pas se séparer à la légère : si chaque couple est vulnérable ( personne
n'est immunisé contre la
séparation ), le divorce est toujours un acte grave qui devrait,
comme le disait Fr. Dolto, être considéré aussi sérieusement que le mariage.
Tant
mieux si le couple met de l’énergie au maintien d’un lien conjugal au moins
passablement bon, parce que de ce lien conjugal naît le lien parental et
l’armature de la famille d’origine, berceau de la sécurité et de la joie de
vivre de l’enfant. Pouvoir dire « Moi,
j’ai mes deux parents », cela donne une paix intérieure plus grande
que quand on en arrive à confier à sa meilleure amie : « Ce week-end, je vais chez les parents du
copain de ma mère, parce qu’elle est en voyage d’affaires et a emmené son mec
et que mon père, lui, fait la gay pride à Berlin avec son copain … »
B.
Si la séparation est quand-même actée, l’ambiance actuelle veut que beaucoup d’adultes revendiquent leurs
droits, avant de penser à leurs responsabilités pour assurer le bien-être de
l’enfant. Ils plaident donc pour l’égalitarisme, c’est à dire pour
un hébergement alterné, quel que soit l’âge de l’enfant.
Les
pères font valoir qu’on les a trop négligés, et que leur apport affectif et
éducatif pour l’enfant est très important également. Sur le fond, ils ont raison.

Extrait
de Kramer contre Kramer, un des premiers films grand public qui
montre
le rôle positif des pères après la séparation
De
là à conclure que seul un partage égalitaire du temps leur permettrait
d’exercer leur rôle, il y a un pas à ne pas franchir : seule, une partie
des hébergements alternés consécutifs à la séparation sont plus positifs pour
l’enfant que la formule traditionnelle d’avant [18].
Les
autres sont au moins des corvées, en ce inclus pour les pères, qui
s’essoufflent et cherchent de l’aide pour s’occuper des nouveaux arrivants. Et
ce sont parfois de purs désastres : ici, l’enfant est de trop chez un des
deux parents qui s’obstine pourtant à la réclamer ; ou il ne voulait pas
de l’alternance et ne s’y adapte pas, ou il est trop jeune pour profiter de la
formule : A ce propos, je vous renvoie à l’article « Hébergement alterné : seul garant du bien de l’enfant ? » que j’ai publié en 2008
dans la revue Santé mentale au Québec [19] ;
Il y montre que l’enfant très jeune ( jusque ses trois ans révolus )
doit résider en ordre principal chez le parent qui constitue la référence
principale en matière de maternage et de constitution de la figure
d’attachement. Même quand le papa est apprécié par le petit enfant, il est rare
que, avant la séparation du couple, il partageait entièrement un maternage
premier avec la maman et que l’enfant les con-fondait ( l’expression est
ici positive, à prendre dans le sens : faire fondre en un ) pour
constituer à eux deux une seule figure d’attachement. Dans ce cas, et dans ce
cas seulement on peut imaginer une vraie alternance pour les tout-petits avec
des durées de séjour brèves chez chacun et des passages fréquents de l’un à
l’autre.
Plutôt
donc que de vouloir régler les choses à la hâte avec la potion magique de
l’égalitarisme, la communauté ne devrait-elle pas mettre en oeuvre
davantage de dispositifs proactifs d'aide et de soutien aux parents séparés
pour maintenir un couple parental
suffisamment paisible et coopérant malgré la disparition du couple
conjugal ?
III. L’ultra immersion dans le monde de la consommation
Démarche
tentante pour les parents économiquement aisés, mais pas seulement pour
eux ! Dans certaines familles précarisées, le peu d'argent disponible [20]
est consacré à combler les moindres caprices des enfants.
Ces
attitudes incitent l’enfant à s’immerger dans le monde de la consommation,
davantage que ses parents ne le faisaient déjà, en faisant sienne la confusion
d’idées : « Etre heureux = posséder le plus de choses
possibles, ultramodernes, en les jetant et en les remplaçant dès qu’elles
s’usent un peu »

Ici,
les adultes comblent l’enfant de biens et de cadeaux pour montrer leur amour ; ils résistent mal
à ses caprices, lui accordent des libertés matérielles indues et ne le forment
guère à des philosophies de vie alternatives, qui prôneraient : la modération
face au matérialisme, la recherche du sens le plus profond de la vie ailleurs
que dans « les choses possédées », l’occupation des
« manques » par la pensée, la méditation, la création artistique, la
simple rêverie …
A
vouloir trop combler l’enfant d’avoirs, sa famille lui indique indirectement
qu’il lui faut devenir riche pour continuer sur la lancée. Elle le prépare donc
peu à la solidarité, au partage et à la justice sociale.
