La lutte contre l'erreur judiciaire est, pour nous,
un seul et même combat. Que la victime de cette
erreur soit un innocent injustement condamné, ou
qu'elle soit un enfant abusé auquel la justice
refuse la reconnaissance de son traumatisme. Il
serait à la fois absurde et illégitime d'opposer ces
deux revendications d'une vraie justice.
La tempête qui s’est déchaînée la semaine du 17 mai 2004
depuis le Tribunal de Saint-Omer, à propos de l’affaire dite d’Outreau, nous
rappelle sinistrement les moments de misère de notre
condition humaine commune.
La tempête qui s'est déchaînée la semaine du 17 mai
2004 depuis le tribunal de première Instance de
Saint-Omer, à propos de l'affaire dite d'Outreau, nous
rappelle sinistrement les moments de misère de notre
condition humaine commune.
Elle n'en arrête pas de souffler. Un autre moment
très fort a été l'acquittement général des adultes qui
restaient incriminés, ce 01/12/05, par la cour d'appel
de Paris, avec les excuses publiques du plus haut
magistrat de France : du jamais vu, de mémoire
d'homme ! . Et ce n'est pas fini : une commission
parlementaire d'enquête vient de se mettre en place,
début 2006.
Plus qu'une tempête, un tsunami d'indignation !
L'émotion générale est très forte, et l'on peut
redouter que ne s'installe, pour apaiser celle-ci, l'une
ou l'autre chasse aux sorcières : l'expert Viaux
pourrait bien en faire les frais, surtout pour quelques
mots malheureux qu'il a prononcés, alors que c'est
une personnalité de réputation internationale ...
Oui, des adultes sont capables de mentir ou de
fabuler
(1)
, pas nécessairement par haine de ceux qu'ils
enfoncent ni même par profit matériel : c'est au moins
aussi souvent la peur, le besoin de se mettre en
évidence, la lâcheté et la recherche de la moindre
punition ou encore la honte et l'effroi à l'idée de se
rétracter, qui les entraînent à dire faux, et parfois
obstinément. Dans le secret de son âme, lequel de
nous oserait-il prétendre qu'il n'a jamais cédé à cette
tentation ?
Oui, les enfants et les adolescents sont porteurs de
cette même capacité ; encore plus que les adultes, ils
sont à risque de se laisser suggestionner par autrui ;
surtout lorsque « autrui », c'est un personnage
important de leur vie, par exemple un parent qu'ils
redoutent ou dont les émotions les bouleversent,
quelqu'un dont ils ne veulent pas perdre l'amour ou
même qu'ils croient pouvoir aider et sauver par leurs
affirmations. On les voit alors vouloir faire passer
pour vrai du complètement fallacieux ou, au moins
aussi souvent, on les voit s'embrouiller, en remettre,
présenter des mélanges confus où s'entremêlent
inextricablement lambeaux d'objectivité et fabulations
... alors, si, en plus, on les croit tout de suite à 100%,
sans les aider à autocritiquer leurs dires, ils se sentent
prisonniers de leur propre parole, condamnés à
s'obstiner pour ne pas connaître le désaveu, la honte et
la punition.
Oui des magistrats ou des experts sont faillibles,
comme n'importe quel professionnel, comme
n'importe quel être humain sont faillibles ; ils peuvent
se tromper de bonne foi ou se laisser emporter par la
fausse générosité des idéologies ou par l'orgueil et le
refus de principe de faire jamais marche arrière.
Les conséquences de ces erreurs et de ces
manquements humains peuvent être tragiques,
jusqu'à faire exécuter des innocents ou briser des vies
... ou jusqu'à rejeter en bloc tout ce que disent et
diront à l'avenir ceux qui se sont égarés une fois et les
rejeter plutôt que les aider. Il est donc de notre devoir
de réfléchir aux valeurs, attitudes et moyens qui
réduisent le plus ces risques.
Une constatation de terrain.
Néanmoins et préalablement, en nous refusant de
faire chorus avec le déchaînement des émotions
collectives, il nous faut réaffirmer une constatation
que notre expérience de terrain nous a toujours
confirmée : l'enfant qui prend l'initiative de révéler
un abus sexuel qu'il a subi dit souvent vrai, au moins
pour l'essentiel de ce qu'il relate ; les fois où il ment,
fabule totalement ou en en rajoutant, délire ou se
trompe de bonne foi sont rares. Nous nous référons
ici à l'enfant qui, en dehors de toute pression d'un
tiers porteur d'emprise sur lui, va trouver une
personne qui a sa confiance, souvent longtemps après
que les faits aient eu lieu ou aient commencé - Dame !