Et
que dire des « agressions » répétées qu’encaisse l’enfant à travers
la publicité, les médias, Internet … qui matraquent si souvent des
informations trompeuses, toxiques ou à tout le moins inadaptées à son
âge : c’est cela aussi, s’immerger dans un monde de consommation. On
« réagit » alors via des signalétiques ou des logiciels de
protection … toujours contournables. On réagit aussi en proposant
d’éduquer l’enfant à la publicité et à une utilisation intelligente des médias.
C’est bien, mais un peu court quand-même, car on se garde bien de toucher à
l’input, source de si plantureux bénéfices ! Les sociétés à fin de lucre
sont à des antipodes de l’état d’esprit de l’article 17 de la CIDE !
Les
exigences de rendement [21]
faites à un certain nombre d’enfants sont devenues excessives. Elles ont
toujours existé jusqu’à un certain point, et c’est même un signe d’amour et de
parentalité responsable que d’encourager l’enfant à donner le meilleur de
lui-même.
Mais
ces dernières années, le culte de la performance, la fascination par le
résultat sont plus forts que jamais. Et un certain nombre d’enfants sont
fatigués, stressés et vivent des sentiments d’échec et d’infériorité parce que,
pour ne pas décevoir papa et maman, ils doivent faire fonctionner leurs
neurones, leurs dispositions artistiques et leurs muscles au-delà du
raisonnable. Pour donner une bonne image d’eux et de leurs familles, et ceci au
sens concret et métaphorique du terme, puisque nous sommes au siècle de l’image.

Et donc, je plaide pour que nous
respections mieux le droit au repos, au rêve, à la libre récréation
( droit explicitement prévu par l’article 31 de la CIDE ) Pour que
les enfants un peu moins doués aient le droit de fréquenter des écoles un peu
plus faciles où ils travailleront en toute justice sociale avec d’autres
enfants un peu moins doués : je viens
d’en parler à propos de l’enseignement. Pour que nous abandonnions ces
systèmes où nous n’arrêtons pas de stimuler la compétition et de coter les
performances, et que nous encouragions plutôt la réalisation de soi, sans
points à la clé.
« You
like it, just do it ! » : un lobby se met en
place ; on trouve vite quelques scientifiques pour soutenir l’idée en
accusant les autres, les plus prudents, d’être passéistes ou d’abuser d’une
position sociale dominante. Et pour finir, des hommes politiques en recherche
d´électeurs s’en mêlent, une loi « progressiste » – of course ! – apparaît pour
donner suite à la demande et de nouveaux droits sont officiellement reconnus,
présentés comme de grandes conquêtes indispensables au progrès de
l’humain ...
Pourtant,
je continue à penser que le comblement concret de tout désir n’apporte ni
l’apaisement mental, ni le bonheur, ni l’épanouissement de ce qu’il y a de plus
humain en nous. A trop y viser, l’être humain reste insatisfait, et se trouve
vite une exigence suivante, encore plus hard, encore plus incroyable.
Au
contraire, faire son deuil d’une attente permet de réorganiser son projet de
vie autrement : mais pour faire vraiment son deuil sans paraître idiot, il
faut être sûr qu’il n’existera aucune faille dans la fin de non-recevoir qui,
pour une fois, aurait émané de la société. Et ça, justement, avec la société
d’aujourd’hui, on n’en est plus jamais complètement sûr : les exceptions
rationalisées l’emportent quasi-toujours sur la règle. Sauf s’il s’agit de tuer
père et mère ou de coucher avec un impubère, la plupart des portes finissent
par s’ouvrir : même les zoophiles et les infantilistes auront bientôt des
clubs avec pignon sur rue.
B. Les
enfants sont parties prenante dans ce mouvement : eux aussi demandent de
plus en plus que nous satisfassions non seulement toutes leurs exigences
matérielles, mais aussi celles de leurs exigences psychiques et affectives qui
sortent des normes actuelles. Quelques exemples :
◊ - Il
est presque déjà révolu le temps où les adolescents ne pouvaient se reconnaître
que deux orientations sexuelles : homo- ou hétérosexuelle. Des groupes de
pression revendiquent déjà que l’on puisse aussi se déclarer « bi »
ou « trans », pas seulement sur des salons Internet de sexe, mais
tout à fait officiellement.
Transsexuel ?
Par la voix suave et autorisée de Roselyne Bachelot, La France vient d’affirmer
(2009) que ce n’était plus un trouble mental … Elle le sait, c’est sûr,
mais faut-il pour autant permettre à des adolescents, parfois bien jeunes et en
recherche d’identité, de recevoir déjà des hormones pour que commencent les
transformations de leur corps vers l’apparence de l’autre sexe ? [22]
◊ - De
facto, n’avons-nous pas concédé trop de lieux de toute-puissance aux
adolescents dans les écoles ? De nombreuses fois, les rapports entre
enseignants et élèves restent bien trop des rapports de pouvoir et de force. Il
faudrait faire évoluer les formations des adultes, les soutiens qu’ils
reçoivent et les mentalités sur le terrain pour que les relations se fondent
bien davantage sur l’accueil, le respect des personnes, la stimulation
d’ambiance positive.
Mais
un cadre social sera toujours nécessaire, balisé par quelques règles de bonne
conduite et de courtoisie. Et aujourd’hui, l’adolescent qui les transgresse,
celui qui chique en classe et se montre grossier ou exaspérant, n’a pas de
vrais ennuis avant longtemps. Pour que la société s’émeuve [23],
il faut qu’il sorte un couteau ou fasse mine d’agresser le professeur ou
l’agresse vraiment, Mais s’il ne se hasarde pas à ces extrêmes, c’est plutôt
lui, l’ado, qui détient le pouvoir au quotidien au prix, souvent, d’une
ambiance de tension intergénérationnelle détestable, et avec à la clé quelques
dures vengeances d’adultes en fin d’année.

Si
une école tente vraiment d’appliquer un règlement juste, mais ferme … si
un professeur à la personnalité normale et un peu vive, exaspéré par un jeune
adolescent des plus provocateurs, ose « flanquer une baffe » à ce
dernier, alors des nuées de boucliers s’abattent sur lui : parents,
Instances de recours, signalements sociaux et judiciaires, sont de facto bien
plus souvent au service de la toute-puissance de l’ado que de sa vraie
protection.
N.B. J’ai
pris pour exemple ce qui se passe dans les écoles, mais n’en est-il pas ainsi
dans d’autres domaines de la vie sociale ? Depuis que l’Etat a porté aux
nues l’aide sociale à l’amiable, les institutions concernées par celle-ci se
donnent comme mission d’écouter les jeunes difficiles ou en crise familiale.
Très bien, mais « écouter » se transforme trop souvent bien vite en
« donner raison » « adopter le point de vue » « ne
rien faire s’ils ne sont pas d’accord » … et puis, quand quelques
ados qui n’ont jamais enregistré de balises contraignantes se conduisent
vraiment mal, on crée en toute hâte des
centres fermés, pas loin d’être des prisons …
◊ - Dernière
illustration : Parce qu’une minorité de mineurs le réclame, leurs
porte-parole adultes revendiquent le droit pour tous de connaître leurs
origines ( parents biologiques, déroulement du début de la vie ), chaque
fois qu’ils ne sont pas les enfants biologiques des parents ou des adultes qui
les élèvent. Certes, cette recherche et cette rencontre de ses origines peuvent
s’avérer apaisantes pour le jeune qui en fait la demande, quand on aide celle-ci à mûrir.

Mais
pas en en provoquant artificiellement le besoin chez le grand nombre qui ne
demande rien spontanément ! Pas non plus en se précipitant à l’exaucer au
plus vite du seul fait qu’ils en font la demande : pour certains, mieux
vaut que l’on continue à attendre la fin des remous émotionnels de l’adolescence !
Pour
une partie de ses applications
potentielles, c’est la démarche elle-même dont je conteste l’opportunité :
ainsi, en France, on commence à évoquer la possibilité que, quand il y a eu
insémination artificielle par donneur, l’adolescent puisse avoir accès au nom
de celui ou de celle qui a donné sa semence à l’origine de sa vie biologique.
Est-ce vraiment préférable à l’aide au deuil ? Le risque de perturber
l’équilibre existant dans sa famille actuelle n’est-il pas trop grand ? Le
secret que désire garder un certain nombre de parents à ce propos est-il ipso
facto condamnable ? Ici, le donneur ne vivait rien d’analogue au désir
d’enfant si fondamental mais bien d’autres types de motivations, pas toujours
si sociables qu’elles en ont l’air.