Il a besoin de bien du courage pour hasarder sa
démarche -. Il prend alors la très lourde responsabilité
de mettre en cause un abuseur souvent plus puissant
que lui, parfois même un parent ... et il s'avère
capable de raconter avec des détails concrets
plausibles et avec émotion le malheur qui lui est
tombé dessus : dans un tel contexte et dans la majorité
des cas, ce qu'il raconte est vraiment arrivé pour
l'essentiel et il ne commet pas d'erreur sur la
personne qu'il met en cause ... par la suite, plus on
met de temps à le protéger efficacement et plus on
multiplie les interrogatoires de cet enfant, plus sa
mémoire s'effrite et se trompe sur des détails, plus il
commence à avoir peur de ce qu'il a dit, et plus il est
contaminé par l'inévitable dimension suggestive de
certaines questions : alors oui, il peut se rétracter à tort
ou s'embrouiller plus considérablement, d'autant
qu'il est plus jeune.
Il existe bien sûr des exceptions à cette constatation
statistique, et nous ne proclamerons donc pas que,
même dans ce contexte, tout enfant dit toujours toute
la vérité : même en dehors de pressions faites par
autrui, on a vu, surtout autour de l'adolescence
débutante, des jeunes accusateurs secrètement
haineux en quête de vengeance, d'autres qui
voulaient se rendre intéressants à n'importe quel prix,
et d'autres encore qui justement en voulaient
intensément à tel adulte de les avoir éconduits, au
point de lui attribuer à lui les passions et désirs
sexuels qu' eux, les jeunes, vivaient. On a vu aussi des
tous petits se tromper spontanément de bonne foi et
donner une connotation sexuelle à un geste de
nursing ou de tendresse innocent. Mais l'arbre ne doit
pas cacher la forêt : ce ne sont là que des situations
minoritaires.
C'est lorsque des pressions existent autour de l'enfant
qu'il faut encore se montrer plus prudent, sans
nécessairement enterrer ipso facto ce qu'il dit : au
contraire, l'investigation doit être menée avec plus de
délicatesse, de compétence et de minutie que jamais !
Nous pensons par exemple aux séparations
parentales difficiles et aux tous petits qui sont
questionnés de façon soupçonneuse, voire inspectés
corporellement lors des retours de séjour chez l'autre
parent. Mais nous pensons aussi aux accusations
collectives, entre autres en milieu scolaire, où une
pression, même involontaire, peut émaner du regard
des pairs, face auxquels on peut difficilement revenir
en arrière ... Oui, dans de telles circonstances, le risque
augmente : en mentant sciemment ou en fabulant,
l'enfant ici concerné peut complètement
« inventer »
une histoire d'abus ou il peut amplifier la gravité de
ce qui est arrivé et le nombre de personnes impliquées
... néanmoins, l'inverse existe aussi, et probablement
bien plus fréquemment : on connaît des responsables
de collectivité qui s'en prennent, des années durant,
aux plus fragiles des gosses sous leur tutelle, avec la
tyrannie d'une dure loi du silence qui pèse sur tous.
Ces vécus de l'enfant ayant été rappelés, il nous faut
évoquer les risques puis les enseignements que
l'affaire d'Outreau pourrait entraîner.
Les risques, pour commencer.
Il y a d'abord celui du débordement de
l'indignation collective, toute compréhensible que
celle-ci soit en la circonstance. Si elle s'emporte, on
pourrait bien amplifier une chasse aux sorcières
sournoisement démarrée il y a quelques années : on
pourrait vouloir abattre ceux qui, de bonne foi,
essaient de protéger les enfants qui se plaignent à eux.
Ce Mac carthysme à l'envers n'est pas une vue de
l'esprit : ainsi en France, jusque récemment, différents
sièges de l'Ordre des médecins s'en sont-ils trop
souvent pris à des praticiens, même
chevronnés, ( C.
Bonnet ; C. Spitz ; P. Sabourin, etc. ) alarmés
par la détresse de leurs petits patients et simples auteurs de
signalement. Ca a été inacceptable à un tel
point que Jean-Miguel Petit, commissaire des Nations Unies
pour les droits de l'homme, chargé d'examiner la
situation globale de la maltraitance en France, s'en est
ému dans son rapport de synthèse de 2002 ( Cfr
« A la
Commission des droits de l'Homme de l'ONU, inquiétude
sur le face-à-face des enfants victimes et de la Justice
française »)
En Belgique, certains se sont déjà ingéniés à faire un
amalgame entre la situation d'Outreau et les
« affaires » du collège Saint-Pierre et de la crèche
Clovis : or, dans ces deux derniers cas, si la vérité
judiciaire a été celle d'un non-lieu - ce qu'il s'agit de
respecter dans un esprit d'apaisement et d'humilité
citoyenne -, les investigations ont été correctement
menées, les procédures bien respectées et surtout,
aucun suspect de l'époque n'avait été indûment privé
de sa liberté.
Dans le même ordre d'idées, on risque d'encore
exagérer l'ampleur du problème des fausses
allégations d'abus sexuel dans le contexte de la
séparation parentale. Or, les études bien documentées
montrent que de telles suspicions d'abus ne sont
invoquées que dans 5 à 6 % des situations de
séparation ... Certes, c'est déjà beaucoup, mais de
nombreuses études montrent également que ces
accusations sont fondées environ une fois sur deux ...
non pas que tous les ex-conjoints se transforment
soudain en pédophiles invétérés ... mais entre cet
extrême rare et celui du dérapage occasionnel d'un
adulte en manque, ou la surgescence du besoin de
« salir » l'enfant tant chéri par le parent gardien ... il y
a place pour quelques variantes.
Mais surtout et plus radicalement, l'affaire
d'Outreau va être une très mauvaise chose pour la
cause des enfants en difficulté. Comme vient de le
dire un des avocats de la défense, elle risque bien de
nous ramener vingt ans en arrière.
Il a souvent existé dans l'Histoire des mouvements de
balancier entre la place positive qu'on reconnaît aux
enfants et le crédit qu'on leur accorde, d'une part, et
l'ignorance de leurs besoins et souffrances de
l'autre
(2)
Jusque vers 1995, on a eu tendance à
prendre très largement en considération les
accusations de maltraitance qu'ils dirigeaient vers les
adultes ... mais voilà, avec tous leurs cris, ils ont
commencé à l'encombrer et à le déstabiliser, l'ordre
adulte ... alors aujourd'hui, on enregistre toujours
leurs plaintes, certes, on prétend même avoir amélioré
les techniques de leur audition ... mais ensuite, que se
passe-t-il vraiment sur le terrain de l'aide et de la
protection
(3)
? Quelques têtes d'adultes que l'on
continue à faire tomber spectaculairement ne
dissimulent-elles pas beaucoup d'inertie et
d'agacement pour une majorité plus significative des
cas ? La bureaucratie et la recherche d'homéostasie de
la société des adultes ne sont-elles pas occupées à
reprendre le dessus ? Et le plus haut magistrat de
France, de Belgique ou d 'ailleurs viendra-t-il un jour
présenter ses excuses pour ces milliers de petites
victimes éconduites, et souvent renvoyées auprès de
leur abuseur triomphant d'impunité ?
Alors, Outreau, bonjour les dégâts ! Nous pensons au
risque d'une non-écoute radicale, soi-disant parce
qu'on aurait trop « sacralisé »
la parole des enfants ces
derniers temps. Mais nous pensons surtout à ces
enfants dont le discours comporte un mélange très
enchevêtré de vrai et d'exagérations : eux entre
autres, sont à risque de faire les frais de la
maxime « On jette le bébé avec l'eau
du bain » : ils ont
indisposé ; c'est compliqué de démêler l'écheveau de
leurs dires et ils pourraient bien être rejetés en bloc à
l'avenir ... La Belgique, elle a déjà opté pour la
simplification radicale : dans le cas bien connu de
Régina Louf, où se mélangent probablement lourds
éléments de réalité et faux
souvenirs ( false memories ),
malgré que des faits graves aient été bel et bien
reconnus et que les rapports psychiatriques soient très
nuancés, on a fait courir la rumeur qu'elle était
complètement folle et qu'il fallait en finir avec elle ...
et on n'investigue plus rien.