Enfin, je reviendrai tout de suite sur l’accouchement sous X, actuellement impossible et en discussion en Belgique. C’est une question très complexe, et il ne faut pas trancher trop vite à son propos.
§ IV. Les droits des enfants les plus vulnérables
Je me limiterai à deux catégories :
Nous pouvons encore mieux faire pour eux. En améliorant leur accès
aux ressources matérielles et spirituelles de la société. Mais aussi, en nous
souvenant que ce sont des sujets humains à part entière, qui pensent leur vie
et leur avenir comme les autres. Ils se font une représentation d’eux-mêmes qui
fait une place à leur handicap, plus ou moins douloureuse, plus ou moins
sereine mais qui devrait ne pas les y
réduire. Il nous faut donc les écouter comme tous les autres enfants, les écouter parler de leurs
besoins, de leurs projets, de leurs opinions sur leurs droits spécifiques, en
en tenant compte dans la mesure du possible ( article 12 de la CIDE )

Dans le film What’s eating Gilbert Grape ( L. Hallström, 1993), ce jeune autiste, admirablement interprété
par L. di Caprio, a la chance d’être merveilleusement écouté et pris en charge,
de façon toute simple, par sa famille ;
Mais, justement, il n’est pas toujours possible d’exaucer leurs
rêves et leurs désirs les plus intenses, parce qu’ils
manquent radicalement de réalisme.
Je
pense notamment aux jeunes porteurs d’une déficience mentale significative et aux problèmes que pose leur
vie affective et sexuelle. Pour l’affectif, c’est encore relativement
simple : il nous revient de veiller à la qualité de leur vie sociale et
d’éviter qu’ils vivent en reclus ou en ghettos ( article 23 de la
CIDE ) ; il nous revient donc d’accepter positivement, voire de favoriser
la formation de liens amicaux ou amoureux « platoniques », noués le
plus souvent entre eux.
Pour
leur vie sexuelle, du moins celle que l’on partage avec un partenaire, c’est
beaucoup plus complexe ! ! Au moment des bouleversements pubertaires, notre
responsabilité est de leur dire non, comme aux jeunes adolescents non
handicapés. Après, quand davantage de maturité s’installe, pour ceux qui ne
sont atteints que légèrement, et pour autant qu’ils en manifestent vraiment
personnellement le désir, nous pouvons accepter qu’existent des activités
sexuelles partagées, à guider avec délicatesse tout en respectant l’intimité
des personnes.
Mais
nous avons aussi le devoir de réfléchir à la qualité de vie des enfants que ces
jeunes handicapés pourraient procréer. Donc, à tout le moins, encouragement à
une contraception consentie et à un renoncement à la parentalité pour la grande
majorité d’entre eux ! Et pour les plus déficients qui resteraient rétifs
ou gèreraient leur sexualité sans précautions ni réflexion sur les conséquences, cela peut aller jusqu’à
l’imposition d’une contraception : C’est une décision grave, mais qui se
justifie parfois. Nous pouvons veiller à ce que ce ne soit pas une personne
seule qui la prenne, mais plutôt une « réunion éthique », comme
celles qui existent dans les bons services de soins intensifs pédiatriques pour
aider à prendre les décisions de vie ou de mort.
Nous
ne savons pas exactement quand l’embryon puis le fœtus deviennent vraiment un
être humain. Nous avons déjà énormément débattu à ce sujet et nous le ferons
encore, mais je parie que nous ne le saurons jamais. En tout cas, c’est bien
avant la naissance à terme. De surcroît, même avant cette installation
d’humanité, nous ne pouvons pas traiter l’embryon ou le fœtus n’importe
comment, vu le potentiel humain dont il est porteur.
Si
nous acceptons ces préliminaires, il en résulte que :
A. Il
faut nous ingénier à garantir le droit à vivre et à bien vivre pour un maximum
d’embryons et de fœtus. Même si l’avortement constitue parfois le moins mauvais
choix pour le futur des adultes concernés [24],
nous devons prendre toutes les dispositions pour que ce « choix du moindre
mal » se pose le moins souvent possible.
Au
nom de tous ces petits êtres qui ne peuvent pas le demander pour eux. Et en
nous souvenant aussi que, pour beaucoup de femmes voire de couples,
l’avortement demeure un geste traumatique.