Enfin, il nous reste à tous de sérieux efforts à faire
pour nous discipliner face à la tentation du
voyeurisme indécent. Dans l'affaire d'Outreau
comme dans d'autres, des huis-clos n'ont pas été
prononcés là où ils auraient dû l'être, du moins en
première instance, et une certaine presse a jeté en
pâture à ses lecteurs de larges extraits précis de
l'audition des enfants. C'est proprement scandaleux.
Et les leçons à tirer ?
En exergue, je voudrais citer Monsieur le Conseiller à
la Cour d'appel de Bruxelles Patrick Mandoux, qui
nous invite à la sagesse et à garder la tête
froide : « Oui, ces paroles (d'enfants) ont la
même valeur ( que les paroles d'adultes ) Encore
faut-il pouvoir
comprendre la parole des enfants. Là, il faut voir
l'apport de toutes les sciences qui nous aident à
décoder les paroles des enfants. Mais cela s'applique
aussi aux adultes. Il faut également pouvoir décoder
pour comprendre ce qu'ils ont voulu dire. La
vigilance du juge doit être constante. Il ne faut surtout
pas se laisser persuader par des
évidences »
(4)
Comment alors se mettre dans les meilleures
conditions pour donner toute leur valeur à ces
paroles, d'interprétation parfois si difficile ?
Se pose d'abord et avant tout ici, une fois de plus, la
question de la compétence des personnes chargées de
recueillir ces témoignages verbaux, et au-delà,
d'investiguer les autres éventuels éléments de preuve
chargés de les pondérer positivement et
négativement. Nous y reviendrons dans le dernier
paragraphe en parlant explicitement des experts.
La compétence s'appuie aussi, faut-il le rappeler, sur
l'expérience acquise, les premiers pas étant
rigoureusement supervisés par des « seniors »
bienveillants et riches de leurs connaissances et de
leur expérience de terrain. Elle gagne encore en
qualité lorsque elle procède d'une réflexion
pluridisciplinaire ; une réflexion qui soit une véritable
mise en commun, chacun y amenant les richesses de
ses méthodes propres et de la lecture de l'humain que
fait sa discipline, et en assumant les manques ...
Certes, en fin de compte quelqu'un, personne
physique ou morale, doit décider ... Mais quel
appauvrissement quand celui qui décide, c'est un
petit tyran qui s'est contenté de lire les rapports écrits
des autres et de n'en prendre que ce qui lui
convenait ...
A supposer que l'on dispose de cette équipe
pluridisciplinaire potentiellement compétente, il faut
alors mettre dans de bonnes conditions l'enfant et
l'adulte qui doivent parler, pour qu'ils aient envie
d'aller au plus profond d'eux-mêmes.
Limitons-nous à rappeler quelques éléments
essentiels de l'ambiance et de l'organisation du
travail :
a) On a déjà dit et redit, à ce propos, combien il est
important que les entretiens d'audition ne soient pas
répétées. Donc, mieux vaut vidéo filmer le premier
d'entre eux, mené avec un bon interviewer et dans
des conditions fiables. Oui, certes, mais à condition
que les avocats de l'abuseur suspecté ne fassent pas
un usage pervers de cet enregistrement : qu'ils ne
trouvent pas dans ses quelques inévitables failles
l'occasion de mettre l'interviewer et l'enfant KO d'un
seul effet de manche à l'audience, en arguant sur le
côté imparfait des discours :
précisément, cet
enregistrement n'a pas pour intention de constituer
une preuve objective, mais un élément
d'appréciation,
inévitablement imparfait, comme toute oeuvre
humaine
(5)
b) On ne dit pas assez combien il est impératif et
urgent de mettre en place des procédures d'écoute
très rapides pour les tous petits : comment peut-on
imaginer qu'un discours d'enfant de moins de six, sept ans
soit encore décodable après trois mois passés et cinq
interviewers différents ?
c) Faut-il ajouter à cet arsenal de méthodes une
confrontation directe entre l'enfant et la personne
qu'il accuse ? A Outreau, on s'est plaint que le
magistrat ne l'avait pas mise en place. Nous sommes
cependant des plus sceptiques sur la contribution que
la confrontation peut apporter à une meilleure
connaissance de la vérité : pour beaucoup d'enfants
« normaux », c'est d'abord et avant tout une
expérience de très grande angoisse, qui les pousse à
se rétracter. Quant aux plus fabulateurs, enfermés
qu'ils sont dans leur volonté de convaincre, rien ne
prouve qu'ils vont s'y laisser démonter ! La
confrontation indirecte, par vidéo interposée, est
peut-être un peu moins anxiogène, mais les enjeux y
sont identiques.
Pour terminer, et même si cela semble un lourd pavé
dans une mare plutôt bouillante, nous nous
permettrons d'exprimer notre perplexité face à la
forte pression contemporaine qui voudrait que tous
les cas suspects d'abus sexuel soient signalés et traités
judiciairement. Les arguments avancés pour y
procéder sont qu'il s'agit bel et bien de
délits - mais la
grande majorité des délits d'une
société restent
pourtant « ignorés » des tribunaux,
même quand des
tiers en sont témoins ! - ; on invoque aussi une
hypothétique meilleure efficacité dans le
« traitement » des cas, et la nécessité
que, dans une société démocratique, ce soit
l'institution judiciaire qui « dise » toujours la Loi.
Il nous semble cependant que l'on peut raisonner
autrement sans pour autant être pervers. Pour des
raisons pragmatiques d'abord : dans beaucoup de
pays, les tribunaux sont saturés par des suspicions
d'affaires de mœurs et ne peuvent plus les suivre à un
rythme efficace. Pour des raisons plus profondes
ensuite : il existera toujours un hiatus entre le
raisonnement judiciaire, prudent, pesant le pour et le
contre, naviguant entre le principe de respecter la
présomption d'innocence et celui de sanctionner les
délits avérés et de rendre justice aux
victimes ... Dans
cet inévitable état d'esprit, beaucoup
de « vérités
judiciaires » aboutiront encore à des non-lieu, tout au
plus au bénéfice du doute ...
Alors ? Alors, sans prôner cette attitude d'extrême
droite que serait la vengeance directe, ne peut-on pas
vraiment apprendre aux enfants à mieux se protéger
directement ? Ne peut-on pas encourager le tissu
familial et social de première ligne à mieux les
protéger sur place, sans faire tout de suite appel aux
institutions les plus spécialisées ? Ne peut-on pas
réserver l'intervention de celles-ci aux cas les plus
odieux, les plus rebelles, les plus violents ?
Considérations particulières sur l’expertise
psychologique dans le contexte pénal de l’abus sexuel.
I. Les connaissances requises.
Procéder à l'expertise psychologique d'un enfant
présumé victime d'abus sexuel ( et de son
environnement ) demande un supplément de
connaissances spécifiques. Un psy
« généraliste »,
même chevronné, risque de passer à
côté
d'indicateurs préoccupants, d'interpréter
erronément
des signes banaux si pas des symboles généraux, de
ne pas poser les questions précises nécessaires ni
d'encourager l'enfant à aborder certains
thèmes ( par
exemple angoisses à propos de l'altération du
corps )
Celles et ceux qui acceptent d'être experts devraient
donc d'abord avoir suivi des suppléments de
formation spécialisée : ainsi, ils
connaîtront mieux la
psychologie et les comportements de l'enfant abusé et
la dynamique des relations entre lui, sa famille et les
adultes. Ils sauront aussi comment son comportement
évolue au fil du temps et, entre autres, comment il
évolue en référence aux interventions
professionnelles
qui se succèdent : il est rare qu'elles soient
vécues d'une manière globalement positive et qu'elles
n'entraînent pas une traumatisation secondaire qui a
elle-même des effets de rétroaction sur le discours de
l'enfant ( et de sa famille !)