Donc
oui pour renforcer l’éducation à la parentalité responsable, à la
contraception, l’information sur les risques génétiques, ainsi que pour
améliorer l’information et les conditions de vie matérielles et spirituelles
des femmes enceintes, de leur couple lorsqu’il persiste ou de leur famille.
A
ce propos, nous pouvons nous réjouir de la mise en place récente, en région
wallonne de Belgique, de foyers pour mineures enceintes désireuses de garder
leur enfant, quel que soit l’engagement du géniteur.
B.
Les discussions commencées en Belgique autour de l’accouchement sous X ou d’une
formule proche ne peuvent pas se clôturer de façon hâtive et péremptoire.
Certes,
là où la loi permet un anonymat complet et durable de la mère, il existe des
enfants et des adultes qui souffrent cruellement parce qu’ils ne sauront jamais
qui est leur mère biologique, et des mères aussi, qui ont perdu toute trace de
leur petit.
Mais
inversement, le fait de pouvoir accoucher sous X peut encourager un certain
nombre de femmes enceintes à confier l’enfant nouveau-né à la société, dans la
perspective d’une adoption. Donc peut-être
moins d’avortements, moins de déni de grossesse, d’infanticides actifs ou
passifs. Moins encore d’enfants gardés en famille, tout en étant vécus comme
« mauvais objet » : ceci mérite d’être pris en considération, et
n’est pas qu’au bénéfice du droit des mères.
Il
faut donc continuer des études bien documentées sur ce thème délicat.
C. Sauf
pour éviter de graves maladies génétiques, nous devons nous abstenir de toute
manipulation chromosomique ou génétique qui influencerait les données du génome
à la procréation. Prendre la vie comme elle vient, accepter le hasard de la recombinaison chromosomique est un signe
très important que les parents acceptent « l’altérité » de leur
enfant. C’est un signe qu’ils ne le
considèrent pas comme leur propriété, propriété choyée, mais propriété quand
même, dont ils auraient décidé la composition précise. C’est
aussi un enjeu de solidarité d’une société où les plus « forts » se
doivent d’accueillir sans volonté de pouvoir les plus « faibles » qui
apportent leur part originale d’humanité.
Je suis donc totalement en défaveur du choix du sexe de l’enfant
par les parents, puisqu’il suppose une sélection artificielle des chromosomes.
A fortiori, suis-je contre tout choix encore plus précis ( couleur des
yeux, degré d’intelligence, etc. ) qui supposerait des manipulations
génétiques en ce inclus l’adjonction de gènes étrangers à ceux des
géniteurs : une vie fabriquée de toute pièce par la puissance des adultes
et l’enfant, bien précieux de consommation, dont on aurait soigneusement choisi
l’emballage.
Hélas,
redisons-le encore, beaucoup aujourd’hui ont horreur de tout ce qui ressemble à
une limite de leurs désirs individuels.

La commercialisation des semences humaines a donc commencé en Europe, en
dehors de toute loi : Selon le quotidien Le Monde ( 17 juillet
2009 ), on assiste au développement du « sperme business »,
lequel entre « dans sa phase industrielle » Une importante
société danoise ( Cryos ) confirme fournir aux demandeurs des
informations sur « la race, taille, poids, couleur des yeux, niveau
d'éducation, profession » des donneurs. Ces derniers sont des
étudiants rémunérés « entre 135 et 270 euros par mois »
Les paillettes sont livrées en 24 heures moyennant 500 à 2.000 euros « selon
la qualité et la quantité désirées mais aussi selon le choix du donneur » L'article
précise que « les Françaises les mieux informées et les plus
déterminées passent par la Belgique » ( la
législation française n'autorise pas l'insémination des femmes
homosexuelles ni de célibataires )
Le
choix du sexe de l’enfant se pratique déjà illégalement à grande échelle en
Europe. Bientôt des psychologues auto-proclamés avant-gardistes diront que
c’est mieux comme ça, parce que l’enfant plus précisément choisi sera mieux
aimé. Des philosophes ou des sociologues disserteront, comme ils l’ont déjà
fait dans d’autres circonstances, pour dire qu’imposer une limite, cela ressort
de l’arbitraire tout-puissant des classes dominantes … Et dans dix ans,
mes propos seront taxés de passéistes, tyranniques et non-scientifiques
- tout étant relatif en sciences humaines -.