Mais il y a plus : l'expert crédible doit utiliser comme
référence principale des instruments d'observation et
d'analyse qui font un large consensus dans le monde
scientifique. Instruments qui devraient d'ailleurs être
connus, d'une manière plus théorique et générale, par
les partenaires professionnels de l'expert, notamment
les policiers et les magistrats et constituer ainsi une
référence commune. Or, il n'existe à notre
connaissance que l'un ou l'autre de ces instruments,
qui font un large consensus international ; ils se
copient largement et le plus paradigmatique, en ce
qui concerne la dynamique de la relation enfant-expert,
c'est l'entretien non-directif par étapes
successives de Yuille. En ce qui concerne l'analyse du
discours et du comportement de l'enfant et l'analyse
du contexte, c'est la grille SVA (« Statement
validation analysis » ou Analyse de la validité des
déclarations ) Elle a été créée par le même Yuille et
légèrement transformée par la suite. Celles et ceux qui
rejettent ce type d'instrument et n'invoquent que leur
large et réputée expérience clinique et leur formation
générale ne devraient pas être choisis comme experts
dans le champ qui nous occupe ici.
II. Qu’attendre de l’expert ?
A. Qu'il s'engage personnellement, en référence à
l'intime conviction qui émane de ses connaissances et
de son observation spécialisée. L'intime conviction,
c'est parfois de douter, parfois d'être raisonnablement
convaincu que non, et parfois que oui. Il doit pouvoir
le dire, en son nom personnel, sans se prendre pour
Dieu qui peut tout affirmer, mais sans non plus laisser
le magistrat face à un fatras d'éléments
techniques dont il aurait à faire lui-même la
synthèse : l'expert
n'est pas un enquêteur, et sa mission n'est pas de
trouver des preuves mais elle n'est pas non plus
d'avoir la langue de bois. Si, en référence à un travail
sérieux et à une analyse via instruments valables, il a
l'intime conviction que tel enfant a été abusé de telle
manière, et que ça ne peut être que par son père,
comme l'enfant l'affirme, qu'il le dise comme une
conviction personnelle, ni plus ni moins. Si, au terme
de son travail, il a des raisons de douter, qu'il expose
en détails le pour et le contre, mais, en tout état de
cause, qu'il rende compte clairement du résultat de
son cheminement intérieur : ceci constituera pour le
Tribunal un élément de réflexion parmi d'autres et
une aide utile pour le jugement qu'il doit prononcer !
B. Par ailleurs, l'expert doit garder sa liberté et ne pas
accepter n'importe quelle mission ! Il sait à l'avance
que certaines sont susceptibles d'apporter du fruit et
que d'autres seront probablement stériles, voire
traumatisantes pour l'enfant (et sa famille) : pensons
par exemple aux expertises demandées tardivement
dans le processus d'instruction judiciaire, ou à celles
qui constituent une nième épreuve identique. Face à
ce type de problèmes, mieux que de réagir au cas par
cas, l'expert - ou mieux encore, la communauté des
experts - pourrait s'engager politiquement - au sens
large du terme ! - et dialoguer avec l'institution
judiciaire pour que la fonction d'expertise soit
positionnée et organisée le mieux possible dans le
processus d'instruction. Certains progrès ont déjà été
réalisés comme, par exemple, l'audition filmée de
l'enfant par un policier censé être expérimenté,
processus bénéficiant de l'accompagnement par un
psychologue du Parquet qui analyse ensuite le
document filmé. Pour chaque cas instruit, ceci ne
pourrait-il pas constituer le centre de la fonction
d'expertise ?
Si des devoirs d'expertise supplémentaires sont
demandés ultérieurement, que ce soit à la demande
d'un juge ou d'un avocat, on pourrait procéder
comme suit : le nouvel expert désigné analyse
d'abord le document filmé et le premier travail réalisé
par l'expert du Parquet. Ensuite, il décide si, oui ou
non, il est opportun qu'il rencontre l'enfant et/ou tel
ou tel membre de sa famille. Le premier effet de cette
latitude de choix pourrait être de protéger l'enfant de
répétitions qui le traumatisent quasi-inévitablement,
lorsque celles-ci sont évaluées comme inutiles. Mieux
encore, s'abstenir de procéder à la énième évaluation
permettra souvent à l'enfant de conserver plus
clairement et plus sereinement ses idées personnelles
puisque, cette fois, les adultes ont l'air de croire ce
qu'il a déjà dit ( ... et redit )
- Notes -
(1) Fabuler, c'est se raconter une fable à soi-même, en
s'autosuggestionnant ; croire plus qu'à moitié
qu'elle est largement ou
totalement « objective », sans accepter
que se déploie quelque sens de
l'autocritique, ici mis en veilleuse ; c'est se laisser
emporter par son
imagination, et s'y accrocher ... jusqu'à un
certain point. Le fou qui délire,
lui, est totalement persuadé de l'authenticité
objective de son délire et incapable d'autocritique.