Et
quant aux manipulations génétiques plus sophistiquées, cela risque d’être pour dans vingt ans.
Bon,
ce n’est pas tout à fait inéluctable. D’autres voix commencent à réagir contre cette
tendance au « libre laisser-faire individualiste »
Espérons
donc qu’il se maintiendra et s’amplifiera assez de bon sens et de dévouement
dans nos sociétés choyées matériellement pour maintenir un cap où l’humain et
la solidarité l’emportent sur le paraître superficiel et l’égoïsme destructeur.
Remerciements :
Je remercie les collègues et ami(e)s qui ont
commenté ce texte et l’ont enrichi sans être eux non plus mes clones. Je garde
donc seul la responsabilité des idées ici proposées. Merci à Geneviève Bragard,
Nathalie Chatelle, José Davin, Tanguy de Foy, Bernard Demuysère, Pierre
Filleul, Baudouin Hecquet et J.
Stéphany.

Pour vous dire au revoir, vive l’amour
Extrait de The kid ( C. Chaplin, 1921 )
Droits de l’enfant, pauvreté, précarité, justice et adolescents, sans
papiers, recherche des origines, accouchement sous X, avortement, choix du
sexe, génétique, enfants sans papiers.
Si
vous voulez en discuter avec moi
[1] Jean-Yves Hayez, psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie, professeur émérite à la
Faculté de médecine de l’Université catholique de
Louvain.
Courriel : jyhayez@uclouvain.be Site web : www.jeanyveshayez.net
[2] Par enfant, il faut entendre tous les
mineurs d‘âge. Si des spécificités liées à des âges plus précis apparaissent,
elles seront précisées dans le texte.
[3] Allez visiter le site web de la
CODE : www.lacode.be : vous y trouverez nombre de synthèses documentées
sur des thèmes précis. Lisez aussi leur rapport : Evaluation du rapport
triennal de la Communauté française relatif à l’application de la Convention
internationale des droits de l’enfant pour la période 2005-2007 : Rapport
remarquable qui nuance quelque peu les cocoricos du gouvernement de la
communauté française de Belgique pour le travail soi-disant complètement réussi
la même période…
[4] Elles sont virtuelles, de facto, dans le
quotidien des gens de terrain. De loin en loin, on organise cependant des
événements concrets – congrès ou journée d’études – où des
intervenants d’horizons très divers prennent la parole. Il y a aussi les forums
d’échange sur Internet autour des droits de l’enfant.
[5] J’emprunte l’expression
« suffisamment bonne » à Winnicott, qui affirmait que la vraie bonne
mère n ‘est jamais que celle qui est « suffisamment bonne » Il disait
donc de même coup que des failles font partie de la condition humaine.
[6] Bientôt ? Outre
Atlantique, il est déjà tout à fait admis que l’on peut être adolescent et
avoir une identité « trans » … Et chez nous, l’idée fait
rapidement son chemin. Pour vous en convaincre, entrez par exemple sur Google 3
identité trans adolescents.
[7] Avec l’une ou l’autre exception bien contrôlée, pour les enfants artistes ou
sportifs de haut niveau. Espérons que ce soit bien en leur faveur, et pas pour
l’argent qu’ils peuvent rapporter !
[8] La
liste de Schindler, S. Spielberg, 1993.
[9] On peut lire
à ce propos le denier ouvrage de Jean Ziegler,
La haine de l’Occident,
Paris : Albin Michel, 2008.
[10] Et encore … si l´accord
à l´amiable que je viens d´évoquer se résilie, on réenfermera les enfants, avec
le retour des horreurs que j´avais dénoncées à l´époque : “ … ( ces
lieux d´enfermement sont ) … des zones de non-droit ... Les atteintes à la santé mentale de ces enfants enfermés
sont nombreuses. J’en parle en détail sur mon site web dans le dossier thématique « Les sans-papiers,
scandale pour nos sociétés occidentales » ( http://www.jeanyveshayez.net/t17-ensp.htm
)
[11] L´expérience-pilote
est une très grande spécialité des pouvoirs publics belges : Os à ronger et
poudre aux yeux face à une insatisfaction sociale, elle a pour caractéristique
de se prolonger à titre pilote pour l´éternité ou d´être purement ou simplement
supprimée, même lorsque son évaluation est scientifiquement positive et que le
besoin social reste criant.