(2) C. Bonnet, L'enfant cassé, Albin Michel, 1999.
(3) Pour plus de détails, se référer à
mon livre « La sexualité des enfants »,
paru aux éditions Odile Jacob (2004), pages 179 et suivantes.
(4) Patrick Mandoux, « Il faut se méfier des
évidences »,
Le Soir, 22 et 23/05/04, page 7.
(5) Il est normal qu'un enfant fiable fasse quelques petites
erreurs de détail ; il est normal qu'un interviewer, qui
reste un être humain, ne soit pas parfait dans sa
manière de poser les questions.
Pour retourner à l'endroit
dont je viens de partir
Création le 31 mai 2004.
Dernière mise à jour
le dimanche 25 avril 2010.
Issu d'un texte en traitement de texte remis par le
professeur Jean-Yves Hayez le 31 mai 2004 et
corrigé le 15 septembre 2004.
Remake 4 le 31.01.2006.
DS.ds
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Bravo de m'avoir trouvé
Félicitations
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.

... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480
mais est encore correcte avec les écrans
plus grands 1600x1200 ou autres.
Mes plus vifs remerciements vont à mon webmaster, le docteur
Guy De Saedeleer : sans sa créativité et son
infatigable persévérance, ce site n'existerait pas.
Ce 22 septembre 2008,
Jean-Yves Hayez
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit
n'est constitué que
d'informations techniques automatiques dont les textes sont
déjà repris plus haut.
... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé
pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec
le texte du professeur Jean-Yves Hayez.
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Ce site a été composé par un bénévole sans
aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié
du professeur Hayez.
C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait
qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.
L'hébergement du site est situé sur lycos depuis
le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir
pratiqué cette action bénévolement également avec
beaucoup de professionnalisme.
Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a
été supprimé par Lycos
le 15 octobre 2006 pour une raison
non expliquée. Nous le regrettons vivement
et ceci altère
fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.

... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête
appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a
été retirée par souci de simplicité.
Vérification d'accessibilité
Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et
Netscape ( quelques instructions ignorées )
Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP
La présentation est prévue pour écran 640x480 mais est
encore correcte avec les écrans plus grands 1600x1200 ou autres.
Mes plus vifs remerciements vont à mon webmaster, le docteur
Guy De Saedeleer : sans sa créativité et son
infatigable persévérance, ce site n'existerait pas.
Ce 22 septembre 2008,
Jean-Yves Hayez
|
je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos :
jyhayez@uclouvain.be
Une constatation de terrain.
Les risques, pour commencer.
Et les leçons à tirer ?
Considérations particulières sur l’expertise
psychologique dans le contexte pénal de l’abus sexuel.
Notes.
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L'affaire d'Outreau et ses durs enseignements.
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Note 1.
(1). Fabuler, c'est se raconter une fable à soi-même, en
s'autosuggestionnant ; croire plus qu'à moitié
qu'elle est largement ou
totalement « objective », sans accepter que se
déploie quelque sens de
l'autocritique, ici mis en veilleuse ; c'est se laisser
emporter par son imagination, et s'y accrocher ...
jusqu'à un certain point. Le fou qui délire,
lui, est totalement persuadé de l'authenticité
objective de son délire et incapable d'autocritique.
.
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Note 2.
(2). C. Bonnet, L'enfant cassé, Albin Michel, 1999.
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Note 3.
(3). Pour plus de détails, se référer à
mon livre « La sexualité des enfants »,
paru aux éditions Odile Jacob (2004), pages 179 et suivantes.
.
.
Note 4.
(4). Patrick Mandoux, « Il faut se méfier des
évidences »,
Le Soir, 22 et 23/05/04, page 7.
.
.
Note 5.
(5). Il est normal qu'un enfant fiable fasse quelques petites
erreurs de détail ; il est normal qu'un interviewer,
qui reste un être humain, ne soit pas parfait dans sa
manière de poser les questions.
Outreau, judiciarisation, protections (criminelles),
abus sexuel, allégation d'abus, expert judiciaire,
fausse allégation, fiabilité ( parole de l'enfant),
pédophilie, prostitution infantile,
suspicion d'abus, vérité judiciaire.
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