[12] L´expérience-pilote
est une très grande spécialité des pouvoirs publics belges : Os à ronger et
poudre aux yeux face à une insatisfaction sociale, elle a pour caractéristique
de se prolonger à titre pilote pour l´éternité ou d´être purement ou simplement
supprimée, même lorsque son évaluation est scientifiquement positive et que le
besoin social reste criant.
[13] . La réalisation d'une extension importante des
places en centre fédéral fermé ( qui n'est pas une
IPPJ mais une
prison ), à Saint-Hubert, va dans le sens de cette re pénalisation. Et de
nouvelles places en IPPJ sont prévues elles aussi pour 2013.
[14] Je sais que l’école n’est pas qu’un lieu de
transmission du savoir, mais qu’elle a bien d’autres missions, notamment au
niveau de la transmission de valeurs et de la formation à la citoyenneté. . Le
décret missions le souligne en communauté française de Belgique et l’article
29.1 de la CIDE ne dit pas autre chose.
Le projet d ‘établissement doit également intégrer ces données. Mais le
propos du texte n’est pas de synthétiser toute la problématique de
l’enseignement. Je me suis limité à une question épineuse en Belgique
francophone en 2010.
[15] Je
sais que l’école n’est pas qu’un lieu de transmission du savoir, mais qu’elle a
bien d’autres missions, notamment au niveau de la transmission de valeurs et de
la formation à la citoyenneté. Le décret missions le souligne en communauté
française de Belgique et l’article 29.1 de la CIDE ne dit pas autre chose. Le
projet d‘établissement doit également intégrer ces données. Mais le propos du
texte n’est pas de synthétiser toute la problématique de l’enseignement.
[16] Comment
concilier cette idée avec le fait qu’il existe des enfants prioritaires
( proximité géographique, regroupement des fratries, adossement des
écoles, etc. ) C’est simple, s’il y a examen d’entrée : tout le monde
doit le passer ; les enfants prioritaires sont automatiquement accueillis
s’ils réussissent celui-ci ; puis viennent les autres par ordre de
classement. Par contre, si un enfant prioritaire rate l’examen d’une école, il
n’est pas raisonnable d’y imposer sa présence, puisque c’est le mettre en
situation potentielle d’échec.
[17] Lire p.ex., M. Berger, Ces
enfants qu’on sacrifie … au nom de la protection de l’enfance, Paris : Dunod, 2007.
[18] Pour mémoire, un week-end sur deux et une
partie des vacances, jusque la moitié, chez le parent non-gardien principal.
[19] Vous pouvez le
lire sur mon site web à la page http:
//www.jeanyveshayez.net/brut/702-hebe.htm
[20] Voire qu'on n'a pas... cfr crédit-surendettement, etc.
[21] Le terme « rendement » évoque le
quantitatif. De la même manière, sur le plan qualitatif, on peut évoquer des rêves et projets
inadaptés : le petit chéri est bien conçu comme enfant unique et
précieux, mais son destin est scellé
depuis toujours dans la tête de ses parents : il sera ingénieur,
champion de trial à cinq ans, reine des
Barbie, quoi d ‘autre encore…
[22] Grande-Bretagne ;
presse du 20/09/09 – Un établissement scolaire a dû réunir les élèves lors
d’une assemblée extraordinaire pour les informer que l’un de leurs camarades
était devenu une fille.
Le petit garçon de douze ans est arrivé au collège avec une robe et de longs
cheveux noués en nattes. Durant tout son cycle à l’école primaire, l'enfant
était un garçon et ses camarades l'ont rapidement reconnu malgré son apparence
féminine, ce qui a suscité de vives brimades. Bien que le garçon n’a pas encore
subi d'opération pour changer de sexe, il suit un traitement hormonal et il est
très vite devenu le bouc émissaire de ses camarades. Le directeur de
l’établissement a donc décidé de réunir spécialement les élèves pour tenter de
régler ce problème. Il a notamment demandé aux élèves de le traiter désormais
comme une fille et de l’appeler par son nouveau prénom.
[23] Société
qui alors, ne trouve pas d’autre solution que la répression ou la surveillance
renforcée : entourer l’école de murs, imaginer des portails de sécurité à
l’entrée des écoles secondaires, punir sévèrement les bandes qui viennent faire
du vandalisme ….
[24] Pensons
à ces nombreuses situations où la femme enceinte se retrouve seule, sans partenaire
solidaire à ses côtés, sans famille pour la soutenir …. c’est notamment le
cas pour une bonne partie des mineures enceintes.